L'émotion est très souvent individuelle. Ou au mieux partagée en petit nombre. Mais, il y a des exceptions pendant lesquelles l'émotion est quasi-universelle. L'émotion de la joie comme ces derniers jours en France. L'émotion du doute et de la tristesse. Ce sont des moments tellement denses qu'ils s'inscrivent dans la mémoire avec une force particulière. Chaque année à la même période je repense à la disparition de JFK Jr. Il y a 19 ans. Le 16 juillet, avec Marie, Jonathan et Thomas, nous sommes à Washington. Dans la soirée, le flash info tombe : l'avion de JFK Jr a disparu. Le lendemain matin, nous partions sur Boston. Pendant plus de 3 jours, le suspens était total. Perdu ou pas ? Des survivants ? Si oui, un ou plusieurs ? Dans quelles conditions ? Et finalement seront-ils seulement retrouvés ? Il y avait une tension collective incomparable. Dès qu'une source d'information était possible (à l'époque les réseaux sociaux n'existaient pas comme aujourd'hui), nous constations cette quête généralisée d'informations. Ce sont des moments où le temps semble s'arrêter. Le reste devient secondaire comme échappant à la réalité éphémère de ce qui occupe alors toute l'attention. Une pensée particulière en ce jour …
Auteur : Denis Bonzy
-
Le plus beau message pour célébrer l’âge de 20 ans
Hier, comme avec les secrets imprévisibles que le calendrier peut parfois réserver, il y a un volet de symbole peu mis en relief à tort : l'âge de 20 ans rend tout possible. Dans le succès d'hier, il y a des côtés qui restent très éloignés de ce qui peut me passionner positivement : la casse bien sûr mais aussi ce mimétisme dans l'excès de liesse. La joie réelle peut aussi exister sans avoir le besoin de crier, parfois même de tomber dans une forme aussi irréelle d'hystérie. Ces observations faites, il y a un symbole fort : à 20 ans, tout est possible. Car la victoire de 2018 c'est aussi l'anniversaire de celle de … 1998. La vie collective française repose souvent sur des formules empreintes d'un très grand bon sens dont la suivante "on n'a pas tous les jours 20 ans". Cette formule est d'abord d'une évidence déconcertante car elle peut pareillement s'appliquer à tous les âges de la vie. Pourquoi 20 ans alors ? Parce que c'est l'âge où tout doit paraître possible, ouvert, positif, la vie devant … Le jour où, en dehors d'épisodiques circonstances, cette phrase aura retrouvé tout son sens pour la jeunesse française, une amélioration collective agréable sera alors intervenue pas seulement pour le temps éphémère d'un soir légitime de fête.
-
Toujours grave de se résigner aussi facilement à ce que des questions puissent rester sans la moindre réponse
Le Watergate n'a été possible que parce qu'une femme, Katharine Graham, qui prend les rênes du Washington Post dans des conditions très particulières fonctionne avec une règle simple : les questions sérieuses ne doivent jamais rester sans réponse. Et c'est à ce titre qu'elle soutiendra Woodward et Bernstein. Le Watergate. La démission de Nixon … Elle avait observé la descente aux enfers de son époux, Philip, jusqu'au suicide à 48 ans dans leur salle de bain, revolver à la main. Et celle qui avait "fermé les yeux" dans sa vie privée allait choisir de toujours permettre de les ouvrir pour qu'une question grave ne reste jamais sans réponse. Une réponse juste. Solide. Exacte. Vraie. C'est la réponse qui serait utile sur les facteurs du comportement de Juncker avec cette vidéo qui enflamme la toile. Pourquoi ce silence ? C'est toujours grave de laisser des questions aussi naturelles sans la moindre réponse vraie.
-
168 ans !
Hier mercredi, à San Francisco, la première femme maire afro-américaine a prêté serment pour accéder à cette fonction dans cette ville. Il aura donc fallu attendre 168 ans pour qu'une femme afro-américaine accède à cette fonction dans une ville de 4 700 000 habitants. Il avait fallu attendre 128 ans pour qu'une femme soit maire. Et 40 ans de plus pour que ce soit une "femme de couleur". Ce sont là des séquences temps qui méritent la réflexion. Comment une démocratie peut-elle être inclusive quand une fonction donne ainsi le sentiment d'être hors de portée d'une partie importante de ses membres ? Un réel sujet de fond. Et quelle belle ténacité pour la nouvelle maire que de penser pouvoir ainsi rompre les si vieilles habitudes.
