Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Quand la moindre parcelle de lumière chez l’autre aiguise d’abord une jalousie insupportable

    Femme ecolo 26 02 13

    Depuis quelques semaines, le débat au sujet de Brigitte Macron est devenu une chape de plomb étouffante, toute sensibilité politique mise à part. Il révèle un sexisme insupportable, un ordre moral d'un autre siècle. Quand Christian Estrosi (62 ans) épouse Laura Tenoudji (41 an), c'est la preuve qu'il est resté … séducteur. Mais quand la pyramide des âges est inversée pour une femme, elle devient … prédatrice. Quand une jupe de Brigitte Macron est trop courte, elle est provocante. Mais quand un homme se fait prendre torse nu en photo, c'est qu'il assume son corps. Quand un homme est bien habillé, il est élégant. Et quand Brigitte Macron est bien habillée, elle est … achetée par un grand couturier. Quand un homme a la démarche féline c'est qu'il est sportif, mais la femme devient alors délurée … Et la liste pourrait continuer longtemps. Le plus surprenant à parcourir les réseaux sociaux c'est que ce sont souvent des femmes qui portent une telle disjonction d'appréciations. Ces remarques sont totalement accessoires face à l'ampleur des problèmes concrets à régler. Mais elles font les "gros titres", parfois même des Unes et alimentent tant de discussions privées. C'est un marqueur de crise collective très profonde quand la moindre parcelle de lumière chez l'autre aiguise d'abord une jalousie insupportable. Parce que, être favorable ou pas à Macron ne doit pas empêcher de constater qu'il y a de la lumière dans ce couple. Ils ont dû vaincre tant d'épreuves pour leur atypisme. Vivre ensemble des aventures fantastiques dont la présidentielle 2017. Qu'ils ne s'adaptent jamais aux esprits qui les condamnent à la moindre circonstance. Il y a de la lumière dans ce couple et c'est un plaisir qu'il en soit ainsi. Cela n'était pas arrivé en France depuis si longtemps. Un pays est fait de l'étoffe de ses réactions. Cette étoffe là donne plutôt matière à être inquiet. 

  • La vérité du terrain ou ce que même un âne connait mieux que les auteurs de volumineux rapports

    Arbre 08 08 17

    Rarement un 8 août, il y a eu autant de feuilles au sol (photo ci-dessus prise ce matin à 07 heures). Séchées. Par une chaleur torride. Dans l'agglomération grenobloise, la dernière véritable pluie sur une séquence temps correcte date du 29 juin. Le 10 juillet, puis le 20 juillet, des pluies orageuses brèves et très localisées sont intervenues dans la soirée. Dans notre hameau, le bruit du trop plein a atteint son seuil d'alerte depuis plusieurs jours déjà. Et il faut monter très haut pour trouver de l'humidité dans le lit des ruisseaux locaux. Voilà les réalités du terrain. Des réalités que les bureaucrates de plus en plus nombreux dans les collectivités locales ignorent pour de multiples raisons dont celle de l'incapacité à vouloir respecter le terrain. Et pourtant le terrain a toujours raison. A la présidence de l'Agence de l'Eau Rhône Méditerranée Corse, j'ai eu la chance de travailler avec une génération qui respectait le terrain. Qui le connaissait. Qui en acceptait les vérités. Dans les Bouches du Rhône, l'une de ces rencontres fut avec Louis Philibert. Une personnalité remarquable. Et l'une des histoires vraies qu'il racontait était la suivante. Lors d'une campagne électorale, Paris parachute un énarque dans sa circonscription. Et l'énarque passe ses soirées à le suivre dans les réunions publiques pour lui faire la leçon sur tout : finances locales, grands projets … Un soir, Louis Philibert lassé lui pose une question simple "puisque vous êtes au courant de tout, est-ce que vous pouvez nous dire quand une ânesse est en chaleur ?". L'énarque ne répond pas. Mais Philibert tient sa question. Il la ré-itère. Et devant l'absence de réponse, Philibert a cette conclusion "vous voyez il est plus bête qu'un âne parce que l'âne lui sait et il ne se trompe pas …". L'énarque n'est plus jamais venu poser une seule question à Philibert. Le terrain avait parlé. Le terrain nous passe actuellement des messages forts. A ne pas vouloir les voir, on avance vers de redoutables lendemains en matière de réchauffement climatique. 

