Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Que sera la France de la fin des villages ?

    Village

    La mise en cause des villages intervient actuellement de façon très agressive. Les villages sont tantôt exposés à l'offensive de l'urbanisation dense. Des agglomérations deviennent alors des tâches d'huile qui s'étendent, s'étendent … Tantôt ils sont exposés à la désertification. Les villages meurent du trop et du pas assez. Existait-il un "esprit village" ? Bien sûr. 'L'esprit village" c'est la dimension humaine de la vie en collectivité. Des personnes qui se disent bonjour. Elles ont un nom, parfois même un prénom, souvent un diminutif. La vocation sociale du bistrot qui est, de fait, la salle de réunion la plus fréquentée. La capacité à s'aider de façon naturelle. Le goût de respecter le temps, le rythme des saisons. Pouvoir garer sa voiture sans se demander si on la retrouvera encore au retour. Connaître l'histoire du village, l'âge des arbres centenaires …  Voilà "l'esprit village". Cet esprit existe encore : Bretagne, Gironde, Landes, Dordogne … Des élus et des habitants se battent pour sauver cette qualité de vie. A l'opposé, il y a des territoires où des élus et des habitants ont renoncé. Ils croient à l'interchangeable. Pour eux tout se vaut. Tout est remplaçable. Uber peut remplacer le taxi. Carrefour peut remplacer le commerçant indépendant de proximité. Amazon peut remplacer le libraire…. Et la ville peut remplacer le … village. C'est un double échec. C'est l'échec des villes dont les quartiers auraient dû devenir des … villages. Et c'est bien sûr l'échec des villages qui deviennent des … villes. C'est le défi n°1 du péri-urbain actuel de grandes villes. Là où ce choc se produit actuellement, il faut la mobilisation la plus large possible pour défendre l'esprit village car la défaite est irréversible.

  • Le pays qui conforte désormais les … inégalités

    Guilly 05 08 17

    Je recommande l'ouvrage de Christophe Guilluy "le crépuscule de la France d'en haut". C'est l'une des analyses les plus lucides de la période actuelle sur la société Française. La France compte d'excellents auteurs pour les diagnostics. De Crozier à Morin en passant par Peyrefitte et tant d'autres mais le problème c'est le néant après le diagnostic. Pas de passage à l'acte. Mais là, pour la première fois à ce point, la France ouvre un chapitre qui va à l'opposé de ses fondamentaux : l'acceptation organisée d'inégalités considérables : territoriales, matérielles, de parcours … C'est l'opposé du "modèle républicain" français. C'est le vrai défi pour Macron. Celui qui a bâti son discours sur le refus des fractures politiques va peut-être restaurer les frontières de classes dans des conditions inédites. L'entre soi d'un parisianisme falsifie trop de faits locaux importants. Même si les assiettes techniques ne sont pas analogues, Macron a aujourd'hui un taux d'approbation de sa politique inférieur à la moyenne des sondages sur le taux d'approbation de Trump aux Etats-Unis ! Il y a en France actuellement un retour à la lutte des classes qui mérite l'attention. De nombreux facteurs choquent frontalement la tradition de la mentalité collective française. Difficile de penser que cela puisse être durablement sans le moindre effet. 

  • Jusqu’où la France va pousser sa fuite en avant du « rien ne compte en dehors du sexe et des jeux » …

    Déforestation 3

    La planète passe des signaux inédits des drames qui s'annoncent et la France vit au rythme du "rien ne compte en dehors du sexe et des jeux". Prenons des faits : mercredi, des chercheurs du MIT (organisme de référence par excellence) publient une étude terrible sur des territoires qui deviennent invivables. Dans la même semaine écoulée, des baleines noires de l'Atlantique du Nord décèdent à un rythme record jamais connu qui pose une question sérieuse de la survie même de l'espèce. Dans la même semaine écoulée, des chercheurs à la réputation scientifique incontestée publient une étude sur la faiblesse considérable que l'objectif de l'Accord de Paris soit atteint … Et la liste pourrait continuer longtemps. Face à ces réalités, sur quels défis vit la France : les JO de 2024, l'arrivée de Neymar Jr, l'historique des maillots de bains … Et sans tomber dans un ostracisme excessif, combien de bénéficiaires des APL qui protestent contre la perte de 5 € (mesure scandaleuse qui est une faute politique) par mois vont dépenser … plus de 100 € pour acheter le maillot de Neymar dans la foulée de son arrivée sur le sol parisien ? Face à de telles réalités, sans compter le récent rapport financier canadien qui annonce sur des bases techniques sérieuses l'explosion imminente de la bulle financière des prêts d'Etat, rarement un décrochage aussi irréel saute aux yeux du premier observateur lucide. Une étape supplémentaire dans la décadence intellectuelle de ce pays est franchie en toute irresponsabilité. Incroyable à ce point.

