Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Nouvelle monarchie et Ancien Régime

    Manifestations 07 04 18

    Les Français ne sont pas sortis de la mentalité de l'Ancien Régime : noblesse, monopoles, privilèges comparés. Cette semaine un exemple fort : un député évoque la nécessité de supprimer des avantages de gratuité de déplacements de cheminots. Et un auditeur lui indique "mais les députés en bénéficient". Et le député répond "ne devenez pas populiste". Tout le choc est résumé par cette formule. Dans la culture des "privilèges comparés" la classe politique doit sortir de son cocon avant de demander des efforts aux citoyens. Cette mentalité de l'Ancien Régime n'est compatible qu'avec un "Roi Républicain" qui passe par le suffrage universel direct pour une fonction honorifique et décorative s'exprimant pour incarner ce qui unit la Nation. C'est cette culture qui a fait la popularité de Chirac à l'Elysée. Il allait être le bouclier contre les protestations trop violences allant même jusqu'à lever l'application d'une loi votée (CPE), ce qui est irréel dans une République. Est-ce que cette mentalité de l'immobilisme est encore possible ? Difficile à dire. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut une explication à un fait : comment le pays des taux records d'impositions et d'endettement peut fonctionner aussi mal avec des services publics qui crient "misère" ? L'argent doit pourtant passer quelque part. A ce stade, le problème, c'est que face à un pays avec sa mentalité d'Ancien Régime, il y a une nouvelle monarchie qui veut changer les règles appliquées aux autres mais à pas à elle-même. Parce que la monarchie demande l'exemplarité, les économies … aux autres et pas à elle-même. Elle est au-dessus de ces "contraintes matérielles", de ces "vicissitudes ponctuelles". C'est ce choc qui est en train de creuser un divorce en France qui ne peut pas se régler dans la douceur. Parce qu'il y a là deux mentalités incompatibles. 

  • Facebook confronté au nouveau concept des … « données publiques privées »

    Zuckerberg 2 05 04 18

    La bataille qui est actuellement engagée à destination de Facebook dans le dossier Cambridge Analytica relève de l'irréel. Les faits sont simples. Aujourd'hui sur les réseaux sociaux, des personnes s'exposent dans les moindres gestes de leurs vies privées. Cette exposition est de leur fait. Il faudrait que des données qu'elles rendent publiques deviennent … privées. Instagram est ainsi actuellement au coeur d'un contentieux notoire pour reconstituer un pays de résidence donc un statut fiscal. Personne n'obligeait les intéressés à poster des photos. Des personnes qui mettent des données privées dans le domaine public, comment peuvent-elles ensuite demander à ce que ces données soient considérées comme … privées ? Cela n'a aucun sens. Sur le fond, cette bataille irréelle, c'est la revanche de l'ancien système qui est désormais très ébranlé par le "nouveau monde" et qui cherche tout ce qui est possible pour poser de nouvelles barrières : les fake news, maintenant les données publiques mais privées … L'ancien monde n'a jamais imaginé le souffle de ces nouvelles technologies. Jamais imaginé l'ampleur des véritables révolutions. Facebook est exposé à une réelle bataille d'arrière garde. 

  • Ils préparent un désert et ils appellent cela l’avenir …

    RFK 2 17 03 18

    Ces derniers jours tout particulièrement avec la grève et avec la violence qu'elle installe des deux côtés, je suis stupéfait par la capacité collective à passer à côté d'une question de fond : qu'est ce qui rend la vie digne d'être vécue ? C'est la seule question qui compte collectivement et individuellement dans la liberté de sa conscience donc de ses choix individuels. Pour répondre à cette question, il faut placer au coeur du débat l'enjeu de la pauvreté : avoir mal dans son existence et avoir peur d'avoir mal dans son existence. Il ne peut pas y avoir de communauté apaisée si l'exclusion par la pauvreté domine. C'est impossible. Parce que la pauvreté crée la violence. Puisque nous sommes dans les célébrations des dates anniversaires, il y a un discours de Robert Kennedy à Cleveland en 1968 qui résume tout dans ce domaine :

