Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • La fin des plafonds de verre

    JFK Library 2 02 12 16

    Le concept du plafond de verre est né dans les 10 dernières années en politique. L'idée est simple : il y aurait des seuils infranchissables pour tel ou tel candidat. C'est presque une approche d'analyse boursière appliquée à la politique : l'idée de tunnels quantitatifs à l'intérieur desquels une valeur ou une marque politique peut fluctuer mais avec la sécurité de ne pas franchir un plancher technique ni un plafond technique. 

    Les plafonds de verre sautent les uns après les autres. Dernier exemple en date, en France, Fillon qui manque de peu de passer dès le 1er tour après avoir été 15 jours auparavant dans le "plafond de verre" du 15 % au mieux. 

    L'opinion publique a gagné en maturité de décision comme en pluralité d'informations. Elle se libère donc des "tunnels" dans lesquels les analyses quantitatives l'emprisonnaient. C'est une nouvelle donne majeure. 

    L'article paru dans Les Echos du 30/11/16 sur les nouvelles sources d'informations dont la part nouvelle des "fausses informations" présente de façon très réussie l'un des volets nouveaux de cette réalité. A l'intérieur de cet article globalement de qualité, des points sérieux méritent la contestation. Ce qui est sûr c'est qu'une nouvelle démocratie d'opinion est en train de naître avec des contingences fondamentalement nouvelles. Une période très intéressante.

  • La révolution de l’information géographique

    Pollutec 16 01 12 16

    Le salon Pollutec 2016 porte de nombreux enseignements. L'un d'entre eux concerne la révolution de l'information géographique. Dans des domaines comme l'eau ou plus globalement l'environnement, l'information géographique connait une révolution au contenu quasi-irréel. Par la précision des données, par leur visualisation, par la réactivité immédiate des informations à partager … : c'est un univers totalement nouveau qui est engagé. Avec Didier Richard, dès 1998, nous avions été les premiers à nous engager sur le "chemin" du numérique appliqué à l'information géographique. C'était tôt. Les moyens ne faisaient pas la différence avec "l'info papier". Maintenant, ces deux supports ne partagent plus la même division. L'écart a été creusé. Il va s'amplifier de façon considérable dans les deux prochaines années.

    De même, autre révélation de ce salon remarquable : les possibilités de l'impression 3D notamment en matière de santé. Les champs d'applications ouvrent des perspectives considérables. 

    Trois autres constats sur le terrain :

    1) les exposants étrangers stupéfaits par la morosité française ambiante,

    2) le stand "Nouvelle Aquitaine" qui surclasse tous les autres stands des collectivités territoriales,

    3) une affirmation considérable de ce salon technique professionnel qui pourrait vivre de 2014 à 2016 un passage de 60 000 à 100 000 participants (exposants et visiteurs). Ce qui montre, si besoin était, que des salons d'excellence en région ont toute leur place. Et ils constituent une formidable locomotive pour l'ensemble du tissu économique local dont les commerces, restaurants et hôtels.

  • Gouvernance et impopularité ne sont pas irrémédiablement jumelles

    Obama 3 18 11 16

    Il faut reconnaître au moins une qualité aux nuls : leur capacité à dénicher des plus nuls qu'eux pour ne pas avoir à souffrir la comparaison. Sur le fond, c'est un vrai savoir faire qui rythme actuellement la vie publique française. En conséquence, progressivement, elle s'est installée dans cette culture que gouvernance et impopularité seraient jumelles. Ce qui est faux. Hier, un institut de sondages fiable (Quinnipiac University) a publié un sondage sur Obama affichant une cote d'insatisfaction de … 22 % ! La défiance est pour lui le double de la cote de confiance pour le Président français c'est dire qu'à confiance comparée Obama inflige un 4 / 0 à Hollande. Mais en France maintenant, même en dehors de l'approche la plus difficile qu'est l'intention de votes, les sondages sont disqualifiés. Tout est disqualifié : les chiffres publics, les sondages privés … Un néant abyssal comme si la nullité devenait irrémédiablement contagieuse sans frontière … Heureusement qu'il existe encore des chefs d'Etat qui échappent à ce terrible constat. Les raisons sont évidentes. Mais il peut encore exister en France de la Cour et des obscurantistes pour se demander pourquoi … 

  • Les Français échappent-ils à la vague anti-establishment ?

    Trump 19 09 16

    L'establishment c'est quoi ? Selon le dictionnaire : " l'ensemble des gens en place qui contrôlent l'ordre établi et cherchent à se maintenir". Bref, aucun candidat politique français n'échappe à ce jour à l'appartenance à l'establishment. Voilà la réalité derrière les mots supposés "rebelles". Or cette réalité n'échappe pas aux citoyens et surtout pas aux jeunes.

