Il y a quelques semaines, regardant l'émission de M6 (66 minutes) sur les YouTubers à succès, j'ai été "secoué" par la remarque alors diffusée dans le reportage d'un diplômé d'une grande école exprimant sa stupéfaction dans les termes suivants "j'ai Bac + 7 et je gagne moins qu'une gamine de 14 ans expliquant sur YouTube comment elle se … maquille !". Cette remarque pleine de sincérité servait de lancement au reportage à suivre sur la … gamine de 14 ans et ses vidéos à très fortes audiences donc très rémunérées. Il y avait du bon sens, du désespoir et déjà un germe de travers de l'actuelle époque : réussir est-ce seulement beaucoup gagner financièrement ? L'époque actuelle manque tristement de belles légendes qui permettent de s'interroger, de donner du sens, de construire des rêves positifs. Une des belles légendes qui mériterait d'être davantage connue, c'est celle d'Yvon Chouinard et de Patagonia. A plus forte raison, l'été où il fête les 60 ans de son lancement dans la vie d'entreprise. Passionné d'alpinisme, Yvon Chouinard se lance courant l'été 1957 dans la création de ses propres matériels. Il les fabrique dans l'arrière cour de ses parents à Burbank (Californie). Il les charge dans le coffre de sa voiture et part les vendre aux commerces spécialisés. Quelques mois plus tard, devant le succès de ses matériels très solides, il crée Chouinard Equipment, qui précède Patagonia. A la tête de Patagonia, Yvon Chouinard va respecter les règles de vie de ses débuts : non à l'hyper-consommation, l'éthique écologique et surtout le capitalisme responsable. Aujourd'hui, Patagonia est une marque internationale reconnue. Plus de 2 000 salariés. Une culture du respect des sanctuaires naturels comme des espèces animales. Bref, une belle légende. Comment des générations neuves peuvent-elles se construire sans des belles légendes ? C'est une interrogation majeure de l'époque actuelle. Car la légende fait vivre le rêve et sans rêve c'est quand même difficile d'entreprendre dans n'importe quel domaine. C'est probablement là ce qu'il y a de plus inquiétant dans l'actuelle époque.
Auteur : Denis Bonzy
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Dépêche-toi de ranger …
Il y a des phrases de son enfance que l'on entend toute sa vie. C'est le cas pour moi de "dépêche-toi de ranger", formule prononcée par maman sur un ton plus autoritaire que d'ordinaire pendant mes plus jeunes années. C'est comme avant de traverser une route comme piéton raisonne toujours le "tiens moi la main !" de l'époque où nous nous rendions à l'école. Chaque été, c'est donc la tradition du … rangement. Et toujours ce même sentiment étonnant : ranger, c'est découvrir un papier ou un objet qui avait sombré dans l'oubli mais qui est pourtant nous. On n'y pensait plus ou si peu. Mais à peine réapparu, l'objet ou le papier reprend sa place dans une séquence de vie. Et parfois avec le recul, ce qui avait pu passer pour du hasard le moment venu trouve un autre sens. Finalement, ne pas ranger sur le champ a du bon. Une excuse qui ne m'était jamais venue à l'esprit lors de mon enfance. Dommage.
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Une « aile jeunesse » peut-elle exister dans la vie politique française ?
100 jours déjà. Ou plus précisément 97 jours depuis le 7 mai. Le plus jeune Président de la Vème République a-t-il fondamentalement donné le coup de jeunesse espéré ? Non. Lors des législatives, les "anciens" ont été chassé. Mais les "jeunes" se sont-ils affirmés ? Pas davantage. Pourquoi le souffle de la jeunesse semble-t-il aussi impossible sous la Vème République en France ? Et "être jeune" c'est quoi ? Ne pas porter de cravate ? Parler à la tribune de l'Assemblée en T-shirt ? Le plus surprenant dans la période actuelle, c'est que ceux qui ont été élus pour changer pour de vrai veulent fonctionner comme … avant-hier. Hier, ils ont retenu qu'une présidence "normale" était impossible. Mais la présidence sous Hollande n'était pas "normale", elle était "nulle", "risible", bref tout sauf une présidence. Faut-il pour autant revenir aux "musées" de la Vème République ? Certainement pas. La réelle "normalité" actuelle pour la jeunesse, c'est inventer, rendre des comptes, tenir des conférences de presse, jouer à fond la transparence, accepter le débat voire même le désordre créatif, accepter la cool attitude … Bref, le contre-sens des 97 premiers jours. 97 jours d'une morne tradition avec le porte parole qui porte la parole laudative permanente, avec un Président qui tient aussi peu de conférences de presse, avec le secret sur le lieu des vacances présidentielles … A force d'être devenu un musée, la France semble ne pas tolérer le moindre souffle de jeunesse. Probablement parce qu'il y a une erreur de fond : en démocratie moderne, il ne s'agit pas de s'adapter à de vieilles institutions mais d'adapter les institutions à la personnalité de leurs nouveaux titulaires sinon par définition toute jeunesse a la partie perdue d'avance.
