Denis Bonzy

Catégorie : Etats-Unis

  • Pourquoi Jeff Bezos ne pouvait pas être français …

    Amazon siège

    Remarquable article des Echos du jeudi 7 septembre sur les 5 leçons a retenir de Jeff Bezos. Jeudi 7 septembre, Jeff Bezos a annoncé la construction d'un second siège : 5 milliards de dollars de travaux, 50 000 emplois créés … Amazon, c'est déjà 380 000 salariés soit le 8ème employeur des Etats-Unis ! Parmi les 5 leçons très instructives, il y a la leçon 4 : accepter de perdre de l'argent. Quand il était venu en France en 2 000 (29 août), Amazon c'était un CA de 70 millions de dollars de CA avec 25 millions de dollars de pertes sur l'exercice 1999. A l'issue de son point professionnel sur une péniche à Paris, j'avais brièvement parlé avec lui. Il avait reçu un orage de grêle des journalistes français annonçant l'éclatement de la "bulle Amazon" et datant même pour certains le moment de sa … liquidation. En France, il faut gagner de l'argent … tout de suite. Les seuls organismes qui peuvent perdre de l"argent, c'est le public sans que là des questions soient jamais posées comme s'il avait vocation, même dans des domaines concurrentiels, à cumuler les trous à boucher et les grandes entreprises avec beaucoup de salariés qui peuvent engager un chantage à l'emploi pour obtenir des renflouements. Pour les autres, accepter le long terme, c'est impossible. Le mécanisme est verrouillé : le commissaire aux comptes lance des alertes. L'expert comptable est pris d'angoisse. Les concurrents agitent le drapeau rouge en ayant comme argument de vente que l'entreprise en question ne peut plus survivre longtemps. Il maque plus que la convocation dans la salle d'attente du tribunal de commerce et la "messe est dite" : le sapin est avancé … C'est certains que Jeff Bezos ne pouvait pas être français. Mais en attendant l'essentiel des emplois qu'il crée ne le sont pas non plus. Un constat qui mériterait d'être analysé plus sérieusement que d'actuels débats bien éphémères …

  • « Il était si laid que, lorsqu’il faisait des grimaces, il l’était moins … »

    John Doerr bis 01 09 17

    Cette formule de Jules Renard résume la vie politique française. Il ne s'agit pas d'avancer tous positivement. Il faut d'abord lever des épouvantails pour que chacun puisse se réjouir ensuite d'être parvenu à écarter certains épouvantails. Le projet doit être tellement laid à l'origine qu'à l'issue des "grimaces" deviennent tolérables. Hier, en France, avec le projet de réforme du code du travail, c'était au tour de chacun d'accepter des "grimaces" pour éviter la "laideur" globale esquissée à certaines étapes. Au même moment, la même journée, aux Etats-Unis, près de 300 entrepreneurs leaders signent une lettre publique pour défendre un texte clair, précis. La lettre est publique. Ce ne sont donc pas des discussions de coulisses. Tant que l'économie française sera "gérée" entre une représentation patronale collabo qui cède à toutes les sirènes du pouvoir fut-il même bien de gauche comme si en France être patron devait être une croix permanente à porter et un syndicalisme ouvriériste qui rêve toujours de la lutte des classes et du "grand soir", l'économie est mal barrée dans ce pays. 

  • 223 jours et déjà … à la prochaine

    Mark Zuckerberg 2 20 04 17

    Il y a un moment où l'accélération du temps doit quand même commencer à poser question. Ce qui me surprend beaucoup actuellement, c'est l'importance considérable dans les médias américains de la perspective d'une candidature de Mark Zuckerberg en 2020. Certes, l'intéressé s'y prête. Sur Google, il y a accès à des centaines d'articles sur ce sujet dans des médias importants. Et il y a seulement 223 jours que Trump est installé. Rien ne semble pouvoir calmer la fuite dans le temps. A peine installé, il est déjà question de la prochaine élection. Et ce matin, des médias français s'engagent dans cette voie en ouvrant expressément la course à Matignon. La question est désormais à l'après éventuel Edouard Philippe. Là, on est à 108 jours entre la date d'installation et celle d'aujourd'hui. A ce rythme, l'installation annonce presque le départ virtuel. Difficile de gérer sérieusement dans de telles circonstances. L'opinion commence peut-être à zapper un peu trop vite … ?