    "Il y a une autre violence, plus lente mais aussi implacable, aussi meurtrière qu’un coup de feu ou qu’une bombe en pleine nuit. C’est la violence des institutions, indifférente, et inactive, et en lente décomposition. C’est le type de violence dont souffrent les pauvres, qui empoisonne les relations entre les hommes au motif de la couleur de leur peau. C’est la lente destruction d’un enfant par la faim, et les écoles sans livres, et les maisons sans chauffage en hiver. C’est briser le caractère d’un homme, en le privant de la possibilité d’être père. … Si vous enseignez à un homme la haine et la peur de son frère, si vous lui enseignez qu’il est inférieur, à cause de sa couleur, de sa religion, ou des opinions politiques qu’il défend, si vous lui enseignez que ceux qui sont différents de vous menacent votre liberté, votre travail, ou votre famille, alors vous êtes contraints d’affronter les autres non comme des concitoyens, mais comme des ennemis, à les aborder sans coopération, avec l’esprit de conquête, pour les assujettir et les mater.Finalement, nous apprenons à voir nos frères en étrangers, vivant dans la même ville que nous, mais pas dans notre communauté, résidant au même domicile, mais ne mangeant pas à la même table. Nous apprenons à ne partager qu’une même peur; qu’un même désir de s’écarter les uns des autres; qu’un même élan de violence dans nos désaccords. …  La question est de savoir si, en nous-mêmes, dans nos cœurs, nous pouvons trouver cet élan d’humanité commune, et voir la

     

    (suite…)

  • Quand il y a l’audace de ne pas tout attendre du pouvoir central …

    Jerry Brown 01 04 18

    Dans la lutte contre le dérèglement climatique, plusieurs déclarations sont passées inaperçues en France la semaine dernière de façon étonnante. D'abord les chiffres sur les risques sur la biodiversité. Des chiffres terribles à très court terme. Mais aussi la déclaration officielle du Secrétaire général des Nations Unies indiquant que les Etats-Unis étaient en passe de respecter les engagements de la COP21. Le "pays de Trump" pourrait tenir des engagements que ni la France ni le Canada ne seraient en passe de … respecter à leurs niveaux. Pourquoi ? Parce que des pouvoirs décentralisés ont mobilisé tous leurs moyens pratiques et juridiques pour y parvenir. Certes les contraintes institutionnelles dans un cadre fédéral sont différentes. Mais il y a surtout l'audace de faire. En France, même sous la force de la décentralisation, tout est attendu du pouvoir central. Il est surtout devenu le prétexte pour ne pas faire. Ce n'est pas avec une idéologie que ce pays doit se réconcilier mais d'abord avec la mentalité d'agir, de faire, de tenter, de prendre des initiatives … Et sur ce domaine, cela semble un effort de plus en plus hors de portée du milieu politique bien tristement. 

  • On a tous une rivière au coin de son enfance

    Chouinard 03 08 17

    En France, la gauche va très vite se reconstituer. Le "grand patronat" mobilise toute son énergie pour qu'il en soit ainsi. Comme il y a autant de patrons qu'il y a d'entreprises, en revanche, la "caste" des patrons des grandes entreprises en France est issue d'une technostructure uniforme interchangeable. Elle vient du public. Passe dans le privé. Retourne au public. Ce ne sont pas des patrons mais des managers. Très différent. Deux cultures opposées. Ils ne gèrent pas leur argent mais celui des autres. Ils ont donc des comptes à rendre en permanence. D'où un comportement terriblement moutonnier puisque c'est ainsi le parachute pour dire qu'un autre n'aurait pas fait mieux. Carrefour en est une caricature. Son PDG a créé quelle entreprise ? Aucune ! Alexandre Bompard vient de l'inspection des finances :la fonction publique. Il a débuté dans un cabinet ministériel. Puis est passé dans la communication (Canal, Europe1) et maintenant il est dans la … grande distribution. On est loin d'un vrai patron qui a créé l'entreprise, qui en est l'actionnaire de référence et qui peut faire claquer ses galons du terrain en cas de conflits avec des actionnaires. Et en plus cette technostructure passe à côté de la notion d'entreprise citoyenne. Regardons le talent d'actions de Patagonia avec sa dernière campagne sur les rivières sauvages. Yvon Chouinard fait vivre son entreprise par des causes fortes. Il donne envie de s'associer à sa marque. On a tous une rivière au coin de son enfance. Quelle grande entreprise française a conduit une réelle action de ce type ! Aucune. Et pour les organismes de représentation professionnelle non pas un jeune ou une femme charismatiques mais un bon senior si possible à particule. Bien coincé, ne quittant jamais sa cravate pour surtout incarner la caricature de la "vieille France" qui aimait le choc des classes. Allez, comme avec Carrefour, encore quelques efforts de ce type et la gauche reviendra en grande forme. La France éternelle …

