Des médias français, tout particulièrement des chaînes TV, ont une conception très particulière de l'international. C'est soit le théâtre de la célébration de la "puissance française" lors de diverses manifestations soit la mise en relief de ce qui ne fonctionne pas à l'étranger. Dans ce dernier cadre, c'est d'ailleurs parfois un réel choc que de constater un reportage lénifiant pour un dysfonctionnement en France et implacable pour une faiblesse dans un pays étranger. Mais il y a un angle qui presque systématiquement défaut : présenter de façon détaillée les bonnes nouvelles intervenues dans un pays étranger. Vendredi, les statistiques sont tombées au Canada au sujet du chômage. Le marché du travail canadien a affiché son neuvième mois de gains d’emplois consécutifs en août 2017, ce qui constitue sa plus longue progression depuis la crise financière de 2008. Statistique Canada a révélé que la hausse, le mois dernier, de 22 200 emplois a permis de faire diminuer le taux de chômage de 0,1 point de pourcentage au Canada pour s’établir à 6,2 %. Cela correspond à un niveau d'emploi d'avant la crise de l'automne 2008. Et dans le même temps, le niveau moyen des salaires a augmenté ! Une réalité qui explique le niveau de confiance en faveur de Justin Trudeau. Et, dans les médias français, il n'a pas été davantage question par exemple des emplois créés par Ubisoft. L'annonce est intervenue le 5 septembre : création d'un nouveau studio avec 150 emplois créés à court terme. Cette entreprise a son siège social à Rennes et les emplois créés le sont à … Saguenay (Province de Québec). Les aides et les charges sociales font la différence. C'est aussi cela l'autre visage de l'international …
Auteur : Denis Bonzy
-
Pourquoi Jeff Bezos ne pouvait pas être français …
Remarquable article des Echos du jeudi 7 septembre sur les 5 leçons a retenir de Jeff Bezos. Jeudi 7 septembre, Jeff Bezos a annoncé la construction d'un second siège : 5 milliards de dollars de travaux, 50 000 emplois créés … Amazon, c'est déjà 380 000 salariés soit le 8ème employeur des Etats-Unis ! Parmi les 5 leçons très instructives, il y a la leçon 4 : accepter de perdre de l'argent. Quand il était venu en France en 2 000 (29 août), Amazon c'était un CA de 70 millions de dollars de CA avec 25 millions de dollars de pertes sur l'exercice 1999. A l'issue de son point professionnel sur une péniche à Paris, j'avais brièvement parlé avec lui. Il avait reçu un orage de grêle des journalistes français annonçant l'éclatement de la "bulle Amazon" et datant même pour certains le moment de sa … liquidation. En France, il faut gagner de l'argent … tout de suite. Les seuls organismes qui peuvent perdre de l"argent, c'est le public sans que là des questions soient jamais posées comme s'il avait vocation, même dans des domaines concurrentiels, à cumuler les trous à boucher et les grandes entreprises avec beaucoup de salariés qui peuvent engager un chantage à l'emploi pour obtenir des renflouements. Pour les autres, accepter le long terme, c'est impossible. Le mécanisme est verrouillé : le commissaire aux comptes lance des alertes. L'expert comptable est pris d'angoisse. Les concurrents agitent le drapeau rouge en ayant comme argument de vente que l'entreprise en question ne peut plus survivre longtemps. Il maque plus que la convocation dans la salle d'attente du tribunal de commerce et la "messe est dite" : le sapin est avancé … C'est certains que Jeff Bezos ne pouvait pas être français. Mais en attendant l'essentiel des emplois qu'il crée ne le sont pas non plus. Un constat qui mériterait d'être analysé plus sérieusement que d'actuels débats bien éphémères …
-
Enfin. Bravo Orvis !
Quand nous avons lancé la collection Balades en Famille avec Béatrice Métenier, Lydia Menut et Eric Merlen (collection qui constituait à l'époque une novation importante), nous avons été confrontés à des réactions surprenantes : nous allions "livrer" la nature au grand nombre. Et les critiques découlaient de ce constat. Face aux critiques, nous avons continué et même, grâce à l'imagination de Béatrice, Lydia et Eric, nous avons multiplié les collections thématiques permettant de faire partager la nature au plus grand nombre : bivouacs, sommets sans corde … Pour que la nature soit bien défendue, il faut qu'elle soit complice et aimée par le plus grand nombre. Et non pas inaccessible pour le plus grand nombre. Or cette approche, c'est un choc culturel face à certaines traditions. Une mentalité très répandue est celle d'une conception élitiste de la nature. La nature aurait son aristocratie. dans ce cadre, il faut avoir une sorte de "sang bleu" fait de passion, de tradition et surtout de grande forme physique. Cet élitisme repose sur une approche ancienne selon laquelle "la nature se mérite". Il faut de l'effort, de la sélection. Et pour les tenants de cette approche, partager la nature au plus grand nombre, ce serait affaiblir la nature puisque sa fragilité deviendrait encore plus manifeste lorsque la nature est beaucoup fréquentée.
