Boston Magazine a consacré mardi un reportage magnifique à Mike Dukakis. Mike Dukakis a été Gouverneur du Massachusetts. Dukakis a été candidat à la présidentielle 1988. A cette époque, il quadrille les Etats-Unis d'Est en Ouest. Du Nord au Sud. Il se détache. Puis le Parti Républicain lance contre lui une campagne négative d'une violence extrême.Il se moque de son supposé pacifisme pour le scotcher à Carter. L'équipe de Bush père lance même une campagne sur la pollution du port de Boston et sur la situation d'un violeur en imputant à Dukakis des responsabilités qui ne sont d'ailleurs pas les siennes. La campagne bascule : Dukakis perd. Et l'article du Boston Magazine, c'est un reportage simple : comment vit Dukakis 30 ans plus tard ? Que disent ses voisins ? Comment se comporte-t-il 30 ans plus tard ? Une photo résume tout (cf ci-dessus). Des baskets aux pieds, un symbole comme dans "le bonheur est dans le pré" ou quand on découvre la douceur des Nike … Le pantalon chino si populaire à Boston. Mais le clin d'oeil du blouson de cuir. C'est la question qui manque dans le reportage car c'est un symbole fort attaché à la campagne 88. Au moment où Dukakis subit les assauts sur son "pacifisme", Bush ressort son blouson supposé symboliser son passé d'aviateur pendant la seconde guerre mondiale. Les symboles vestimentaires devaient alors creuser le fossé entre d'un côté le "pacifiste" (Dukakis) et d'un autre côté le "guerrier" (Bush père) avec le blouson comme symbole. Voir Dukakis, 30 ans plus tard, avec un blouson de cuir doit avoir une signification. Mais ce volet mis de côté, tout le reste est un pur délice. A 84 ans, il enseigne toujours. Il part sur le chemin avec un sac plastique pour ramasser les détritus puis les déposer dans une poubelle. Il prend le métro … Il vit comme il avait été candidat : en promettant de la modération et de la simplicité. C'est dommage que les campagnes électorales demandent ce brin de folie et de démesure qui fait souvent les vainqueurs. Parce que c'est quand même agréable et rassurant de constater de tels exemples d'humilité, d'équilibre, de paix intérieure dans la vie de tous les jours.
Catégorie : Etats-Unis
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La France a-t-elle les écologistes que la crise de l’environnement mérite ?
Lundi et hier mardi, à Chicago, 55 villes ont signé la charte de Chicago sur le climat à l'occasion de la conférence annuelle de la coalition C40 (pour « 40 cities »). Des villes emblématiques comme Vancouver, New York, Washington, Mexico, Austin, Montréal qui s’engagent contre le réchauffement climatique. Cette réunion est tombée dans l'un des travers de l'écologie : d'abord être contre. Cette réunion est devenue d'abord une opération anti-Trump. Ainsi, le texte de cette Convention passe-t-il principalement contre la politique Trump à l'exemple du passage suivant : « la décision du président Trump de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris a incité plus de 380 villes aux États-Unis, un grand nombre de villes ailleurs en Amérique du Nord et d’innombrables organisations internationales à s’engager envers cet Accord […] et ces engagements […] montrent aux citoyens d'ici et de l’étranger un leadership local fort ». A force d'être contre, l'écologie adopte des positions clivantes permanentes. Alors qu'elle devrait être pour avec des propositions positives, constructives. A l'origine en France, dans les années 70, l'écologie a pris naissance à partir d’auteurs se revendiquant d’une nouvelle «grille d’analyse». L’un de ces auteurs était Philippe de Saint-Marc qui dans les années 70 était le pionnier de l’écologie. Ancien Président de la Mission d’Aménagement de la Côte Aquitaine, Professeur du 1er cours sur la politique de l’Environnement à l’IEP de Paris, auteur d’ouvrages connaissant des succès considérables. Le retour aux concepts alors développés traduit l’immensité des échecs depuis cette date. Que développaient les écologistes à cette époque ? Leur analyse était simple : les critères traditionnels habituellement utilisés comme le PNB, le niveau de vie, la consommation