Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • La nouvelle trahison des « clercs »

    Nice attentat fleurs

    Pour ouvrir une pensée à la liberté d'appréciation, peut-être que la lecture de 20 ouvrages fondamentaux pourrait suffire. L'un d'eux est à mon avis le livre de Julien Benda sur la "trahison des clercs". Sur le fond, de quoi s'agit-il ? Accepter que la fonction d'intellectuels (qualifié de "clercs") est d'ouvrir le chemin vers des réflexions de fond, avec des analyses non conformistes, totalement rebelles aux pensées uniques éphémères et dangereuses d'une époque. Oser poser les bonnes questions. Sur plusieurs sujets de fond comme actuellement la guerre de religions, n'assistons-nous pas à une terrible nouvelle trahison des clercs. Ou plutôt n'assistons-nous pas en France à la naissance d'une nouvelle génération qui tourne totalement le dos à cette nécessité ? Face aux évènements actuels les plus douloureux, quel fond sérieux après les postures ? Quelles mesures fortes une fois passés les mimétismes désormais classiques ? Ne vivons nous pas sous l'emprise de "clercs sonnants et trébuchants" courant les médias pour cachetonner en fonction de "banalités" qui ont déjà montré leur inefficacité ? Le plus grave, c'est que la proie n'est plus la part de vérité de ces intellectuels mais l'audience. Et l'audience est une redoutable mauvaise conseillère parce que le grand nombre réagit si souvent en fonction d'un décalage entre l'expression et la réelle pensée. Sur ce point, je crois beaucoup aux observations banales du quotidien. A deux ou trois reprises, je suis tombé sur une émission actuelle de TF1 sur des hôteliers qui se notent entre eux. Au moment du départ de l'hôtel, ils sont tous très sympas avec leurs hôtes du moment. Mais les notes tombent à l'opposé du sourire de façade. Le règne des déconvenues généralisées. Face au terrorisme, j'éprouve le même sentiment. Quelle chance de gagner une guerre pour celui ou pour celle qui refuse les contraintes de la guerre ? Aucune. Si nous sommes en guerre, il faudra un jour en accepter les contraintes jusqu'à la fin de cette guerre. Ne pas l'accepter, c'est accepter que la guerre dure encore et toujours et qu'à la fin elle soit … perdue. Et à ce moment là, la trahison des clercs sera sévèrement jugée mais ce sera trop tard.  Une guerre n'a jamais été gagnée par le dépôt de fleurs.

  • A quand le droit aux vraies images ?

    Lyndon Johnson

    Les chiffres sont désormais perçus souvent comme faux. Instrumentalisés. Les mots ont perdu leurs sens premiers. Il reste donc les images. Le "jeu" actuellement consiste à parler à l'oeil. Que va-t-il se passer quand, à son tour, ce message sera perçu comme tronqué. Tronqué parce que l'image aussi peut être fausse. Trafiquée comme les photos de mannequins plus maigres que maigres. Mais aussi trop avantageuses parce que les photos font parfois l'objet de négociations entre le photographe et le photographié. Puisque désormais c'est l'oeil qui "raisonne", n'a-t-on pas droit alors aux vraies images ? C'est une question majeure dans cette période où l'image est reine : jusqu'où aller dans l'image de drames ? A quel niveau l'image doit-elle rendre compte de la réalité ? Si elle ne rend pas compte de la réalité, où est alors sa fonction ? Politico vient de publier cette image de Lyndon Johnson : tout y est. La détresse d'un homme face à une décision à prendre. Une forme de solitude. La fatigue avec la paupière lourde. Il n'a jamais été aimé et il le sait. Il a accédé au pouvoir dans le drame de Dallas. Tout lui semble trop lourd d'où cette chemise dégrafée comme s'il étouffait. On est loin de l'image en "habits du dimanche" en faveur de l'intéressé. Il serait temps que le débat sur les vraies images soit enfin livré sérieusement. Parce que si l'image revient avec les chiffres et avec les mots au musée des vieilles croyances, la communication deviendra très difficile.

