Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Comment une démocratie historique a-t-elle pu accepter un tel affaissement de son Parlement ?

    Senate hearings 2

    Pour avoir regardé dans la soirée des extraits des auditions d'hier, la question n°1 qui m'est apparue évidente c'est : comment une démocratie historique comme la France a-t-elle pu accepter un tel affaissement de son Parlement ? 1) La salle : toute petite. Les députés entassés comme des sardines. Pour certains voir l'orateur était impossible. Dès le cadre de l'audition dans cette petite salle, le ton était donné : le Parlement comme pouvoir n'existe pas. 2) La Présidente qui coupe la parole. Les auditionnés qui ne répondent pas mais qui ne sont pas relancés. 3) Les députés de la majorité présidentielle qui préfèrent défendre leur "candidat" plutôt que la vérité. Que peut penser un retraité dont les pensions sont rognées alors que le collaborateur du Président allait bénéficier de 180 000 € de travaux pour un appartement de fonction ? Quelle considération accorder à un parlementaire qui préfère défendre l'indéfendable plutôt que de défendre la confiance donnée par le citoyen ? C'est un spectacle terrible qui est offert par la Vème République qui montre que de scandales en scandales, elle n'est manifestement aujourd'hui, par le déséquilibre des pouvoirs, plus dans les rangs des démocraties occidentales modernes. Un constat terrible quand on compare avec d'autres démocraties quand des commissions mènent des enquêtes comme la photo ci-dessus aux Etats-Unis. Aucun parlementaire n'accepterait d'être coupé dans de telles conditions.

  • Le début de la dernière étape … ?

    AN

    En ouvrant les débats sur l'arrière-scène de l'affaire Benalla, la France entre peut-être dans la dernière étape d'une crise systémique historique ? La Vème République va mal. De plus en plus mal. Chaque pouvoir malade contamine l'autre. Avec cette affaire, que découvre-t-on ? 1) Des usages ignorés : de la largesse des appartements de fonction toujours payés par les contribuables aux observateurs agréés fondus parmi les policiers. 2) La traditionnelle ligne de défense renvoyant sur le lampiste. Plus on est haut dans la hiérarchie administrative française, moins on est responsable. Qui choisit les collaborateurs ? Qui les dirige ? 3) Des médias qui suivent celui qui a révélé l'affaire. Personne n'était au courant avant dans le microcosme médiatico-politique parisien ? Des parlementaires qui en rajoutent et apparaissent tous sous l'effet d'une fièvre préoccupante. Des débats parlementaires frappés d'hystérie. Un sujet grave ne peut-il pas être traité sans crier ? Le séisme de 2017 n'a pas été intégré à sa juste dimension. La Vème République avec ses pouvoirs si déséquilibrés est peut-être entrée dans une phase terminale aux yeux de l'opinion ? C'est comme le rangement d'une maison. On veut ranger des tiroirs mais au gré des découvertes quand le tiroir se referme l'esprit est différent durablement … C'est le vrai enjeu de cette affaire. 

  • La crise systémique française grimpe encore d’un étage

    Redford Watergate

    L'affaire Benalla fait replonger les Français dans la crise systémique subie depuis plusieurs décennies en mettant en surface une question simple : qu'est ce qui a changé pour de vrai depuis le printemps 2017 ? Cette question ouvre un cortège de questions collatérales : et si un journal n'avait pas sorti l'affaire ? Et les autres affaires politiques sont-elles jugées ? Pourquoi s'éternisent-elles à ce point avant le moindre jugement ? Quelles découvertes de passe-droits encore à vivre ? La France est la démocratie occidentale qui compte le plus grand nombre de médias d'Etat : 6 chaînes chez France Télé, 3 chaînes chez France Médias Monde, 2 chaînes parlementaires (LCP et Public Sénat), TV 5 Monde et Arte (co-financées par l'Etat) et 7 stations de radios publiques. Et de nombreux autres médias survivent grâce à des "mécènes" qui ont des relations étroites avec des marches d'Etat. Aux Etats-Unis, Trump ne serait jamais parvenu au pouvoir sans le discrédit généralisé des branches de l'équilibre classique des pouvoirs dont les médias. La France prend sérieusement le même chemin de discrédit …