d'énergie, la production industrielle ou agricole devaient être considérés comme des signes de l'activité et non pas comme des marques de satisfaction. A cette époque, être écologiste, c’est défendre l’idée que la société telle qu’elle fonctionne n’est pas une société de progrès mais une société de régression parce qu’elle porte en elle un gaspillage massif, intensif et croissant des richesses naturelles. Et les intéressés d'ouvrir des pistes nouvelles de politiques publiques. Et il suffit de relire les nombreux articles de Philippe de St Marc notamment dans Le Monde pour constater qu'il y avait une grille de lecture positive sur un "autre système" : de l'aménagement de l'espace à l'aménagement du temps, à la mise en place de marqueurs fiables par exemple pour le respect d'équilibres naturels traditionnels, pour le renforcement de sanctuaires naturels … D'ailleurs, cette culture positive a permis des avancées concrètes considérables : le droit de l'eau, les parcs naturels … Des pans entiers qui aujourd'hui sont souvent déconstruits parce que l'environnement devrait être un sujet de consensus et non pas en permanence une approche de "clivages enragés". Au moment où le réchauffement climatique frappe si sévèrement et peut-être de façon irréversible, c'est assez inquiétant que l'environnement n'ait pas les écologistes qu'il mérite.
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100 !
Hier mercredi, par une plainte déposée auprès de la Cour de Los Angeles, dans la seule affaire Weinstein, le seuil des 100 procédures a été atteint. 100 procédures contre une seule personne. Et si on devait apprécier l'onde de choc, c'est considérable tout particulièrement en phase de pré-primaires pour les élections intermédiaires de novembre 2018 à l'exemple de l'Alabama. Et le voisin canadien est pris dans la même tempête. Face à cette tempête, la France est à l'écart. Une seule affaire occupe l'actualité : le MJS. Je ne sais pas comment il faut interpréter cette comparaison des "vagues" : retard "à l'allumage" en France, vertu en France, indifférence ou système terriblement verrouillé ? Ce qui est sûr c'est le choc des chiffres mériterait quand même une explication sérieuse.
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Les 2 points faibles majeurs du système français
Demain 16 novembre, May Boeve (photo ci-dessus) va recevoir le prix "nouvelles frontières" décerné par la JFK Library à Boston. Son association 350.org fait des actions concrètes remarquables pour la lutte contre le réchauffement climatique. Ils demandent rien à l'Etat. Ils font. Ils agissent. Ils vivent leur citoyenneté en permanence c'est à dire en téléphonant à leurs parlementaires avant les votes, en publiant les votes … C'est un message fort au moment où la COP23 à Bonn multiplie les impasses manifestes montrant l'immensité du fossé entre les mots et les actes, entre les mots et les financements. En France, tout est attendu de l'Etat. Si l'Etat ne fait pas, on dirait que toute autre action est impossible, illégitime, vouée à l'inefficacité, à l'échec. Or l'Etat français c'est le "nouveau pauvre" du nouveau siècle. Tous les budgets que je connais de façon détaillée sont gérés pour sauver la vitrine mais mettre le back office à la diète la plus sévère. 1er point faible redoutable, l'Etat ne change pas la donne pour rendre l'action à la société civile.
Second exemple, lundi 13 novembre, Bill Gates sur son blog a posté une vidéo annonçant qu'il donnait 50 millions de dollars à un centre de recherche sur Alzheimer. Les maladies neuro-dégénératives sont le prochain fléau. C'une tragédie humaine individuelle et familiale terrible. C'est un gouffre financier collectif immense à venir. En un jour, son don représentait 5 fois ce qu'en France, la principale association collecte par an à partir de 87 108 donateurs en 2016. En France, les noms des "méga riches" sont connus via Panama Papers ou Paradise Papers. Comment est-il possible d'imaginer que notre pays pourrait se réconcilier avec la légitimité morale de créer d'immenses fortunes quand des noms emblématiques ne vivent que la richesse cachée égoïste ?