Les catalogues de produits portent cette mentalité : des corps d'athlètes. Tous plus musclés, énergiques les uns que les autres.
Avec sa dernière vidéo, Orvis, marque référente de l'outdoor, vient de casser ce code (cf vidéo ci-dessous). C'est un tournant important. Une personne âgée, handicapée peut aussi pêcher, s'amuser, être complice avec la nature parce que la nature se mérite d'abord par ceux qui l'aiment, qui la respectent et, face aux handicaps, cet amour doit être encore plus fort parce que le lien avec la nature est alors plus difficile, elle demande encore davantage d'efforts. Cette "mobilité" réduite peut être passagère (femmes enceintes ou jeunes mamans). Elle peut être permanente. Elle mérite d'être mieux considérée. Orvis vient de contribuer à effectuer ce grand pas. Bravo.
Une philosophie qui devrait inspirer davantage notamment les gestionnaires de parcs naturels pour aménager des parcours pour des personnes à mobilité réduite tout particulièrement. Un vaste chantier sur lequel la France a beaucoup de retard.
-
Qui est cette femme ?
La photo ci-dessus a été prise par des amis de Calgary (Canada) le 3 septembre 2017. A cette date, se déroule la parade de Calgary Pride. Devant eux, à quelques mètres, dans la foule de la parade, cette femme est prise en photo. Heureuse. Mère de famille de 2 enfants mais tolérante en faveur de la diversité. Pas de service de sécurité. Pas de protocole particulier. Pas d'uniforme de ville. Comme les autres. Au milieu des autres. Tout naturellement. Et nos amis auteurs de la photo nous postent un message privé simple " connaîtriez vous cela en France ?". Cette femme, c'est la Première Ministre de la Province de l'Alberta ! Une Province très dynamique de plus de 4 millions d'habitants avec sa Capitale, Calgary, qui rassemble à elle seule près d'1 200 000 habitants ! Inconcevable en France. En France, le moindre élu même local se veut "petit monarque" avec Cour moderne (cabinet ou secrétariat choisi à la discrétion avec une donnée souvent marginale pour les compétences), avec une multitude de filtres pour être supposé "représentant" des citoyens mais inaccessible pour les citoyens sauf au temps des élections … bref : tout ce qui nourrit le dégagisme français. Rachel Notley (la photo ci-dessus) a été élue parce qu'elle avait fait ses preuves dans le privé (brillante avocate), qu'elle avait surmonté l'épreuve du décès de son père alors qu'elle était encore étudiante (mort lors d'un accident d'avion) et qu'elle connaissait la "vraie vie". Tout l'opposé des parcours des politiciens français qui s'affirment souvent comme "petits chefs" dans le public d'autant plus qu'ils ont été incapables d'entreprendre avec succès dans le privé. Une "vraie vie" qu'elle reconnaîtra après ses actuels mandats publics sans s'accrocher à la politique (à la différence d'un Hollande en France qui donne déjà des leçons après avoir été incapable de se représenter !). Tant que la démocratie française supportera des élus aussi dépensiers et arrogants pour gérer une impuissance publique aussi manifeste avec aussi peu de considération pour les citoyens entre deux élections, le dégagisme aura de beaux jours devant lui comme l'abstention aussi. La France gagnerait à prendre des leçons du Canada, aujourd'hui puissance économique plus forte que la France et démocratie tellement plus moderne donc efficace …
-
On finit toujours par devenir ce qu’on est …
A mes yeux, le plus beau texte de la rentrée : celui posté sur son blog par Fabrice Grinda à l'occasion du décès de son chien. Tout y est dans la qualité d'une relation privilégiée avec un animal (photo ci-dessous). Y compris les photos avec les regards mutuels qui ne trompent jamais. Au milieu des années 2 000, à l'occasion de la rédaction d'un prospectus d'introduction en bourse qui m'était confiée, j'avais eu l'occasion de rencontrer Fabrice Grinda. Il appartenait manifestement à la famille de ceux à qui une seule vie ne suffit pas. Il avait des expressions, des digressions qui le détachaient des profils classiques dans ce domaine. En effet, il y a des personnes qui traversent seules l'existence. Tout ce qui n'est pas elles ne les concerne pas. Une imperméabilité étonnante. Puis il y a des personnes qui acceptent d'autres vies. La vie d'animaux. La vie d'objets. Bien entendu en priorité la vie d'autres personnes. Dans la discussion, il y a alors l'expression d'une différence par l'attachement à l'Autre. Un attachement tel qu'il est respecté, aimé, compris. Il n'y a ni double ni fusion. Mais une familiarité particulière. Une autre vie existe alors aussi. C'est