  • #Hop et la réussite de la magie des nuages

    Bordeaux nuages 03 08 17

    Il y a une indiscutable magie des nuages. Ils sont non maîtrisables. Tantôt espérés par temps de canicules parce qu'ils peuvent être accompagnés par la pluie donc la fraîcheur. Tantôt terriblement redoutés lors des orages violents. Ils sont les voisins obligés extérieurs des vols. Là encore tantôt adorés car offrant un spectacle gratuit magnifique : le film de la nature. Aucun scénario reconduit à l'identique. Tantôt moins aimés parce qu'ils conditionnent des turbulences qui rappellent la précarité possible de ce mode de déplacement. Quel plus beau messager de cette magie qu'un transporteur aérien. Bravo Hop pour l'ouverture récente de son compte Instagram. La vidéo d'hier est absolument magnifique. Une belle idée (photo ci-dessus prise par mes soins la semaine dernière lors d'un vol sur Bordeaux).

    Nuages 03 08 17
     

  • La France toujours coincée dans le choc entre les marchands et les administratifs

    Deval Patrick 3 02 07 17

    Avec l'installation de sa nouvelle majorité parlementaire, la France montre combien elle reste coincée dans le choc entre ses marchands et ses administratifs. Deux mentalités différentes. Il ne s'agit pas de les hiérarchiser mais de noter les différences. Le marchand est celui qui vit dans le secteur privé. Son univers c'est de vendre pour vivre : vendre des produits, des services … Il sait que sa situation matérielle peut vite progresser mais qu'elle peut aussi connaître une érosion brutale. Il a donc intégré la précarité. Il a dû intégrer aussi la compétition permanente, soudaine, imprévisible. L'univers de l'administratif est différent. Presqu'à l'opposé. Son univers est celui du service non rémunéré à la tâche. Bien davantage, la rémunération reste la même que le service soit de qualité ou qu'il ne le soit pas. Il a la durée pour lui. Et surtout, il n'y aura pas de concurrence légale qui ne soit pas acceptée par lui ou du moins par sa hiérarchie. Tout oppose ces deux univers. Le politique prend la mentalité de l'administratif dès qu'il se professionnalise dans la politique. Le problème en France, c'est que ces deux univers se croisent peu. Il n'y a pas de points de passages de l'un vers l'autre. C'est le résumé de l'actuelle situation politique en France. Une nouvelle génération est arrivée au parlement. Bon nombre d'entre eux sont des "marchands" de la société civile. Que leur est-il demandé ? De faire comme hier et de devenir aussitôt des "administratifs". La négation même de leur offre de campagne. Comme si ces deux univers ne pouvaient pas se mêler. Dans le même temps, hier, aux Etats-Unis, Politico évoque la candidature de Deval Patrick en 2020 (photo ci-dessus). C'est l'opposé de ce choc. Il n'a fait que 8 ans de politique (2006 – 2014). Avant, il avait son cabinet juridique. avec les difficultés de l'indépendant. En mai 2008, j'ai assisté à Cape Cod à l'une de ses réunions. Il ne parlait que de la vie de tous les jours. Les difficultés simples de la vie quotidienne. Puis après 2014, il est retourné au privé (Bain Company). La situation changera réellement en France le jour où ces deux "mondes" se croiseront en permanence. Cela ne semble pas pour demain, hélas.

  • France : ne pas retomber en peine d’espoirs … ?

