Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Seule la transparence rend l’information digne de confiance

    Zuckerberg 07 08 17

    Les annonces faites par Mark Zuckerberg sont un indiscutable tournant pour l'information numérique. Il accepte de lever le secret sur des achats publicitaires. Et il a annoncé des mesures fortes pour lutter contre les tentatives de manipulation. Sur le fond, c'est le tournant de l'honorabilité de l'information numérique. Elle montre qu'elle est devenue adulte. Et comme adulte, elle ne peut se permettre d'être le receptacle d'informations erronées. Les décisions annoncées hier par Zuckerberg marque le démarrage d'un cycle nouveau de l'information numérique. Quand Facebook accepte de collaborer avec le Congrès pour établir la transparence sur la présidentielle 2016, comment refuser demain d'autres démarches de ce type pour d'autres pays ? C'était nécessaire pour garder ou renforcer la crédibilité de l'information numérique. Et cela changera aussi les "règles de fonctionnement" pour les médias traditionnels car, dans la compétition des supports, ils ne pourront être "en retard". Une date importante pour l'information. 

  • Quand l’intérêt n’a plus de mémoire …

    Wish 2

    Il y a quelques jours, Wish a levé 250 millions de dollars. Wish, c'est une plateforme d'e-commerce. Le parti pris est simple : des prix cassés 265 jours sur 365 ! Bref, des soldes à 90 % (au moins) tous les jours de l'année. Voilà contre quoi un "commerçant traditionnel" français doit désormais lutter. Pour acheter auprès d'un "commerçant traditionnel", il faut trouver où se garer. Puis payer le parc-mètre. Puis ne pas dépasser la durée achetée au parc-mètre sinon c'est l'amende garantie … Et de temps en temps seulement, profiter d'embellie sur les prix à – 30 ou – 50 %. Et la concurrence : se mettre devant son clavier. Chercher un produit. Cliquer. Payer en ligne. Et le coût de l'expédition (quand il est facturé selon les conditions d'achat) est moins élevé que 30 minutes de parc-mètre ! Pour des produits interchangeables, sans fonction de conseil pour le vendeur, des produits qui ne craignent ni la casse ni la péremption : comment lutter ? La fonction du prix dans la séduction d'un produit est désormais telle qu'elle cache les autres volets d'un produit. Nous sommes entrés dans un cycle où l'intérêt du prix n'a plus de mémoire, ne se rappelle de rien, jamais d'un service rendu, d'une réparation assurée, d'une recherche particulière qui avait demandé beaucoup de temps …  Avec de telles conditions de consommation, si les villes ne s'adaptent pas de façon très urgente (plages horaires gratuites pour les véhicules, animations récurrentes, opérations commerciales quasi-permanentes …), nous ne sommes qu'au début d'un massacre considérable. Ce d'autant plus que la bataille financière globale est tellement inégale. Pour des entreprises d'Internet situées dans la seule localité de San Francisco, au cours des trois  dernières semaines, 528 millions de dollars ont été levés auprès de capitaux risqueurs. Pas sûr que ce montant ait été levé sur toute l'année 2016 (12 mois) pour les entrées de ce segment de marché sur la Bourse de Paris. Si des modifications majeures urgentes ne sont pas apportées, les villes et villages de France ne sont pas prêts de voir arrêter la baisse des stores métalliques … Et ce constat est effectué par le client que je suis qui donne la préférence permanente au commerce indépendant de proximité avec une grande fidélité.

  • Vaut-il mieux regretter ce que l’on a fait ou ce que l’on n’a pas fait ?

    Villes mortes 2

    Quels sujets de livres font actuellement des gros scores de ventes ? "Le crépuscule de la France d'en haut", la "France périphérique ignorée" … et le "massacre des villes" : voilà des scores considérables. Un point commun : la France a surtout déménagé son territoire davantage qu'elle a veillé à l'aménager. D'où une succession d'échecs considérables. Le livre d'Olivier Razemon est implacable. Des vitrines vides et sombres, des façades aveugles, des stores métalliques baissés … : la crise urbaine est là sous les yeux. Les commerces du centre-ville meurent. Comment comprendre cette réalité ? Comment l'expliquer et surtout comment la changer ? Un livre lucide qui pose de bonnes questions. Une lecture qui n'engendre pas l'optimisme mais qui appelle les interrogations à ne plus éviter.