-
Si deux suspens ne deviennent pas trop lourds …
Si le suspens de la coupe du monde de football n'a pas déjà trop usé les nerfs de fervents supporters, je recommande la lecture du "Président a disparu". Bien rédigé. Présentation intéressante des mécanismes du pouvoir comme des flatteries nécessaires pour amadouer des politiques. Sympa en cette période d'été. Mais encore faut-il que deux suspens à la fois ne soient pas trop lourds à endosser … Merci Thomas pour cette recommandation.
-
La France et son long cortège d’abstractions archaïques ou les vieux habits usés d’un système qui ne fait plus illusion
Hier soir, Donald Trump a désigné un juge membre de la Cour Suprême. 3 juges étaient en compétition. Chacun d'eux assumait ouvertement son parcours, ses engagements y compris religieux … On est loin de l'abstraction à la française qui voudrait qu'un juge soit "neutre", d'une impartialité absolue, "hors sol" par rapport à la vie quotidienne. Le juge est un être humain comme les autres, parmi les autres. Il a donc ses sensibilités, ses priorités … La France s'est construite à partir d'abstractions qui n'ont pas résisté à la modernité. La notion d'Intérêt Général cache désormais tellement mal l'influence efficace décisive d'intérêts très particuliers que cette expression est de moins en moins utilisée. L'impartialité de la justice n'existe pas davantage. Il suffit d'ailleurs de constater les différences de jugements selon les Cours à partir de faits pourtant identiques. Comme la neutralité de médias dont la télé d'Etat. Et la liste pourrait durer longtemps. Ces abstractions archaïques ne fonctionnent plus. L'un des problèmes majeurs actuels de la France, c'est que Paris pense que la province y croit encore. Ce sont les vieux habits usés d'un système qui ne fait plus illusion. Si la politique française "pédale" dans le vide c'est pour une grande partie parce qu'elle se refuse d'accepter que c'est tout un "logiciel" à changer … dont ces abstractions qui n'ont plus prises.
-
Jacques Vadon ou l’expertise humanisée
Grande tristesse d'apprendre hier le décès de Jacques Vadon. Pendant 20 ans, chaque semaine le jeudi soir, un groupe de copains s'est retrouvé à Grenoble Tennis. Les horizons professionnels étaient très divers. Les options politiques aussi. Les tempéraments également. Les compétitions de doubles étaient passionnées. Mais toujours dans la meilleure bonne humeur possible. Puis le temps est passé. Un accident a emporté l'un. Des maladies ont gagné sur d'autres. Hier, ce fut ainsi le cas pour Jacques Vadon. Pendant des années, il fut l'un des experts-comptables les plus reconnus et réputés tout particulièrement sur Grenoble mais bien au-delà aussi. Pour moi, Jacques Vadon, c'est l'expertise humanisée. Dans le domaine des chiffres, ces deux mots sont souvent incompatibles. Tout son art consistait à les rendre compatibles. Respecter les chiffres mais aller au-delà. J'ai souvent été admiratif devant sa capacité à mettre en relief la dimension humaine d'un dossier. Et puis il avait la passion du tennis. Je ne retrouvais pas alors l'expert comptable que je connaissais par ailleurs. L'oeil changeait. Il y avait une petite ride au coin de l'oeil qui se formait plus rapidement montrant, si besoin était, qu'en dehors de sa profession si rigoureuse Jacques savait aussi prendre le temps de rire. Et ce fut le cas si souvent avec Marcel Mazza ou Michel Charles-Bernard. Il avait quitté Grenoble. Quelques jours après le décès de Michel Charles-Bernard, nous avions échangé. Il m'avait fait part de son épreuve de santé. Mais son message n'était pas d'alerte. Peut-être souhaitait-il me ménager sachant combien la maladie peut m'effrayer ? Une délicate attention de plus de sa part. Qu'il soit assuré que ces heures là resteront parmi les meilleures pensées d'existences qui peuvent se dérober malheureusement si rapidement. Merci pour tous ces moments.