    Il semblerait que les jeunes aient été très absents de la primaire de la Droite et du Centre. Le vrai phénomène actuel c'est que les électeurs se dérobent. Le Droite a mobilisé sa clientèle traditionnelle majorée de perturbateurs de gauche perdus dans un combat animé par une autre cause. 

    Ce phénomène est actuellement le plus important. Un électorat qui se dérobe montre qu'il est prêt aux votes les moins encadrés. C'est le vrai socle du "trumpisme" : quand la colère devient incontrôlable au point de s'émanciper des voies habituelles. Cet état d'esprit est très présent en France, probablement majoritaire et largement. Mais il n'y a pas encore de porte voix. C'est cette absence qui va poser problème et conduire à des votes protestataires considérablement majorés même sans illusion.

  • Qui a dit que les Français n’aimaient pas les gagnants ?

    TTSO

    Juppémania

     Le baromètre du JDD a quantifié la présence dans la presse de Juppé et Fillon entre le dimanche du 1er tour et le vendredi précédant le second tour.

    Les chiffres :

    1) Nombre de citations : Juppé : 3 401, Fillon : 4 190,

    2) Mentions en une : Juppé : 266, Fillon : 351,

    3) Mentions dans un titre d'article : Juppé : 731, Fillon : 1 668.

    Le baromètre a quantifié aussi les progressions entre l'avant 1er tour et l'après 1er tour : en moyenne une progression de + de 100 % des citations. La période d'octobre 2015 a vite été tournée. Comme quoi les Français aiment les gagnants à plus forte raison quand la victoire se dessine avec un pourcentage élevé de certitudes ... Ils auront presque tous été gagnants mais à des étapes différentes de la primaire …

  • La fin de régime

    Trump 2 06 03 16

    Au début, il y eut les crises dans le régime. Puis les crises devenant si nombreuses, ce fut l'étape de la crise de régime. Et maintenant c'est la fin de régime. Tout prend l'eau de tous les côtés. 600 000 personnes de gauche renient leur signature et leurs valeurs pour voter pour choisir le candidat de … droite. Et en plus bon nombre d'entre elles dont des élus le revendiquent fièrement. Les cadres du PCF désavouent leur secrétaire général dans le soutien à Mélenchon. Et maintenant les militants désavouent leurs "cadres". Au sein du PS, il y aura bientôt autant de candidats à la présidentielle que de membres de Gouvernement tellement chacun croit possible de prendre la place de Hollande à force d'avoir constaté ses faiblesses et désacralisé la fonction présidentielle. Au milieu de crises d'une extrême gravité (économie, religions, environnement), la France perd aussi son régime politique conçu en 1958 qui ne parvient plus à concilier monarchie et république. Tout avance pour un choc d'ampleur au printemps 2017.

  • STIG sous sa version définitive : la participation avance

    STIG

    Depuis le 24 novembre, STIG est sous sa version définitive. Avec STIG, le rapport de force est inversé : les citoyens proposent les idées, soumettent des amendements, votent en faveur ou contre les propositions. Chaque idée obtient une sorte de note, le Stigscore, qui prend en compte le nombre de votes et d’amendements. STIG, c'est le mouvement des "civic-techs". L’application tire son nom du mot «stigmergie» qui signifie pour les start-uppers «trouver une forme d’intelligence collective où les projets sont conduits par les idées plutôt que par les personnes»

    Dès le 5 mars 2016, j'avais évoqué cette application alors à venir. Elle est désormais disponible. Une application qui pourrait beaucoup compter pour les prochaines élections locales.

  • Quand le culte de la vitesse dépasse le respect de la précision

    Vote 15 11 16

    Le système électoral n'échappe pas au culte actuel de la vitesse. Tout doit aller très vite. Un vote à peine fini, le résultat doit immédiatement être connu. Aux Etats-Unis, il faut effectuer actuellement deux constats. D'une part, la différence réelle entre Hillary Clinton et Donald Trump n'est pas de quelques centaines de milliers de voix mais de 2 017 563 voix en faveur de la … perdante. Clinton a recueilli 64 223 958 voix / Trump 62 206 395. C'est un écart significatif. Mais le constater ne revient pas à pouvoir contester l'élection car le dispositif juridique est différent du décompte fédéral global. En revanche, d'autre part, plus sérieuses sont les actuelles contestations sur les décomptes dans 3 Etats (Wisconsin, Michigan, Pennsylvanie). Là, il s'agit au total de 46 grands électeurs. Quand Trump a réuni 290 grands électeurs et qu'il y a matière à contestation sur 46 d'entre eux, le sérieux du dossier change. Le dossier du Wisconsin montre que l'objet de la contestation est sérieux notamment dans l'écart dans le croisement entre des chiffres d'électeurs et de résultats pour des montants significatifs (de l'ordre de 7 %).