    Trudeau 26 97 17

    Début janvier 2017 deux jeunes membres de l'équipe rapprochée d'Emmanuel Macron chargés d'Internet m'ont contacté pour me demander une tribune pour Medium sur les enjeux de la candidature d'Emmanuel Macron. Je l'ai rédigée avec plaisir et indépendance. Elle a été publiée le 11 février et l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron l'a labellisée pour la diffuser. Avec une totale liberté, j'ai alors écrit ce que je pensais nécessaire comme priorité : rendre l'espoir. Pour en prendre connaissance, cliquer sur le lien suivant : Medium. Aujourd'hui, le danger qui guette le plus le jeune Président français, c'est de faire tomber le pays en peine d'espoirs. Pour tourner la page de 30 ans d'échecs à répétition, la France a besoin d'exemplarité, de proximité et de cool attitude. L'exemplarité, où est-elle quand on constate les nominations d'incompétents sur les "fromages" traditionnels de la République ? Plutôt que Touraine au Conseil d'Etat au tour extérieur, quel plaisir c'eut été de voir un ex-chômeur issu de la vraie vie…  Royal avec son chauffeur et en même temps les économies sur l'APL : scandale ! Et la liste s'allonge chaque jour. La proximité, où est-elle ? C'est un mélange de bling bling et de mondialisme médiatique usé. Quant à la cool attitude, elle s'efface devant des "coups de menton" qui sont la caricature de l'ancien siècle dont on ne veut plus. A chaque jour qui passe, la comparaison avec Trudeau renvoie la France à la monarchie archaïque irréformable. D'une tristesse incroyable que tant de rendez-vous gâchés en aussi peu de temps. Si cette lancée se confirme, la rentrée s'annonce très très dure parce que la peine d'espoirs va se chiffrer dans la rue.

  • Sophie Huet ou la bataille pour le respect du réel

    Sophie Huet 31 07 17

    La disparition de Sophie Huet doit être l'occasion de rappeler ce qui fut l'une de ses priorités : le respect du réel. En novembre 2006, Sophie Huet avait été la première femme élue à la présidence de l'Association des journalistes parlementaires (AJP), fondée à la fin du XIXe siècle. Elle avait été réélue à plusieurs reprises à la tête de cette association de plus de 200 membres. La connaissant depuis plus de 30 ans et m'entretenant souvent avec elle, ce qui me marquait toujours c'était son honnêteté implacable sur un point précis : la réalité des faits. Une fois la réalité des faits connue, l'interprétation des faits relève ensuite de la liberté de chacun. Mais établir la réalité des faits relève d'un vrai travail professionnel. De façon générale, le travail des journalistes en France n'est pas assez reconnu ni considéré. Il n'y a pas de démocratie saine sans des journalistes indépendants de grande qualité. Considérer le travail des journalistes, c'est aussi rémunérer de façon valorisante ce métier. C'est ne pas jeter le journaliste avec l'information qui dérange. Aujourd'hui, il est beaucoup question de la violence à destination des élus mais pourquoi ne pas évoquer aussi la violence de déclarations d'élus à destination de citoyens ou celle de citoyens et d'élus à destination de journalistes. La violence dans le débat public ne naît jamais du jour au lendemain. C'est une route qui a toujours des origines lointaines. Sophie Huet montrait, si besoin, combien l'essentiel était d'abord la capacité et la volonté à bien raisonner. Et surtout respecter les faits, ce qui est toujours le socle solide incontournable d'une part de vérité. Avec beaucoup de tristesse. 

  • 12 424 jours ou comment ajouter de la vie aux objets …

    Agenda DB 30 07 17

    A quelques jours près, cet agenda et moi avons fêté 34 ans de vie quotidienne en commun. 12 424 jours ! Avec ma première paye de mon premier emploi à plein temps, j'ai offert à ma mère des produits que je savais qu'elle aimait. Au centre de Grenoble, à cette époque, un magasin "Les Provinciales". Je peux décrire tous les vêtements alors offerts. D'ailleurs quand j'en revois parfois certains par un total hasard, ma journée bascule en quelques secondes. Quelques années plus tard (3), avec les économies des payes d'un nouvel emploi, en plein juillet, une visite à Paris et l'achat de deux agendas : un demi-format et un de poche. 34 ans plus tard, les deux sont toujours là. Recousus en de multiples endroits. Régulièrement revernis par mes soins pour entretenir le cuir. Dernièrement sur Instagram, une personne de Grenoble avait posté la photo de son agenda. Encore plus daté que le mien ! Nous avons échangé partageant notre goût commun : ajouter de la vie aux objets. Le rapport éphémère aux objets n'est pas respectueux de leur identité. Un objet incarne une séquence de vie : un choix associé à un moment précis pour l'achat, un fonctionnement partagé avec tant de souvenirs … Quand je regarde cet agenda, c'est un diaporama de moments partagés, vécus en commun. Et avec le temps, les meilleurs souvenirs arrivent en premier. Enfin ! Cette dimension affective est donc particulièrement positive. La vie des objets mérite aussi d'être respectée. 