  • Quelle modestie de viser la Maison Blanche quand d’autres envisagent de tuer … la mort

    Zuckerberg

    Cette semaine L'Express ouvre avec retard le dossier de l'éventuelle candidature de Zuckerberg à la Maison Blanche en 2020. La génération des vainqueurs de la Silicon Valley n'est qu'au début des surprises. Une partie d'entre eux ont des fortunes constituées en moins de 10 ans. Ils n'ont jamais imaginé construire une entreprise qui ne soit pas leader mondial. Leurs entreprises battent la capitalisation de groupes classiques constitués avec soin pendant des décennies. Avec les cessions d'actions, ils ont protégé des générations entières de descendants. Leurs nouveaux défis ont pour noms : les loisirs sur la lune, la visite de mars, hyperloop … et pour certains d'entre eux pas moins que l'immortalité ou comment tuer la … mort. Face à de tes défis que représente la conquête de la Maison Blanche ? Sous cet angle, il n'y a plus de surprise dans ce défi mais juste s'inquiéter qu'il ne soit pas assez … ambitieux. Cette génération donne le sentiment de n'être qu'au début des paris fous…

  • Une époque tristement en panne de belles légendes

    Yvon Chouinard 2 16 08 17

    Il y a quelques semaines, regardant l'émission de M6 (66 minutes) sur les YouTubers à succès, j'ai été "secoué" par la remarque alors diffusée dans le reportage d'un diplômé d'une grande école exprimant sa stupéfaction dans les termes suivants "j'ai Bac + 7 et je gagne moins qu'une gamine de 14 ans expliquant sur YouTube comment elle se … maquille !". Cette remarque pleine de sincérité servait de lancement au reportage à suivre sur la … gamine de 14 ans et ses vidéos à très fortes audiences donc très rémunérées. Il y avait du bon sens, du désespoir et déjà un germe de travers de l'actuelle époque : réussir est-ce seulement beaucoup gagner financièrement ? L'époque actuelle manque tristement de belles légendes qui permettent de s'interroger, de donner du sens, de construire des rêves positifs. Une des belles légendes qui mériterait d'être davantage connue, c'est celle d'Yvon Chouinard et de Patagonia. A plus forte raison, l'été où il fête les 60 ans de son lancement dans la vie d'entreprise. Passionné d'alpinisme, Yvon Chouinard se lance courant l'été 1957 dans la création de ses propres matériels. Il les fabrique dans l'arrière cour de ses parents à Burbank (Californie). Il les charge dans le coffre de sa voiture et part les vendre aux commerces spécialisés. Quelques mois plus tard, devant le succès de ses matériels très solides, il crée Chouinard Equipment, qui précède Patagonia. A la tête de Patagonia, Yvon Chouinard va respecter les règles de vie de ses débuts : non à l'hyper-consommation, l'éthique écologique et surtout le capitalisme responsable. Aujourd'hui, Patagonia est une marque internationale reconnue. Plus de 2 000 salariés. Une culture du respect des sanctuaires naturels comme des espèces animales. Bref, une belle légende. Comment des générations neuves peuvent-elles se construire sans des belles légendes ? C'est une interrogation majeure de l'époque actuelle. Car la légende fait vivre le rêve et sans rêve c'est quand même difficile d'entreprendre dans n'importe quel domaine. C'est probablement là ce qu'il y a de plus inquiétant dans l'actuelle époque. 

  • Dépêche-toi de ranger …

    Bureau db 15 08 17

    Il y a des phrases de son enfance que l'on entend toute sa vie. C'est le cas pour moi de "dépêche-toi de ranger", formule prononcée par maman sur un ton plus autoritaire que d'ordinaire pendant mes plus jeunes années. C'est comme avant de traverser une route comme piéton raisonne toujours le "tiens moi la main !" de l'époque où nous nous rendions à l'école. Chaque été, c'est donc la tradition du … rangement. Et toujours ce même sentiment étonnant : ranger, c'est découvrir un papier ou un objet qui avait sombré dans l'oubli mais qui est pourtant nous. On n'y pensait plus ou si peu. Mais à peine réapparu, l'objet ou le papier reprend sa place dans une séquence de vie. Et parfois avec le recul, ce qui avait pu passer pour du hasard le moment venu trouve un autre sens. Finalement, ne pas ranger sur le champ a du bon. Une excuse qui ne m'était jamais venue à l'esprit lors de mon enfance. Dommage. 