  • La France et ses Robin des Bois à l’envers

    Agriculture

    Aujourd'hui, les agriculteurs attirent de nouveau l'attention sur des situations dramatiques. C'est la caricature d'une France avec ses Robin des Bois à l'envers. Robin des Bois prenait l'argent aux riches pour les donner aux pauvres. En France, c'est le contraire : prendre l'argent aux pauvres pour le donner aux … riches. C'est tout le problème de l'agriculture dans le rapport entre le producteur et la grande distribution. La grande distribution est intouchable en France après avoir probablement été le plus grand corrupteur historique de la vie politique française. Au-delà de l'agriculture, la France a deux problèmes : son rapport aux prix et sa politique sociale. En France, le prix est devenu le critère de choix, voire de qualité d'un service ou d'un produit. C'est un non sens absolu. Il y a beaucoup trop de produits et de services qui ne sont plus payés au "juste prix" c'est à dire celui qui assure une qualité du service ou du produit et une rémunération pour tous les intervenants. Le bas prix est devenu une composante de "politique sociale" ce qui est aussi un non sens total. Il vaut mieux un "vrai prix" avec des fortes aides sociales individualisées sur la base de critères techniques solides qu'un dispositif confus qui tourne à la pagaille qui sert aux plus forts. C'est le système français avec ses Robin des Bois à l'envers. Une déviation qui risque de conduire à l'explosion.

  • Que sera la France de la fin des villages ?

    Village

    La mise en cause des villages intervient actuellement de façon très agressive. Les villages sont tantôt exposés à l'offensive de l'urbanisation dense. Des agglomérations deviennent alors des tâches d'huile qui s'étendent, s'étendent … Tantôt ils sont exposés à la désertification. Les villages meurent du trop et du pas assez. Existait-il un "esprit village" ? Bien sûr. 'L'esprit village" c'est la dimension humaine de la vie en collectivité. Des personnes qui se disent bonjour. Elles ont un nom, parfois même un prénom, souvent un diminutif. La vocation sociale du bistrot qui est, de fait, la salle de réunion la plus fréquentée. La capacité à s'aider de façon naturelle. Le goût de respecter le temps, le rythme des saisons. Pouvoir garer sa voiture sans se demander si on la retrouvera encore au retour. Connaître l'histoire du village, l'âge des arbres centenaires …  Voilà "l'esprit village". Cet esprit existe encore : Bretagne, Gironde, Landes, Dordogne … Des élus et des habitants se battent pour sauver cette qualité de vie. A l'opposé, il y a des territoires où des élus et des habitants ont renoncé. Ils croient à l'interchangeable. Pour eux tout se vaut. Tout est remplaçable. Uber peut remplacer le taxi. Carrefour peut remplacer le commerçant indépendant de proximité. Amazon peut remplacer le libraire…. Et la ville peut remplacer le … village. C'est un double échec. C'est l'échec des villes dont les quartiers auraient dû devenir des … villages. Et c'est bien sûr l'échec des villages qui deviennent des … villes. C'est le défi n°1 du péri-urbain actuel de grandes villes. Là où ce choc se produit actuellement, il faut la mobilisation la plus large possible pour défendre l'esprit village car la défaite est irréversible.

  • Le pays qui conforte désormais les … inégalités

    Guilly 05 08 17

    Je recommande l'ouvrage de Christophe Guilluy "le crépuscule de la France d'en haut". C'est l'une des analyses les plus lucides de la période actuelle sur la société Française. La France compte d'excellents auteurs pour les diagnostics. De Crozier à Morin en passant par Peyrefitte et tant d'autres mais le problème c'est le néant après le diagnostic. Pas de passage à l'acte. Mais là, pour la première fois à ce point, la France ouvre un chapitre qui va à l'opposé de ses fondamentaux : l'acceptation organisée d'inégalités considérables : territoriales, matérielles, de parcours … C'est l'opposé du "modèle républicain" français. C'est le vrai défi pour Macron. Celui qui a bâti son discours sur le refus des fractures politiques va peut-être restaurer les frontières de classes dans des conditions inédites. L'entre soi d'un parisianisme falsifie trop de faits locaux importants. Même si les assiettes techniques ne sont pas analogues, Macron a aujourd'hui un taux d'approbation de sa politique inférieur à la moyenne des sondages sur le taux d'approbation de Trump aux Etats-Unis ! Il y a en France actuellement un retour à la lutte des classes qui mérite l'attention. De nombreux facteurs choquent frontalement la tradition de la mentalité collective française. Difficile de penser que cela puisse être durablement sans le moindre effet. 