  • Regarder des chiffres incontestables en face : la fin du « massacre » irresponsable, c’est pour quand ?

    Renard 15 09 17

    Une étude du Fonds mondial pour la nature vient d'être publiée (WWF). Et cette étude ne concerne pas un pays lointain en voie de développement "réputé" pour son indifférence aux sujets de l'environnement. Cette étude concerne le Canada, pays très sensible aux sujets de la nature. Le Canada compte 903 espèces d’oiseaux, de poissons, de mammifères, de reptiles et d’amphibiens. Ces espèces ont perdu 83 % de leurs individus entre 1970 et 2014, selon le rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF). Le déclin des espèces protégées par une loi fédérale a été comparable à celui des espèces non protégées. L’organisation environnementale a étudié 3 689 populations différentes de 386 espèces d’oiseaux, 365 espèces de poissons, 106 espèces de mammifères et 46 espèces de reptiles et amphibiens. Elle a utilisé une méthode développée par la Société zoologique de Londres pour regrouper plus de 400 ensembles de données compilés par le gouvernement fédéral. L’étude explique que les déclins de population sont causés par des facteurs qui commencent à être bien connus : la perte d’habitat, les changements climatiques, les espèces envahissantes et la pollution. Face à de tels changements structurels, même les lois dites de protection sont d’un impact faible. Les populations des espèces visées par des lois de protection se sont écroulées de 63 % pendant la durée de l’étude. Ces chiffres montrent bien, si besoin était, que les enjeux sont ailleurs que dans des textes.

    En bref:

    • Les populations de mammifères ont reculé de 43 %
    • Les populations de poissons ont fondu de 20 %
    • Les populations de reptiles et amphibiens ont reculé de 16 %
    • Les populations d’oiseaux ont grimpé de 7 %, surtout grâce à l’amélioration du côté des gibiers d’eau et des oiseaux de proie. En revanche, les populations d’oiseaux des prairies se sont effondrées de 69 %, celles des insectivores de 51 % et celles des oiseaux de rivage de 43 %.

    Face à de telles réalités incontestées, il serait quand même temps de regarder ces chiffres en face et de changer sérieusement de façon urgente de comportements.

  • La France et sa conception mondaine du patrimoine

    Drôme 27 06 16

    Dans 48 heures, comme chaque année, la France va célébrer ses journées du patrimoine. Avec les déplacements nombreux dans le temps, je suis surpris par la conception française du patrimoine : il y a un snobisme, un patrimoine mondain. Pour appartenir au patrimoine reconnu, donc respecté, il faut mériter être au musée. Dans cette mentalité assez étonnante, il n'y a pas d'espace pour le "petit patrimoine", celui du "coin de la rue" : la vieille porte d'un immeuble, la petite fontaine d'une place de village, deux arbres qui portent une mémoire centenaire … Le grand perdant de cette approche, ce sont les paysages comme si la nature pouvait en permanence refaire ce qu'elle a créé.  Très souvent, ce "petit patrimoine" n'intéresse personne. Il peut disparaître dans l'indifférence. La fontaine peut être taguée dans l'ignorance. Des arbres centenaires peuvent être abattus et constater qu'ils seraient "équilibrés" par de jeunes pousses … Cette mondanité du patrimoine, c'est la négation même du patrimoine. C'est dommage que tant de villes et de villages y succombent. C'est mauvais signe pour les prochaines années. 

  • L’époque du téléphone mobile est peut-être déjà passée … ?