  • Espèces animales menacées : la bataille est aussi dans nos jardins, à notre porte !

    Oiseaux 12 05 17

    Un sentiment dangereux s'est développé ces dernières années. Les espèces animales menacées de disparition seraient des défis pour l'Afrique, le Canada … Ainsi, ces derniers jours, l'enjeu serait sur les baleines noires de l'Atlantique du Nord, sur le caribou boréal …  Ce sentiment est faux. Il y a un défi aussi dans nos jardins, à notre porte. Pour cela, des chiffres méritent l'attention. Des chiffres émanant d'un organisme public, officiel : le Museum National d'Histoire Naturelle. Regardons quelques-uns de ces chiffres pour le territoire français :

    • déclin de 41% pour l’Hirondelle rustique et de 31% pour le Chardonneret élégant au cours de ces 10 dernières années en France
    • le Hérisson d’Europe aurait perdu 70% de ses effectifs nationaux au cours des 20 dernières années. La Pipistrelle commune, petite chauve-souris bien répandue sur le territoire, aurait quant à elle subi un déclin de 50% sur la période 2006-2011 selon une étude portant sur les chauves-souris coordonnée par le MNHN.
    • Du côté des insectes, la situation est la même. Le simple exemple des papillons est éloquent. L’Agence Européenne de l’Environnement a publié en 2013 une étude montrant une diminution de moitié des effectifs de papillons de prairies en 20 ans. Cette constatation est également confortée par l’Observatoire de la biodiversité des jardins qui indique que sur 28 espèces et groupes d’espèces de papillons observés en France, 22 montrent une tendance à la baisse (Amaryllis, Belle Dame, Vulcain, Machaon…). 

    Pourquoi cette situation ? Par le cumul de nombreux facteurs. Un facteur local mérite une attention particulière : la l'extension de la bétonisation. Des couloirs d'accès à des zones humides sont rompus par des barrières de béton et de bitume. Des axes de communication cassent également des accès. L'utilisation de certains produits phytosanitaires ont également un impact considérable. Une réalité qui mériterait d'être mieux connue et surtout mieux intégrée pour changer radicalement certains comportements de proximité de façon urgente.

  • Quand l’inaction est à juste titre considérée comme une forme … d’action

    Caribou boréal

    Hier, au sujet d'une espèce animale menacée (le Caribou boréal), le Canada a été conduit à clarifier la qualification de l'inaction. Le caribou boréal figure sur la liste des espèces menacées de la Loi sur les espèces en péril du Canada depuis 2003. En 2011, Environnement Canada avait estimé sa population à 34 000 caribous. Le débat porte sur un volet important : ne pas agir, est-ce une forme d'action : celle du choix de rester immobile ? Et ce choix doit-il être considéré comme une décision de nature à engager la responsabilité ? Bref, ne pas faire, c'est une façon de … faire par l'immobilisme, par l'inaction choisie. Pour sortir de ce schéma avec une éventuelle sanction à l'appui, hier, le gouvernement fédéral a présenté un plan d'actions visant à protéger le caribou boréal, une espèce menacée, trois mois après que la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) a engagé des poursuites contre la ministre de l'Environnement à ce sujet. La SNAP a déposé une procédure devant la Cour Fédérale en avril. Elle reproche à la ministre de l'Environnement Catherine McKenna de ne pas révéler aux Canadiens comment les caribous étaient protégés. L'avocat du groupe, Frédéric Paquin, avait alors déclaré que la Loi sur les espèces en péril obligeait Mme McKenna «de faire état des mesures déployées pour assurer la protection de l'habitat essentiel à cette date et à intervalles de six mois jusqu'à ce qu'une protection soit en place». Hier, le Gouvernement fédéral  a présenté un plan d'actions. La procédure engagée venait de conduire à la sortie de l'inaction. Un beau précédent sur le sujet essentiel des espèces animales menacées. Ce serait bien qu'en France, Nicolas Hulot propose de telles dispositions. Bien plus efficaces concrètement que la pédagogie d'émissions TV.