Pour avoir regardé dans la soirée des extraits des auditions d'hier, la question n°1 qui m'est apparue évidente c'est : comment une démocratie historique comme la France a-t-elle pu accepter un tel affaissement de son Parlement ? 1) La salle : toute petite. Les députés entassés comme des sardines. Pour certains voir l'orateur était impossible. Dès le cadre de l'audition dans cette petite salle, le ton était donné : le Parlement comme pouvoir n'existe pas. 2) La Présidente qui coupe la parole. Les auditionnés qui ne répondent pas mais qui ne sont pas relancés. 3) Les députés de la majorité présidentielle qui préfèrent défendre leur "candidat" plutôt que la vérité. Que peut penser un retraité dont les pensions sont rognées alors que le collaborateur du Président allait bénéficier de 180 000 € de travaux pour un appartement de fonction ? Quelle considération accorder à un parlementaire qui préfère défendre l'indéfendable plutôt que de défendre la confiance donnée par le citoyen ? C'est un spectacle terrible qui est offert par la Vème République qui montre que de scandales en scandales, elle n'est manifestement aujourd'hui, par le déséquilibre des pouvoirs, plus dans les rangs des démocraties occidentales modernes. Un constat terrible quand on compare avec d'autres démocraties quand des commissions mènent des enquêtes comme la photo ci-dessus aux Etats-Unis. Aucun parlementaire n'accepterait d'être coupé dans de telles conditions.
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Le début de la dernière étape … ?
En ouvrant les débats sur l'arrière-scène de l'affaire Benalla, la France entre peut-être dans la dernière étape d'une crise systémique historique ? La Vème République va mal. De plus en plus mal. Chaque pouvoir malade contamine l'autre. Avec cette affaire, que découvre-t-on ? 1) Des usages ignorés : de la largesse des appartements de fonction toujours payés par les contribuables aux observateurs agréés fondus parmi les policiers. 2) La traditionnelle ligne de défense renvoyant sur le lampiste. Plus on est haut dans la hiérarchie administrative française, moins on est responsable. Qui choisit les collaborateurs ? Qui les dirige ? 3) Des médias qui suivent celui qui a révélé l'affaire. Personne n'était au courant avant dans le microcosme médiatico-politique parisien ? Des parlementaires qui en rajoutent et apparaissent tous sous l'effet d'une fièvre préoccupante. Des débats parlementaires frappés d'hystérie. Un sujet grave ne peut-il pas être traité sans crier ? Le séisme de 2017 n'a pas été intégré à sa juste dimension. La Vème République avec ses pouvoirs si déséquilibrés est peut-être entrée dans une phase terminale aux yeux de l'opinion ? C'est comme le rangement d'une maison. On veut ranger des tiroirs mais au gré des découvertes quand le tiroir se referme l'esprit est différent durablement … C'est le vrai enjeu de cette affaire.
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La crise systémique française grimpe encore d’un étage
L'affaire Benalla fait replonger les Français dans la crise systémique subie depuis plusieurs décennies en mettant en surface une question simple : qu'est ce qui a changé pour de vrai depuis le printemps 2017 ? Cette question ouvre un cortège de questions collatérales : et si un journal n'avait pas sorti l'affaire ? Et les autres affaires politiques sont-elles jugées ? Pourquoi s'éternisent-elles à ce point avant le moindre jugement ? Quelles découvertes de passe-droits encore à vivre ? La France est la démocratie occidentale qui compte le plus grand nombre de médias d'Etat : 6 chaînes chez France Télé, 3 chaînes chez France Médias Monde, 2 chaînes parlementaires (LCP et Public Sénat), TV 5 Monde et Arte (co-financées par l'Etat) et 7 stations de radios publiques. Et de nombreux autres médias survivent grâce à des "mécènes" qui ont des relations étroites avec des marches d'Etat. Aux Etats-Unis, Trump ne serait jamais parvenu au pouvoir sans le discrédit généralisé des branches de l'équilibre classique des pouvoirs dont les médias. La France prend sérieusement le même chemin de discrédit …
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Le plus beau message pour célébrer l’âge de 20 ans
Hier, comme avec les secrets imprévisibles que le calendrier peut parfois réserver, il y a un volet de symbole peu mis en relief à tort : l'âge de 20 ans rend tout possible. Dans le succès d'hier, il y a des côtés qui restent très éloignés de ce qui peut me passionner positivement : la casse bien sûr mais aussi ce mimétisme dans l'excès de liesse. La joie réelle peut aussi exister sans avoir le besoin de crier, parfois même de tomber dans une forme aussi irréelle d'hystérie. Ces observations faites, il y a un symbole fort : à 20 ans, tout est possible. Car la victoire de 2018 c'est aussi l'anniversaire de celle de … 1998. La vie collective française repose souvent sur des formules empreintes d'un très grand bon sens dont la suivante "on n'a pas tous les jours 20 ans". Cette formule est d'abord d'une évidence déconcertante car elle peut pareillement s'appliquer à tous les âges de la vie. Pourquoi 20 ans alors ? Parce que c'est l'âge où tout doit paraître possible, ouvert, positif, la vie devant … Le jour où, en dehors d'épisodiques circonstances, cette phrase aura retrouvé tout son sens pour la jeunesse française, une amélioration collective agréable sera alors intervenue pas seulement pour le temps éphémère d'un soir légitime de fête.