la caresse pour un chien, la façon de lui exprimer une recommandation par la douceur, d'accepter un refus de sa part. C'est le respect d'un objet. Ne pas le maltraiter comme s'il était irrémédiablement voué à l'oubli ou à la poubelle. Mais le voir comme s'il devait être respecté pour la séquence de vie partagée. Il ne s'agit pas de tomber dans une sorte de religiosité de l'Autre au point de transformer sa vie en musée ou en hôpital. C'est un équilibre qui dépend de chacun. Pour ma part, il m'a fallu de nombreuses années pour le trouver à l'exemple de la photo de cette balle de base ball qui symbolise des heures de jeux avec nos enfants. La perdre du regard serait une réelle tristesse. Un manque sérieux. Ce texte de Fabrice Grinda m'a conforté dans une conviction ancienne : on finit toujours par devenir ce qu'on est. C'est inquiétant pour certains. C'est rassurant pour d'autres. La seule inconnue c'est le calendrier. Avec ce texte, Fabrice Grinda a montré un visage peu connu mais qui devait apparaître un jour. Le calendrier a été court. Un animal, un objet portent cette "révélation". Fabrice Grinda appartient à la famille de ceux qui sont capables de ne pas se contenter d'une seule vie, la leur, mais qui ont à coeur de la partager avec d'autres qui enchantent les moments partagés comme avec son chien. Bravo pour son très beau texte.
-
La France et son enfer permanent du « tous pareils »
Le dossier de la suppression ou la diminution significative des emplois aidés montre actuellement que, même une nouvelle direction politique composée pour partie de jeunes ayant la volonté exprimée de "changer les choses", la France n'arrive pas à sortir du "tous pareils". Qu'il faille évoluer sur les emplois aidés, c'est un choix qui peut se défendre. Mais pourquoi mettre tous les emplois aidés sur une logique d'uniformité ? Il y a tant de critères qui changent : l'objet de l'activité, la taille d'une collectivité bénéficiaire, la richesse fiscale d'une collectivité bénéficiaire … Des critères adaptés aux réalités diversifiées du terrain. Non, en France, quand une mesure est prise, elle doit être dans la culture du "tous pareils". Pourquoi, ? Parce que le pays accepte peu les différences de traitements. Il y aurait alors les "privilégiés" et … les autres. Cette logique bureaucratique de l'administration centralisée est désormais particulièrement fausse puisque la société a explosé en une multitude de couches différentes. La mesure parée de toutes les qualités apparentes de l'égalité de tous devient en réalité terriblement injuste puisque les inégalités règnent sur la base d'une multitude de critères du terrain. Paris applique toujours le "tous pareils" quand le terrain est au "tous différents". C'est vraiment une preuve de plus du crépuscule de tout un système politico-administratif national.
-
Et si un seul petit degré Celsius de plus suffisait déjà …
A partir de demain, le GIEC ouvre ses travaux sur Montréal pour sa publication sur le réchauffement climatique. Mais la semaine dernière, un article paru dans la revue scientifique américaine Current Biology est passé quasi inaperçu de façon surprenante : et si un seul petit degré Celsius de plus suffisait à modifier profondément certains équilibres naturels ? Cet article s’appuie sur des expériences ayant reproduit les conditions réelles de la hausse des températures sur l’environnement océanique, menées pendant neuf mois autour de la base de recherche britannique Rothera, sur l’île Adélaïde de la péninsule antarctique. Selon les conclusions, un degré supplémentaire change considérablement certains équilibres naturels. Et les scientifiques concernés donnent tous les détails nécessaires. Toutes les précisions y sont. On est donc loin des hausses considérables à long terme. Car le degré c'est possible voire même inéluctable très rapidement. Et pourtant, quels efforts concrets ? Quels changements réels ? L'urbanisme n'est pas corrigé pour éviter des îlots de chaleur. La bataille contre les plastiques n'est pas menée. Les alternatives de déplacements sont peu explorées en dehors de mesures médiatiquement très exposées mais si rares et aux effets pratiques si incertains. Les circuits courts de production ne sont pas mis en oeuvre alors qu'ils changent la donne des transports … Rarement à ce point il a été possible de constater une civilisation incapable d'inverser le temps long pour faire vivre une logique nouvelle. Plus les moyens semblent nombreux et les fortunes d'une immensité sans précédent, moins les corrections de tendances collectives semblent possibles. Inquiétant divorce.
