Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Jeff Bezos (Amazon) ou le chemin entre le 29 août 2 000 à Paris et le 25 mai 2 017 à New York …

    Amazon NYC 25 05 17

    Hier, à New York, Jeff Bezos (Amazon) a ouvert sa première librairie. Une existence physique. Du dur. Un point de ventes dans une rue. Loin de la vente en ligne du début. Désormais complémentaire de la vente en ligne du début.  Grâce à Martine Collonge, alors dynamique et efficace déléguée régionale d'Euronext Lyon (antenne régionale aujourd'hui fermée !), j'avais pu rencontrer Jeff Bezos sur une péniche à Paris lorsqu'il était venu ouvrir sa première antenne française. Les places étaient comptées, rares. Il avait fallu rapidement répondre et recevoir 10 jours avant une immense carte de confirmation en carton lourd qui occupait la moitié d'une table. Le chemin est fabuleux en 17 ans.

    En 2000, à Paris, Jeff Bezos fête son 100 000 ème client en France. Il explique que le site français appliqué alors aux seuls livres devrait être "facile à gérer" puisque le prix unique du livre ne permet pas la bataille sur les prix qui sévit dans les autres pays. Il expose toute sa vision, étape par étape et convie à … l'Aventure. Les journalistes français présents passent leur temps à le questionner sur le "temps de survie" de sa société qui à cette époque réalise 70 millions de dollars de CA mais enregistre 25 millions de dollars de pertes sur l'exercice 1999. Et de conclure de façon quasi-unanime : "… la bulle Amazon va éclater".

    25 Mai 2017, avec le parcours du "numérique au physique" évoqué alors, Jeff Bezos peut évoquer d'autres chiffres. Amazon c'est 135 000 salariés, 90 milliards de dollars de CA. En 2016, c'est 2 milliards de dollars de bénéfice net. Chaque mois c'est 20 millions de visiteurs pour le seul pays de la France. La "bulle a éclaté" mais dans la réussite la plus totale.

    Ce parcours fabuleux n'aurait jamais été possible sans plusieurs éléments de la chaîne du succès :

    • la vision de l'entrepreneur,
    • l'acceptation du risque par de véritables capitaux risqueurs pour des sommes considérables,
    • la diversification des ressources par un marché boursier qui accepte la place des défis.

    Autant d'étapes éloignées du début quand Jeff Bezos s'était installé en mobilisant les 300 000 dollars qui étaient toutes les économies de ses parents. 

    Le jour où la France sera la terre de telles aventures, l'emploi et l'économie iront mieux. Ayant alors tourné la page d'une représentation patronale caricature d'archaïsme frileux, cénacle de managers interchangeables qui ont si vite compté dans les cercles protégés dont l'administration et qui n'engagent pas leur patrimoine personnel, partenaires de réseaux bancaires habitués à ne prêter qu'à ceux qui ont déjà … réussi et éloignés d'un financement boursier puisque en France le hasard avec le loto est Dieu tandis que la bourse avec le raisonnement est le … Diable. Mais ce jour là en France est-il seulement possible ?

    Jeff Bezos

     

  • Climat : la Californie et la notion de leadership local

    Jerry Brown 25 05 17

    Un article est passé inaperçu en France alors qu'il marque un enjeu de 1ère importance : l'article dans le New York Times du 23 mai par lequel Jerry Brown, Gouverneur de la Californie, défend la "guerre intérieure" que cet Etat va mener contre Trump sur le thème du réchauffement climatique. En 1 seul article, tout le travers culturel de la vie politique française éclate. En France, le local, c'est la logistique pour une carrière politique nationale. Rien d'autre dans les faits. C'est une salle d'attente et une façon de collectiviser la logistique matérielle et humaine pour la carrière nationale. La preuve : à la moindre occasion, le local est abandonné pour une carrière ministérielle. Il y a en permanence une culture selon laquelle rien ne serait possible en dehors de l'Etat. Certes aux Etats-Unis, notamment les dimensions ne sont pas comparables, mais la mentalité est différente. Le "local" existe et il peut même faire vivre une réelle différence avec la politique fédérale. Alors que Trump veut renverser les politiques de l'administration Obama sur le changement climatique, la Californie s'engage à devenir le modèle d'une autre politique. C'est l'affirmation d'une capacité à un leadership local. Le local comme référence concrète d'une véritable autre politique. Une culture qui mériterait de gagner du terrain en France. 

    Californie 25 05 17

     

  • Le privé et le vrai temps de faire loin du seul cinéma des images ou de la valse des mots

    Tompkins 24 05 17

    Hanouna dépasse les frontières habituelles de ses moqueries haineuses scandaleuses = des entreprises se retirent comme annonceurs publicitaires de son émission. C'est concret et immédiat. Pour l'environnement, en mars, est intervenue l'une des plus belles opérations émanant d'un privé : 407 625 hectares remis par les Tompkins à l'Etat du Chili pour créer 3 parcs ayant valeur de sanctuaires naturels. C'est concret et immédiat. C'est le privé qui marque désormais le temps de l'action loin du cinéma des images et de la valse des mots. Voilà des exemples d'actions citoyennes dont chacun, à sa mesure, doit s'inspirer. Le jour où l'action de chacun sera ainsi mobilisée c'est toute la vie publique qui changera sans besoin de textes nouveaux. 

