Cet après-midi, je vais poster le 1er numéro d'une lettre périodique destinée à celles et à ceux qui ont souvent partagé des causes défendues ensemble. Nous avons tous des parcours différents. Mais à plusieurs reprises, nous avons eu l'occasion de partager les mêmes espoirs. Pourquoi faudrait-il se limiter à l'information numérique qui égalise si terriblement tout le monde ? Il y a quelques mois quand j'ai mis en ligne un site avec des pages réactives, ce fut la demande : une information plus personnelle privilégiée. Et si nous échangions dans un cadre plus personnalisé. C'est la raison d'être de cette lettre d'informations. Pour l'édito, j'ai souhaité mettre en relief un fait qui me semble particulièrement important dans la situation actuelle. Quel est ce fait ? Dans les discussions, peut-être pour la première fois à ce point, le sentiment que les rêves des uns ne peuvent se réaliser qu'au détriment des rêves des autres. D'où cette violence ambiante. Comme si le champ collectif à partager devait être nécessairement de plus en plus réduit, quasi-incompatible, exclusif des aspirations des autres. Avec un tel climat, l'union est impossible puisque l'autre est au mieux un concurrent et au pire un adversaire. Pour observer attentivement la vie publique depuis plusieurs décennies déjà, à mes yeux c'est une situation nouvelle à ce point. Celles et ceux qui exercent des responsabilités publiques actuellement devraient mieux réfléchir à la façon de faire comprendre que les rêves des uns ne se réalisent pas forcément au détriment des rêves des autres. Le climat collectif y gagnerait beaucoup.
Auteur : Denis Bonzy
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Le pouvoir de nuisance ne doit jamais devenir un marqueur de puissance
Pourquoi au-delà des diverses déclarations, la France va mal. A mes yeux pour deux raisons essentielles. D'une part, l'état de ses finances publiques. Un pays ne peut pas être le plus imposé, le plus endetté et en même temps avoir son secteur public malade dans les domaines les plus importants (santé, sécurité, enseignement …). D'autre part, quand la mentalité collective installe comme ordinaire le fait que le pouvoir de nuisance devienne un marqueur de puissance. Si la victoire va au pouvoir de nuisance, c'est la reconnaissance de la prime à défaire et non plus faire. Cette évolution des mentalités est intervenue en France. Sur le plan national, les exemples sont nombreux et d'actualité. Mais même désormais dans des villages, cette mentalité a gagné. Un pouvoir installé ne vise pas à l'harmonie, à l'union mais à la capacité à nuire, à critiquer, à refuser le débat … Hier "l'esprit village" c'était la capacité à unir. Ce sentiment diffus que l'union est la force des faibles. Sur le plan international, la France est faible face à la Chine, aux Etats-Unis, l'Inde … Elle ne peut compter que par un ticket avec l'Allemagne au sein de l'Europe. Sur des plans locaux, face aux métropoles européennes, des territoires ne peuvent exister qu'à la condition de s'unir pour faire vivre cette harmonie positive. Loin de ce constat de bon sens, dans des géographies de plus en plus nombreuses, les divisions règnent. Parfois même dans des conditions totalement inédites. Cette semaine, dans une petite Commune comme St Paul de Varces, une 7 ème démission serait intervenue au sein même de la majorité municipale. 7 démissions sur une équipe initiale de 19. C'est énorme. Du jamais vu. Ils se sont choisis il y a 4 ans. 4 ans plus tard, ils ne se supportent plus. Et à entendre les explications, c'est la spirale dans le divorce qui conduirait à la démission. Parce que chacun pense d'abord à nuire à l'autre au sein d'une même équipe. Cette mentalité là si elle se propage de façon permanente sera un obstacle important à la solution des graves problèmes collectifs.
