Hier, comme avec les secrets imprévisibles que le calendrier peut parfois réserver, il y a un volet de symbole peu mis en relief à tort : l'âge de 20 ans rend tout possible. Dans le succès d'hier, il y a des côtés qui restent très éloignés de ce qui peut me passionner positivement : la casse bien sûr mais aussi ce mimétisme dans l'excès de liesse. La joie réelle peut aussi exister sans avoir le besoin de crier, parfois même de tomber dans une forme aussi irréelle d'hystérie. Ces observations faites, il y a un symbole fort : à 20 ans, tout est possible. Car la victoire de 2018 c'est aussi l'anniversaire de celle de … 1998. La vie collective française repose souvent sur des formules empreintes d'un très grand bon sens dont la suivante "on n'a pas tous les jours 20 ans". Cette formule est d'abord d'une évidence déconcertante car elle peut pareillement s'appliquer à tous les âges de la vie. Pourquoi 20 ans alors ? Parce que c'est l'âge où tout doit paraître possible, ouvert, positif, la vie devant … Le jour où, en dehors d'épisodiques circonstances, cette phrase aura retrouvé tout son sens pour la jeunesse française, une amélioration collective agréable sera alors intervenue pas seulement pour le temps éphémère d'un soir légitime de fête.
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La France et son long cortège d’abstractions archaïques ou les vieux habits usés d’un système qui ne fait plus illusion
Hier soir, Donald Trump a désigné un juge membre de la Cour Suprême. 3 juges étaient en compétition. Chacun d'eux assumait ouvertement son parcours, ses engagements y compris religieux … On est loin de l'abstraction à la française qui voudrait qu'un juge soit "neutre", d'une impartialité absolue, "hors sol" par rapport à la vie quotidienne. Le juge est un être humain comme les autres, parmi les autres. Il a donc ses sensibilités, ses priorités … La France s'est construite à partir d'abstractions qui n'ont pas résisté à la modernité. La notion d'Intérêt Général cache désormais tellement mal l'influence efficace décisive d'intérêts très particuliers que cette expression est de moins en moins utilisée. L'impartialité de la justice n'existe pas davantage. Il suffit d'ailleurs de constater les différences de jugements selon les Cours à partir de faits pourtant identiques. Comme la neutralité de médias dont la télé d'Etat. Et la liste pourrait durer longtemps. Ces abstractions archaïques ne fonctionnent plus. L'un des problèmes majeurs actuels de la France, c'est que Paris pense que la province y croit encore. Ce sont les vieux habits usés d'un système qui ne fait plus illusion. Si la politique française "pédale" dans le vide c'est pour une grande partie parce qu'elle se refuse d'accepter que c'est tout un "logiciel" à changer … dont ces abstractions qui n'ont plus prises.
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Jacques Vadon ou l’expertise humanisée
Grande tristesse d'apprendre hier le décès de Jacques Vadon. Pendant 20 ans, chaque semaine le jeudi soir, un groupe de copains s'est retrouvé à Grenoble Tennis. Les horizons professionnels étaient très divers. Les options politiques aussi. Les tempéraments également. Les compétitions de doubles étaient passionnées. Mais toujours dans la meilleure bonne humeur possible. Puis le temps est passé. Un accident a emporté l'un. Des maladies ont gagné sur d'autres. Hier, ce fut ainsi le cas pour Jacques Vadon. Pendant des années, il fut l'un des experts-comptables les plus reconnus et réputés tout particulièrement sur Grenoble mais bien au-delà aussi. Pour moi, Jacques Vadon, c'est l'expertise humanisée. Dans le domaine des chiffres, ces deux mots sont souvent incompatibles. Tout son art consistait à les rendre compatibles. Respecter les chiffres mais aller au-delà. J'ai souvent été admiratif devant sa capacité à mettre en relief la dimension humaine d'un dossier. Et puis il avait la passion du tennis. Je ne retrouvais pas alors l'expert comptable que je connaissais par ailleurs. L'oeil changeait. Il y avait une petite ride au coin de l'oeil qui se formait plus rapidement montrant, si besoin était, qu'en dehors de sa profession si rigoureuse Jacques savait aussi prendre le temps de rire. Et ce fut le cas si souvent avec Marcel Mazza ou Michel Charles-Bernard. Il avait quitté Grenoble. Quelques jours après le décès de Michel Charles-Bernard, nous avions échangé. Il m'avait fait part de son épreuve de santé. Mais son message n'était pas d'alerte. Peut-être souhaitait-il me ménager sachant combien la maladie peut m'effrayer ? Une délicate attention de plus de sa part. Qu'il soit assuré que ces heures là resteront parmi les meilleures pensées d'existences qui peuvent se dérober malheureusement si rapidement. Merci pour tous ces moments.
