Il y a des dates qui sont tellement fortes que le jour vit de lui-même sans être rattachable à une année. C'est le cas du 11 septembre. Cette date est un tournant majeur. Chacun se rappelle où il était au moment de la découverte de ce drame. Ces images qui alors semblent irréelles. Deux enseignements me paraissent importants. 1) Une rupture brutale dans ce que nous pensions être le progrès universel. C'est l'époque où, probablement comme de très nombreuses personnes, je m'étais fait à l'idée qu'en dehors de théâtres précis de guerres, des morts collectives ne pouvaient naître que de défaillances techniques (accidents d'avions, trains …). Mais que la "main de l'être humain" ne pouvait volontairement souhaiter la mort d'autrui. Depuis ce 11 septembre, on sait que cette vision de l'évolution collective est fausse. De façon passagère ? A jamais ? Impossible à dire. 2) Il y a donc désormais une violence nouvelle dans le regard sur autrui. On sait que l'immense majorité des êtres humains aspire à vivre en paix, dans le respect d'autrui, dans le respect de la diversité qui fait la beauté des communautés, mais il y a des "arbres qui cachent cette forêt". Et ces arbres cachent tout le regard donné à la forêt. Le 11 septembre a emporté beaucoup de valeurs avec lui. Une journée dramatique qui mérite de rester en mémoire bien au-delà des seuls anniversaires liés à des repères de dates de décennies.
Catégorie : Etats-Unis
-
Quand des médias de démocraties dites avancées perdent manifestement la raison …
Ce qu'a fait le NYT relayé par des médias notamment français est d'une extrême gravité. Il est possible de détester Donald Trump mais pour autant des actes ne doivent pas être cautionnés. Le New York Times ouvre une tribune majeure à un auteur anonyme. Donc il cautionne l'anonymat. Et que dit cet auteur anonyme ? De l'intérieur, nous luttons contre Trump c'est à dire une personne explique qu'elle mène la guerre contre celui qui a été désigné par le suffrage universel direct. A quel titre cette personne a reçu mandat pour une lutte de ce type ? Jusqu'où est-elle prête à aller pour mener ce combat ? De telles déclarations sont inqualifiables. Et en France des médias relayent l'information sans se distancer de telles pratiques alors même que cette information va bien au-delà de Trump. C'est cautionner l'anonymat et le blocage d'un élu au suffrage universel direct. Et ces enjeux là sont ignorés. Nous traversons quand même une période très particulière. Les pires détracteurs de Trump auraient dû critiquer de telles méthodes. Il ne faut pas s'étonner si ensuite une crise des médias se creuse.
-
Mom !
Avec les élections intermédiaires de novembre 2018, à l'occasion des primaires, les Etats-Unis ont vécu deux révolutions silencieuses. 1) La prise de pouvoir politique par les femmes. Et une prise de pouvoir par les urnes et non pas par obligation légale de parité de candidatures comme en France. 2) Pour la quasi-totalité de ces candidates, une qualité en référence : Mom (maman) ! La ligne de CV qui compte le +. La première référence mieux que tous les diplômes divers. Et l'électorat a conscience que, qui a été capable d'élever sérieusement ses enfants mérite la confiance. Comment faire confiance à une personne qui aspireraient à s'occuper des affaires d'autrui alors même qu'elle n'a pas été capable d'élever sa propre famille ? C'est simple. Plein de bon sens. Eduquer ses enfants, c'est connaître la vie. La vraie. Bref des repères simples, bien loin des profils avec complications à la française. Sous Hollande, bon nombre de ministres avaient des enfants occupants fréquents des tribunaux (drogues, jeux …). Incapables d'élever leurs enfants mais capables de dire à autrui comment il faut faire … Sous Macron, c'est souvent une jeune génération qui joue les starlettes bien pomponnées. Le jour où l'opinion publique française reviendra à des fondamentaux simples dans l'examen d'abord des vies privées, elle tombera peut-être moins rapidement de l'armoire …
-
Quand le sacre tourne au … massacre
Remarquable article dans Le Monde Magazine de cette semaine sur l'expérience du magazine George lancé par JFK Jr dans les années 1990 qui ont été un tournant pour la presse papier avant la grande "révolution" d'Internet. En dehors de quelques paragraphes qui ne parviennent pas à se dissimuler quelques piques contre le groupe Lagardère concurrent du Monde, sur le fond, c'est une chirurgicale description des virages de cette époque. La prise de pouvoir des photos sur le texte. La course aux célébrités. Le désintérêt croissant pour la politique traditionnelle donc la recherche de nouvelles accroches pour la rendre séduisante. Tout y est. C'est l'aventure d'un magazine nouveau qui devait être le sacre de "l'autre information" et qui se termine dans une ambiance globale de massacre : depuis sa faillite financière jusqu'à la disparition de son principal animateur. C'est par des articles de fond de ce type que la presse papier garde un espace spécifique : de la documentation précise qui se situe dans un long développement. Bravo aux auteurs. A lire.