     

  • Al Gore ou la lassitude face au marketing compassionnel

    Patagonia 2 12 09 15

    Il y a des causes qui ont besoin d'actions et non pas de paroles. Le temps des paroles est dépassé depuis longtemps face à la gravité des enjeux. Les enjeux ont besoin d'argent pour mener des luttes, de bras et de jambes pour aider sur le terrain. Il y a une vraie lassitude face au marketing compassionnel de ceux qui ne financent pas, qui ne travaillent pas sur le terrain mais qui se mettent en scène pour "profiter de la vague". Avec la seconde version de son documentaire, Al Gore entre dans l'utilisation du marketing compassionnel. Avec à ses côtés Royal et Fabius sur les marches du festival de Cannes, Gore cautionne ceux qui, contre la demande de Barack Obama, ont accepté que l'Accord de Paris soit une simple recommandation et non pas un traité contraignant au sens juridique du terme. Une situation qui expose aujourd'hui ce traité aux coups d'éclats de Trump. Les vraies actions sont ailleurs : Patagonia, Tompkins … Là c'est du concret et pas du cinéma. Aujourd'hui, ce sont des privés qui agissent. Et la liste des financements de Gore fait terriblement défaut.

  • Le monde fascinant des arbres …

    Arbre 22 04 17

    Aujourd'hui, à une heure de grande écoute (13 heures), une chaîne dite de service public a enfin consacré un reportage à un livre remarquable publié en français en janvier 2017 : la vie secrète des arbres. Dans un récit passionnant, Peter Wohlleben, un forestier allemand, raconte la vie des arbres, le langage des racines qui craquent et l’incroyable pulsion de vie des arbres. Avec ce livre, les promenades en forêt prennent une autre dimension. L'égoïsme de l'être humain souvent si insensible aux êtres qui l'entourent (animaux, nature …) mérite un combat de chaque instant. Ce livre fait partie de ce combat indispensable. Et il montre, si besoin était, l'immense responsabilité de ceux qui, notamment dans les villes, abattent des arbres centenaires comme s'il s'agissait de faire disparaître un objet inutile. Un combat qui mérite une mobilisation de plus en plus déterminée et forte à mesure que les avancées scientifiques renforcent la connaissance de ce monde fascinant.

    Arbres 22 05 17

  • Aimez un animal, le reste suivra …

    SPA 2017

    C'est le week-end des portes ouvertes des SPA. Avec l'expérience, le constat que la sérénité n'est pas liée à un niveau de possession mais dans la capacité à faire vivre un calme intérieur qui dépend souvent de la faculté de donner dans la confiance la plus totale et désintéressée. C'est ce que permet le don à des animaux. Un sentiment d'une utilité particulière. Quand dans une journée, le ou les rendez-vous avec des animaux deviennent des rendez-vous importants, à part entière, c'est un grand pas vers la paix intérieure. Progressivement, ce rendez-vous prendra de plus en plus d'importance car on découvre des signes de plus en plus subtiles de tendresse, d'attachement, de belle complicité. Dans une période souvent si difficile, un conseil simple, mieux qu'une longue ordonnance de médecin : aimez un animal et le reste suivra. Un seul très gros nuage, la disparition car les temps de vie sont si différenciés. Il faut alors trouver un autre équilibre. Difficile, Long. Pénible. Puis avec le temps, la mémoire prend un autre visage, celui du nouvel animal qui fait vivre son prédécesseur. C'est donc aujourd'hui une journée de santé pour celles et pour ceux qui auront le beau réflexe de se rendre dans les centres des SPA dans le cadre des portes ouvertes. 

    Dogs-happiness-frazier_h

  • Les jours où la nature nous joue la coquetterie du fort changement

    Bordeaux 19 05 17

    Hier, la nature était particulièrement coquette. En une journée, en un déplacement, elle offrait toute la gamme de ses variétés : orages violents, pluie douce, nuages blancs et … très beau soleil. La journée où la nature n'a pas d'âge car plus de saison ou plutôt tous les âges par succession accélérée. Pas de référence durable. Au hasard du voyage, par le hublot, se dire "tiens on est en automne" en constatant la traversée de nuages, puis d'un coup "hop c'est l'été" … Rare diversité quasi-extrême à ce point. Très agréable.