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Ces moments si particuliers où, sans que rien n’ait encore changé en apparence, tout est pourtant déjà différent …
Dans les relations humaines, sur le plan collectif ou individuel, des moments très particuliers où, sans que rien n'ait encore changé en apparence, tout est pourtant déjà différent. Quand c'est positif, c'est un moment magique. Quand c'est négatif, c'est une forme de tragédie. Avec la victoire d'Alexandria Ocasio-Cortez, les Etats-Unis vivent un moment positif magique de cet ordre. C'est une chance réelle que d'avoir pu vivre de tels moments positifs collectifs. J'en ai vécu trois directement + 1 comme observateur. Le premier fut une campagne municipale à Grenoble. J'étais jeune et je me souviendrai tout le temps du moment où des habitants Bd Agutte Sembat baissaient la vitre de leurs voitures pour sortir le bras avec le V de la victoire, pour crier : "allez, c'est bon !". Le second fut la réunion de lancement de ma campagne cantonale à Vif (photo ci-dessus). Salle pleine. A la fin de la réunion, des personnes demandant des affiches pour les placer dans leur jardin, les exposer aux fenêtres …. Un porte à porte adorable avec M. Jacques Menut avec les portes qui s'ouvraient pour convier à visiter la … cuisine pour montrer une carte postale de campagne posée sur le réfrigérateur … Le troisième fut au printemps 2008 aux Etats-Unis avec cette vague pro-Obama qui prenait corps. Porter la casquette de sa campagne était l'assurance de manifestations immédiates de soutiens. Le dernier fut en février 2014 quand l'équipe d'Eric Piolle a organisé un événement de campagne à la Bastille. Je suis allé voir le départ à partir des Bulles sur les quai. Ce monde. Cette jeunesse. Mais surtout cette gaieté. Difficile d'imaginer que la défaite pouvait être au rendez-vous. A ceux qui s'interrogent parfois sur un engagement civique, une seul conseil, ne pas passer à côté de la possibilité de vivre cette fièvre si particulière.
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Les pin’s oubliés …
"Rangez. Le reste suivra …" : cette formule sera comprise par ceux qui procèdent épisodiquement aux travaux incontournables de rangements. Que garder ? Que donner ? Que jeter ? Et d'un coup tomber sur des boites oubliées. Tellement bien rangées … qu'oubliées. Les ouvrir et prendre une succession de belles images. Ce fut le cas ce week-end en trouvant la boite à pin's de nos fils. Si nombreux. Au point de ne pas se rappeler qu'ils aient pu les engranger aussi méthodiquement. Mais surtout tellement bien classés : année par année. Les inscriptions font revivre des voyages. Des anecdotes. Finalement, il y a des boites qui gagnent à être tellement bien rangées qu'elles ne se rappellent à la mémoire que de nombreuses années après. Car la mémoire est bien une séquence de vie à part entière.