  • Jusqu’où la France va pousser sa fuite en avant du « rien ne compte en dehors du sexe et des jeux » …

    Déforestation 3

    La planète passe des signaux inédits des drames qui s'annoncent et la France vit au rythme du "rien ne compte en dehors du sexe et des jeux". Prenons des faits : mercredi, des chercheurs du MIT (organisme de référence par excellence) publient une étude terrible sur des territoires qui deviennent invivables. Dans la même semaine écoulée, des baleines noires de l'Atlantique du Nord décèdent à un rythme record jamais connu qui pose une question sérieuse de la survie même de l'espèce. Dans la même semaine écoulée, des chercheurs à la réputation scientifique incontestée publient une étude sur la faiblesse considérable que l'objectif de l'Accord de Paris soit atteint … Et la liste pourrait continuer longtemps. Face à ces réalités, sur quels défis vit la France : les JO de 2024, l'arrivée de Neymar Jr, l'historique des maillots de bains … Et sans tomber dans un ostracisme excessif, combien de bénéficiaires des APL qui protestent contre la perte de 5 € (mesure scandaleuse qui est une faute politique) par mois vont dépenser … plus de 100 € pour acheter le maillot de Neymar dans la foulée de son arrivée sur le sol parisien ? Face à de telles réalités, sans compter le récent rapport financier canadien qui annonce sur des bases techniques sérieuses l'explosion imminente de la bulle financière des prêts d'Etat, rarement un décrochage aussi irréel saute aux yeux du premier observateur lucide. Une étape supplémentaire dans la décadence intellectuelle de ce pays est franchie en toute irresponsabilité. Incroyable à ce point.

  • #Hop et la réussite de la magie des nuages

    Bordeaux nuages 03 08 17

    Il y a une indiscutable magie des nuages. Ils sont non maîtrisables. Tantôt espérés par temps de canicules parce qu'ils peuvent être accompagnés par la pluie donc la fraîcheur. Tantôt terriblement redoutés lors des orages violents. Ils sont les voisins obligés extérieurs des vols. Là encore tantôt adorés car offrant un spectacle gratuit magnifique : le film de la nature. Aucun scénario reconduit à l'identique. Tantôt moins aimés parce qu'ils conditionnent des turbulences qui rappellent la précarité possible de ce mode de déplacement. Quel plus beau messager de cette magie qu'un transporteur aérien. Bravo Hop pour l'ouverture récente de son compte Instagram. La vidéo d'hier est absolument magnifique. Une belle idée (photo ci-dessus prise par mes soins la semaine dernière lors d'un vol sur Bordeaux).

    Nuages 03 08 17
     

  • La France toujours coincée dans le choc entre les marchands et les administratifs

    Deval Patrick 3 02 07 17

    Avec l'installation de sa nouvelle majorité parlementaire, la France montre combien elle reste coincée dans le choc entre ses marchands et ses administratifs. Deux mentalités différentes. Il ne s'agit pas de les hiérarchiser mais de noter les différences. Le marchand est celui qui vit dans le secteur privé. Son univers c'est de vendre pour vivre : vendre des produits, des services … Il sait que sa situation matérielle peut vite progresser mais qu'elle peut aussi connaître une érosion brutale. Il a donc intégré la précarité. Il a dû intégrer aussi la compétition permanente, soudaine, imprévisible. L'univers de l'administratif est différent. Presqu'à l'opposé. Son univers est celui du service non rémunéré à la tâche. Bien davantage, la rémunération reste la même que le service soit de qualité ou qu'il ne le soit pas. Il a la durée pour lui. Et surtout, il n'y aura pas de concurrence légale qui ne soit pas acceptée par lui ou du moins par sa hiérarchie. Tout oppose ces deux univers. Le politique prend la mentalité de l'administratif dès qu'il se professionnalise dans la politique. Le problème en France, c'est que ces deux univers se croisent peu. Il n'y a pas de points de passages de l'un vers l'autre. C'est le résumé de l'actuelle situation politique en France. Une nouvelle génération est arrivée au parlement. Bon nombre d'entre eux sont des "marchands" de la société civile. Que leur est-il demandé ? De faire comme hier et de devenir aussitôt des "administratifs". La négation même de leur offre de campagne. Comme si ces deux univers ne pouvaient pas se mêler. Dans le même temps, hier, aux Etats-Unis, Politico évoque la candidature de Deval Patrick en 2020 (photo ci-dessus). C'est l'opposé de ce choc. Il n'a fait que 8 ans de politique (2006 – 2014). Avant, il avait son cabinet juridique. avec les difficultés de l'indépendant. En mai 2008, j'ai assisté à Cape Cod à l'une de ses réunions. Il ne parlait que de la vie de tous les jours. Les difficultés simples de la vie quotidienne. Puis après 2014, il est retourné au privé (Bain Company). La situation changera réellement en France le jour où ces deux "mondes" se croiseront en permanence. Cela ne semble pas pour demain, hélas.

