Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • La bataille des sanctuaires naturels

    Orvis nature 2

    Il y a des paysages qui ont été réussis par le génie de la nature dans des conditions de perfection que l'être humain ne parviendrait probablement pas à inventer. Lorsque c'est le cas, il devrait s'agir de sanctuaires naturels, c'est à dire des parcelles de territoires que nous jugeons comme "intouchables", appartenant au noyau dur de l'actif à transmettre aux prochaines générations. C'est une préoccupation peu présente en France. Aux Etats-Unis, Obama a beaucoup fait en la matière notamment pour les sanctuaires marins. Mais la chance des Etats-Unis réside dans la mobilisation de privés. Il y a des marques qui sont associées à ces espaces : Orvis, Patagonia, The North Face … Grâce aux réseaux sociaux, ces marques effectuent un travail pédagogique de très grande qualité. Les films d'Orvis par exemple célèbrent la nature dans des conditions d'un professionnalisme hors du commun (cf vidéo ci-dessous). Des séquences de vie d'harmonie avec la nature et les animaux. C'est très préoccupant de constater l'immobilisme en France en la matière. Il y a pourtant de nombreux sanctuaires naturels qui mériteraient d'être reconnus, protégés, promus. Peut-être un signal de plus d'une génération qui a beaucoup reçu et qui se pose de moins en moins la question de savoir ce qu'elle peut laisser à son tour … ? 

  • La fin de « l’école française de l’eau »

    Colorado 26 08 17

    Demain à Stockholm, comme chaque année à fin août, débutera la semaine mondiale de l'eau. Une manifestation internationale de plus en plus importante face au défi du réchauffement climatique. Dans ces circonstances particulières du défi climatique, la France met fin à ses avancées historiques dans ce domaine. Les avancées historiques datent de la loi sur l'eau en 1964 avec la mise en place d'un dispositif très original respectant la logique des bassins versants avec la création de 6 Agences de l'Eau. Mais depuis les années 90, cette avancée s'érode. Pire, depuis quelques années, c'est l'échec assuré. Il est connu. Diagnostiqué. En mai 2016, un organisme public d'expertise dresse un constat sans appel de la crise. L'Etat coupe les moyens des Agences de l'Eau en aspirant leurs budgets pour d'autres interventions. L'Ademe, autre intervenant, en avril ne savait plus boucler ses fins de mois et devait décaler ses interventions. La liste des crises pourrait durer longtemps. Le prochain programme pluri-annuel à partir de 2020 pourrait connaître une baisse de 20 à 25 % des moyens financiers des Agences. "L'école française de l'eau" a vécu. Au moment où l'eau va devenir une ressource naturelle plus fragile que jamais face au réchauffement climatique, l'Etat français n'a plus ni les moyens ni la volonté d'en faire une priorité. Une situation d'une extrême gravité dans les prochaines années. La crise concrètement, c'est quoi :

    • les canalisations pas remplacées donc des fuites d'eau records c'est à dire le gaspillage de la ressource,
    • l'acceptation de la chloration durable de l'eau avec les effets sanitaires graves,
    • le non renouvellement de la première génération des stations d'épuration donc une perte de performance dans la gestion de la pollution,
    • le non entretien des rivières donc une exposition aux risques d'inondations lors de violents orages en raison de retenues sauvages,
    • la rupture d'alimentation en eau par la non mise en oeuvre d'alternatives d'alimentations pour des secteurs exposés à une ressource fragile,

    NB : pour rappel, chaque ligne ci-dessus en gras et de couleur, c'est un lien pour atteindre l'article de fond en cliquant sur cette partie du texte. 

     