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Les destinations cachées …
La "sagesse" populaire dit que "le temps soigne". Mais il pèse aussi beaucoup. Hier, une fois de plus en me rendant à St Exupery, j'ai eu l'occasion de le constater. Pendant des années, j'ai beaucoup aimé me rendre à St Exupery. C'était le chemin des voyages professionnels ou personnels. Des images défilaient. Agréables. Depuis le mardi 24 janvier 2017, ce chemin a changé de sens. Il est devenu celui du déplacement pour conduire Aspen décédée au crématorium dans l'Ain. Je n'aime plus ce chemin. Je ne le supporte plus. Très probablement, je vais m'organiser vers Cointrin. Le temps porte des destinations cachées. C'est une sensation étonnante car un temps fort est devenu associé à un sentiment qui passe en surface en fonction d'un voyage. Cette double destination peut être agréable. Mais elle peut être aussi délicate : les turbulences d'un vol à destination de Pau, un rendez-vous professionnel très pénible dans l'Ain … Il y a des moments où je regrette le début de mon activité quand presque chaque destination était alors inconnue. A découvrir. Sans relief particulier bon ou mauvais. Les souvenirs font glisser le temps vers des destinations cachées qui changent tellement le … véritable voyage.
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Le chêne et le roseau …
Hier, j'ai ouvert la première page d'un cinquième carnet sur des formules à conserver au sujet de la vie. Mon premier carnet a été ouvert en … 1975. Un Professeur de droit me fait découvrir le droit public : Gustave Peiser. C'est alors une découverte fabuleuse : le poids des mots, leur sens, leurs nuances … Une intelligence remarquable. Une gentillesse magnifique. 3 ans plus tard, pour préparer le concours d'entrée à l'ENA, il m'avait proposé que je lui adresse sur son lieu de vacances des copies pendant l'été sur des sujets qu'il me posait. J'ai toujours certaines de ces copies avec ses annotations détaillées, la note, ses suggestions … Un second enseignant avait fait de même : Gilbert Anton, alors Conseiller au Tribunal Administratif de Grenoble. Depuis cette époque, que de fois j'ai pensé à eux. Leurs remarques occupent des pages entières de mon premier carnet. Hier soir, sur ce nouveau carnet, j'ai écrit la première phrase trouvée dans une lecture avec la plus belle définition des seniors modernes : ils ont la souplesse du roseau avec les racines du chêne. Notre culture est faite pour une grande partie par les remarquables leçons des fables de La Fontaine dont "Le chêne et le roseau". Dans la fable, le chêne est solide. Epais. Il tire sa force de ses racines. Le roseau est frêle, Mais il est souple. Cette souplesse peut lui permettre de traverser des tempêtes car il sait se plier, se courber. Le roseau incarne la jeunesse. Le chêne symbolise l'âge mûr. Et le chêne peut rompre sous certaines tempêtes. Pourquoi opposer leurs qualités ? Les seniors modernes, c'est la souplesse du roseau avec la force des racines du chêne. Avec cette belle définition, la fin de journée m'est apparue plus légère …
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Quand la moindre parcelle de lumière chez l’autre aiguise d’abord une jalousie insupportable
Depuis quelques semaines, le débat au sujet de Brigitte Macron est devenu une chape de plomb étouffante, toute sensibilité politique mise à part. Il révèle un sexisme insupportable, un ordre moral d'un autre siècle. Quand Christian Estrosi (62 ans) épouse Laura Tenoudji (41 an), c'est la preuve qu'il est resté … séducteur. Mais quand la pyramide des âges est inversée pour une femme, elle devient … prédatrice. Quand une jupe de Brigitte Macron est trop courte, elle est provocante. Mais quand un homme se fait prendre torse nu en photo, c'est qu'il assume son corps. Quand un homme est bien habillé, il est élégant. Et quand Brigitte Macron est bien habillée, elle est … achetée par un grand couturier. Quand un homme a la démarche féline c'est qu'il est sportif, mais la femme devient alors délurée … Et la liste pourrait continuer longtemps. Le plus surprenant à parcourir les réseaux sociaux c'est que ce sont souvent des femmes qui portent une telle disjonction d'appréciations. Ces remarques sont totalement accessoires face à l'ampleur des problèmes concrets à régler. Mais elles font les "gros titres", parfois même des Unes et alimentent tant de discussions privées. C'est un marqueur de crise collective très profonde quand la moindre parcelle de lumière chez l'autre aiguise d'abord une jalousie insupportable. Parce que, être favorable ou pas à Macron ne doit pas empêcher de constater qu'il y a de la lumière dans ce couple. Ils ont dû vaincre tant d'épreuves pour leur atypisme. Vivre ensemble des aventures fantastiques dont la présidentielle 2017. Qu'ils ne s'adaptent jamais aux esprits qui les condamnent à la moindre circonstance. Il y a de la lumière dans ce couple et c'est un plaisir qu'il en soit ainsi. Cela n'était pas arrivé en France depuis si longtemps. Un pays est fait de l'étoffe de ses réactions. Cette étoffe là donne plutôt matière à être inquiet.
