Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Quand le culte de la vitesse dépasse le respect de la précision

    Vote 15 11 16

    Le système électoral n'échappe pas au culte actuel de la vitesse. Tout doit aller très vite. Un vote à peine fini, le résultat doit immédiatement être connu. Aux Etats-Unis, il faut effectuer actuellement deux constats. D'une part, la différence réelle entre Hillary Clinton et Donald Trump n'est pas de quelques centaines de milliers de voix mais de 2 017 563 voix en faveur de la … perdante. Clinton a recueilli 64 223 958 voix / Trump 62 206 395. C'est un écart significatif. Mais le constater ne revient pas à pouvoir contester l'élection car le dispositif juridique est différent du décompte fédéral global. En revanche, d'autre part, plus sérieuses sont les actuelles contestations sur les décomptes dans 3 Etats (Wisconsin, Michigan, Pennsylvanie). Là, il s'agit au total de 46 grands électeurs. Quand Trump a réuni 290 grands électeurs et qu'il y a matière à contestation sur 46 d'entre eux, le sérieux du dossier change. Le dossier du Wisconsin montre que l'objet de la contestation est sérieux notamment dans l'écart dans le croisement entre des chiffres d'électeurs et de résultats pour des montants significatifs (de l'ordre de 7 %).

    C'est comme en France, l'étape de la primaire dimanche dernier qui consistait à devoir signer la "charte de la droite". Au départ, bon nombre des participants croyaient à juste titre devoir apposer leur signature au bas d'une page ayant le contenu même de la Charte. Loin de cette étape formelle, il s'agit d'apposer sa signature sur un registre électoral valant acceptation de la Charte. L'étape est psychologiquement entièrement différente. Tout particulièrement quand 600 000 participants peuvent être considérés comme n'approuvant pas cette Charte. Un chiffre qui signifie que le 1er aurait peut-être pu être élu dès le 1er tour dans un scrutin respectueux des vrais codes (?). Comme que le troisième aurait pu être le second. 

    Quand la démocratie désacralise des règles pour céder à la rapidité, elle n'en sort rarement grandie.

  • Et si le vrai vainqueur des élections américaines, c’était lui …

    Alexander Karp

    En 1980, lors de la victoire de Ronald Reagan, il y eut beaucoup d'étonnement face à certaines attitudes de Reagan. Puis quelques mois après, tout est apparu très cohérent. A la manoeuvre, Richard Wirthlin et son programme PINS. Une vraie croisade informatique. L'opinion américaine avait été segmentée en 157 catégories. Et chaque catégorie avait été quantifiée par Etat. Chaque catégorie avait été testée sur des mots d'évocations. Si bien que lorsque Ronald Reagan procédait à une déclaration, il disposait préventivement d'une simulation de nature à lui donner l'impact sur les électeurs clefs dans chaque Etat. Tout ce qui paraissait improvisé, voire désordonné était très … programmé et cohérent.

    N'est-ce pas le même schéma en 2016 ? Le Point a consacré de façon très réussie une présentation d'Alexander Karp avec sa société Palantir. Via Peter Thiel, proche de Trump et encore plus proche d'Alexandar Karp, ce dernier a-t-il tenu en 2016 la même fonction que Wirthlin en 1980 ? La question s'était déjà posée avec discrétion pendant la campagne. A fortiori lors de la désignation de Kellyanne Conway comme directrice de campagne car Conway est une adepte de Wirthlin. Dans les prochains mois, la clarté se fera jour. Le vrai vainqueur des élections américaines prendra peut-être un nom inattendu comme en 1980 ?

  • L’enterrement annoncé des primaires

    Vote 02 03 16

    Une fois que l'actuelle fièvre retombera, la situation actuelle conduira à enterrer le mécanisme des primaires. La fièvre tient à quoi ? A la forte participation. Mais la forte participation n'est pas la garantie d'un bon mécanisme. Si l'audience rythme tout, "la culture Hanouna" a de beaux jours en France. Parce que cette "culture" c'est le culte de l'audience et exclusivement. C'est compréhensible pour des médias qui vendent de l'audience pour augmenter la cherté de leurs passages publicitaires qui grimpent à mesure que l'audience est forte. Mais peut-il en être de même en politique ?

    Prenons des exemples concrets. En sports, à qui viendrait l'idée de confier la composition de l'équipe concurrente en acceptant que les concurrents influent sur cette composition ? Dans notre domaine de l'entreprise privée, quel entrepreneur s'en remettrait à un concurrent pour fixer les recrutements de son entreprise ? Tout cela n'a pas de sens.

