En plein règne des photos qui envahissent tout particulièrement les réseaux sociaux, il y a des moments où l'écriture rappelle sa place particulière faite de nuances, de rappels à la mémoire, d'émotions fortes. Dans des circonstances douloureuses, il y a trois semaines, par un samedi matin plein de soleil, nous avons accompagné des amis à une cérémonie religieuse parce qu'ils venaient de perdre leur fils Julien dans des circonstances brutales dramatiques. Les témoignages ont été quasi-insupportables tant ils exprimaient des vérités fortes. Le texte de son papa, Jean François, a arraché des larmes à toutes les personnes présentes. En quelques pages, il rassemblait des séquences de vie avec une qualité d'écriture d'une sensibilité et d'un réalisme parfaits. Hier, nous avons reçu le traditionnel mot de remerciements. Et le texte à l'intérieur est d'une forte beauté. Il y a près de 30 ans, nous nous étions connus en partageant, dans des circonstances déjà douloureuses, la lettre d'une jeune fille prénommée Laurence pour laquelle sur Lyon les parents souhaitaient lancer une fondation. A cette époque, nous avions beaucoup commenté cette lettre d'une profondeur de vue sur la vie impressionnante pour une rédactrice de … 18 ans. 30 ans plus tard, autre témoignage, circonstances différentes, même qualité d'écriture. Pour ceux qui aiment l'écriture, c'est bien une vie à part entière que l'univers de la qualité des mots justes, sincères, précis.
Auteur : Denis Bonzy
-
Quand tous les goûts sont au tableau …
Remarquable réussite hier de la Ruche Grenoble qui est le cadre des budgets participatifs. Plusieurs enseignements forts sont à tirer de ce succès. D'abord l'attachement enthousiaste des habitants à la vie de leur quartier. Il y avait beaucoup de passion dans les regards comme dans les expressions des exposants. C'est toujours agréable et prometteur d'effectuer un tel constat. Ensuite, dans les projets, le besoin d'esthétisme et de convivialité. Les nouveaux jardins, des places, des fontaines … ont beaucoup occupé les propositions. Mais c'est aussi le cas de la convivialité dont la proposition d'espaces jeux. Une idée excellente qui me rappelle Harvard Square et les moments particulièrement agréables passés en famille, cafés à la main, à partager des tables publiques de jeux. Enfin, la place de l'environnement avec des éco-gestes d'extrême qualité dans la vie quotidienne. A force de parler de «grands chantiers planétaires» en matière de réchauffement climatique, le citoyen est un peu dé-responsabilisé dans son comportement quotidien. La sauvegarde de la planète devient le défi de l’autre alors même que ce devrait être un enjeu de proximité et de responsabilité citoyenne au jour le jour et pour chacun. Et dans ce cadre l'extrême satisfaction de constater un nombre considérable de beaux projets, imaginatifs, pratiques, respectueux de la vie animalière. Avec autant de talents et de passions, l'agglomération à de beaux jours devant elle.
-
Le dédoublement impossible
Très instructive enquête dans la Province de Québec sur les "gens des villes" et les "gens des campagnes" : deux styles de vies qui correspondent à des tempéraments totalement différents. Quand le choix existe et pour celles et ceux qui peuvent ainsi effectuer un choix entre villes et campagnes, que montre cette étude : pour que ce choix soit durable et agréable, il faut bien faire référence à son tempérament. Ce sont deux logiques différentes de vies. Et ces enseignements sont transposables bien au-delà du seul territoire d'expertise. C'est un grand malentendu dans l'aménagement français du territoire. Trois erreurs ont été commises ces dernières années. 1) La ville pourrait être transposée à la campagne : cette mixité trouble les deux identités au point que plus personne n'y retrouve un sens. 2) Les logiques des villes et des campagnes ne doivent pas être poussées à l'absolu. La campagne n'est pas le désert comme la ville n'est pas que le béton régnant partout. 3) La vraie bonne offre, c'est la clarification de deux styles de vies différents que les habitants doivent intégrer parce que chaque style de vie comporte des choix qui sont des marqueurs de tempéraments et que des dédoublements sont impossibles dont celui-là.