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La vérité du terrain ou ce que même un âne connait mieux que les auteurs de volumineux rapports
Rarement un 8 août, il y a eu autant de feuilles au sol (photo ci-dessus prise ce matin à 07 heures). Séchées. Par une chaleur torride. Dans l'agglomération grenobloise, la dernière véritable pluie sur une séquence temps correcte date du 29 juin. Le 10 juillet, puis le 20 juillet, des pluies orageuses brèves et très localisées sont intervenues dans la soirée. Dans notre hameau, le bruit du trop plein a atteint son seuil d'alerte depuis plusieurs jours déjà. Et il faut monter très haut pour trouver de l'humidité dans le lit des ruisseaux locaux. Voilà les réalités du terrain. Des réalités que les bureaucrates de plus en plus nombreux dans les collectivités locales ignorent pour de multiples raisons dont celle de l'incapacité à vouloir respecter le terrain. Et pourtant le terrain a toujours raison. A la présidence de l'Agence de l'Eau Rhône Méditerranée Corse, j'ai eu la chance de travailler avec une génération qui respectait le terrain. Qui le connaissait. Qui en acceptait les vérités. Dans les Bouches du Rhône, l'une de ces rencontres fut avec Louis Philibert. Une personnalité remarquable. Et l'une des histoires vraies qu'il racontait était la suivante. Lors d'une campagne électorale, Paris parachute un énarque dans sa circonscription. Et l'énarque passe ses soirées à le suivre dans les réunions publiques pour lui faire la leçon sur tout : finances locales, grands projets … Un soir, Louis Philibert lassé lui pose une question simple "puisque vous êtes au courant de tout, est-ce que vous pouvez nous dire quand une ânesse est en chaleur ?". L'énarque ne répond pas. Mais Philibert tient sa question. Il la ré-itère. Et devant l'absence de réponse, Philibert a cette conclusion "vous voyez il est plus bête qu'un âne parce que l'âne lui sait et il ne se trompe pas …". L'énarque n'est plus jamais venu poser une seule question à Philibert. Le terrain avait parlé. Le terrain nous passe actuellement des messages forts. A ne pas vouloir les voir, on avance vers de redoutables lendemains en matière de réchauffement climatique.
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La France et ses Robin des Bois à l’envers
Aujourd'hui, les agriculteurs attirent de nouveau l'attention sur des situations dramatiques. C'est la caricature d'une France avec ses Robin des Bois à l'envers. Robin des Bois prenait l'argent aux riches pour les donner aux pauvres. En France, c'est le contraire : prendre l'argent aux pauvres pour le donner aux … riches. C'est tout le problème de l'agriculture dans le rapport entre le producteur et la grande distribution. La grande distribution est intouchable en France après avoir probablement été le plus grand corrupteur historique de la vie politique française. Au-delà de l'agriculture, la France a deux problèmes : son rapport aux prix et sa politique sociale. En France, le prix est devenu le critère de choix, voire de qualité d'un service ou d'un produit. C'est un non sens absolu. Il y a beaucoup trop de produits et de services qui ne sont plus payés au "juste prix" c'est à dire celui qui assure une qualité du service ou du produit et une rémunération pour tous les intervenants. Le bas prix est devenu une composante de "politique sociale" ce qui est aussi un non sens total. Il vaut mieux un "vrai prix" avec des fortes aides sociales individualisées sur la base de critères techniques solides qu'un dispositif confus qui tourne à la pagaille qui sert aux plus forts. C'est le système français avec ses Robin des Bois à l'envers. Une déviation qui risque de conduire à l'explosion.