-
La génération qui ne connait pas assez la beauté du sens du « non » !
Dans son entretien à l'hebdomadaire Le Point Emmanuel Macron a au moins le mérite de montrer qu'il a une vision globale. Il est possible d'être d'accord ou pas avec cette vision. Mais elle existe. Elle est argumentée, ancrée dans une construction intellectuelle. 20 pages qui changent de la formulette destinée à faire la carte postale du jour. Dans cette vision, il y a un volet qui mérite l'intérêt : l'inquiétude exprimée sur l'esprit de cour, l'organisation des petits arrangements, la structuration des statuts qui gèlent les situations … Macron met en évidence l'intérêt de la capacité à dire "non". Sous cet angle, c'est probablement l'apport n°1. Car, ce qui est inquiétant actuellement, c'est l'émergence d'une génération qui ne connait pas assez la beauté du sens du non. Le "non" a été victime d'une déstructuration organisée de son sens pour faire vivre une génération docile amoureuse du "oui" et du mimétisme collectif. Il faut réhabiliter le "non". D'abord le "non", c'est l'autre visage d'un autre "oui". Dire "non" c'est vouloir autre chose que le "oui" refusé. Ensuite, c'est accepter qu'une conception personnelle peut compter autant qu'une conception collective qui n'est ainsi pas vouée à s'imposer par mode, par matraquage commercial, par soumission à des dogmes divers … Enfin, c'est l'expression de l'indépendance donc de la liberté à exprimer une position. Le XXI ème siècle sera la victoire de ceux qui disent "non". Le "non" a déjà donné naissance à la "nouvelle économie" parce que des entrepreneurs ont dit "non" aux circuits classiques qui s'imposaient jusqu'alors. Le "non" va devenir la grande bataille pour refuser un réchauffement climatique qui est le suicide de la planète. Et les exemples pourraient durer longtemps. La grande différence ne va pas résulter des nationalités mais des capacités à faire vivre des tempéraments "qui ne soient pas que des lèches bottes ou des mauviettes" pour reprendre l'expression de Clint Eastwood qui produit actuellement le film "15 heures 17 pour Paris" célébrant l'héroïsme au quotidien. Peut-être qu'avec des films, des articles … le "non" va retrouver la place qu'il mérite en France … ?
-
Bravo Gabrielle !
Depuis quelques jours, le film publicitaire sur le parfum Gabrielle nous rappelle, si besoin était, que la publicité peut aussi être un art. Quel plaisir ! Le coup d'épée du samouraï : en quelques secondes, une publicité transporte dans un autre univers. Une musique. Quelques images. Et l'imaginaire fait son travail. L'actualité est lourde : enlèvement, inondations, violences … Et d'un coup, une publicité tranche.
En l'espèce, avec une belle musique pleine de vitalité, une publicité vante le parfum, la seconde peau. Une remarquable réussite. Le rappel que le parfum, c'est d'abord le voyage des sens. Un constat fait certes avec partialité car cette musique est l'une de mes préférées actuellement avec Sign of the Times. Bravo aux publicitaires créateurs de cette très belle pub.
-
« Il était si laid que, lorsqu’il faisait des grimaces, il l’était moins … »
Cette formule de Jules Renard résume la vie politique française. Il ne s'agit pas d'avancer tous positivement. Il faut d'abord lever des épouvantails pour que chacun puisse se réjouir ensuite d'être parvenu à écarter certains épouvantails. Le projet doit être tellement laid à l'origine qu'à l'issue des "grimaces" deviennent tolérables. Hier, en France, avec le projet de réforme du code du travail, c'était au tour de chacun d'accepter des "grimaces" pour éviter la "laideur" globale esquissée à certaines étapes. Au même moment, la même journée, aux Etats-Unis, près de 300 entrepreneurs leaders signent une lettre publique pour défendre un texte clair, précis. La lettre est publique. Ce ne sont donc pas des discussions de coulisses. Tant que l'économie française sera "gérée" entre une représentation patronale collabo qui cède à toutes les sirènes du pouvoir fut-il même bien de gauche comme si en France être patron devait être une croix permanente à porter et un syndicalisme ouvriériste qui rêve toujours de la lutte des classes et du "grand soir", l'économie est mal barrée dans ce pays.