-
Bourse : Snapchat ou la consécration du critère de la place de marché
Beaucoup de commentaires accompagnent actuellement la chute de la valeur Snapchat. Il y a un enseignement simple à en tirer : la consécration du critère de la place de marché. Pour avoir été pendant 7 ans comme professionnel extérieur intervenant à l'Institut Supérieur Européen de Gestion à Lyon pour le cours sur les introductions en Bourse, je suis aujourd'hui satisfait de voir à ce point la reconnaissance de l'importance essentielle de ce critère que je mettais en relief en permanence bien au-delà des chiffres classiques habituels (CA, RN …). En Bourse, les investisseurs achètent de l'avenir. Seule la place de marché est le critère de l'avenir.
La place de marché, c'est quoi ? C'est la conjonction de 4 critères :
1) Etre numéro 1 sur son segment de marché : on ne retient qu'un leader de segment de marché. Le n°2 a un handicap immédiat : il doit clarifier ce qu'il fait d'autre et de mieux que le n°1 perçu. Ce qui est aujourd'hui le problème de Snapchat face à Facebook.
2) Disposer de fortes barrières de protection face aux concurrents : la barrière de protection c'est l'assurance que soit les concurrents vont devoir acheter soit qu'il y a du temps pour qu'ils rejoignent le leader. Dans les deux cas, c'est une protection considérable.
3) La place de marché doit être associée à un marché perçu comme porteur dans le temps. Tout l'enjeu est sur la perception de croissance. Il n'est pas nécessaire que cette croissance soit incontestablement justifiée. Il est indispensable que cette croissance soit "la raison partagée". Le marché a par définition un comportement moutonnier puisque la "raison partagée" est le filet de sécurité des investisseurs en cas d'échecs quand ils n'ont pas engagé leur argent personnel. "Avoir fait comme les autres" est l'argument pour se dé-responsabiliser vis à vis des réels propriétaires des fonds.
4) Face à la place de marché de base, les démultiplications ultérieures éventuelles doivent être perçues comme des niches de croissance à moindre coût.
Snapchat est faible sur les 4 critères. La période s'annonce délicate dans l'attente d'un repositionnement.
NB : je saisis l'occasion de ce billet pour remercier tous les anciens étudiants qui me passent régulièrement des messages très sympathiques via des réseaux sociaux dont LinkedIn. Cela me touche beaucoup et j'en félicite le très grand nombre pour la qualité remarquable de leurs parcours professionnels.
-
Le plus beau des cadeaux : les mots de l’expérience
Hier, c'est avec beaucoup de tristesse que j'ai appris le décès de M. Louis Policand. Dans mon engagement public, des agriculteurs m'ont toujours réservé le plus beau des cadeaux : les mots de l'expérience. Louis Policand était l'un d'eux. Comme Maurice Valfort sur Varces. Chaque entretien avec eux était le retour à la source de la sagesse. Pour ma première campagne électorale, avec son gendre, nous étions allés rencontrer souvent Louis Policand. C'est toujours instructif d'écouter une personne qui aime son village. Le premier document d'information (cf ci-dessous) d'alors avait été beaucoup inspiré par ses réflexions. Louis Policand parlait peu. Il pesait les mots. Il scrutait beaucoup avec un regard qui pouvait devenir rieur alors même que sa bouche ne bougeait pas. Plus son jugement allait être rude, plus il campait préalablement avec solidité sur ses jambes. Une robustesse que le corps allait exprimer avant la voix. L'été dernier, à l'occasion d'un running, je l'ai croisé au bras de son épouse, Marie-Louise. Ils étaient à quelques centaines de mètres de chez eux. Pour la première fois, il m'est apparu fragile, frêle, fatigué. Nous avons parlé avec plaisir. Comme à chaque occasion. Mais après je ne suis pas parvenu à reprendre le rythme de la course. Le sentiment qu'une "page allait se tourner". Dans les villages, il y a des personnes qui sont associées à des âges de la vie. Leur disparition est encore plus lourde. C'était le cas pour moi de Louis Policand. Son gendre avait été un maire-adjoint remarquable aux affaires scolaires. Ses petites-filles étaient allées à l'école avec nos deux fils. Une grande tristesse.
-
Que faut-il de plus … ?
Souvent une photo contient toutes les informations disponibles. Parler à l'oeil bat alors tous les mots. Parfois un tableau avec des chiffres précis remplit la même fonction. Depuis hier à Bonn, les Etats examinent comment concrétiser l'Accord de Paris. Et ce sujet a été totalement absent de la présidentielle 2017. Une réalité qui montre, si besoin était, combien il faut réviser l'engagement individuel pour une mobilisation plus forte face à un enjeu collectif déterminant. Parce que le tableau ci-dessus dressé par l'AFP montre l'urgence absolue de la mobilisation. Que faut-il de plus comme alertes … ?