  • Les rares moments d’émotions réellement collectives

    JFK Jr 19 07 1999

    L'émotion est très souvent individuelle. Ou au mieux partagée en petit nombre. Mais, il y a des exceptions pendant lesquelles l'émotion est quasi-universelle. L'émotion de la joie comme ces derniers jours en France. L'émotion du doute et de la tristesse. Ce sont des moments tellement denses qu'ils s'inscrivent dans la mémoire avec une force particulière. Chaque année à la même période je repense à la disparition de JFK Jr. Il y a 19 ans. Le 16 juillet, avec Marie, Jonathan et Thomas, nous sommes à Washington. Dans  la soirée, le flash info tombe : l'avion de JFK Jr a disparu. Le lendemain matin, nous partions sur Boston. Pendant plus de 3 jours, le suspens était total. Perdu ou pas ? Des survivants ? Si oui, un ou plusieurs ? Dans quelles conditions ? Et finalement seront-ils seulement retrouvés ? Il y avait une tension collective incomparable. Dès qu'une source d'information était possible (à l'époque les réseaux sociaux n'existaient pas comme aujourd'hui), nous constations cette quête généralisée d'informations. Ce sont des moments où le temps semble s'arrêter. Le reste devient secondaire comme échappant à la réalité éphémère de ce qui occupe alors toute l'attention. Une pensée particulière en ce jour … 

    JFK Jr Time 24 07 16

  • Le plus beau message pour célébrer l’âge de 20 ans

    Marie fleurs anniversaire 13 07 18

    Hier, comme avec les secrets imprévisibles que le calendrier peut parfois réserver, il y a un volet de symbole peu mis en relief à tort : l'âge de 20 ans rend tout possible. Dans le succès d'hier, il y a des côtés qui restent très éloignés de ce qui peut me passionner positivement : la casse bien sûr mais aussi ce mimétisme dans l'excès de liesse. La joie réelle peut aussi exister sans avoir le besoin de crier, parfois même de tomber dans une forme aussi irréelle d'hystérie. Ces observations faites, il y a un symbole fort : à 20 ans, tout est possible. Car la victoire de 2018 c'est aussi l'anniversaire de celle de … 1998. La vie collective française repose souvent sur des formules empreintes d'un très grand bon sens dont la suivante "on n'a pas tous les jours 20 ans". Cette formule est d'abord d'une évidence déconcertante car elle peut pareillement s'appliquer à tous les âges de la vie. Pourquoi 20 ans alors ? Parce que c'est l'âge où tout doit paraître possible, ouvert, positif, la vie devant … Le jour où, en dehors d'épisodiques circonstances, cette phrase aura retrouvé tout son sens pour la jeunesse française, une amélioration collective agréable sera alors intervenue pas seulement pour le temps éphémère d'un soir légitime de fête.

  • Toujours grave de se résigner aussi facilement à ce que des questions puissent rester sans la moindre réponse

    Juncker 13 07 18

    Le Watergate n'a été possible que parce qu'une femme, Katharine Graham, qui prend les rênes du Washington Post dans des conditions très particulières fonctionne avec une règle simple : les questions sérieuses ne doivent jamais rester sans réponse. Et c'est à ce titre qu'elle soutiendra Woodward et Bernstein. Le Watergate. La démission de Nixon … Elle avait observé la descente aux enfers de son époux, Philip, jusqu'au suicide à 48 ans dans leur salle de bain, revolver à la main. Et celle qui avait "fermé les yeux" dans sa vie privée allait choisir de toujours permettre de les ouvrir pour qu'une question grave ne reste jamais sans réponse. Une réponse juste. Solide. Exacte. Vraie. C'est la réponse qui serait utile sur les facteurs du comportement de Juncker avec cette vidéo qui enflamme la toile. Pourquoi ce silence ? C'est toujours grave de laisser des questions aussi naturelles sans la moindre réponse vraie. 

  • 168 ans !

    London Breed San Francisco 11 07 18

    Hier mercredi, à San Francisco, la première femme maire afro-américaine a prêté serment pour accéder à cette fonction dans cette ville. Il aura donc fallu attendre 168 ans pour qu'une femme afro-américaine accède à cette fonction dans une ville de 4 700 000 habitants. Il avait fallu attendre 128 ans pour qu'une femme soit maire. Et 40 ans de plus pour que ce soit une "femme de couleur". Ce sont là des séquences temps qui méritent la réflexion. Comment une démocratie peut-elle être inclusive quand une fonction donne ainsi le sentiment d'être hors de portée d'une partie importante de ses membres ? Un réel sujet de fond. Et quelle belle ténacité pour la nouvelle maire que de penser pouvoir ainsi rompre les si vieilles habitudes.