  • Le fipronil et l’allergie à la « réforme » …

    Vélo santé

    Hier, Macron évoquait une supposée allergie des Français à la réforme. Mais les Français ne sont pas allergiques à la réforme. Ils sont allergiques à l'action, à l'initiative, à la mobilisation,. Prenons des exemples concrets et récents : le scandale du fipronil. Dans certains produits, nous mangeons de la "merde" parce que des producteurs préfèrent augmenter leurs profits plutôt que de respecter la qualité de leurs produits donc respecter leurs clients. Que se passe-t-il ? Rien. Une action collective en justice ? Même pas puisque la gauche a tellement verrouillé ce dispositif que c'est un parcours du combattant très protecteur des grandes industries et non pas des consommateurs. Des associations donnent-elles la liste des marques à boycotter ? Même pas. Et pourtant, ce serait la meilleure façon de les responsabiliser que de les pénaliser là où ces marques pensaient gagner : le porte monnaie. Rien ne se passe. Comme il ne se passe rien sur le dossier de la chloration permanente durable de l'eau reconnue comme porteuse de cancers ou les canalisations avec de l'amiante car l'amiante ingérée est aussi dangereuse que l'amiante respirée. Quand les Français ne bougent même plus quand ils mangent ou boivent de la "merde" qui met en cause leur santé, il ne peut plus être question d'allergie aux réformes mais d'allergie à toute action possible. Ce qui est plus qu'une nuance. La véritable priorité serait actuellement de s'interroger sur les facteurs de cette apathie généralisée. Parce que si ces facteurs là ne changent pas, il n'y a pas de doute à avoir, aucune victoire collective sérieuse ne sera possible dans l'actuelle compétition en dehors de "sucettes d'ivresses passagères" comme organiser les JO que plus personne ne veut ou s'offrir un jeune président pour une vieille nation sans ressort.

  • Espèces animales : refuser le snobisme des causes à la mode

    Renards 24 08 17

    Un snob c'est quelqu'un qui aime une cause ou un individu qu'à la condition que d'autres aiment aussi cette cause ou cet individu. Et comme la France est gouvernée par Paris et que Paris c'est 300 snobs qui vivent au rythme des mêmes causes dans des relations incestueuses montrant, si besoin était, qu'aucune Révolution en France n'a été efficace, c'est un pays qui tourne le dos à de nombreux vrais enjeux. L'un des vrais enjeux de fond actuellement c'est le respect de la chaîne naturelle des équilibres. Il faut donc respecter les fonctions de prédateurs qui ne sont jamais que des nuisibles voués à être tués. Il faut accepter le rétablissement des renards, des loups, des ours … Jamais l'un d'entre eux n'est que nuisible. Ils contribuent à une chaîne naturelle d'un remarquable équilibre. Prenons l'exemple du renard, depuis plusieurs semaines déjà, des associations se battent pour que le renard soit sorti de la liste des nuisibles. Nicolas Hulot a été interpellé. Que fait-il ? Rien. L'ex acteur TV sponsorisé par le chimique Rhodia ne fait rien. Une caricature du snob parisien. Pour identifier les vrais défis, il faut notamment se référer aux vidéos du cinéma américain indépendant hors le circuit commercial classique (cf extrait ci-dessous d'un festival du cinéma en Caroline du Nord). Des productions remarquables avec un contenu pédagogique de grande qualité. Le jour où en France le terrain à la base acceptera de vivre sans chercher en permanence sa soumission aux totems parisiens, la France retrouvera la vitalité qu'elle a perdue depuis si longtemps bien tristement. 

  • Quand l’âme collective est inscrite dans les paysages

    Rivière 22 08 17

    Sur Facebook, août 2017, c'est l'été des paysages. 2016, c'était l'été du militantisme : les primaires débutaient alors. 2015 : l'été des moqueries sur Hollande. Ce sont toujours des signes intéressants. En 2015, la page post Hollande s'annonçait. Comment être compétitif dans un tel climat de railleries ? En 2016, la campagne présidentielle s'annonçait violente tant les messages de tous côtés étaient déjà rudes. Cet été, l'atmosphère a beaucoup changé à la lecture des tendances fortes des articles publiés sur Facebook. L'alerte m'a été donnée par un post du 11 août (Sébastien Mittelberger). Les vacances débutent et l'auteur présente dans des conditions inhabituelles l'harmonie qui est la sienne auprès d'autres paysages que ceux de son quotidien. J'ai alors surveillé tout particulièrement cette propension à mettre en relief des paysages avec l'explication d'harmonie qui en résultait. C'est manifestement la tendance forte de cet été. D'ailleurs, je ne pense pas avoir été le seul à effectuer ce constat puisqu'il y a quelques jours un autre auteur (Mathieu Genty) postait un article sur le thème : "je mets la photo d'un visage puisqu'il y a trop de paysages sur Facebook pour symboliser les vacances 2017 !". Au moment où la planète est menacée dans des conditions inédites, cette "ambiance" ne peut pas être anodine sur un support aussi représentatif de diversité. Comme les étés antérieurs, un tournant est peut-être annoncé ? Comme ces derniers jours au Canada, quand c'est une … rivière qui est officiellement qualifiée de … lieu historique (cf vidéo ci-dessous). L'environnement est peut-être en train de gagner de nouveaux défenseurs ? Si c'est le cas, quel beau tournant que cet été 2017 car quand chacun est persuadé que l'âme collective est inscrite dans les paysages, il n'y a pas de raison de penser que ce ne soit que le temps d'un été. Or aujourd'hui, cette défense de l'environnement dont les paysages est une cause collective majeure.

