Denis Bonzy

Catégorie : Etats-Unis

  • La France toujours coincée dans le choc entre les marchands et les administratifs

    Deval Patrick 3 02 07 17

    Avec l'installation de sa nouvelle majorité parlementaire, la France montre combien elle reste coincée dans le choc entre ses marchands et ses administratifs. Deux mentalités différentes. Il ne s'agit pas de les hiérarchiser mais de noter les différences. Le marchand est celui qui vit dans le secteur privé. Son univers c'est de vendre pour vivre : vendre des produits, des services … Il sait que sa situation matérielle peut vite progresser mais qu'elle peut aussi connaître une érosion brutale. Il a donc intégré la précarité. Il a dû intégrer aussi la compétition permanente, soudaine, imprévisible. L'univers de l'administratif est différent. Presqu'à l'opposé. Son univers est celui du service non rémunéré à la tâche. Bien davantage, la rémunération reste la même que le service soit de qualité ou qu'il ne le soit pas. Il a la durée pour lui. Et surtout, il n'y aura pas de concurrence légale qui ne soit pas acceptée par lui ou du moins par sa hiérarchie. Tout oppose ces deux univers. Le politique prend la mentalité de l'administratif dès qu'il se professionnalise dans la politique. Le problème en France, c'est que ces deux univers se croisent peu. Il n'y a pas de points de passages de l'un vers l'autre. C'est le résumé de l'actuelle situation politique en France. Une nouvelle génération est arrivée au parlement. Bon nombre d'entre eux sont des "marchands" de la société civile. Que leur est-il demandé ? De faire comme hier et de devenir aussitôt des "administratifs". La négation même de leur offre de campagne. Comme si ces deux univers ne pouvaient pas se mêler. Dans le même temps, hier, aux Etats-Unis, Politico évoque la candidature de Deval Patrick en 2020 (photo ci-dessus). C'est l'opposé de ce choc. Il n'a fait que 8 ans de politique (2006 – 2014). Avant, il avait son cabinet juridique. avec les difficultés de l'indépendant. En mai 2008, j'ai assisté à Cape Cod à l'une de ses réunions. Il ne parlait que de la vie de tous les jours. Les difficultés simples de la vie quotidienne. Puis après 2014, il est retourné au privé (Bain Company). La situation changera réellement en France le jour où ces deux "mondes" se croiseront en permanence. Cela ne semble pas pour demain, hélas.

  • Pourquoi faire si on est bon à ne rien faire ?

    John mccain 2 21 07 17

    Aux Etats-Unis actuellement, avec la révélation du cancer de John McCain, une partie de l'opinion, très critique face à la classe politique de Washington, découvre le détail de certaines fonctions, l'ampleur des choix donc celle des responsabilités. Une partie des regards change. Cette réalité montre qu'en France, où également la classe politique est fortement décriée, à quoi peut tenir le changement ? A une diminution du nombre d'élus ? A une diminution du montant des dépenses liées au fonctionnement des élus ? … Non. Au retour aux fondamentaux du pouvoir : être exemplaire, agir et être responsable des résultats. Etre exemplaire, bien au-delà de la base de l'honnêteté, c'est être compétent par les connaissances sérieuses de dossiers de pans entiers d'activités. Agir, c'est refuser le bouclier de l'impuissance généralisée : du "c'est pas moi c'est l'autre" au "c'est impossible" en passant par la date d'une action promise mais toujours … reportée. Et surtout être responsable de résultats. La responsabilité a été croissante partout, parfois même dans le secteur privé sur des bases expéditives, pourquoi la société civile, dans ces conditions particulières, accepterait-elle de payer pour des personnes qui ne seraient responsables de rien ? Bref, le retour au crédit de la classe politique passe par le refus d'une mentalité très développée :"pourquoi faire si on est bon à ne rien faire ?". C'est peut-être la principale leçon donnée involontairement par McCain, véritable légende de la politique américaine depuis les conditions de sa détention au Vietnam. Il a fait. Il n'a jamais accepté d'être bon à ne rien faire. Et il assumé toutes les responsabilités de ses actions y compris quand elles ont été malheureuses comme le choix de Palin en 2008. Si les politiques français ne s'inspirent pas que des mauvais travers de la politique américaine, c'est peut-être une leçon à méditer ?

  • Alibaba : monter jusqu’où ?