    La primaire est un mécanisme pour les scrutins à un tour. La France a un scrutin présidentiel à 2 tours. C'est la vocation du 1er tour de sélectionner non pas sur un échantillon de 10 % du corps électoral mais sur tout le corps électoral potentiel. 

    La primaire demande de l'honnêteté aux participants. Si la primaire doit être ouverte à tous, comment banaliser la "trahison de la signature" puisqu'il y a un code des valeurs à signer de façon préalable ? En quoi le dispositif peut-il être juste quand le moment venu un militant sincère qui a passé des nuits à coller a le même poids qu'un électeur qui revendique clairement d'appartenir à un groupe concurrent ?

    Comment faire vivre le débat sérieux quand il y a plus de 4 compétiteurs ? On est en train de le vivre actuellement. Le débat de fond n'a débuté qu'au lendemain du 1er tour. Irréel. 

    Comment accepter que la primaire ne soit pas un processus de sélection mais un processus d'élimination par le "camp d'en face" ? Regardons les chiffres. 4 260 000 participants. Entre le 2ème et le 3ème compétiteur un écart de moins de 400 000 voix. Si la gauche revendique quasi-officiellement 15 % au moins des votants, c'est reconnaître que cet écart de 400 000 voix est largement en-dessous du nombre des votants de gauche. Et la banalisation du processus de participation "dans le camp d'en face" aura encore plus d'impact lors de primaires locales quand le nombre de participants devient faible.

    Une fois la fièvre retombée et le bon sens retrouvant la place nécessaire, c'est l'enterrement annoncé des primaires parce que les déviations actuelles banalisées vident ce processus de ses qualités principales.

  • Quand la vacuité gagne haut la main …

    Cleveland 15 07 16

    A force de vivre les campagnes électorales comme des courses à l'audience par le spectaculaire, les lendemains sont redoutables. Hier soir, Trump est sorti de la fantaisie. Il a enregistré et publié sa 1ère vidéo officielle depuis qu'il est élu. Il présente ses 6 priorités immédiates. La choc Trump prend réalité. Climat, accords internationaux … : le choc est réel. Frontal. Il y a juste une mesure qui mérite l'intérêt positif : l'engagement de ne publier une nouvelle réglementation qu'à la condition d'en supprimer deux anciennes lors de la publication d'une nouvelle. Vendredi dernier, la lutte contre le réchauffement climatique a déjà pris deux ans de retard avec la conclusion de la COP22 décalant tout à 2018. Avec les déclarations de Trump d'hier, c'est 20 ans de plus.

    La vacuité avait régné pendant la campagne électorale : le vide sauf les grimaces de Trump, les tweets de Trump … Aujourd'hui, il est dans le fauteuil et le vide est occupé.

    Même dispositif en France. C'est au lendemain du 1er tour de la primaire qu'on commence à parler programmes de façon précise. Jusqu'alors les réalités étaient à contre-mots. C'est ainsi que Juppé est devenu … moderne, Fillon …anti-système, Copé … honnête et pourquoi pas Poisson … tolérant … 

    C'est la génération "fouzy" : "fouzy" un mot à la mode et la réalité s'adaptera. Ainsi tout dernièrement, le jeune Christian Estrosi (61 ans) a épousé la vieille Laura Tenordji (40 ans). La vie privée doit rester secrète jusqu'au jour où M6 publiera les photos bien sélectionnées d'un mariage anti-système entre un membre de la société civile (Christian Estrosi) qui n'a jamais cumulé les mandats politiques et une jeune femme totalement extérieure au milieu médiatique puisqu 'elle ne présente pas une émission télé chaque matin sur France 2… Et surtout que les militants n'hésitent pas à twetter et retweeter les éléments de langages officiels le plus possible. 

    A ce rythme, on ignore quel mur on va prendre de plein fouet mais l'accident est garanti. S'il n'y a qu'un mur ce sera déjà une réelle chance à ce rythme.

  • Le libéralisme peut-il être la solution comme sortie du cycle de crise de 2008 ?

    Obama 05 07 16

    Après Trump aux Etats-Unis, Jared Bernstein qui est un fin analyste posait dernièrement la question : le libéralisme peut-il être la solution comme sortie du cycle de crise de 2008 ? Avec le score de Fillon hier, la même question va se poser en France. Dans la réponse, il faut se méfier des approches trop globales. Le libéralisme n'a pas un seul visage. Au-delà des différences, si cette question se pose actuellement sous des aspects nouveaux, c'est que l'Etat Providence semble arrivé au bout du cycle de son efficacité et surtout de son coût. 