  • Le vrai rendez-vous de la rentrée : identifier jusqu’où le pays est bloqué ?

    Elon Musk

    Quand SpaceX, société d'Elon Musk, lance un satellite, le lanceur se repose toujours. Arianespace, pourtant plus expérimentée dans la durée, n'a encore jamais reposé un seul lanceur. Et pourtant, cela ne semble pas poser question. Cet exemple simple, très concret est tiré de la tribune d'Idriss Aberkane dans Le Point (17/08/2017). Et il y a de nombreux autres exemples de ce type. Pourquoi ? Parce qu'en France, il est interdit de "changer de case". Arianespace occupe la case des lancements sans récupération des lanceurs et tout continue sur cet acquis. Idriss Aberkane défend des thèses iconoclastes. Donc, pour éviter de parler sérieusement des sujets posés, c'est le profil de l'auteur qui suscite des critiques. C'est tellement plus simple. Pourtant, sur le fond, le vrai rendez-vous de la rentrée c'est : est-ce que la France sera capable de sortir de sa case du pays bloqué ? Et dans quelles conditions ? Sur quels dossiers ? Pour le moment, il y a de quoi alimenter de sérieux doutes sur cette volonté et pire encore sur cette capacité à sortir de cette case. Si elle n'y parvient pas dans la foulée immédiate d'une présidentielle qui a montré de façon caricaturale les maux d'un pays (de la force de ses extrêmes à l'immoralité banalisée voire assumée de façon décomplexée par des responsables publics), c'est une étape supplémentaire inquiétante d'un déclassement manifeste qui sera franchie. Une présidentielle peut sur 8 mois se gagner sur des images. Mais une gouvernance sérieuse se nourrit d'actes et non pas de Unes de journaux. Et cette étape des actes n'est pas encore réellement engagée. 

  • La beauté des jardins de fin d’été

    P1000104

    Cette année, avec la canicule, les feuilles des arbres sont souvent jaunes avant l'heure. Mais la fin de l'été reste une période magnifique. Avec le calme des semaines moins chargées de la période mi-juillet à mi-août, c'est souvent le temps d'une observation encore plus attentive des merveilles de la nature. Par le fait du hasard, cette fin d'été est marquée pour nous par de nombreux tournesols. La raison : des oiseaux perdent des graines et le miracle de la nature se produit. Le tournesol est une merveille de la nature. Très complexe. Des scientifiques ont enfermé des plants dans une pièce éclairée en continu par une lampe immobile simulant le soleil à son zénith. Résultat : les tournesols ont continué de grandir mais, après quelques jours, se sont tortillés dans tous les sens. Le tournesol a une horloge interne très précise. Il est structuré pour recueillir les premiers rayons du soleil qui vitalisent ses fleurs avec alors un parfum qui attirerait cinq fois plus d’insectes pollinisateurs, ce qui augmenterait les chances de survie de cette plante. Une merveille de sensibilité et d'équilibre en mobilisant les ressources naturelles. La photo ci-dessous que j'ai prise il y a 3 jours est celle d'un tournesol avec une seule tige qui porte plusieurs fleurs.

    Tournesol multi-floral 18 08 17

  • La nouvelle trahison des « clercs »