  • Le vrai décrochage français : l’engagement et l’exemple de la bataille de l’arrondi

    Micro dons

    Le Sud Est du Texas (soit l'équivalent d'une partie considérable des territoires français)  subit actuellement un désastre. Il se reconstruira très vite. Des sportifs emblématiques, des entrepreneurs, des particuliers … vont abonder des sommes considérables pour effacer le plus rapidement possible les traces de cette épreuve historique. La faculté de résilience sera spectaculaire. Les fonds fédéraux et ceux de l'Etat fédéré ne manqueront pas. Mais les particuliers vont changer la donne. Dès hier soir, sur Instagram, un joueur de basket lançait l'opération au moins 25 000 dollars pour le Texas. Et la liste des donateurs d'au moins 25 000 dollars s'allongeait de minute en minute. Il y a 3 jours pour défendre les sanctuaires naturels, Yvon Chouinard (Patagonia) achetait pour 700 000 dollars une pub TV pour appeler à la mobilisation face aux menaces de l'administration Trump. Et la liste d'exemples des engagements privés pourrait durer longtemps. En France, historiquement, la donation a été d'abord le fait de l'Eglise dans sa vocation sociale. Puis cette source s'est appauvrie. L'Etat lui a succédé. Mais l'Etat s'est appauvri à son tour perdu dans une foultitude d'aides le détournant de ses fonctions essentielles comme le montrent actuellement dramatiquement par exemple les photos des moyens de forces de l'ordre ou de Défense. Il n'y a pas d'étape suivante en France. C'est toujours à l'Etat de faire. Si l'Etat ne fait pas tout de suite, c'est le scandale, l'impopularité. On le vit actuellement avec l'installation de Macron. On peut être pour ou contre sa politique. Ce n'est pas la question. Mais qui le désenclave ? Le patronat français demande des mesures mais explique-t-il pourquoi elles seraient utiles au grand nombre ? Non. Il y a un choc seulement entre ceux qui doivent faire et ceux qui s'opposent. Et les autres sont où ? Ils observent. Ils attendent. C'est le véritable décrochage français : l'engagement est en berne. Des engagés peuvent perdre. Ils peuvent aussi gagner. Ce qui est sûr, c'est que faute d'engagement les personnes concernées ont beaucoup moins de chance de gagner. Tant que la bataille de l'engagement de chacun ne sera pas livrée, l'immobilisme et les blocages seront les seuls vainqueurs. Or cet engagement peut revêtir des aspects parfois simples aux conséquences pourtant considérables comme la bataille de l'arrondi. Des sites se multiplient dans ce cadre. Des sommes parfois significatives sont collectées. S'engager ce n'est pas que voter. S'engager c'est faire respecter sa qualité de citoyen chaque jour et non pas un seul jour tous les 5 ou 6 ans. Le jour où l'engagement aura changé en France, la vie publique changera alors bien au-delà du seul état civil de son Président.

  • Où est la France qui fait ?

    Charlie Baker dog

    A continuer à ne mettre en relief que la France qui parle ou celle qui dérape, des médias vont dissuader les dernières personnes qui ont encore envie de faire. La France qui parle, c'est la "France politique" qui parle encore et toujours sans même avoir souvent quelque chose d'innovant ou de sérieux à dire. C'est un "gavage" de la pensée avec la méthode des éléments de langage qui accompagnent la tournée des plateaux TV ou radios. Entendre les mêmes mots. Les mêmes formules. Comme si à force de répéter, une vérité fut-elle fausse pouvait s'imposer. La France qui dérape, c'est celle des faits divers. Plus la France dérape dans le glauque, plus des médias couvrent. C'est une ambiance insupportable. Où est la France qui agit ? Celle qui crée, qui innove ? C'est la grande différence entre l'information outre-atlantique (Canada, Etats-Unis / je ne peux pas parler d'autres pays car je ne les connais pas assez) et l'information française. En France, celui qui agit n'existe pas. Il faut parler ou déraper pour compter aux yeux de médias. Et d'ailleurs la France qui parle est tellement proche des médias que ceux qui ont été virés par les urnes reviennent par les ondes en constatant le nombre désormais irréel de politiques usés, dévalorisés, décrédibilisés qui deviennent … journalistes. Pourquoi cette situation ? Parce qu'agir en France, c'est ce qui se compte le moins : les faits, les comparaisons, les chiffres justes, les innovations prometteuses …. Prenons des exemples concrets :

    Cette situation est insupportable. Elle use une majorité politique en un seul été. Et elle lasse les citoyens qui s'écartent de ce climat irresponsable même pour les plus engagés d'entre eux désormais.