    Pourtant, avant de céder au constat que le libéralisme serait de mode, il me semble que deux aspects sont actuellement pas assez examinés. D'une part, le libéralisme arrive-t-il en tant que tel ou dissimulé sous les habits d'autres motifs ? Aux Etats-Unis, le libéralisme n'est-il pas arrivé le 8 novembre sous les habits d'un vote essentiellement protestataire ? Et en France ne pointe-t-il pas sous nez sous les habits d'un vote d'abord identitaire le 20 novembre ? Mais surtout, si dans toutes les hypothèses, ces scrutins devaient être vécus comme des formes de "revanches modernes", ne faut-il pas traiter avec une attention plus vigilante la question de la pauvreté. Cette question ne devrait-elle pas être au centre de tous les actuels débats ? Comment est-il possible de vivre une "démocratie apaisée" qui est nécessaire si des personnes ont devant elles une vie d'exclus ? Une vie de chômeurs ? Comment une société peut-elle être respectée si elle ne connait pas, par le mérite, la conviction que tout est possible surtout le meilleur pour le très grand nombre et en dehors de quelques exemples destinés à cacher la forêt des impossibles ? 

    Si la question des pauvretés n'est pas traitée sérieusement, le libéralisme ne sera qu'une étape rapide vers des radicalisations encore plus fortes et des poussées de revanches impossibles à contenir …

  • A contre krachs …

    Trump 2 02 08 16

    La séquence temps actuellement traversée est assez surprenante dans les capacités des "experts" à prévoir. C'est l'expérience des krachs annoncés qui n'ont pas lieu et des krachs non annoncés qui … ont lieu. Le Brexit devait entraîner un krach boursier d'ampleur considérable. Rien de ce type n'est intervenu. L'éventualité de l'élection de Trump devait entraîner un krach boursier considérable. Un tsunami financier était annoncé. Rien de ce type non plus. Le krach annoncé devait écarter l'élection de Trump qui de ce fait sortait du champ des possibles avant le 8 novembre. Et c'est l'élection écartée qui est devenu le krach politique non prévu. Avec de telles expériences, il devrait y avoir davantage d'humilité dans les expressions du défilé d'experts qui passent leur temps à nous annoncer de quoi demain sera fait…

  • La vraie leçon américaine que l’establishment français ne veut toujours pas voir

    Trump 05 09 15

    Dans une démocratie, le pouvoir politique ne gagne jamais contre l'opinion. Et contrairement aux idées reçues, l'opinion n'est pas changeante. Elle n'est pas versatile. Elle est d'une remarquable constance dans ses choix. Prenons précisément les Etats-Unis. Les messages ont toujours été dans le même sens depuis 2008. A chaque consultation populaire. Et puis un jour, l'ultime digue saute. 

    Le parallèle avec la France est impressionnant. En France, le message passe depuis 2002. Quel est le message ? Pour l'essentiel, il se compose de 5 griefs majeurs :

    1) Il n'est pas possible de continuer avec un système politique classique devenu répulsif à ce point. 

    2) D'où naît cette répulsion ? Pour l'essentiel de la fracture entre les représentants politiques et l'opinion. Les 1ers n'ont pas été capables de prévoir la crise. Ils sont incapables d'en assurer une sortie rapide. Mais surtout, eux à la différence de l'opinion, n'ont pas été frappés par la crise. Rien n'a changé à la baisse dans leurs statuts matériels : rémunérations, retraites, avantages multiples… Comment peuvent-ils parler de la crise quand ils y échappent à ce point ?

    3) Quand un foyer a tout perdu, qu'a-t-il à faire de la "convenance politique" ? Des votes présentés comme "impossibles" ou pire encore comme "interdits" ?

    4) Jusqu'où faut-il aller pour être enfin entendu ? A quoi peuvent répondre des alertes qui ne fonctionnent plus ? Qui ne sont jamais écoutées ? Jamais suivies d'effets pratiques ?

    5) Qu'y-t-il encore à craindre d'un avenir qui comporte aussi peu d'embellies avec le système habituel devenu insupportable et insupporté ?

    Quand on regarde avec lucidité toutes ces questions et surtout toutes ces étapes, le vote "impossible" trouve beaucoup de "circonstances atténuantes". 

    Et la leçon américaine parait bien voisine de la situation française … Et pourtant beaucoup est déployé pour ne pas la voir.