  • Le terrain ou le grand disparu de la vie publique française

    Photos

    Vivant dans le passé, des journalistes français tentent actuellement de faire revivre le 50 ème anniversaire de Mai 68 en évoquant des "explosions contagieuses" potentielles à venir : universités, sncf … est-ce possible ? Pour tenter de répondre, il faut faire un constat : où est en France LA grande différence entre hier et aujourd'hui : le terrain a disparu. Dans ses grandes années de forme, Chirac quadrillait le terrain des journées entières. Il était accessible. Mitterrand de même. En Gironde ou dans les Landes, c'est impressionnant d'entendre les témoignages du terrain à son égard de la part de ceux qui l'ont connu. En France, cette époque est finie. Le terrain est filtré quand il n'est pas oublié. Sans mandat local, les députés sont maintenant "hors sol". Caporalisés par les partis à Paris et ignorés par les féodaux en province. Un échelon de représentation du terrain qui disparaît. Et les maires, ils ne peuvent plus être parlementaires. Et une autre hypothèse de représentation du terrain qui disparaît. Et les leaders nationaux, que font-ils ? Ils font des médias et pas du terrain. Ou plutôt du terrain à la condition que les médias soient là pour faire "la bonne image". Ils jouent un rôle et n'écoutent pas le terrain. Ce faisant avec un mimétisme surprenant à ce point dans la politique française, les "petits chefs" locaux font de même : sortir sur le terrain oui mais à la condition que le correspondant local du quotidien régional soit là pour la … photo. Jouer un rôle ! Qu'en est-il des supposés corps intermédiaires notamment pour la représentation socio-professionnelle, très souvent leur objectif : plaire aux pouvoirs en place et non pas exposer les réalités du … terrain. Le terrain, c'est quoi ? C'est la vie de tous les jours. L'expression du bon sens qui permet de connaitre les faits. Marginalisé, le terrain est donc maintenant peu connu, peu exprimé. Dans ces conditions, il y aura des "coups de sang" imprévisibles parce que dans une démocratie l'opinion a toujours raison et ignorer le terrain à ce point c'est ignorer l'opinion, ce qui n'est jamais une bonne méthode.

  • La revanche des villages …

    Village 30 03 18

    Au gré des déplacements professionnels, je suis actuellement très surpris par le retour en force des villages. Ils redeviennent mode. Il y a quelques années, les habitants des villages étaient presque "complexés" dans la formulation de leur lieu d'habitation quand ils évoquaient un village. Ils aspiraient à être reconnus comme une petite ville au moins. La notion de "village" était presque associée au retard de développement. Puis avec les dossiers des violences, les villes sont devenues progressivement en France des lieux de "mal vivre", d'incivilités, de dangers. C'est d'ailleurs très instructif de prendre connaissance des profils des 137 personnes condamnées de 2004 à 2017 pour faits de terrorisme en France (131 hommes et 6 femmes). C'est un "terrorisme domestique" où la pauvreté, l'exclusion, la localisation … occupent une place très forte. Sous ce fait d'actualité, les villages retrouvaient leur espace de mode. C'est la revanche des villages comme concept associé à la "douce France" celle des places où il fait bon flâner en sécurité, prendre un café au coin de la rue au sein de personnes qui ont un nom donc qui se connaissent … Un probable tournant dans l'organisation de l'espace des territoires français. Une réelle nouvelle donne. 

  • De 300 à plus de 1 400 : à quand enfin les bonnes questions sérieuses ?