  • La bataille des sanctuaires naturels

    Orvis nature 2

    Il y a des paysages qui ont été réussis par le génie de la nature dans des conditions de perfection que l'être humain ne parviendrait probablement pas à inventer. Lorsque c'est le cas, il devrait s'agir de sanctuaires naturels, c'est à dire des parcelles de territoires que nous jugeons comme "intouchables", appartenant au noyau dur de l'actif à transmettre aux prochaines générations. C'est une préoccupation peu présente en France. Aux Etats-Unis, Obama a beaucoup fait en la matière notamment pour les sanctuaires marins. Mais la chance des Etats-Unis réside dans la mobilisation de privés. Il y a des marques qui sont associées à ces espaces : Orvis, Patagonia, The North Face … Grâce aux réseaux sociaux, ces marques effectuent un travail pédagogique de très grande qualité. Les films d'Orvis par exemple célèbrent la nature dans des conditions d'un professionnalisme hors du commun (cf vidéo ci-dessous). Des séquences de vie d'harmonie avec la nature et les animaux. C'est très préoccupant de constater l'immobilisme en France en la matière. Il y a pourtant de nombreux sanctuaires naturels qui mériteraient d'être reconnus, protégés, promus. Peut-être un signal de plus d'une génération qui a beaucoup reçu et qui se pose de moins en moins la question de savoir ce qu'elle peut laisser à son tour … ? 

  • Quelle modestie de viser la Maison Blanche quand d’autres envisagent de tuer … la mort

    Zuckerberg

    Cette semaine L'Express ouvre avec retard le dossier de l'éventuelle candidature de Zuckerberg à la Maison Blanche en 2020. La génération des vainqueurs de la Silicon Valley n'est qu'au début des surprises. Une partie d'entre eux ont des fortunes constituées en moins de 10 ans. Ils n'ont jamais imaginé construire une entreprise qui ne soit pas leader mondial. Leurs entreprises battent la capitalisation de groupes classiques constitués avec soin pendant des décennies. Avec les cessions d'actions, ils ont protégé des générations entières de descendants. Leurs nouveaux défis ont pour noms : les loisirs sur la lune, la visite de mars, hyperloop … et pour certains d'entre eux pas moins que l'immortalité ou comment tuer la … mort. Face à de tes défis que représente la conquête de la Maison Blanche ? Sous cet angle, il n'y a plus de surprise dans ce défi mais juste s'inquiéter qu'il ne soit pas assez … ambitieux. Cette génération donne le sentiment de n'être qu'au début des paris fous…

  • La France toujours coincée dans le choc entre les marchands et les administratifs