    Amazon NYC 25 05 17

    En juillet 2016, le cours de l'action d'Alibaba était de 81 dollars. 12 mois plus tard, il est de … 152 dollars. Rarement le nom emblématique d'une société n'a été aussi mérité comme caverne à trésors. Dans le même temps, Amazon, autre "logisticien" d'envergure mondiale, a vu le cours de son action passer de 700 à 1012 dollars sur la même période. Jamais dans l'histoire de l'économie, des sociétés ont été aussi rapidement constituées, reconnues et dotées d'un capital rendant les démultiplications possibles aussi gigantesques. La capitalisation boursière d'Alibaba aujourd'hui c'est 5 fois Danone, plus de 6 fois GDF – Suez, près de 20 fois Veolia Environnement, pour citer quelques-unes des références du CAC 40. Un nouveau monde économique est en train de naître et la compétition se concentre beaucoup Etats-Unis / Chine … Le décrochage français de plus en plus manifeste dans cette course aux leaders mondiaux modernes. Une réalité qui mériterait d'être analysée avec davantage de rigueur.

  • Providence ou l’autre Amérique

    Providence RI 13 07 17

    Aujourd'hui, dans le plus petit Etat des Etats-Unis (le Rhode Island) s'ouvre un "sommet" qui peut constituer un tournant dans les années Trump. Tout d'abord, dans la belle capitale du Rhode Island (Providence), 30 Gouverneurs sur 50 vont se retrouver pour faire le point sur des sujets importants comme le climat et la décision de retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris. Ensuite, ce nombre très élevé de Gouverneurs va connaître pour la première fois à ce point des interventions de personnalités extérieures comme Justin Trudeau ou Elon Musk. Deux profils très complémentaires. Le premier montre que le voisin canadien partage des préoccupations. Le second montre qu'il n'y a pas d'antinomie entre le progrès de la cause environnementale et le progrès économique. Enfin, c'est à l'initiative de la Gouverneure de cet Etat, Gina Raimondo. Un profil remarquable. Une femme qui a a gagné en 2014, démocrate face à une vague alors républicaine. Première femme Gouverneure de l'histoire du Rhode Island. Et depuis cette date, elle mène des efforts locaux exemplaires. Avec tous ces éléments, Providence va incarner pendant 3 jours l'autre Amérique. Une Amérique douce avec des paysages magnifiques. Providence comme Newport sont des villes extraordinaires avec cette paisibilité que l'on peut retrouver dans le Maine ou le New Hampshire. A Newport, même en plein été, il faut toujours avoir le Kway à la ceinture tant la pluie peut brièvement arriver rapidement et drue. C'est le souvenir de la plus "belle" rincée familiale en bord d'Atlantique. La nourriture est simple et saine. Les places de villages sont propres et sûres. Les habitants sont accueillants. La vie quotidienne échappe à la cherté des grandes capitales. C'est l'autre Amérique que tant de personnes aiment à juste titre et qui est trop souvent oubliée pour parler de la fièvre des grandes capitales.

    Newport 13 07 17

  • Et l’Ambassadeur, il sert à quoi … ?

    Ambassade de france USA

    Depuis quelques jours, le sentiment d'un personnel politique qui n'a rien compris. Macron n'a pas gagné. Les autres ont perdu. C'est très différent. Ils ont perdu parce qu'une très large majorité de citoyens n'en voulaient plus. Prêts à sauter dans l'inconnu mais surtout ne plus vivre ce qui avait été vécu avec eux dans le bilan de la majorité comme dans le bilan de l'opposition d'alors. Et depuis quelques jours, rien ne change. Des médias tentent toujours de bercer l'opinion dans des illusions qui ne marchent plus. Dernier exemple : la pseudo-surprise de l'acceptation par Trump de l'invitation lancée par Macron pour le 14 juillet. La version officielle : "Macron invite Trump. Trump découvre la "gentille" invitation et face à la force irrésistible de ce jeune Président, il ne peut résister. Il vient". Chacun sait que la réalité est différente. De longue date, l'Ambassadeur de France a pris les contacts nécessaires. Les services de la Maison Blanche ont donné leur accord. Et après cette confirmation, l'invitation de Macron a été lancée … L'opinion n'est plus dupe. Elle est lasse d'être prise pour aussi ignorante. De même, elle est lasse de constater que bientôt 2 mois de pouvoir vont se résumer aux photos d'une poignée de mains avec Trump pour savoir qui serrait plus fort, une bise avec Angela Merkel et une balade à vélo pendant le week-end d'un vote. Quelles suites pour la vie quotidienne de chacun ? De même pour l'opposition, toujours les mêmes visages. Les mêmes arguments usés jusqu'à la corde. Une flottille de rescapés des Républicains qui confondent leur victoire personnelle avec le fait que leur circonscription est une telle "réserve" politique que n'importe quel autre candidat estampillé aurait été élu aussi. Il ne manque plus que le traditionnel rapport de la Cour des Comptes indiquant que les chiffres officiels sont faux et que le trou est toujours plus profond. A ce rythme, l'abstention déjà reine va devenir un sport national très prisé. Comme les manifs de rentrée parce que la représentation politique à ce rythme n'a pas cessé de cultiver sa propre détestation.