Avec de tels points faibles (le non sens dans la direction de l'Etat comme la faillite admise de l'image de marque des grandes fortunes), la France cumule deux points faibles majeurs dans le monde moderne. A circonstances constantes, ce sera difficile de s'en remettre.
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Et l’exemple « venant d’en haut » en France, c’est pour quand ?
Hier lundi, la Chambre des Représentants des Etats-Unis a adopté une résolution pour plafonner à 500 000 dollars l'aide fédérale annuelle à chaque ex-Président américain. Pour rappel, les Etats-Unis = 325 millions d'habitants. Et la France (66 millions d'habitants) un ex président (VGE) coûte à lui seul en moyenne 2 millions d'euros par an aux contribuables français. En 2015 le seul service de sécurité de Nicolas Sarkozy a coûté 700 000 € aux contribuables c'est à dire davantage que la totalité de la prise en charge fédérale évoquée pour les ex-présidents américains ... Si l'exemple des économies pouvait aussi venir "d'en haut" en France, cela serait original et de nature à probablement faciliter l'acceptation des économies imposées classiquement ailleurs …
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Justice : la comparaison de faits qui mérite la réflexion
Demain lundi, très probablement, Robert Mueller va publier les premières inculpations suite à un grand jury qui se serait tenu vendredi. Il a été désigné le 17 mai 2017 comme Procureur Spécial dans l'affaire du RussiaGate. Et il est même question d'une première arrestation. A quelques jours près, en France, François Bayrou devait quitter le Gouvernement ainsi que sa traditionnelle collaboratrice pour soupçons d'emplois fictifs. Quelles conséquences depuis ? A priori aucune. Les dossiers traînent dans les tiroirs. Et Fillon mis en examen depuis début mars 2017 ? Idem. Et on pourrait continuer la liste longtemps en évoquant en France des procédures de 5, 7, 10 ans pour des titulaires de pouvoirs. C'est une situation terrible puisque face à certains noms on ne sait même plus s'ils ont été condamnés ou pas, et si condamnés de quoi ? Et après le microcosme parisien s'interroge sur le sentiment d'impunité qui s'est répandu en province à destination des "élites". Et pourtant, Robert Mueller n'enquête pas sur une personne dépourvue de pouvoirs puisqu'il s'agit pas moins que du Président des Etats-Unis. Mais il y a la conviction que l'exemplarité doit accompagner le pouvoir. Comme l'impact juridique du parjure alors qu'en France à entendre tant de parties et leurs Conseils on a le sentiment que la Justice passerait son temps à condamner des … innocents. Tant que des modifications de ce type n'interviendront pas, il ne faudra pas s'étonner du discrédit si répandu en France.
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Une réalité à mieux considérer : la personnalité géographique
Il m'a fallu beaucoup de déplacements pour me faire à une idée : la personnalité géographique existe. Un territoire a une Histoire qui forge un tempérament local. Et ces tempéraments peuvent changer considérablement d'un territoire à l'autre. Ces personnalités géographiques doivent être intégrées, respectées sinon les chocs sont terribles. Je ne connais pas bien la Catalogne, voire même pas du tout. Donc je ne peux pas en parler de façon détaillée. Une des rares fois où j'y suis allé c'était avec Alain Mérieux dans le cadre des moteurs de Rhône Alpes. Pour ce qui était pour moi une "région d'Espagne parmi d'autres", la rencontre avec Jordi Pujol m'était apparue irréelle : déjà un chef d'Etat. Puis, plus les déplacements ont été nombreux, plus cette réalité de la personnalité géographique m'est apparue manifeste. Avec parfois des surprises considérables entre les idées de départ et les réalités perçues à l'exemple des relations entre le Québec et les français. Cette personnalité géographique est construite par de nombreux facteurs dont l'Histoire. A force de marginaliser l'Histoire, trop de tendances durables sont sous-estimées, parfois même oubliées. Cette Histoire génère des codes, des usages, des réflexes. Et des divorces brutaux deviennent implacables si ces composantes sont inconnues ou méprisées. C'est tout le problème des néos dans une géographie. Il faut beaucoup d'humilité, de curiosité pour apprendre quand on est nouveau. Sinon des décalages naissent vite. Avec les migrations actuelles d'origines diverses (économiques, pauvretés, guerres …), c'est un enjeu qui va prendre une importance croissante manifeste. Cette réalité mériterait d'être mieux considérée dans de très nombreux endroits.