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Tant que la France refusera de reconnaître qu’elle est devenue une impuissance moyenne …
Ce matin, l'INSEE a indiqué que la dette publique de la France a grimpé à 97,6% du Produit intérieur brut contre 96,8% à la fin du dernier trimestre 2017. Rapportée à la richesse nationale, cette dette de l'ensemble des administrations publiques, mesurée selon les critères de Maastricht, s'est établie à 2.255,3 milliards d'euros au premier trimestre, en hausse de 36,9 milliards par rapport au trimestre précédent. Que peut faire un pays qui a une dette record avec, en même temps, une imposition record ? Rien. La France est devenue une impuissance moyenne qui refuse toujours de regarder en face la réalité de sa situation. Son train de vie publique est trop élevé. C'est comme la vieille aristocrate qui refuse d'admettre sa déchéance. Mais à la moindre montée des taux d'intérêt, il faudra vendre des … châteaux en nombre pour éviter la faillite. Incontournable. Ce qui est sûr c'est que le meilleur moyen de soigner une maladie cela n'a jamais été de refuser de voir sa … maladie. C'est ce qu'il y a de plus inquiétant dans la situation française depuis de nombreuses années déjà.
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De 35 000 à 1 200 : le chiffre qui en dit long …
Au début des années 1 900, la France comptait 35 000 gardes champêtres. Encore officiellement 30 000 en 1950. Aujourd'hui, ils sont … 1 200 ! Ce chiffre met en relief à lui seul l'abandon par un pays de son "esprit village". Le garde champêtre c'est le visage humain de l'autorité dans la proximité durable. Il avait souvent connu les adolescents à problèmes quand il assurait la surveillance de la sortie des écoles primaires. C'était pas seulement un uniforme mais un nom et encore plus souvent un prénom. C'est l'autorité, titulaire agréé par le Procureur de la République, sachant être à la fois conciliateur et garant de règles de bon fonctionnement collectif. Le garde champêtre c'est la France des villages où la proximité signifie la compréhension mutuelle, des formes réelles de solidarité de façon naturelle. Ce qui est en train de se passer depuis au moins une décennie, c'est la disparition de cette France des villages. Et cette évolution est d'une extrême gravité. La France n'a pas su gérer ses villes. Elle étend le "modèle" qui fonctionne le plus mal. Méthode surprenante. C'est l'un des échecs majeurs actuellement d'Emmanuel Macron : il ne change pas de paradigme. Il faut changer la manière de voir les choses. Réhabiliter pour de bon des valeurs qui ont fait leurs preuves par le passé. Quand j'ai exercé la fonction de Maire, cette fonction de garde champêtre m'est toujours apparue essentielle. D'ailleurs en octobre 1992, j'ai veillé à ce que l'intéressé, M. Deuil (personnalité très attachante qui connaissait la Commune "comme sa poche" et avec un dévouement exemplaire) soit décoré. Aujourd'hui, sur la même Commune, il n'y a plus de garde champêtre. Et la situation de la sécurité quotidienne s'est détériorée dans des proportions impensables à l'époque. Il y a des chiffres qui en disent long.
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Il y a actuellement un dangereux enlisement dans l’acceptation du caporalisme
Aujourd'hui aux Etats-Unis, 7 Etats vivent des primaires. L'un d'entre eux est l'Utah. Etat sauvage magnifique. Dans cet Etat se présente Mitt Romney qui a connu une carrière remarquable : Bain Company, organisateur des JO de Salt Lake City, puis Gouverneur du Massachusetts, puis candidat à la primaire présidentielle du Parti Républicain (2008), puis candidat Républicain à la présidentielle (2012) et pour tenter de se faire élire Sénateur dans l'Utah à 71 ans il doit effectuer des concessions irréelles en faveur de Trump dont il est à l'opposé de longue date. J'ai rencontré sur Boston à quelques reprises des ex collaborateurs de Mitt Romney, tout l'oppose à Trump. Et pourtant, pour avoir une certaine paix, il doit composer. A 71 ans ! Il y quelques semaines (début mai 2018), une légende du parti Républicain, John McCain, s'est démarqué de Trump. McCain a 81 ans. Il lutte contre un cancer avec des opérations répétées. Quel commentaire a été diffusé par un membre de l'équipe de Trump après que McCain ait exposé sa différence : "pas grave il va mourir !". Une personnalité remarquable que j'avais rencontrée à Washington à la fin des années 90.