    C'est comme en France, l'étape de la primaire dimanche dernier qui consistait à devoir signer la "charte de la droite". Au départ, bon nombre des participants croyaient à juste titre devoir apposer leur signature au bas d'une page ayant le contenu même de la Charte. Loin de cette étape formelle, il s'agit d'apposer sa signature sur un registre électoral valant acceptation de la Charte. L'étape est psychologiquement entièrement différente. Tout particulièrement quand 600 000 participants peuvent être considérés comme n'approuvant pas cette Charte. Un chiffre qui signifie que le 1er aurait peut-être pu être élu dès le 1er tour dans un scrutin respectueux des vrais codes (?). Comme que le troisième aurait pu être le second. 

    Quand la démocratie désacralise des règles pour céder à la rapidité, elle n'en sort rarement grandie.

  • Et si le vrai vainqueur des élections américaines, c’était lui …

    Alexander Karp

    En 1980, lors de la victoire de Ronald Reagan, il y eut beaucoup d'étonnement face à certaines attitudes de Reagan. Puis quelques mois après, tout est apparu très cohérent. A la manoeuvre, Richard Wirthlin et son programme PINS. Une vraie croisade informatique. L'opinion américaine avait été segmentée en 157 catégories. Et chaque catégorie avait été quantifiée par Etat. Chaque catégorie avait été testée sur des mots d'évocations. Si bien que lorsque Ronald Reagan procédait à une déclaration, il disposait préventivement d'une simulation de nature à lui donner l'impact sur les électeurs clefs dans chaque Etat. Tout ce qui paraissait improvisé, voire désordonné était très … programmé et cohérent.

    N'est-ce pas le même schéma en 2016 ? Le Point a consacré de façon très réussie une présentation d'Alexander Karp avec sa société Palantir. Via Peter Thiel, proche de Trump et encore plus proche d'Alexandar Karp, ce dernier a-t-il tenu en 2016 la même fonction que Wirthlin en 1980 ? La question s'était déjà posée avec discrétion pendant la campagne. A fortiori lors de la désignation de Kellyanne Conway comme directrice de campagne car Conway est une adepte de Wirthlin. Dans les prochains mois, la clarté se fera jour. Le vrai vainqueur des élections américaines prendra peut-être un nom inattendu comme en 1980 ?

  • L’enterrement annoncé des primaires

    Vote 02 03 16

    Une fois que l'actuelle fièvre retombera, la situation actuelle conduira à enterrer le mécanisme des primaires. La fièvre tient à quoi ? A la forte participation. Mais la forte participation n'est pas la garantie d'un bon mécanisme. Si l'audience rythme tout, "la culture Hanouna" a de beaux jours en France. Parce que cette "culture" c'est le culte de l'audience et exclusivement. C'est compréhensible pour des médias qui vendent de l'audience pour augmenter la cherté de leurs passages publicitaires qui grimpent à mesure que l'audience est forte. Mais peut-il en être de même en politique ?

    Prenons des exemples concrets. En sports, à qui viendrait l'idée de confier la composition de l'équipe concurrente en acceptant que les concurrents influent sur cette composition ? Dans notre domaine de l'entreprise privée, quel entrepreneur s'en remettrait à un concurrent pour fixer les recrutements de son entreprise ? Tout cela n'a pas de sens.

    La primaire est un mécanisme pour les scrutins à un tour. La France a un scrutin présidentiel à 2 tours. C'est la vocation du 1er tour de sélectionner non pas sur un échantillon de 10 % du corps électoral mais sur tout le corps électoral potentiel. 

    La primaire demande de l'honnêteté aux participants. Si la primaire doit être ouverte à tous, comment banaliser la "trahison de la signature" puisqu'il y a un code des valeurs à signer de façon préalable ? En quoi le dispositif peut-il être juste quand le moment venu un militant sincère qui a passé des nuits à coller a le même poids qu'un électeur qui revendique clairement d'appartenir à un groupe concurrent ?

    Comment faire vivre le débat sérieux quand il y a plus de 4 compétiteurs ? On est en train de le vivre actuellement. Le débat de fond n'a débuté qu'au lendemain du 1er tour. Irréel. 

    Comment accepter que la primaire ne soit pas un processus de sélection mais un processus d'élimination par le "camp d'en face" ? Regardons les chiffres. 4 260 000 participants. Entre le 2ème et le 3ème compétiteur un écart de moins de 400 000 voix. Si la gauche revendique quasi-officiellement 15 % au moins des votants, c'est reconnaître que cet écart de 400 000 voix est largement en-dessous du nombre des votants de gauche. Et la banalisation du processus de participation "dans le camp d'en face" aura encore plus d'impact lors de primaires locales quand le nombre de participants devient faible.

    Une fois la fièvre retombée et le bon sens retrouvant la place nécessaire, c'est l'enterrement annoncé des primaires parce que les déviations actuelles banalisées vident ce processus de ses qualités principales.