-
Seule la fin éclaire toute l’histoire …
Ce qui est souvent le plus surprenant c'est la capacité à réécrire une séquence temps en fonction de la fin. Il y a des moments où quand on a participé à une partie de "l'histoire" dans un cadre professionnel ou public, il y a matière à être surpris par cette ré-écriture a posteriori. Quand des personnes remettent tout "en ordre" en fonction de la fin. Cette pratique a même pu parfois me pousser à me demander si nous avions bien vécu la … même histoire. C'est ce qui attend maintenant la campagne présidentielle 2017. Macron va vivre le post pouvoir qui est aux politiques ce qu'est la séance de démaquillage pour des comédiens : le retour au vrai. Le "démaquillage" va débuter avec les investitures aux législatives, pour le meilleur ou pour le regret. Pour ce qui me concerne, depuis ce jour, j'ai perdu ma blague du matin au petit-déjeuner. Car depuis de nombreuses semaines déjà, face au mug de Marie, la mention me permettait de plaisanter et de tester sa résistance aux arguments même de la pire mauvaise foi. Cette mention ce matin est … juste. Même le mug vient de changer de … dimension. En effet, seule la fin éclaire toute l'histoire, même l'histoire des … mugs.
-
Marché Goodfood : étape clef le 17 mai ou les messages passés à la … France
Dès début mars, j'annonçais l'introduction en Bourse à venir de Marché Goodfood. Elle est désormais confirmée avec une date clef : le 17 mai. C'est un tournant dans un moment clef de la vie de chacun : la cuisine. Le succès de Marché Goodfood (200 000 repas livrés chaque mois dans plusieurs régions du Canada) atteste d'une évolution de fond : la personnalisation de l'alimentation avec le goût de la découverte. Un créneau déjà vécu avec succès par Freshii sur la base de l'alimentation santé à petits prix. A 17 heures, 70 % des personnes ne savent pas quel sera leur repas du soir. Plus il est question de jeunes générations, plus ce chiffre est élevé. Quoi de plus simple que d'être livré à domicile : juste ce qu'il faut, avec toutes les garanties sur la qualité des produits et les informations sur la recette à mettre en oeuvre en quelques minutes. C'est le même esprit que Le Petit Ballon ou Une Petite Mousse. Ce qui est intéressant dans le parcours de Marché Goodfood, c'est l'étape par le passage par la Bourse de Toronto dont les valeurs sur 2016 ont été les plus actives en moyenne. Pour qu'un marché financier soit performant, il faut des étapes avant la "grande cotation" sur un marché majeur. La France a déstructuré les places régionales d'Euronext. Ce faisant, elle a liquidé des étapes initiatrices utiles. C'est un échec considérable qui pénalise beaucoup les startups. Si ce dispositif n'est pas rapidement corrigé, c'est un facteur d'expatriation qui va beaucoup impacter les emplois en France. la Bourse reste une étape de développement qui mérite d'être mieux considérée parce qu'elle permet des opérations mixtes (cessions de titres et augmentations de capital), parce qu'elle assure une indépendance face aux banques … Faute de corrections rapides dans les deux ou trois prochaines années, avec une telle faiblesse, la France décrochera significativement de la seconde étape de vie d'une startup.
-
Quand l’âme est inscrite sur les visages …
Le 9 mai, la Colombie Britannique vote. Un support de presse a eu une initiative remarquable : une caravane qui remonte la route 97 sur 3 semaines. 2 000 km. Avec les réseaux sociaux, on peut tout suivre : le parcours via YouTube, des extraits sur Twitter … Du 24 heures sur 24. On est loin de la supposée immersion de BFMTV chaque matin pendant 3 minutes à 6 heures 30 avec la sympathique Ashley. Là, il est question d'une vraie immersion sans avoir peur des "provinces reculées". Et le plaisir de constater des visages qui ne s'en remettent ni au cynisme ni au désengagement. La comparaison avec les visages français à la même période est terrible : ici, les seniors ne s'expriment pas devant les caméras ou si peu, les jeunes remettent en cause le suffrage universel et entre les deux âges tout n'est que colères. Il est vrai que vivre en Colombie Britannique, c'est déjà un formidable cadeau. Mais la comparaison des visages a de quoi alerter en France car si souvent l'âme est inscrite sur les visages …