  • Les virages réels majeurs

    Obama 2 18 11 16

    Trois virages considérables viennent d'intervenir et ouvrent le nouveau siècle sur des bases différentes :

    1) Le Brexit marque la contestation populaire profonde d'un échelon européen sans légitimité démocratique directe perçu comme la dépossession des nations comme des Etats. La sortie de la Grande-Bretagne est un échec terrible pour l'Europe et il faudra des décennies pour que cette puissance économique reconsidère sa position,

    2) L'élection de Trump ou la victoire des revanches populaires : un système politique est devenu tellement répulsif que le candidat qui casse tous les codes classiques de la "normalité" devient le porte-voix des exclus qui sortent voter pour l'occasion,

    3) Et hier, les déclarations d'Obama sur l'Allemagne : c'est la reconnaissance explicite, officielle de son leadership sur l'Europe hors Grande-Bretagne. Et aujourd'hui, les autres leaders doivent se déplacer à Berlin pour s'associer au message de départ d'Obama. Signe que l’Allemagne est la capitale, c’est à Berlin que Barack Obama fait ses adieux aujourd'hui aux dirigeants britannique, espagnol, italien et français qui se joignent en fin de visite pour une cérémonie groupée.

    Beaucoup est organisé en France actuellement pour ignorer ces virages. Mais sur le fond, ils sont chacun le marqueur de changements profonds de première importance durable.

     

  • OneRagtime ou la participation new look

    OneRagtime

    Une plateforme d'investissements (OneRagtime) vient d'être inaugurée. Elle mérite l'attention. D'abord, pour l'anecdote parce qu'elle rassemble deux grenoblois. JM Messier qui a effectué ses études secondaires à l'Externat Notre Dame de Grenoble et Stéphanie Hospital diplômée de GEM (Grenoble Ecole Management). Avec JM Messier, nous avons effectué nos études secondaires ensemble. Depuis, nous ne nous sommes jamais perdus de vues. Il a toujours eu un intérêt particulier pour ce qui est neuf. Même au plus jeune âge. Avec cette plateforme notamment, l'économie montre que le vieux thème de la "participation" va vivre des jours nouveaux. Les circuits classiques fermés, opaques vont être contournés, dépassés.

    Ce que l'économie connait déjà, la politique le vivra à son tour de façon incontournable. La politique manifeste aujourd'hui le réflexe des perdants : s'arc-bouter sur de vieilles pratiques pour refuser l'innovation. Mais l'innovation ne se refuse pas. Elle s'accompagne ou elle abandonne au bord du chemin. 

    Le numérique, affirmation de l'autonomie individuelle, fait exploser tous les vieux codes. A force de refuser de regarder cette réalité, le monde politique français va se prendre une gifle d'une ampleur qu'il n'imagine même pas. 

  • Le mot du jour : la disruption !

    Obama 5 04 09 15

    Aujourd'hui le mot clef de la journée sera : la disruption. C'est quoi ? C'est le choix de la rupture forte dans les thèmes comme dans les idées. C'est la principale novation de Donald Trump : casser le discours conventionnel. Et Donald Trump l'a fait à sa "manière" sur les sujets les plus "chauds" dont l'identité et l'immigration.

    C'est la disruption qui est attendue actuellement pour sortir de discours et d'approches usés, discrédités, dévalorisés.

    Dès le 7 avril 2016 sur Medium c'est le sujet de fond que j'ouvrais alors.

    Pour naître, la disruption demande du courage et de l'honnêteté.

    Du courage, puisqu'il faut prendre de l'avance sur la bien pensance du moment. 

    De l'honnêteté, parce que l'avance est un immense pari : celui de rester seul alors que pour une fois l'attente est d'être rejoint, vite et en grand nombre.

    En novembre 2008, lors d'une rencontre à Boston au Starbucks de Cambridge Galleria avec un responsable de la campagne d'Obama, son amertume était terrible. Il avait défendu tôt la disruption et le succès avait fait passer son avance puisqu'il était trop rattrapé. 

    La disruption est une mentalité : être soi-même. Puis, selon les circonstances, il y a un moment où la rencontre est possible pour tant d'autres moments où elle ne l'est plus ou pas. Comme actuellement, la disruption c'est reconnaître qu'Obama a été un excellent président et s'il avait été personnellement candidat il aurait gagné le choc entre les colères et le positif. C'est quand le positif (l'espoir) est trop faible que les colères gagnent. Quand l'espoir est là, fort et fiable, la nature humaine lui donne un avantage sur les colères. 

    Et aujourd'hui, en France, la disruption, c'est l'espoir, l'optimisme, la modération.