  • 26 juin ou la première formule universelle symbole de liberté après la seconde guerre mondiale

    JFK 2 26 06 17

    Le 26 juin 1963, JFK est à Berlin. Il prononce un discours qui fait l'Histoire avec une formule "Je suis un Berlinois" qui est une première formule universelle à ce point que sa structuration sera reprise plus de 50 ans plus tard "Je suis Paris, Nice, Londres …" en fonction d'épreuves collectives dramatiques face au terrorisme des années 2015 et 2016. Quelques mots trouvent alors une force particulière parce qu'ils résument un sens, une direction collective. 

    Un passage de son discours fait le tour du monde : 

    « Il y a beaucoup de gens dans le monde qui ne comprennent pas ou qui prétendent ne pas comprendre quelle est la grande différence entre le monde libre et le monde communiste.
    Qu'ils viennent à Berlin !

    Il y en a qui disent qu'en Europe et ailleurs, nous pouvons travailler avec les communistes. Qu'ils viennent à Berlin ! Lass sie nach Berlin kommen !

    Notre liberté éprouve certes beaucoup de difficultés et notre démocratie n'est pas parfaite. Cependant, nous n'avons jamais eu besoin, nous, d'ériger un mur […] pour empêcher notre peuple de s'enfuir. […] Le mur fournit la démonstration éclatante de la faillite du système communiste. Cette faillite est visible aux yeux du monde entier. Nous n'éprouvons aucune satisfaction en voyant ce mur, car il constitue à nos yeux une offense non seulement à l'histoire mais encore une offense à l'humanité. […]

    Tous les hommes libres, où qu'ils vivent, sont des citoyens de Berlin. Par conséquent, en tant qu'homme libre, je suis fier de prononcer ces mots : Ich bin ein Berliner ! ».

    C'est tout le problème de l'époque présente. Aucun leader occidental n'a encore trouvé les mots et les lieux porteurs de symboles universels pour parler ainsi à toute la communauté internationale au sujet de causes planétaires (environnement, terrorisme, climat …). Ce sont pourtant de tels moments qui font bouger les frontières et pas les textes officiels.

  • Une opinion toujours à la recherche d’elle-même

    Manifestations US 12 11 16

    Ce qui caractérise la période présente, c'est que les schémas classiques de représentation dans les démocraties occidentales ont explosé. Ils sont fracassés. Partout. C'est le point commun entre la quasi-totalité des démocraties occidentales à de très rares expressions près (Allemagne, Grande-Bretagne …). Trump, Tsipras, Macron, Trudeau … mais aussi le Mouvement des 5 étoiles en Italie ou les partis populistes des ex pays de l'Est … : tous ne sont que le résultat de fins d'une vision traditionnelle de la représentation. Ces opinions savent d'abord ce qu'elles ne veulent plus : mensonges, scandales, corruptions, tromperies multiples … Les vieux partis battus aux élections sont bien des cadavres. Ils ont été tués par ce rejet. Ils n'avaient pas vu ou pas voulu voir le phénomène, ils commettent actuellement la même erreur pensant que, comme les cadavres, ils vont revenir à la surface. Mais quand les cadavres reviennent à la surface, ils sont … décomposés. Il en sera de même pour ces vieux partis incapables de se réformer, de s'ouvrir sérieusement à la société civile, pris dans les vieilles habitudes du mimétisme. Une période très particulière est ainsi ouverte. Savoir ce que l'on ne veut plus est une chose. Mais ignorer pour une grande partie, ce qui devient possible en est une autre. Le dégagisme n'est qu'à son début. Comme au début de sanctions expéditives surprises lors d'élections y compris à destination d'actuels bénéficiaires de cette première vague …