  • France : ne pas retomber en peine d’espoirs … ?

    Trudeau 26 97 17

    Début janvier 2017 deux jeunes membres de l'équipe rapprochée d'Emmanuel Macron chargés d'Internet m'ont contacté pour me demander une tribune pour Medium sur les enjeux de la candidature d'Emmanuel Macron. Je l'ai rédigée avec plaisir et indépendance. Elle a été publiée le 11 février et l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron l'a labellisée pour la diffuser. Avec une totale liberté, j'ai alors écrit ce que je pensais nécessaire comme priorité : rendre l'espoir. Pour en prendre connaissance, cliquer sur le lien suivant : Medium. Aujourd'hui, le danger qui guette le plus le jeune Président français, c'est de faire tomber le pays en peine d'espoirs. Pour tourner la page de 30 ans d'échecs à répétition, la France a besoin d'exemplarité, de proximité et de cool attitude. L'exemplarité, où est-elle quand on constate les nominations d'incompétents sur les "fromages" traditionnels de la République ? Plutôt que Touraine au Conseil d'Etat au tour extérieur, quel plaisir c'eut été de voir un ex-chômeur issu de la vraie vie…  Royal avec son chauffeur et en même temps les économies sur l'APL : scandale ! Et la liste s'allonge chaque jour. La proximité, où est-elle ? C'est un mélange de bling bling et de mondialisme médiatique usé. Quant à la cool attitude, elle s'efface devant des "coups de menton" qui sont la caricature de l'ancien siècle dont on ne veut plus. A chaque jour qui passe, la comparaison avec Trudeau renvoie la France à la monarchie archaïque irréformable. D'une tristesse incroyable que tant de rendez-vous gâchés en aussi peu de temps. Si cette lancée se confirme, la rentrée s'annonce très très dure parce que la peine d'espoirs va se chiffrer dans la rue.

  • Sophie Huet ou la bataille pour le respect du réel

    Sophie Huet 31 07 17

    La disparition de Sophie Huet doit être l'occasion de rappeler ce qui fut l'une de ses priorités : le respect du réel. En novembre 2006, Sophie Huet avait été la première femme élue à la présidence de l'Association des journalistes parlementaires (AJP), fondée à la fin du XIXe siècle. Elle avait été réélue à plusieurs reprises à la tête de cette association de plus de 200 membres. La connaissant depuis plus de 30 ans et m'entretenant souvent avec elle, ce qui me marquait toujours c'était son honnêteté implacable sur un point précis : la réalité des faits. Une fois la réalité des faits connue, l'interprétation des faits relève ensuite de la liberté de chacun. Mais établir la réalité des faits relève d'un vrai travail professionnel. De façon générale, le travail des journalistes en France n'est pas assez reconnu ni considéré. Il n'y a pas de démocratie saine sans des journalistes indépendants de grande qualité. Considérer le travail des journalistes, c'est aussi rémunérer de façon valorisante ce métier. C'est ne pas jeter le journaliste avec l'information qui dérange. Aujourd'hui, il est beaucoup question de la violence à destination des élus mais pourquoi ne pas évoquer aussi la violence de déclarations d'élus à destination de citoyens ou celle de citoyens et d'élus à destination de journalistes. La violence dans le débat public ne naît jamais du jour au lendemain. C'est une route qui a toujours des origines lointaines. Sophie Huet montrait, si besoin, combien l'essentiel était d'abord la capacité et la volonté à bien raisonner. Et surtout respecter les faits, ce qui est toujours le socle solide incontournable d'une part de vérité. Avec beaucoup de tristesse.