Il est beaucoup question actuellement d'obscurantisme religieux mais lorsque l'obscurantisme partisan est à ce niveau il en dit long sur l'état d'esprit des citoyens qui cautionnent de telles méthodes. Des formules scandaleuses de ce type devraient générer un immédiat trou d'air dans les sondages. Même pas. Il y a actuellement un dangereux enlisement dans l'acceptation du caporalisme. Et à tous les niveaux. Et dans de nombreux pays dont la France. Sur de nombreux votes, la majorité parlementaire accepte d'être caporalisée. Il en est de même dans des instances locales dont des conseils municipaux. Alors que la société civile gagne en maturité, donc en liberté d'analyses comme d'expressions et de fonctionnements, plus la vie politique se caporalise parce que des radicaux prennent une influence croissante. Ils ne sont plus citoyens mais clubs de fans prêts à supporter n'importe quoi. Un divorce très inquiétant.
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Le pouvoir doit se déplacer …
C'est étonnant comme en France il y a un tournant de la gouvernance publique qui n'est pas intégré : le pouvoir doit se déplacer. Il ne s'agit pas de déplacement géographique pour aller sur tel ou tel territoire. Il s'agit d'accepter de transférer le pouvoir à ceux qui font sur le terrain : entrepreneurs, citoyens, artisans … Même avec un jeune Président, on vit toujours dans la culture du pouvoir qui encadre alors qu'il devrait libérer. Qui réglemente alors qu'il devrait supprimer des entraves. La véritable révolution culturelle est là : quand Paris regardera la Province sans esprit de mise sous tutelle mais comme des territoires prêts à expérimenter, innover, gagner. Hier sur une Commune dont j'ai été maire, j'ai discuté en fin d'après-midi sur la place du village au moment où j'allais faire des photos vers 18 heures. J'évoquais avec eux la date anniversaire du 1er référendum sur le coeur-village. Près de 75 % de participation. Et ce formidable appétit de décider.
Et de constater cet enthousiasme à l'idée que les citoyens puissent décider. Depuis mai 2017, la véritable révolution n'est pas intervenue en France. La dépense publique ne baisse pas. Les prélèvements publics augmentent toujours. Et le jeune Président ne transfère pas le pouvoir. Il devrait se méfier. C'est peut-être le réel sujet du divorce possible. Le temps n'est pas au "pouvoir jupitérien" qui sait tout pour les autres mais au pouvoir du pair qui accepte de faire confiance aux autres… Il faut accepter que le pouvoir se déplace pour être mieux partagé.
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La France et sa bataille non livrée de défense des villages
Hier soir, avec l'émission du "village préféré des Français", nous avions la caricature du visage que Paris veut imposer des villages : le musée historique. Paris veut que le village soit le grenier de tout ce qui est vieux : églises, propriétés … Bern c'est la parisien qui s'émerveille devant la province qu'il n'a jamais croisée en dehors des caméras TV. Bref, pour lui, la France d'avant avant avant hier. Cette culture est par définition la condamnation des villages. La Loi NOTRe du pathétique mandat de François Hollande a d'ailleurs constitué une avancée notoire sur le chemin de la condamnation des villages. Avec la loi NOTRe, la bataille a été perdue puisqu'elle n'a pas été livrée par une classe politique dominée par des parisiens qui voient dans la province des lieux de villégiatures électorales. C'est une erreur historique. Le village est la gouvernance de proximité. L'endroit où une dimension humaine est conservée. C'est aussi une logique de connaissance du terrain, son histoire … Quand on constate au Canada et aux Etats-Unis les efforts effectués pour conserver des villages dans des pays qui passent pour des "monstres du culte de la dimension", il y a vraiment de quoi être surpris de voir la France se faire à cette idée dramatique qu'en dehors des villages dans la naphtaline des musées, il n'y aurait plus de place pour eux dans la modernité. Un contre-sens de plus comme ceux qui hier défendaient que les villes nouvelles trouveraient la chaleur de villes avec de vraies racines. Chacun peut constater les dégâts 40 ans plus tard ! Ce qui est fabuleux dans ce pays, c'est la capacité à ce que les auteurs de vraies fautes avérées par le passé dans des analyses restent aux commandes sans se remettre en question.