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La France et son long cortège d’abstractions archaïques ou les vieux habits usés d’un système qui ne fait plus illusion
Hier soir, Donald Trump a désigné un juge membre de la Cour Suprême. 3 juges étaient en compétition. Chacun d'eux assumait ouvertement son parcours, ses engagements y compris religieux … On est loin de l'abstraction à la française qui voudrait qu'un juge soit "neutre", d'une impartialité absolue, "hors sol" par rapport à la vie quotidienne. Le juge est un être humain comme les autres, parmi les autres. Il a donc ses sensibilités, ses priorités … La France s'est construite à partir d'abstractions qui n'ont pas résisté à la modernité. La notion d'Intérêt Général cache désormais tellement mal l'influence efficace décisive d'intérêts très particuliers que cette expression est de moins en moins utilisée. L'impartialité de la justice n'existe pas davantage. Il suffit d'ailleurs de constater les différences de jugements selon les Cours à partir de faits pourtant identiques. Comme la neutralité de médias dont la télé d'Etat. Et la liste pourrait durer longtemps. Ces abstractions archaïques ne fonctionnent plus. L'un des problèmes majeurs actuels de la France, c'est que Paris pense que la province y croit encore. Ce sont les vieux habits usés d'un système qui ne fait plus illusion. Si la politique française "pédale" dans le vide c'est pour une grande partie parce qu'elle se refuse d'accepter que c'est tout un "logiciel" à changer … dont ces abstractions qui n'ont plus prises.
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Jacques Vadon ou l’expertise humanisée
Grande tristesse d'apprendre hier le décès de Jacques Vadon. Pendant 20 ans, chaque semaine le jeudi soir, un groupe de copains s'est retrouvé à Grenoble Tennis. Les horizons professionnels étaient très divers. Les options politiques aussi. Les tempéraments également. Les compétitions de doubles étaient passionnées. Mais toujours dans la meilleure bonne humeur possible. Puis le temps est passé. Un accident a emporté l'un. Des maladies ont gagné sur d'autres. Hier, ce fut ainsi le cas pour Jacques Vadon. Pendant des années, il fut l'un des experts-comptables les plus reconnus et réputés tout particulièrement sur Grenoble mais bien au-delà aussi. Pour moi, Jacques Vadon, c'est l'expertise humanisée. Dans le domaine des chiffres, ces deux mots sont souvent incompatibles. Tout son art consistait à les rendre compatibles. Respecter les chiffres mais aller au-delà. J'ai souvent été admiratif devant sa capacité à mettre en relief la dimension humaine d'un dossier. Et puis il avait la passion du tennis. Je ne retrouvais pas alors l'expert comptable que je connaissais par ailleurs. L'oeil changeait. Il y avait une petite ride au coin de l'oeil qui se formait plus rapidement montrant, si besoin était, qu'en dehors de sa profession si rigoureuse Jacques savait aussi prendre le temps de rire. Et ce fut le cas si souvent avec Marcel Mazza ou Michel Charles-Bernard. Il avait quitté Grenoble. Quelques jours après le décès de Michel Charles-Bernard, nous avions échangé. Il m'avait fait part de son épreuve de santé. Mais son message n'était pas d'alerte. Peut-être souhaitait-il me ménager sachant combien la maladie peut m'effrayer ? Une délicate attention de plus de sa part. Qu'il soit assuré que ces heures là resteront parmi les meilleures pensées d'existences qui peuvent se dérober malheureusement si rapidement. Merci pour tous ces moments.
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Ces moments si particuliers où, sans que rien n’ait encore changé en apparence, tout est pourtant déjà différent …
Dans les relations humaines, sur le plan collectif ou individuel, des moments très particuliers où, sans que rien n'ait encore changé en apparence, tout est pourtant déjà différent. Quand c'est positif, c'est un moment magique. Quand c'est négatif, c'est une forme de tragédie. Avec la victoire d'Alexandria Ocasio-Cortez, les Etats-Unis vivent un moment positif magique de cet ordre. C'est une chance réelle que d'avoir pu vivre de tels moments positifs collectifs. J'en ai vécu trois directement + 1 comme observateur. Le premier fut une campagne municipale à Grenoble. J'étais jeune et je me souviendrai tout le temps du moment où des habitants Bd Agutte Sembat baissaient la vitre de leurs voitures pour sortir le bras avec le V de la victoire, pour crier : "allez, c'est bon !". Le second fut la réunion de lancement de ma campagne cantonale à Vif (photo ci-dessus). Salle pleine. A la fin de la réunion, des personnes demandant des affiches pour les placer dans leur jardin, les exposer aux fenêtres …. Un porte à porte adorable avec M. Jacques Menut avec les portes qui s'ouvraient pour convier à visiter la … cuisine pour montrer une carte postale de campagne posée sur le réfrigérateur … Le troisième fut au printemps 2008 aux Etats-Unis avec cette vague pro-Obama qui prenait corps. Porter la casquette de sa campagne était l'assurance de manifestations immédiates de soutiens. Le dernier fut en février 2014 quand l'équipe d'Eric Piolle a organisé un événement de campagne à la Bastille. Je suis allé voir le départ à partir des Bulles sur les quai. Ce monde. Cette jeunesse. Mais surtout cette gaieté. Difficile d'imaginer que la défaite pouvait être au rendez-vous. A ceux qui s'interrogent parfois sur un engagement civique, une seul conseil, ne pas passer à côté de la possibilité de vivre cette fièvre si particulière.