    Deval Patrick 3 02 07 17

    Avec l'installation de sa nouvelle majorité parlementaire, la France montre combien elle reste coincée dans le choc entre ses marchands et ses administratifs. Deux mentalités différentes. Il ne s'agit pas de les hiérarchiser mais de noter les différences. Le marchand est celui qui vit dans le secteur privé. Son univers c'est de vendre pour vivre : vendre des produits, des services … Il sait que sa situation matérielle peut vite progresser mais qu'elle peut aussi connaître une érosion brutale. Il a donc intégré la précarité. Il a dû intégrer aussi la compétition permanente, soudaine, imprévisible. L'univers de l'administratif est différent. Presqu'à l'opposé. Son univers est celui du service non rémunéré à la tâche. Bien davantage, la rémunération reste la même que le service soit de qualité ou qu'il ne le soit pas. Il a la durée pour lui. Et surtout, il n'y aura pas de concurrence légale qui ne soit pas acceptée par lui ou du moins par sa hiérarchie. Tout oppose ces deux univers. Le politique prend la mentalité de l'administratif dès qu'il se professionnalise dans la politique. Le problème en France, c'est que ces deux univers se croisent peu. Il n'y a pas de points de passages de l'un vers l'autre. C'est le résumé de l'actuelle situation politique en France. Une nouvelle génération est arrivée au parlement. Bon nombre d'entre eux sont des "marchands" de la société civile. Que leur est-il demandé ? De faire comme hier et de devenir aussitôt des "administratifs". La négation même de leur offre de campagne. Comme si ces deux univers ne pouvaient pas se mêler. Dans le même temps, hier, aux Etats-Unis, Politico évoque la candidature de Deval Patrick en 2020 (photo ci-dessus). C'est l'opposé de ce choc. Il n'a fait que 8 ans de politique (2006 – 2014). Avant, il avait son cabinet juridique. avec les difficultés de l'indépendant. En mai 2008, j'ai assisté à Cape Cod à l'une de ses réunions. Il ne parlait que de la vie de tous les jours. Les difficultés simples de la vie quotidienne. Puis après 2014, il est retourné au privé (Bain Company). La situation changera réellement en France le jour où ces deux "mondes" se croiseront en permanence. Cela ne semble pas pour demain, hélas.

  • Pourquoi faire si on est bon à ne rien faire ?

    John mccain 2 21 07 17

    Aux Etats-Unis actuellement, avec la révélation du cancer de John McCain, une partie de l'opinion, très critique face à la classe politique de Washington, découvre le détail de certaines fonctions, l'ampleur des choix donc celle des responsabilités. Une partie des regards change. Cette réalité montre qu'en France, où également la classe politique est fortement décriée, à quoi peut tenir le changement ? A une diminution du nombre d'élus ? A une diminution du montant des dépenses liées au fonctionnement des élus ? … Non. Au retour aux fondamentaux du pouvoir : être exemplaire, agir et être responsable des résultats. Etre exemplaire, bien au-delà de la base de l'honnêteté, c'est être compétent par les connaissances sérieuses de dossiers de pans entiers d'activités. Agir, c'est refuser le bouclier de l'impuissance généralisée : du "c'est pas moi c'est l'autre" au "c'est impossible" en passant par la date d'une action promise mais toujours … reportée. Et surtout être responsable de résultats. La responsabilité a été croissante partout, parfois même dans le secteur privé sur des bases expéditives, pourquoi la société civile, dans ces conditions particulières, accepterait-elle de payer pour des personnes qui ne seraient responsables de rien ? Bref, le retour au crédit de la classe politique passe par le refus d'une mentalité très développée :"pourquoi faire si on est bon à ne rien faire ?". C'est peut-être la principale leçon donnée involontairement par McCain, véritable légende de la politique américaine depuis les conditions de sa détention au Vietnam. Il a fait. Il n'a jamais accepté d'être bon à ne rien faire. Et il assumé toutes les responsabilités de ses actions y compris quand elles ont été malheureuses comme le choix de Palin en 2008. Si les politiques français ne s'inspirent pas que des mauvais travers de la politique américaine, c'est peut-être une leçon à méditer ?

  • Alibaba : monter jusqu’où ?

    Amazon NYC 25 05 17

    En juillet 2016, le cours de l'action d'Alibaba était de 81 dollars. 12 mois plus tard, il est de … 152 dollars. Rarement le nom emblématique d'une société n'a été aussi mérité comme caverne à trésors. Dans le même temps, Amazon, autre "logisticien" d'envergure mondiale, a vu le cours de son action passer de 700 à 1012 dollars sur la même période. Jamais dans l'histoire de l'économie, des sociétés ont été aussi rapidement constituées, reconnues et dotées d'un capital rendant les démultiplications possibles aussi gigantesques. La capitalisation boursière d'Alibaba aujourd'hui c'est 5 fois Danone, plus de 6 fois GDF – Suez, près de 20 fois Veolia Environnement, pour citer quelques-unes des références du CAC 40. Un nouveau monde économique est en train de naître et la compétition se concentre beaucoup Etats-Unis / Chine … Le décrochage français de plus en plus manifeste dans cette course aux leaders mondiaux modernes. Une réalité qui mériterait d'être analysée avec davantage de rigueur.