    Nice attentat fleurs

    Pour ouvrir une pensée à la liberté d'appréciation, peut-être que la lecture de 20 ouvrages fondamentaux pourrait suffire. L'un d'eux est à mon avis le livre de Julien Benda sur la "trahison des clercs". Sur le fond, de quoi s'agit-il ? Accepter que la fonction d'intellectuels (qualifié de "clercs") est d'ouvrir le chemin vers des réflexions de fond, avec des analyses non conformistes, totalement rebelles aux pensées uniques éphémères et dangereuses d'une époque. Oser poser les bonnes questions. Sur plusieurs sujets de fond comme actuellement la guerre de religions, n'assistons-nous pas à une terrible nouvelle trahison des clercs. Ou plutôt n'assistons-nous pas en France à la naissance d'une nouvelle génération qui tourne totalement le dos à cette nécessité ? Face aux évènements actuels les plus douloureux, quel fond sérieux après les postures ? Quelles mesures fortes une fois passés les mimétismes désormais classiques ? Ne vivons nous pas sous l'emprise de "clercs sonnants et trébuchants" courant les médias pour cachetonner en fonction de "banalités" qui ont déjà montré leur inefficacité ? Le plus grave, c'est que la proie n'est plus la part de vérité de ces intellectuels mais l'audience. Et l'audience est une redoutable mauvaise conseillère parce que le grand nombre réagit si souvent en fonction d'un décalage entre l'expression et la réelle pensée. Sur ce point, je crois beaucoup aux observations banales du quotidien. A deux ou trois reprises, je suis tombé sur une émission actuelle de TF1 sur des hôteliers qui se notent entre eux. Au moment du départ de l'hôtel, ils sont tous très sympas avec leurs hôtes du moment. Mais les notes tombent à l'opposé du sourire de façade. Le règne des déconvenues généralisées. Face au terrorisme, j'éprouve le même sentiment. Quelle chance de gagner une guerre pour celui ou pour celle qui refuse les contraintes de la guerre ? Aucune. Si nous sommes en guerre, il faudra un jour en accepter les contraintes jusqu'à la fin de cette guerre. Ne pas l'accepter, c'est accepter que la guerre dure encore et toujours et qu'à la fin elle soit … perdue. Et à ce moment là, la trahison des clercs sera sévèrement jugée mais ce sera trop tard.  Une guerre n'a jamais été gagnée par le dépôt de fleurs.

  • A quand le droit aux vraies images ?

    Lyndon Johnson

    Les chiffres sont désormais perçus souvent comme faux. Instrumentalisés. Les mots ont perdu leurs sens premiers. Il reste donc les images. Le "jeu" actuellement consiste à parler à l'oeil. Que va-t-il se passer quand, à son tour, ce message sera perçu comme tronqué. Tronqué parce que l'image aussi peut être fausse. Trafiquée comme les photos de mannequins plus maigres que maigres. Mais aussi trop avantageuses parce que les photos font parfois l'objet de négociations entre le photographe et le photographié. Puisque désormais c'est l'oeil qui "raisonne", n'a-t-on pas droit alors aux vraies images ? C'est une question majeure dans cette période où l'image est reine : jusqu'où aller dans l'image de drames ? A quel niveau l'image doit-elle rendre compte de la réalité ? Si elle ne rend pas compte de la réalité, où est alors sa fonction ? Politico vient de publier cette image de Lyndon Johnson : tout y est. La détresse d'un homme face à une décision à prendre. Une forme de solitude. La fatigue avec la paupière lourde. Il n'a jamais été aimé et il le sait. Il a accédé au pouvoir dans le drame de Dallas. Tout lui semble trop lourd d'où cette chemise dégrafée comme s'il étouffait. On est loin de l'image en "habits du dimanche" en faveur de l'intéressé. Il serait temps que le débat sur les vraies images soit enfin livré sérieusement. Parce que si l'image revient avec les chiffres et avec les mots au musée des vieilles croyances, la communication deviendra très difficile.

  • Quelle modestie de viser la Maison Blanche quand d’autres envisagent de tuer … la mort

    Zuckerberg

    Cette semaine L'Express ouvre avec retard le dossier de l'éventuelle candidature de Zuckerberg à la Maison Blanche en 2020. La génération des vainqueurs de la Silicon Valley n'est qu'au début des surprises. Une partie d'entre eux ont des fortunes constituées en moins de 10 ans. Ils n'ont jamais imaginé construire une entreprise qui ne soit pas leader mondial. Leurs entreprises battent la capitalisation de groupes classiques constitués avec soin pendant des décennies. Avec les cessions d'actions, ils ont protégé des générations entières de descendants. Leurs nouveaux défis ont pour noms : les loisirs sur la lune, la visite de mars, hyperloop … et pour certains d'entre eux pas moins que l'immortalité ou comment tuer la … mort. Face à de tes défis que représente la conquête de la Maison Blanche ? Sous cet angle, il n'y a plus de surprise dans ce défi mais juste s'inquiéter qu'il ne soit pas assez … ambitieux. Cette génération donne le sentiment de n'être qu'au début des paris fous…