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Les pin’s oubliés …
"Rangez. Le reste suivra …" : cette formule sera comprise par ceux qui procèdent épisodiquement aux travaux incontournables de rangements. Que garder ? Que donner ? Que jeter ? Et d'un coup tomber sur des boites oubliées. Tellement bien rangées … qu'oubliées. Les ouvrir et prendre une succession de belles images. Ce fut le cas ce week-end en trouvant la boite à pin's de nos fils. Si nombreux. Au point de ne pas se rappeler qu'ils aient pu les engranger aussi méthodiquement. Mais surtout tellement bien classés : année par année. Les inscriptions font revivre des voyages. Des anecdotes. Finalement, il y a des boites qui gagnent à être tellement bien rangées qu'elles ne se rappellent à la mémoire que de nombreuses années après. Car la mémoire est bien une séquence de vie à part entière.
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Tant que la France refusera de reconnaître qu’elle est devenue une impuissance moyenne …
Ce matin, l'INSEE a indiqué que la dette publique de la France a grimpé à 97,6% du Produit intérieur brut contre 96,8% à la fin du dernier trimestre 2017. Rapportée à la richesse nationale, cette dette de l'ensemble des administrations publiques, mesurée selon les critères de Maastricht, s'est établie à 2.255,3 milliards d'euros au premier trimestre, en hausse de 36,9 milliards par rapport au trimestre précédent. Que peut faire un pays qui a une dette record avec, en même temps, une imposition record ? Rien. La France est devenue une impuissance moyenne qui refuse toujours de regarder en face la réalité de sa situation. Son train de vie publique est trop élevé. C'est comme la vieille aristocrate qui refuse d'admettre sa déchéance. Mais à la moindre montée des taux d'intérêt, il faudra vendre des … châteaux en nombre pour éviter la faillite. Incontournable. Ce qui est sûr c'est que le meilleur moyen de soigner une maladie cela n'a jamais été de refuser de voir sa … maladie. C'est ce qu'il y a de plus inquiétant dans la situation française depuis de nombreuses années déjà.
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De 35 000 à 1 200 : le chiffre qui en dit long …
Au début des années 1 900, la France comptait 35 000 gardes champêtres. Encore officiellement 30 000 en 1950. Aujourd'hui, ils sont … 1 200 ! Ce chiffre met en relief à lui seul l'abandon par un pays de son "esprit village". Le garde champêtre c'est le visage humain de l'autorité dans la proximité durable. Il avait souvent connu les adolescents à problèmes quand il assurait la surveillance de la sortie des écoles primaires. C'était pas seulement un uniforme mais un nom et encore plus souvent un prénom. C'est l'autorité, titulaire agréé par le Procureur de la République, sachant être à la fois conciliateur et garant de règles de bon fonctionnement collectif. Le garde champêtre c'est la France des villages où la proximité signifie la compréhension mutuelle, des formes réelles de solidarité de façon naturelle. Ce qui est en train de se passer depuis au moins une décennie, c'est la disparition de cette France des villages. Et cette évolution est d'une extrême gravité. La France n'a pas su gérer ses villes. Elle étend le "modèle" qui fonctionne le plus mal. Méthode surprenante. C'est l'un des échecs majeurs actuellement d'Emmanuel Macron : il ne change pas de paradigme. Il faut changer la manière de voir les choses. Réhabiliter pour de bon des valeurs qui ont fait leurs preuves par le passé. Quand j'ai exercé la fonction de Maire, cette fonction de garde champêtre m'est toujours apparue essentielle. D'ailleurs en octobre 1992, j'ai veillé à ce que l'intéressé, M. Deuil (personnalité très attachante qui connaissait la Commune "comme sa poche" et avec un dévouement exemplaire) soit décoré. Aujourd'hui, sur la même Commune, il n'y a plus de garde champêtre. Et la situation de la sécurité quotidienne s'est détériorée dans des proportions impensables à l'époque. Il y a des chiffres qui en disent long.