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Seule la fin éclaire réellement l’histoire …
Demain 13 avril sort un documentaire qui donne peut-être l'éclairage le plus efficace pour mobiliser en faveur de la biodiversité : montrer combien la nature est belle. Jusqu'alors très souvent l'approche était à l'opposé : catastrophisme, images violentes … Là, avec le documentaire "La Terre vue du coeur" le parti pris est entièrement différent : il y a dans la nature des beautés, des réussites que même l'imagination humaine la plus créative ne parviendrait probablement pas à concevoir. Et ces beautés sont en train de disparaître. Non seulement l'être humain n'est pas capable de les créer à ce point de beauté mais il n'est même pas capable de les respecter, de leur permettre de vivre. C'est le cas de certaines espèces animales. J'ai photographié ce Geai des Chênes aujourd'hui à 13 heures. Le bleu azur de ses ailes est d'une beauté magnifique. Il est menacé. Seule la fin éclaire réellement l'histoire et l'humanité qui prétend avoir tant inventé est probablement en train de perdre une bataille de fond : non pas celle de l'invention mais celle du respect de ce qui existe déjà. Et cette fin possible risque de donner un très triste éclairage aux actuelles décennies.
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Nouvelle monarchie et Ancien Régime
Les Français ne sont pas sortis de la mentalité de l'Ancien Régime : noblesse, monopoles, privilèges comparés. Cette semaine un exemple fort : un député évoque la nécessité de supprimer des avantages de gratuité de déplacements de cheminots. Et un auditeur lui indique "mais les députés en bénéficient". Et le député répond "ne devenez pas populiste". Tout le choc est résumé par cette formule. Dans la culture des "privilèges comparés" la classe politique doit sortir de son cocon avant de demander des efforts aux citoyens. Cette mentalité de l'Ancien Régime n'est compatible qu'avec un "Roi Républicain" qui passe par le suffrage universel direct pour une fonction honorifique et décorative s'exprimant pour incarner ce qui unit la Nation. C'est cette culture qui a fait la popularité de Chirac à l'Elysée. Il allait être le bouclier contre les protestations trop violences allant même jusqu'à lever l'application d'une loi votée (CPE), ce qui est irréel dans une République. Est-ce que cette mentalité de l'immobilisme est encore possible ? Difficile à dire. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut une explication à un fait : comment le pays des taux records d'impositions et d'endettement peut fonctionner aussi mal avec des services publics qui crient "misère" ? L'argent doit pourtant passer quelque part. A ce stade, le problème, c'est que face à un pays avec sa mentalité d'Ancien Régime, il y a une nouvelle monarchie qui veut changer les règles appliquées aux autres mais à pas à elle-même. Parce que la monarchie demande l'exemplarité, les économies … aux autres et pas à elle-même. Elle est au-dessus de ces "contraintes matérielles", de ces "vicissitudes ponctuelles". C'est ce choc qui est en train de creuser un divorce en France qui ne peut pas se régler dans la douceur. Parce qu'il y a là deux mentalités incompatibles.
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Facebook confronté au nouveau concept des … « données publiques privées »
La bataille qui est actuellement engagée à destination de Facebook dans le dossier Cambridge Analytica relève de l'irréel. Les faits sont simples. Aujourd'hui sur les réseaux sociaux, des personnes s'exposent dans les moindres gestes de leurs vies privées. Cette exposition est de leur fait. Il faudrait que des données qu'elles rendent publiques deviennent … privées. Instagram est ainsi actuellement au coeur d'un contentieux notoire pour reconstituer un pays de résidence donc un statut fiscal. Personne n'obligeait les intéressés à poster des photos. Des personnes qui mettent des données privées dans le domaine public, comment peuvent-elles ensuite demander à ce que ces données soient considérées comme … privées ? Cela n'a aucun sens. Sur le fond, cette bataille irréelle, c'est la revanche de l'ancien système qui est désormais très ébranlé par le "nouveau monde" et qui cherche tout ce qui est possible pour poser de nouvelles barrières : les fake news, maintenant les données publiques mais privées … L'ancien monde n'a jamais imaginé le souffle de ces nouvelles technologies. Jamais imaginé l'ampleur des véritables révolutions. Facebook est exposé à une réelle bataille d'arrière garde.