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Le temps des simulateurs
Hier, Trump a apporté à la transparence totale promise sur l'assassinat de JFK à Dallas la même efficacité que celle pour désarmer tout de suite la Corée du Nord ou pour juguler rapidement la dette fédérale : un tweet qui annonce la foudre qui n'arrive jamais. La communication moderne a ouvert le temps des simulateurs. Il ne faut jamais aller dans la nuance. Mais surtout il faut être habile à exprimer ce qui n'est pas éprouvé : colère, tristesse, compassion, vertu … Triste évolution. Le problème c'est quand cette règle devient sur-jouée. Il faut beaucoup de talent pour faire semblant très longtemps. Au rythme des actuelles révélations, c'est à craindre que ce talent là ne soit pas si partagé qu'on pouvait initialement l'imaginer dans plusieurs pays.
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Comme si on envoyait des majorettes sur le front de guerre …
L'impréparation de la France aux mutations liées au réchauffement climatique annonce des réveils dramatiques. Regardons les faits récents. 1) Le second pollueur au monde se retire de ses engagements. Hier, le chef de l’Agence américaine de protection de l’Environnement (EPA), Scott Pruitt, a signé un projet de décision abrogeant un ensemble de mesures prises par l’administration Obama pour lutter contre le changement climatique. Cette abrogation intervient quelques mois après la décision du président américain de quitter l’accord de Paris sur le climat, estimant qu’il était défavorable aux États-Unis. Scott Pruitt avait annoncé lundi, devant des mineurs du Kentucky sa décision d’abroger le Plan climat de la précédente administration. Le «Clean Power Plan» (CPP, Plan pour une énergie propre), signé par Barack Obama en août 2015, avait pour but d’accélérer la transition énergétique et d’imposer aux centrales thermiques des réductions de leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2) de 32% d’ici 2030 par rapport à 2005. Il aurait entraîné la fermeture des centrales thermiques à charbon les plus anciennes et les plus polluantes du pays. Le public a 60 jours pour soumettre ses commentaires avant l’adoption à terme d’un texte définitif. Les États-Unis sont le deuxième plus gros émetteur de gaz à effets de serre derrière la Chine. Avec l'administration fédérale Trump, le cinéma de la COP21 vole en éclats. Ne pas avoir profité de l'administration Obama pour sceller un accord juridique contraignant restera dans le temps d'une irresponsabilité notoire. 2) Au moment où la France découvre la sécheresse d'octobre, le Gouvernement coupe dans les crédits de … l'eau. 3) Et demain, il y a débat à l'Assemblée Nationale sur l'éventuel retour de la compétence eau aux Communes qui sera probablement rejeté pour être laissée aux intercommunalités, nouvelles technostructures administratives lointaines, confuses et irresponsables. Alors que la lutte contre le réchauffement climatique mériterait des vrais combattants, aujourd'hui, c'est comme si on envoyait des majorettes sur le front de guerre. Face à Trump et l'administration fédérale américaine, les gesticulations françaises pèsent rien et les décisions intérieures sont à contre-sens. Les retours aux réalités s'annoncent périlleux en France face aux conséquences graves et implacables du réchauffement climatique.