-
10 ans après jour pour jour …
Au fur et à mesure qu'on avance dans la vie, outre la chance à célébrer d'être encore dans le "circuit", il y a des symboles qui imposent des réflexions. Progressivement, trois constats me sont apparus mériter une attention particulière. D'abord la relation entre des noms et des activités. Pendant l'hospitalisation de mon père, cette évidence m'était apparue terrible. Le médecin à son étage s'appelait le Dr Colombe, une jeune femme adorable d'une douceur exemplaire et l'infirmière chef s'appelait Mme Pont. A l'étage de la mort dans cet hôpital, un patient était dans les mains de deux personnes appelées Colombe et Pont … Dans la foulée, j'ai cherché à établir des liens de ce type dans les étapes de mon existence et j'ai été stupéfait par ces symboles jusqu'à aller vers une personne appelée Dehaine dans la fonction de … banquier. J'ai progressivement rédigé un petit carnet (nom / profession) et les liens sont stupéfiants. Ensuite, il en est de même pour des prénoms. Il y a des prénoms avec lesquels je me suis toujours entendu et d'autres jamais. Et quand là aussi je dresse la liste, c'est impressionnant. Ce qui l'est encore plus c'est les traits communs de tempéraments entre des prénoms comme si un prénom pouvait porter un caractère. Enfin, c'est le symbole des dates. Dernier exemple : le décès de John McCain cette nuit. Il est décédé 10 ans jour pour jour avec le second jour de la Convention Démocrate de Denver en 2008 qui a scellé le lancement réussi d'Obama et donc la défaite de McCain à la présidentielle 2008. A cette époque, la Convention Démocrate s'annonce risquée. La compétition Obama / Clinton a laissé des traces. McCain espère que cette Convention déchire ses concurrents. Si c'est le cas, il peut encore gagner. Sinon ce sera très difficile car il sait qu'il paye l'ardoise des années Bush. Contre toute attente, les Clinton donnent l'exemple de la loyauté à un parti et à son candidat. La présidentielle vient de basculer. Or la présidentielle, McCain y a pensé toute sa vie. Dès son retour du Vietnam, il était un symbole, voué aux plus hautes responsabilités. En 2000, il a perdu la primaire. En 2008, bien avant le vote, lors de la Convention de Denver (25 au 28 août 2008), il perdait l'élection. 10 ans plus tard, jour pour jour, il décède. Les mystères des calendriers sont parfois étonnants. Un homme remarquable que j'ai eu plaisir à rencontrer brièvement.
-
168 ans !
Hier mercredi, à San Francisco, la première femme maire afro-américaine a prêté serment pour accéder à cette fonction dans cette ville. Il aura donc fallu attendre 168 ans pour qu'une femme afro-américaine accède à cette fonction dans une ville de 4 700 000 habitants. Il avait fallu attendre 128 ans pour qu'une femme soit maire. Et 40 ans de plus pour que ce soit une "femme de couleur". Ce sont là des séquences temps qui méritent la réflexion. Comment une démocratie peut-elle être inclusive quand une fonction donne ainsi le sentiment d'être hors de portée d'une partie importante de ses membres ? Un réel sujet de fond. Et quelle belle ténacité pour la nouvelle maire que de penser pouvoir ainsi rompre les si vieilles habitudes.
-
Si deux suspens ne deviennent pas trop lourds …
Si le suspens de la coupe du monde de football n'a pas déjà trop usé les nerfs de fervents supporters, je recommande la lecture du "Président a disparu". Bien rédigé. Présentation intéressante des mécanismes du pouvoir comme des flatteries nécessaires pour amadouer des politiques. Sympa en cette période d'été. Mais encore faut-il que deux suspens à la fois ne soient pas trop lourds à endosser … Merci Thomas pour cette recommandation.
-
La fête de l’indépendance
Aujourd'hui aux Etats-Unis, c'est un jour de réelle fête populaire : l'Independence Day. La célébration de la déclaration d'indépendance du 4 juillet 1776. D'immenses fêtes familiales, populaires, municipales ont lieu. Deux mots formidables : fêter c'est à dire avoir la mémoire joyeuse. Et l'indépendance : être maître de son devenir. Libre ! En France, je suis surpris par la marginalisation progressive des vraies dates d'indépendance. Parfois au fond d'une vallée on tombe sur un monument aux morts. On lit des noms et des âges. Une fois par an, ils ont droit à la visite d'officiels qui l'espace de 30 minutes déposent des fleurs puis repartent souvent très rapidement. Plus le temps passe, moins la fête est partagée populairement. C'est choquant à ce point là. Comme s'il n'y avait en France qu'à célébrer la chute de la monarchie alors que le pays a si rapidement remplacé la monarchie du sang par celle de l'entre soi. Et surtout comme si la monarchie pouvait être un péril pire que le … nazisme. Il y a des moments où le ré-ajustement des fêtes nationales mériterait une plus grande attention.
-
Un d’entre nous !
A chaque mercredi, lendemain de primaires aux Etats-Unis en cette période d'élections intermédiaires de novembre 2018, c'est la liste des "têtes couronnées tombées". "Têtes couronnées" par des années d'élections, de titres, d'appartenance à un milieu politique. Mais tombées parce que les "indéboulonnables" sont … déboulonnés. Non seulement le 26 juin n'a pas échappé à ce mouvement. Mais un record a été battu notamment à New York avec la défaite de Joe Crowley. Elu depuis 1999 avec une moyenne de 70 % des voix et hier battu par une jeune candidate de 28 ans. A la longue, l'affairisme, l'inefficacité, #MeToo et les scandales d'harcèlements … : les élections deviennent la revanche des citoyens sur leurs représentants professionnels. Du jamais vu. #OneOfUs est la formule magique. Dans chaque "formule magique", il y a la rencontre avec l'attente du moment. Le "en même temps" d'Emmanuel Macron en 2017 témoignait de la volonté de sortir des affrontements permanents droite / gauche. Parfois quelques mots résument toute une offre de fond. C'est le cas du #OneOfUs : la campagne des pairs. Les citoyens veulent d'autres citoyens pour les représenter. Une réalité à méditer.