-
Ces moments si particuliers où, sans que rien n’ait encore changé en apparence, tout est pourtant déjà différent …
Dans les relations humaines, sur le plan collectif ou individuel, des moments très particuliers où, sans que rien n'ait encore changé en apparence, tout est pourtant déjà différent. Quand c'est positif, c'est un moment magique. Quand c'est négatif, c'est une forme de tragédie. Avec la victoire d'Alexandria Ocasio-Cortez, les Etats-Unis vivent un moment positif magique de cet ordre. C'est une chance réelle que d'avoir pu vivre de tels moments positifs collectifs. J'en ai vécu trois directement + 1 comme observateur. Le premier fut une campagne municipale à Grenoble. J'étais jeune et je me souviendrai tout le temps du moment où des habitants Bd Agutte Sembat baissaient la vitre de leurs voitures pour sortir le bras avec le V de la victoire, pour crier : "allez, c'est bon !". Le second fut la réunion de lancement de ma campagne cantonale à Vif (photo ci-dessus). Salle pleine. A la fin de la réunion, des personnes demandant des affiches pour les placer dans leur jardin, les exposer aux fenêtres …. Un porte à porte adorable avec M. Jacques Menut avec les portes qui s'ouvraient pour convier à visiter la … cuisine pour montrer une carte postale de campagne posée sur le réfrigérateur … Le troisième fut au printemps 2008 aux Etats-Unis avec cette vague pro-Obama qui prenait corps. Porter la casquette de sa campagne était l'assurance de manifestations immédiates de soutiens. Le dernier fut en février 2014 quand l'équipe d'Eric Piolle a organisé un événement de campagne à la Bastille. Je suis allé voir le départ à partir des Bulles sur les quai. Ce monde. Cette jeunesse. Mais surtout cette gaieté. Difficile d'imaginer que la défaite pouvait être au rendez-vous. A ceux qui s'interrogent parfois sur un engagement civique, une seul conseil, ne pas passer à côté de la possibilité de vivre cette fièvre si particulière.
-
Au suivant …
Hier, le Gouvernement a présenté 60 mesures en se plaçant au chevet de la biodiversité en France. Et un programme de plus. Avec le recul, la période présente sera très sévèrement jugée par un constat simple : "ils étaient au courant de tout mais ils n'ont jamais rien fait !". La photo ci-dessus date du n° 174 de GEO (août 1993). 25 ans ! Tout y est dans le reportage avec un titre évocateur en couverture : "SOS ! Les plages, les espèces, les fonds marins à sauver !". Qu'est ce qui a été fait ? Rien ou si peu. En décembre 2015, il y a moins de 3 ans, la COP21 était supposée régler les défis de la biodiversité. Pourquoi faut-il encore un plan de plus aujourd'hui ? Et la France respecte-t-elle seulement ses engagements pris hier ? Non. C'est un cinéma permanent de seule communication : occuper le terrain et faire croire … Sur un sujet de cette importance aussi capitale, se contenter de ce cinéma, c'est terrible. Car une réelle crise systémique est engagée. Le système auto-alimente l'étape d'après. Le vrai débat sérieux c'est l'identification de la durée d'inertie pour inverser la tendance. Selon les rapports, les experts estiment de 30 à 50 ans ces délais pour inverser une fois les mesures prises. Les mesures sont annoncées et jamais prises dans les faits. Une situation totalement irresponsable car l'environnement n'a pas les défenseurs qu'il mérite. Le coût sera payé très chèrement par les prochaines générations. Une faillite collective de première ampleur.
-
La fête de l’indépendance
Aujourd'hui aux Etats-Unis, c'est un jour de réelle fête populaire : l'Independence Day. La célébration de la déclaration d'indépendance du 4 juillet 1776. D'immenses fêtes familiales, populaires, municipales ont lieu. Deux mots formidables : fêter c'est à dire avoir la mémoire joyeuse. Et l'indépendance : être maître de son devenir. Libre ! En France, je suis surpris par la marginalisation progressive des vraies dates d'indépendance. Parfois au fond d'une vallée on tombe sur un monument aux morts. On lit des noms et des âges. Une fois par an, ils ont droit à la visite d'officiels qui l'espace de 30 minutes déposent des fleurs puis repartent souvent très rapidement. Plus le temps passe, moins la fête est partagée populairement. C'est choquant à ce point là. Comme s'il n'y avait en France qu'à célébrer la chute de la monarchie alors que le pays a si rapidement remplacé la monarchie du sang par celle de l'entre soi. Et surtout comme si la monarchie pouvait être un péril pire que le … nazisme. Il y a des moments où le ré-ajustement des fêtes nationales mériterait une plus grande attention.