  • « Mais il connait pas Raoul ce mec ! »

    Karen Handel 22 06 17

    Pendant des années, lorsqu'une personne me semblait exprimer une opinion sur autrui différente de ma perception, c'était ma formule préférée :"mais il connait pas Raoul ce mec !" me rappelant les formules d'Audiard si remarquables. Maintenant le "moindre Raoul" est connu de tous, parce qu'il a tout fait pour être … connu. De lui-même sans avoir à chercher. En effet, Raoul a tout mis sur les réseaux sociaux : âge, centres d'intérêts, déplacements, amis, même ses vacances … A force de connaître tous les "Raoul", les commerces et la politique changent de méthodes. L'enjeu n'est plus de chercher à connaître mais de synthétiser tout ce qui est connu. Hier, c'était pas assez. Aujourd'hui, c'est gérer le trop. Dans cette gestion du trop d'infos, le Parti Républicain américain a-t-il pris une avance technologique. La question s'était posée en novembre avec la victoire de Trump (le rôle de Palantir, Cambridge Analytica …). Depuis la victoire surprise totalement inattendue mardi de Karen Handel, les mêmes suppositions repartent de plus belle. Les campagnes électorales sont peut-être en train de vivre un réel nouveau tournant ?

  • Un leader sinon rien

    Eve Sleep

    Il y a des périodes où l'économie et la politique traduisent des tendances communes de façon impressionnante. Aujourd'hui, une entreprise compte si elle est leader de son segment de marché ou si elle porte la promesse de le devenir rapidement. Dernier exemple en date, Eve Sleep, 31 mois d'existence, elle change l'offre des matelas, introduite en bourse de Londres en mai 2017. Elle lève 40 M€ pour devenir leader européen du matelas et des dérivés. Il n'y a plus d'introduction réussie sans une promesse visible de leadership sur une offre. La période actuelle ne s'occupe plus des seconds et encore moins des au-delà. Etre le leader sinon pas de salut.

    C'est la même règle que la politique française vient de consacrer en 2017 avec une force d'une brutalité probablement inédite. Les partis traditionnels ont vécu des primaires qui ont décapité leurs leaders. A cette étape, occupés par leurs guerres internes, ils laissaient l'espace libre à une start-up politique (En Marche). Son leader prenait le segment du marché du changement. Et il allait affronter dans la présidentielle deux autres leaders reconnus (Le Pen et Mélenchon). Pour les autres, leur présidentialité disparaissait avec leur statut de seconds. Et pour les législatives, tout a été amplifié puisqu'en les partis traditionnels partaient au combat sans le moindre leader reconnu. faute de leader reconnu, ils n'ont même pas eu d'exposition, de visibilité. Mieux qu'Eve Sleep qui a attendu 31 mois pour une introduction irréelle en bourse, En Marche a raflé le marché parlementaire en 13 mois.  Du jamais vu en temps de paix dans une démocratie ancienne. C'est vraiment la période du "un leader sinon rien".

  • Grenoble et la belle réussite du street art

    Boston Street art 3

    Le graffiti est au street art ce que le juron est au goût des mots. Et si finalement la seconde vie des murs passait par les couleurs du street art ? L'institutionnalisation de cet art hier rebelle peut être une réelle réussite. Bien loin d'un graffiti posé à la va vite sur un mur. C'est ce qu'est en train de vivre Grenoble actuellement. A l'angle d'une rue ne plus voir seulement les montagnes, ce qui est déjà un merveilleux cadeau, mais découvrir l'inspiration d'artistes. Dans de nombreuses villes étrangères, cet art désormais à part entière est un succès considérable réconciliant avec un beau réflexe : la rue n'appartient pas qu'à ceux qui l'habitent, elle est aussi à partager avec ceux qui la traversent épisodiquement. Tout ce qui permet de rompre la monotonie du gris (béton) et du noir (bitume) est une belle initiative. Une pratique à partager largement notamment via les nombreuses photos qui se multiplient actuellement sur les réseaux sociaux à l'exemple de celle ci-dessous.

    Grenoble street art