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Ils préparent un désert et ils appellent cela l’avenir …
Ces derniers jours tout particulièrement avec la grève et avec la violence qu'elle installe des deux côtés, je suis stupéfait par la capacité collective à passer à côté d'une question de fond : qu'est ce qui rend la vie digne d'être vécue ? C'est la seule question qui compte collectivement et individuellement dans la liberté de sa conscience donc de ses choix individuels. Pour répondre à cette question, il faut placer au coeur du débat l'enjeu de la pauvreté : avoir mal dans son existence et avoir peur d'avoir mal dans son existence. Il ne peut pas y avoir de communauté apaisée si l'exclusion par la pauvreté domine. C'est impossible. Parce que la pauvreté crée la violence. Puisque nous sommes dans les célébrations des dates anniversaires, il y a un discours de Robert Kennedy à Cleveland en 1968 qui résume tout dans ce domaine :
"Il y a une autre violence, plus lente mais aussi implacable, aussi meurtrière qu’un coup de feu ou qu’une bombe en pleine nuit. C’est la violence des institutions, indifférente, et inactive, et en lente décomposition. C’est le type de violence dont souffrent les pauvres, qui empoisonne les relations entre les hommes au motif de la couleur de leur peau. C’est la lente destruction d’un enfant par la faim, et les écoles sans livres, et les maisons sans chauffage en hiver. C’est briser le caractère d’un homme, en le privant de la possibilité d’être père. … Si vous enseignez à un homme la haine et la peur de son frère, si vous lui enseignez qu’il est inférieur, à cause de sa couleur, de sa religion, ou des opinions politiques qu’il défend, si vous lui enseignez que ceux qui sont différents de vous menacent votre liberté, votre travail, ou votre famille, alors vous êtes contraints d’affronter les autres non comme des concitoyens, mais comme des ennemis, à les aborder sans coopération, avec l’esprit de conquête, pour les assujettir et les mater.Finalement, nous apprenons à voir nos frères en étrangers, vivant dans la même ville que nous, mais pas dans notre communauté, résidant au même domicile, mais ne mangeant pas à la même table. Nous apprenons à ne partager qu’une même peur; qu’un même désir de s’écarter les uns des autres; qu’un même élan de violence dans nos désaccords. … La question est de savoir si, en nous-mêmes, dans nos cœurs, nous pouvons trouver cet élan d’humanité commune, et voir la
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Quand il y a l’audace de ne pas tout attendre du pouvoir central …
Dans la lutte contre le dérèglement climatique, plusieurs déclarations sont passées inaperçues en France la semaine dernière de façon étonnante. D'abord les chiffres sur les risques sur la biodiversité. Des chiffres terribles à très court terme. Mais aussi la déclaration officielle du Secrétaire général des Nations Unies indiquant que les Etats-Unis étaient en passe de respecter les engagements de la COP21. Le "pays de Trump" pourrait tenir des engagements que ni la France ni le Canada ne seraient en passe de … respecter à leurs niveaux. Pourquoi ? Parce que des pouvoirs décentralisés ont mobilisé tous leurs moyens pratiques et juridiques pour y parvenir. Certes les contraintes institutionnelles dans un cadre fédéral sont différentes. Mais il y a surtout l'audace de faire. En France, même sous la force de la décentralisation, tout est attendu du pouvoir central. Il est surtout devenu le prétexte pour ne pas faire. Ce n'est pas avec une idéologie que ce pays doit se réconcilier mais d'abord avec la mentalité d'agir, de faire, de tenter, de prendre des initiatives … Et sur ce domaine, cela semble un effort de plus en plus hors de portée du milieu politique bien tristement.