    Région RA janvier 1990

    A quel moment les responsables politiques français vont-ils enfin prendre le temps de regarder des chiffres en face et non pas se contenter de jouer avec les mots trompeurs ? Actuellement, l'ordinaire c'est de constater qu'aucun service public n'a les moyens d'un bon fonctionnement. Le pays à l'imposition record et à l'endettement record n'aurait pas les moyens de … fonctionner ? C'est déjà un constat paradoxal. Mais face aux priorités comme sa défense face au terrorisme, il n'aurait même pas les moyens humains nécessaires. Là aussi regardons les chiffres. Au cours des 15 dernières années, tous les impôts locaux pris à l'unité ont augmenté. Et en plus, il y a eu la création de l'imposition intercommunale. Chacune de ces strates a augmenté sous des prétextes divers dont les transferts d'Etat. Mais l'Etat a lui aussi augmenté son imposition. En France chaque fois qu'une collectivité transfère une compétence à une autre, il n'y a aucune suite concrète donnée à la baisse du périmètre d'interventions de celle qui a perdu la compétence. Et il y a tout le temps augmentation des moyens des "fonctions supports" (les dépenses de personnels affectés aux tâches généralistes du siège). Quand j'exerçais la Vice-Présidence de la Région Rhône Alpes chargée des Finances, il y avait 300 personnes dans ces fonctions supports. Combien étaient-elles en 2010 avant la fusion avec l'Auvergne ? Plus de 1 400 ! Dans la seule période de 2004 à 2010, selon un rapport de la Chambre régionale des Comptes, ces personnes ont augmenté de + 53 % ! Et ces chiffres à la réalité incontestée ne donnent jamais lieu à la moindre explication sérieuse. C'est comme le fichier des personnes fichées S qui circule actuellement sur les réseaux sociaux, département par département. Pourquoi ces chiffres ne sont-ils pas publiés avec des explications détaillées ? Tant que la vie publique française s'organisera autour de la seule batailles des mots, elle continuera à "pédaler dans le vide". 

  • Quand Jackie Kennedy habitait à … Grenoble

    Jackie Kennedy 2 28 03 18

    Hier mardi, la Fondation Kennedy a désigné son lauréat 2018 : le maire de La Nouvelle Orléans pour l'action qui a été la sienne en faveur de la cohabitation raciale. L'occasion pour mettre en relief un fait souvent peu connu. En 1949, Jackie Kennedy, alors Jacqueline Bouvier, a habité au 20 rue Hébert à Grenoble. Elle figure sur la liste des étudiantes accueillies alors par l'Université sous le n° 658 pour la période concernée avec la mention de son adresse de résidence aux Etats-Unis. Elle a alors été hébergée chez la famille Des Francs. Au 4ème étage du 20 rue Hébert. Elle avait 20 ans à l'époque. Avant son décès, des journalistes ont tenté d'obtenir un témoignage de sa part sur cette "époque grenobloise". En vain, sa collaboratrice d'alors, Nancy Tuckerman, a fait part avec courtoisie que l'intéressée ne contribuait à aucune publication de près ou de loin, fut-ce pour des témoignages personnels. Un passage qui explique pour partie peut-être le goût durable pour la France toujours témoigné par l'épouse de JFK ? Un rappel sympa quand la Fondation Kennedy effectue tant d'efforts louables pour toujours faire vivre la mémoire des actions de l'ex Président. 

  • La vraie crise en France : des citoyens qui sont en attente de pouvoir et de vérité !

    Fete des Tuiles 10 06 17

    Les dernières années ont été marquées par deux maux qui sapent une démocratie : l'acceptation de l'impuissance et le flou des mots. L'acceptation de l'impuissance, c'est le cancer d'une démocratie. Pourquoi voter pour des personnes qui n'ont pas capacité à agir ? Capacité à régler des problèmes ? Comment les rendre responsables (en bien ou en mal) pour des faits qui ne dépendent pas d'eux ? Dernièrement dans une revue technique, Brice Teinturier exposait son analyse de la victoire de Trump. Une présentation bien différente de la tiédeur classique de ses interventions TV. Le socle de Trump c'est qu'il donne le sentiment qu'il va exercer le pouvoir, donc le rendre aux citoyens qui vont voter pour lui. Seconde défaillance, le flou des mots. Dernier exemple en date, il est aujourd'hui impossible d'entendre une autorité dire "il a été égorgé" au sujet du gendarme tué vendredi. Ce mot est tabou. Il serait imprononçable. Il est gommé du dictionnaire des politiques et des hauts fonctionnaires. Pourquoi ? A quel titre ? Comment communiquer sans les bons mots ? Les vrais. Il est déjà admis que les chiffres du débat public sont faux. Si en plus les mots sont flous, comment comprendre, débattre et décider ?  C'est ce délitement qui est l'actuelle vraie crise en France : une démocratie à la recherche d'elle-même.