  • Les états sombres et les états brillants : le vrai enjeu pour chacun

    Obama 06 06 17

    Les Etats-Unis sont à la dérive. Les visages de la haine à Charlottesville samedi en sont une illustration parmi de nombreuses autres. Dans toute collectivité comme dans chaque être humain, il y a des états sombres et des états brillants. Le talent d'une gouvernance, privée comme publique, c'est de mettre en relief les états brillants et ne jamais allumer les états sombres. Avant Trump, un candidat a été confronté à ce choix sur le sujet de la question raciale : Barack Obama. En mars 2008, Barack Obama est en difficulté dans les sondages lors de la primaire. Le clan Clinton, prêt à tout pour gagner comme toujours, a mis en scène le profil du pasteur Jeremiah Wright. En pleine tempête, le 18 mars 2008, Barack Obama prononce un discours à Philadelphie sur les questions raciales. C'est un discours remarquable. Son introduction est magnifique : "Je suis le fils d'un noir du Kenya et d'une blanche du Kansas. J'ai été élevé par des grands-parents blancs qui me parlaient souvent de la Grande Dépression. Je suis allé dans des écoles parmi les meilleures des Etats-Unis mais j'ai aussi vécu dans un pays parmi les plus pauvres du monde (l'Indonésie). Je suis marié à une noire qui porte en elle du sang d'esclaves et du sang de propriétaires d'esclaves, un héritage que nous avons transmis à nos deux filles aimées. La question raciale est un sujet que notre pays ne peut ignorer … ". Et ensuite, Obama n'élude aucun sujet sérieux. De nombreuses phrases portent des messages forts. Le refus du spectacle, celui du feuilleton des tragédies qui alimente les audiences mais aiguise les peurs donc les haines… Obama parle de la vie quotidienne, de ceux qui rêvent comme de ceux qui crèvent de ne même plus pouvoir rêver … Ce jour là, en crise dans les sondages, Obama a été capable de montrer qu'il refuserait de flatter les états sombres pour gagner. Il avait montré qu'il avait les qualités d'un Chef d'Etat : avoir dompté ses propres états sombres pour franchir un seuil supérieur et donc avoir capacité à le faire pour autrui. Bref, le contraire de Trump que l'on sent si facilement ravagé par ses colères intérieures, par ses contradictions, par son arrogance personnelle sans fin. Les dérives d'un homme deviennent celles d'une partie d'une collectivité. Triste affaissement. Pour lire tout le discours d'Obama, cliquer sur le lien suivant : Barack Obama.

  • Fermé en août !

    Michelle Obama 2 08 03 16

    Depuis longtemps déjà, les vacances d'été sont un enjeu terrible pour les nouveaux pouvoirs. Très souvent, au lendemain des premières vacances d'été, la cote de confiance chute brutalement en France. Les observateurs multiplient les interprétations les plus subtiles les unes des autres en oubliant un volet très simple : la lassitude de constater un pouvoir nouvellement installé partir aussitôt en … vacances. Il y a quelques années, Philippe Labro, l'un des meilleurs connaisseurs des campagnes américaines, a résumé dans le JDD son impression dominante : l'épreuve physique. Une campagne américaine, c'est d'abord une terrible épreuve physique. C'est en effet, le premier constat qui saute aux yeux pour tout participant à une campagne américaine. Ce fut ma première surprise lors de ma première participation à Boston : comment John Kerry fait-il pour tenir physiquement ? Les circonscriptions électorales sont d'une superficie considérable. Le nombre d'électeurs est très élevé. Les campagnes sont violentes au niveau des attaques ou des investigations médiatiques. Avec le dispositif des primaires, elles durent près de deux ans. Puis, en cas d'élection, il faut multiplier les déplacements sur Washington. Et pendant la période d'été, c'est le moment des contacts locaux : faire la tournée des fêtes de comtés, rencontrer les équipes locales lors de BBQ …Bien davantage, la capacité perçue à endosser l'épreuve physique est l'un des tests pour le job. En 2008, dans les derniers jours de sa campagne, Barack Obama suspend sa tournée pour se rendre au chevet de sa grand-mère. C'est son épouse Michelle qui le remplace. Lors des réunions, elle quitte ses escarpins qu'elle ne supporte plus car la tournée est calculée en intégrant les décalages horaires pour multiplier les contacts possibles. On est loin d'une campagne à la française. En France, où sont les politiques actuellement ? A peine élus, ils sont en … vacances ! Le pouvoir des vacances devient terrible : le sentiment d'une vacance du pouvoir avec un écriteau simple : fermé en août ! Déplaisant.

  • Une « aile jeunesse » peut-elle exister dans la vie politique française ?