    Apple 13 09 17

    Remarquable article du quotidien Sud Ouest sur la "génération post mobile". Une question : y aura-t-il une génération post mobile et si oui pour quels nouveaux supports ? La réponse est oui : il y aura bien une génération post mobile. Les outils de demain seront la montre et les lunettes. Et hier … Apple a présenté la nouvelle version de sa montre connectée Apple Watch qui est désormais capable de passer des appels directement. La montre se connecte directement aux réseaux mobiles sans passer par un iPhone, ont expliqué les responsables du groupe lors d'une présentation organisée dans le nouveau siège à Cupertino. La fonction «cellulaire» est intégrée dans la montre et l'écran sert d'antenne à l'appareil. Avec cette fonctionnalité, on peut passer des appels et écouter de la musique en streaming directement, sans passer par la connexion d'un téléphone intelligent. Et la montre aura notamment toutes les fonctions d'aide à la surveillance de la santé. Le printemps du mobile est peut-être déjà passé, fabuleuse époque. Et demain, les lunettes auront des utilités tellement plus multiples que la traditionnelle correction de la vue.

  • Rendre toute sa place à la technique

    Irma floride 3 12 09 17

    L'actuelle interprétation nécessaire sur les conditions d'existence d'ouragans très violents montre si besoin était une exigence urgente : rendre toute sa place à la technique. Au moment où les moyens d'expertise ont considérablement gagné en outils donc en fiabilité, le débat technique passe trop souvent au second rang. Les faits sont immédiatement pris en otages pour servir telle ou telle cause politique de soutien ou de défiance. Cette scénarisation est gravissime sur le fond. Elle occulte excessivement des constats techniques qui devraient être établis en toute impartialité. Sur ces faits techniques, qu'il y ait ensuite matière à débats, c'est naturel mais les débats ont alors un socle solide. Comment apporter des réponses sérieuses durables quand le problème à résoudre est mal posé ? Si dans plusieurs domaines dont le climat, la technique ne retrouve pas la place qu'elle aurait jamais dû quitter, il y a matière à alimenter des inquiétudes sérieuses. A se nourrir de la seule course aux images et au spectaculaire pour faire vivre l'audience, les jours d'après sont tristement un champ inefficace dans la durée.

  • L’autre visage de l’international …

    Justin Trudeau 10 09 18

    Des médias français, tout particulièrement des chaînes TV, ont une conception très particulière de l'international. C'est soit le théâtre de la célébration de la "puissance française" lors de diverses manifestations soit la mise en relief de ce qui ne fonctionne pas à l'étranger. Dans ce dernier cadre, c'est d'ailleurs parfois un réel choc que de constater un reportage lénifiant pour un dysfonctionnement en France et implacable pour une faiblesse dans un pays étranger. Mais il y a un angle qui presque systématiquement défaut : présenter de façon détaillée les bonnes nouvelles intervenues dans un pays étranger. Vendredi, les statistiques sont tombées au Canada au sujet du chômage. Le marché du travail canadien a affiché son neuvième mois de gains d’emplois consécutifs en août 2017, ce qui constitue sa plus longue progression depuis la crise financière de 2008. Statistique Canada a révélé que la hausse, le mois dernier, de 22 200 emplois a permis de faire diminuer le taux de chômage de 0,1 point de pourcentage au Canada pour s’établir à 6,2 %. Cela correspond à un niveau d'emploi d'avant la crise de l'automne 2008. Et dans le même temps, le niveau moyen des salaires a augmenté ! Une réalité qui explique le niveau de confiance en faveur de Justin Trudeau. Et, dans les médias français, il n'a pas été davantage question par exemple des emplois créés par Ubisoft. L'annonce est intervenue le 5 septembre : création d'un nouveau studio avec 150 emplois créés à court terme. Cette entreprise a son siège social à Rennes et les emplois créés le sont à … Saguenay (Province de Québec). Les aides et les charges sociales font la différence. C'est aussi cela l'autre visage de l'international …