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On a tous une rivière au coin de son enfance
En France, la gauche va très vite se reconstituer. Le "grand patronat" mobilise toute son énergie pour qu'il en soit ainsi. Comme il y a autant de patrons qu'il y a d'entreprises, en revanche, la "caste" des patrons des grandes entreprises en France est issue d'une technostructure uniforme interchangeable. Elle vient du public. Passe dans le privé. Retourne au public. Ce ne sont pas des patrons mais des managers. Très différent. Deux cultures opposées. Ils ne gèrent pas leur argent mais celui des autres. Ils ont donc des comptes à rendre en permanence. D'où un comportement terriblement moutonnier puisque c'est ainsi le parachute pour dire qu'un autre n'aurait pas fait mieux. Carrefour en est une caricature. Son PDG a créé quelle entreprise ? Aucune ! Alexandre Bompard vient de l'inspection des finances :la fonction publique. Il a débuté dans un cabinet ministériel. Puis est passé dans la communication (Canal, Europe1) et maintenant il est dans la … grande distribution. On est loin d'un vrai patron qui a créé l'entreprise, qui en est l'actionnaire de référence et qui peut faire claquer ses galons du terrain en cas de conflits avec des actionnaires. Et en plus cette technostructure passe à côté de la notion d'entreprise citoyenne. Regardons le talent d'actions de Patagonia avec sa dernière campagne sur les rivières sauvages. Yvon Chouinard fait vivre son entreprise par des causes fortes. Il donne envie de s'associer à sa marque. On a tous une rivière au coin de son enfance. Quelle grande entreprise française a conduit une réelle action de ce type ! Aucune. Et pour les organismes de représentation professionnelle non pas un jeune ou une femme charismatiques mais un bon senior si possible à particule. Bien coincé, ne quittant jamais sa cravate pour surtout incarner la caricature de la "vieille France" qui aimait le choc des classes. Allez, comme avec Carrefour, encore quelques efforts de ce type et la gauche reviendra en grande forme. La France éternelle …
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Le terrain ou le grand disparu de la vie publique française
Vivant dans le passé, des journalistes français tentent actuellement de faire revivre le 50 ème anniversaire de Mai 68 en évoquant des "explosions contagieuses" potentielles à venir : universités, sncf … est-ce possible ? Pour tenter de répondre, il faut faire un constat : où est en France LA grande différence entre hier et aujourd'hui : le terrain a disparu. Dans ses grandes années de forme, Chirac quadrillait le terrain des journées entières. Il était accessible. Mitterrand de même. En Gironde ou dans les Landes, c'est impressionnant d'entendre les témoignages du terrain à son égard de la part de ceux qui l'ont connu. En France, cette époque est finie. Le terrain est filtré quand il n'est pas oublié. Sans mandat local, les députés sont maintenant "hors sol". Caporalisés par les partis à Paris et ignorés par les féodaux en province. Un échelon de représentation du terrain qui disparaît. Et les maires, ils ne peuvent plus être parlementaires. Et une autre hypothèse de représentation du terrain qui disparaît. Et les leaders nationaux, que font-ils ? Ils font des médias et pas du terrain. Ou plutôt du terrain à la condition que les médias soient là pour faire "la bonne image". Ils jouent un rôle et n'écoutent pas le terrain. Ce faisant avec un mimétisme surprenant à ce point dans la politique française, les "petits chefs" locaux font de même : sortir sur le terrain oui mais à la condition que le correspondant local du quotidien régional soit là pour la … photo. Jouer un rôle ! Qu'en est-il des supposés corps intermédiaires notamment pour la représentation socio-professionnelle, très souvent leur objectif : plaire aux pouvoirs en place et non pas exposer les réalités du … terrain. Le terrain, c'est quoi ? C'est la vie de tous les jours. L'expression du bon sens qui permet de connaitre les faits. Marginalisé, le terrain est donc maintenant peu connu, peu exprimé. Dans ces conditions, il y aura des "coups de sang" imprévisibles parce que dans une démocratie l'opinion a toujours raison et ignorer le terrain à ce point c'est ignorer l'opinion, ce qui n'est jamais une bonne méthode.
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La revanche des villages …
Au gré des déplacements professionnels, je suis actuellement très surpris par le retour en force des villages. Ils redeviennent mode. Il y a quelques années, les habitants des villages étaient presque "complexés" dans la formulation de leur lieu d'habitation quand ils évoquaient un village. Ils aspiraient à être reconnus comme une petite ville au moins. La notion de "village" était presque associée au retard de développement. Puis avec les dossiers des violences, les villes sont devenues progressivement en France des lieux de "mal vivre", d'incivilités, de dangers. C'est d'ailleurs très instructif de prendre connaissance des profils des 137 personnes condamnées de 2004 à 2017 pour faits de terrorisme en France (131 hommes et 6 femmes). C'est un "terrorisme domestique" où la pauvreté, l'exclusion, la localisation … occupent une place très forte. Sous ce fait d'actualité, les villages retrouvaient leur espace de mode. C'est la revanche des villages comme concept associé à la "douce France" celle des places où il fait bon flâner en sécurité, prendre un café au coin de la rue au sein de personnes qui ont un nom donc qui se connaissent … Un probable tournant dans l'organisation de l'espace des territoires français. Une réelle nouvelle donne.