    Trudeau 2 12 08 17

    100 jours déjà. Ou plus précisément 97 jours depuis le 7 mai. Le plus jeune Président de la Vème République a-t-il fondamentalement donné le coup de jeunesse espéré ? Non. Lors des législatives, les "anciens" ont été chassé. Mais les "jeunes" se sont-ils affirmés ? Pas davantage. Pourquoi le souffle de la jeunesse semble-t-il aussi impossible sous la Vème République en France ? Et "être jeune" c'est quoi ? Ne pas porter de cravate ? Parler à la tribune de l'Assemblée en T-shirt ? Le plus surprenant dans la période actuelle, c'est que ceux qui ont été élus pour changer pour de vrai veulent fonctionner comme … avant-hier. Hier, ils ont retenu qu'une présidence "normale" était impossible. Mais la présidence sous Hollande n'était pas "normale", elle était "nulle", "risible", bref tout sauf une présidence. Faut-il pour autant revenir aux "musées" de la Vème République ? Certainement pas. La réelle "normalité" actuelle pour la jeunesse, c'est inventer, rendre des comptes, tenir des conférences de presse, jouer à fond la transparence, accepter le débat voire même le désordre créatif, accepter la cool attitude … Bref, le contre-sens des 97 premiers jours. 97 jours d'une morne tradition avec le porte parole qui porte la parole laudative permanente, avec un Président qui tient aussi peu de conférences de presse, avec le secret sur le lieu des vacances présidentielles … A force d'être devenu un musée, la France semble ne pas tolérer le moindre souffle de jeunesse. Probablement parce qu'il y a une erreur de fond : en démocratie moderne, il ne s'agit pas de s'adapter à de vieilles institutions mais d'adapter les institutions à la personnalité de leurs nouveaux titulaires sinon par définition toute jeunesse a la partie perdue d'avance. 

  • Les destinations cachées …

    Bordeaux nuages 03 08 17

    La "sagesse" populaire dit que "le temps soigne". Mais il pèse aussi beaucoup. Hier, une fois de plus en me rendant à St Exupery, j'ai eu l'occasion de le constater. Pendant des années, j'ai beaucoup aimé me rendre à St Exupery. C'était le chemin des voyages professionnels ou personnels. Des images défilaient. Agréables. Depuis le mardi 24 janvier 2017, ce chemin a changé de sens. Il est devenu celui du déplacement pour conduire Aspen décédée au crématorium dans l'Ain. Je n'aime plus ce chemin. Je ne le supporte plus. Très probablement, je vais m'organiser vers Cointrin. Le temps porte des destinations cachées. C'est une sensation étonnante car un temps fort est devenu associé à un sentiment qui passe en surface en fonction d'un voyage. Cette double destination peut être agréable. Mais elle peut être aussi délicate : les turbulences d'un vol à destination de Pau, un rendez-vous professionnel très pénible dans l'Ain … Il y a des moments où je regrette le début de mon activité quand presque chaque destination était alors inconnue. A découvrir. Sans relief particulier bon ou mauvais. Les souvenirs font glisser le temps vers des destinations cachées qui changent tellement le … véritable voyage.

  • Le chêne et le roseau …

    Roseau

    Hier, j'ai ouvert la première page d'un cinquième carnet sur des formules à conserver au sujet de la vie. Mon premier carnet a été ouvert en … 1975. Un Professeur de droit me fait découvrir le droit public : Gustave Peiser. C'est alors une découverte fabuleuse : le poids des mots, leur sens, leurs nuances … Une intelligence remarquable. Une gentillesse magnifique. 3 ans plus tard, pour préparer le concours d'entrée à l'ENA, il m'avait proposé que je lui adresse sur son lieu de vacances des copies pendant l'été sur des sujets qu'il me posait. J'ai toujours certaines de ces copies avec ses annotations détaillées, la note, ses suggestions … Un second enseignant avait fait de même : Gilbert Anton, alors Conseiller au Tribunal Administratif de Grenoble. Depuis cette époque, que de fois j'ai pensé à eux. Leurs remarques occupent des pages entières de mon premier carnet. Hier soir, sur ce nouveau carnet, j'ai écrit la première phrase trouvée dans une lecture avec la plus belle définition des seniors modernes : ils ont la souplesse du roseau avec les racines du chêne. Notre culture est faite pour une grande partie par les remarquables leçons des fables de La Fontaine dont "Le chêne et le roseau".  Dans la fable, le chêne est solide. Epais. Il tire sa force de ses racines. Le roseau est frêle, Mais il est souple. Cette souplesse peut lui permettre de traverser des tempêtes car il sait se plier, se courber. Le roseau incarne la jeunesse. Le chêne symbolise l'âge mûr. Et le chêne peut rompre sous certaines tempêtes. Pourquoi opposer leurs qualités ? Les seniors modernes, c'est la souplesse du roseau avec la force des racines du chêne. Avec cette belle définition, la fin de journée m'est apparue plus légère …