  • Pourquoi Jeff Bezos ne pouvait pas être français …

    Amazon siège

    Remarquable article des Echos du jeudi 7 septembre sur les 5 leçons a retenir de Jeff Bezos. Jeudi 7 septembre, Jeff Bezos a annoncé la construction d'un second siège : 5 milliards de dollars de travaux, 50 000 emplois créés … Amazon, c'est déjà 380 000 salariés soit le 8ème employeur des Etats-Unis ! Parmi les 5 leçons très instructives, il y a la leçon 4 : accepter de perdre de l'argent. Quand il était venu en France en 2 000 (29 août), Amazon c'était un CA de 70 millions de dollars de CA avec 25 millions de dollars de pertes sur l'exercice 1999. A l'issue de son point professionnel sur une péniche à Paris, j'avais brièvement parlé avec lui. Il avait reçu un orage de grêle des journalistes français annonçant l'éclatement de la "bulle Amazon" et datant même pour certains le moment de sa … liquidation. En France, il faut gagner de l'argent … tout de suite. Les seuls organismes qui peuvent perdre de l"argent, c'est le public sans que là des questions soient jamais posées comme s'il avait vocation, même dans des domaines concurrentiels, à cumuler les trous à boucher et les grandes entreprises avec beaucoup de salariés qui peuvent engager un chantage à l'emploi pour obtenir des renflouements. Pour les autres, accepter le long terme, c'est impossible. Le mécanisme est verrouillé : le commissaire aux comptes lance des alertes. L'expert comptable est pris d'angoisse. Les concurrents agitent le drapeau rouge en ayant comme argument de vente que l'entreprise en question ne peut plus survivre longtemps. Il maque plus que la convocation dans la salle d'attente du tribunal de commerce et la "messe est dite" : le sapin est avancé … C'est certains que Jeff Bezos ne pouvait pas être français. Mais en attendant l'essentiel des emplois qu'il crée ne le sont pas non plus. Un constat qui mériterait d'être analysé plus sérieusement que d'actuels débats bien éphémères …

  • Enfin. Bravo Orvis !

    Orvis 08 09 17

    Quand nous avons lancé la collection Balades en Famille avec Béatrice Métenier, Lydia Menut et Eric Merlen (collection qui constituait à l'époque une novation importante), nous avons été confrontés à des réactions surprenantes : nous allions "livrer" la nature au grand nombre. Et les critiques découlaient de ce constat. Face aux critiques, nous avons continué et même, grâce à l'imagination de Béatrice, Lydia et Eric, nous avons multiplié les collections thématiques permettant de faire partager la nature au plus grand nombre : bivouacs, sommets sans corde …  Pour que la nature soit bien défendue, il faut qu'elle soit complice et aimée par le plus grand nombre. Et non pas inaccessible pour le plus grand nombre. Or cette approche, c'est un choc culturel face à certaines traditions.  Une mentalité très répandue est celle d'une conception élitiste de la nature. La nature aurait son aristocratie. dans ce cadre, il faut avoir une sorte de "sang bleu" fait de passion, de tradition et surtout de grande forme physique. Cet élitisme repose sur une approche ancienne selon laquelle "la nature se mérite". Il faut de l'effort, de la sélection. Et pour les tenants de cette approche, partager la nature au plus grand nombre, ce serait affaiblir la nature puisque sa fragilité deviendrait encore plus manifeste lorsque la nature est beaucoup fréquentée.

    Les catalogues de produits portent cette mentalité : des corps d'athlètes. Tous plus musclés, énergiques les uns que les autres.

    Avec sa dernière vidéo, Orvis, marque référente de l'outdoor, vient de casser ce code (cf vidéo ci-dessous). C'est un tournant important. Une personne âgée, handicapée peut aussi pêcher, s'amuser, être complice avec la nature parce que la nature se mérite d'abord par ceux qui l'aiment, qui la respectent et, face aux handicaps, cet amour doit être encore plus fort parce que le lien avec la nature est alors plus difficile, elle demande encore davantage d'efforts. Cette "mobilité" réduite peut être passagère (femmes enceintes ou jeunes mamans). Elle peut être permanente. Elle mérite d'être mieux considérée. Orvis vient de contribuer à effectuer ce grand pas. Bravo. 

    Une philosophie qui devrait inspirer davantage notamment les gestionnaires de parcs naturels pour aménager des parcours pour des personnes à mobilité réduite tout particulièrement. Un vaste chantier sur lequel la France a beaucoup de retard.