  • Si deux suspens ne deviennent pas trop lourds …

    Clinton bis le président a disparu

    Si le suspens de la coupe du monde de football n'a pas déjà trop usé les nerfs de fervents supporters, je recommande la lecture du "Président a disparu". Bien rédigé. Présentation intéressante des mécanismes du pouvoir comme des flatteries nécessaires pour amadouer des politiques. Sympa en cette période d'été. Mais encore faut-il que deux suspens à la fois ne soient pas trop lourds à endosser … Merci Thomas pour cette recommandation. 

    Clinton le Président a disparu

  • La France et son long cortège d’abstractions archaïques ou les vieux habits usés d’un système qui ne fait plus illusion

    Trump Cour Suprême 09 07 18

    Hier soir, Donald Trump a désigné un juge membre de la Cour Suprême. 3 juges étaient en compétition. Chacun d'eux assumait ouvertement son parcours, ses engagements y compris religieux … On est loin de l'abstraction à la française qui voudrait qu'un juge soit "neutre", d'une impartialité absolue, "hors sol" par rapport à la vie quotidienne. Le juge est un être humain comme les autres, parmi les autres. Il a donc ses sensibilités, ses priorités … La France s'est construite à partir d'abstractions qui n'ont pas résisté à la modernité. La notion d'Intérêt Général cache désormais tellement mal l'influence efficace décisive d'intérêts très particuliers que cette expression est de moins en moins utilisée. L'impartialité de la justice n'existe pas davantage. Il suffit d'ailleurs de constater les différences de jugements selon les Cours à partir de faits pourtant identiques. Comme la neutralité de médias dont la télé d'Etat. Et la liste pourrait durer longtemps. Ces abstractions archaïques ne fonctionnent plus. L'un des problèmes majeurs actuels de la France, c'est que Paris pense que la province y croit encore. Ce sont les vieux habits usés d'un système qui ne fait plus illusion. Si la politique française "pédale" dans le vide c'est pour une grande partie parce qu'elle se refuse d'accepter que c'est tout un "logiciel" à changer … dont ces abstractions qui n'ont plus prises.

  • Jacques Vadon ou l’expertise humanisée

    Tennis grenoble 1 07 01 16

    Grande tristesse d'apprendre hier le décès de Jacques Vadon. Pendant 20 ans, chaque semaine le jeudi soir, un groupe de copains s'est retrouvé à Grenoble Tennis. Les horizons professionnels étaient très divers. Les options politiques aussi. Les tempéraments également. Les compétitions de doubles étaient passionnées. Mais toujours dans la meilleure bonne humeur possible. Puis le temps est passé. Un accident a emporté l'un. Des maladies ont gagné sur d'autres. Hier, ce fut ainsi le cas pour Jacques Vadon. Pendant des années, il fut l'un des experts-comptables les plus reconnus et réputés tout particulièrement sur Grenoble mais bien au-delà aussi. Pour moi, Jacques Vadon, c'est l'expertise humanisée. Dans le domaine des chiffres, ces deux mots sont souvent incompatibles. Tout son art consistait à les rendre compatibles. Respecter les chiffres mais aller au-delà. J'ai souvent été admiratif devant sa capacité à mettre en relief la dimension humaine d'un dossier. Et puis il avait la passion du tennis. Je ne retrouvais pas alors l'expert comptable que je connaissais par ailleurs. L'oeil changeait. Il y avait une petite ride au coin de l'oeil qui se formait plus rapidement montrant, si besoin était, qu'en dehors de sa profession si rigoureuse Jacques savait aussi prendre le temps de rire. Et ce fut le cas si souvent avec Marcel Mazza ou Michel Charles-Bernard. Il avait quitté Grenoble. Quelques jours après le décès de Michel Charles-Bernard, nous avions échangé. Il m'avait fait part de son épreuve de santé. Mais son message n'était pas d'alerte. Peut-être souhaitait-il me ménager sachant combien la maladie peut m'effrayer ? Une délicate attention de plus de sa part. Qu'il soit assuré que ces heures là resteront parmi les meilleures pensées d'existences qui peuvent se dérober malheureusement si rapidement. Merci pour tous ces moments.