  • La responsabilité et la différence entre la France avec les Etats-Unis

    Robert Mueller 2 18 05 17

    La désignation d'un Procureur spécial aux Etats-Unis (Robert Mueller photo ci-dessus) pour juger de la réalité des accusations sur les liens entre l'administration Trump et la Russie montre la différence avec la France où le Président est protégé par une immunité absolue le temps de son mandat ou de ses mandats ce qui peut représenter un "bouclier" total pendant 10 ans ! La question en France de la moralisation c'est surtout un double enjeu. D'une part, l'absolue exemplarité de celles et de ceux qui exercent les principales responsabilités. C'est donc l'inversion totale d'une culture française où la responsabilité serait implacable pour les faibles et très diluée pour les puissants. C'est aussi d'autre part, l'application des règles qui existent déjà avant d'en ajouter d'autres. Cette semaine, un film sur FR3 montre un responsable politique appelé à des fonctions éminentes gérer la composition de sa liste municipale à partir du bureau de sa mairie (ordinateur, téléphone …). C'est l'équivalent d'un don d'une personne morale de droit public ce qui est interdit dans le texte. Mais cette règle n'est jamais respectée dans l'impunité la plus totale. Quel intérêt d'édicter des règles toujours plus complexes jamais appliquées ? Peu de règles suffiraient mais avec une application réelle. Autant de réalités qui font que la France parait bien fâchée avec la morale et la responsabilité. D'où l'actuelle ambiance délétère.

  • Macron, Nyssen et la place du livre dans la culture française : un vrai test

    Actes Sud 18 05 17

    La nomination de Françoise Nyssen à la Culture est un excellent choix. Tous ceux qui ont travaillé ou travaillent dans l'édition perçoivent immédiatement les enjeux de cette nomination. D'abord le choix d'une responsable d'entreprise qui a son siège social en région et non pas à Paris. Ensuite, une société indépendante montée par son père à partir d'un marché de niche avec des choix éditoriaux très novateurs. Enfin, une volonté d'indépendance qui est une référence. Au-delà de ces critères techniques, le choix pose un enjeu de fond : peut-il en France exister une culture avec un marché du livre en difficulté ? Et derrière la mention "livre", il s'agit du livre en version papier et non pas numérique. La réponse est non. Par conséquent, il faut inverser l'actuelle tendance. A cette fin, Françoise Nyssen va devoir affronter 6 défis essentiels :

    1) Rétablir les marges des libraires : ce qui suppose de les renforcer face aux diffuseurs – distributeurs dont la "pieuvre Hachette",

    2) Rétablir les parts de marchés des éditeurs privés : ce qui suppose de lutter contre le parasitisme d'une édition publique diffuse qui a cassé des secteurs entiers de l'édition comme l'IGN dans l'édition régionale ou parfois même les départements ou les régions dans l'édition touristique. Quel métier pourrait résister face à des produits gratuits puisque financés par les contribuables ?

    3) Faire sauter le cadenas du prix unique qui est le bouclier des gros éditeurs paralysant la marge de réactivité des petits éditeurs,

    4) Réformer la chaîne de la commande publique qui accepte trop la commande centralisée donc délocalisée,

    5) Réformer la reprise des contenus sur le numérique sans reconnaissance des droits d'auteurs,

    6) Imposer à la grande distribution des normes spécifiques d'exception culturelle pour la commande de l'offre des livres souvent rattachée à la direction des jouets chez les grands distributeurs, ce qui en dit long sur leur conception du … Livre.

    Si Nyssen parvient à ces ruptures, le Livre retrouvera la place qu'il n'aurait jamais dû perdre en France. Si elle échoue, le livre continuera sa descente aux enfers comme ces dernières années dans la quasi-indifférence générale. Un vrai test de la capacité à réformer. 

  • « Le sage meurt moins que le fou » : est-ce bien exact dans certaines circonstances ?

    Macron 06 05 17

    Cette formule de Spinoza ("le sage meurt moins que le fou") n'est pas toujours exacte. Il y a des moments où la sagesse c'est … la folie. Quand la situation est bloquée, désespérée, c'est la folie positive qui est le meilleur remède. Avec la composition du 1er Gouvernement Macron, c'est la question du jour : Macron est-il capable d'être fou ? L'éloge de la folie dans la situation présente, c'est surtout tourner le dos à celles et à ceux qui ont déjà échoué : Lepage, Bayrou, Hulot conseiller inamovible de Chirac à Hollande en passant  par Sarkozy … Il faut du neuf. Du jamais vu aux responsabilités ministérielles. Il faut surtout aller au coeur de l'interprétation du contrat moral avec la nation : élu pour quoi faire ? C'est la question la plus intéressante dans l'exercice d'un mandat public à tous les niveaux. Dans la vie professionnelle, les repères quantifiés existent : CA, RN … Dans la vie publique, tout est plus flou. Il faut donc bien identifier le coeur de l'engagement : pourquoi la confiance a-t-elle été donnée ? L'engagement principal à mes yeux c'est rendre l'espoir à tous. Sortir du défaitisme français généralisé, punitif. Il faut donc du "tous" c'est à dire de la diversité y compris de la diversité par l'échec. Il faut du neuf, du vrai, du peuple. Si Macron n'est pas "assez fou" aujourd'hui face aux tenants installés du système, à voir comment la météo politique change vite, il peut y avoir matière à de grosses inquiétudes rapides.