Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Au suivant …

    Harcelement

    Il y a un mois, la France vivait au rythme d'Irma, l'ouragan historique qui était présenté comme ruinant des îles, ouvrant des propriétés à des pillages traduisant un échec de plus de la République à défendre ses plus fragiles … et la liste des périls inqualifiables augmentait pour justifier une visite présidentielle. 30 jours plus tard, l'ouragan historique est balayé du champ des médias. Plus aucune nouvelle. Et dans 8 jours, que restera-t-il en France de l'épisode du harcèlement sexuel ? Combien de plaintes sérieuses en dehors des déferlements de tweets de mimétisme ? Au Canada, les plaintes judiciaires s'égrènent chaque jour : des faits, des griefs sérieux, des procédures officielles avec des conséquences concrètes. De même aux Etats-Unis. Mais en France, rien de comparable. Dans une semaine, on n'en parlera probablement plus. Comme IRMA. Autre exemple, aujourd'hui : les 10 ans du Grenelle de l'Environnement. Quoi de réellement changé ? Peu en dehors de montants considérables d'aides publiques pour la rénovation de logements. Sauf constater que Nicolas Hulot avait conseillé à l'époque Sarkozy, avant de conseiller Hollande au titre de la COP21 et maintenant Macron comme … Ministre. Et presque dossier par dossier, c'est ainsi : rien ne bouge. Rien ne change. Il faut juste attendre le prochain sujet de mobilisation ponctuelle. Lassant à la longue.

  • A 55 ans d’écart, le choc étonnant des dates

    Kennedy 22 10 17

    Il y a parfois des dates qui s'entrechoquent dans des conditions surprenantes. Jeudi 26 octobre, nous devrions connaitre les documents jusqu'alors classés secrets au sujet de l'assassinat de John Kennedy à Dallas. Exactement 55 ans après le 26 octobre 1962 date du jour où la guerre nucléaire a été proche comme jamais. Ce 26 octobre 1962, Khrouchtchev déclarait "si les Etats-Unis veulent la guerre, nous nous retrouverons en enfer !". La crise de Cuba est à alors son sommet. Et si dans la présidence très contrastée sur le fond de John Kennedy en dehors de sa capacité à bien gérer les images, il y a un point positif à lui reconnaître, c'est celui de la conscience de tout faire pour éviter l'irréparable pendant la crise de Cuba. C'est une dimension humaine décisive pour les chefs d'Etat. 55 ans plus tard, qu'au même jour de l'année, soient publiés des documents sur le décès de celui qui en a tant évités en cette circonstance est un rendez-vous bien surprenant : le choc des dates… 

  • La face cachée du prix du timbre

    La Poste 21 10 17

    La nouvelle hausse du prix du timbre résume à elle seule le décalage culturel d'une partie du secteur public français. Dans le privé, une entreprise perd des clients parce qu'elle a la concurrence accélérée d'un autre procédé moins cher (les mails). Il ne lui viendrait jamais à l'idée de monter ses prix donc de creuser à son détriment son handicap face à son concurrent. A l'opposé, de ce constat, moins La Poste a de clients via le courrier traditionnel, plus elle "récompense" ses derniers fidèles en les faisant payer … plus cher ! La face cachée du timbre, c'est un secteur public habitué aux monopoles. Etre un point de passage obligé. Incontournable. Il pouvait y avoir des concurrences mais tolérées par la loi donc à condition que le monopole public les agrée. D'un seul coup, tout ce schéma là explose. Cette explosion montre combien cette culture des monopoles n'est pas habituée à l'explication. La Poste est l'un des plus beaux services publics français. Un service, fut-il même public, doit avoir un prix. Ce prix, c'est celui de la proximité, de la continuité, de la technicité. Cette bataille du prix devrait être livrée avec pédagogie. Il ne peut pas y avoir la même qualité de service avec un prix qui baisse tout le temps. Mais pareillement, il ne sera pas toléré par des clients qu'il y ait le même service avec un prix qui monte tout le temps. Si des sujets sérieux de ce type ne sont pas débattus dans la transparence, l'esprit de monopole va créer des crises redoutables. Des crises injustes parce que si la France reste encore un pays performant ce n'est pas grâce à son microcosme parisien mais grâce aux agents de terrain qui effectuent leur travail avec un professionnalisme remarquable. Cette face cachée du prix du timbre est très importante. Dommage qu'elle reste … cachée.

  • Le début de la bataille de la redistribution

    Amazon 20 10 17

    Malraux avait vu juste en évoquant la poussée du religieux dans le 21 ème siècle. C'est avéré. Il y a une autre bataille qui s'engage : celle entre d'un côté les producteurs de richesses par le travail et d'un autre côté les bénéficiaires de la redistribution par les aides sociales. La France sera au premier rang de cette bataille. En effet, le village planétaire c'est quoi ? C'est d'abord la possibilité de comparer les impositions pour aller vers les plus accueillantes. C'est le cas pour les sociétés comme pour les particuliers. Pour les sociétés, regardons actuellement la bataille pour un siège d'Amazon. C'est une compétition ouverte pour s'extraire des frontières. La localisation se fait presque à la criée pour aller à la meilleure offre : la moindre imposition avec le maximum d'aides. Pourquoi ? Parce que le gain pour la localisation sera dans la diffusion permanente des richesses : emplois directs, indirects … et non pas dans la brutalité de l'imposition globale. Pour les particuliers, le rebond du Portugal, c'est ce même socle pour partie à destination des seniors. Face à cette concurrence,  que fait la France actuellement ? Non seulement, elle ne révise pas ses conditions de coût de son secteur public mais elle engage une logique de "secteur public punitif" : gagner par les amendes ou autres redevances ponctuelles ce que l'imposition globale n'offre plus parce qu'elle est au taquet. Et ce volet là sera de moins en moins accepté. Le divorce entre les imposés et les bénéficiaires est bien ouvert. Il risque de venir très violent rapidement. 

  • Scandale Weinstein et le jour d’après en France …

    Salomé Corbo

    Dans de nombreux pays, c'est actuellement le jeu de quilles. Les têtes tombent. Les procédures judiciaires se multiplient. La presse américaine et la presse canadienne sont engagées dans une course précise aux scandales : des noms, des faits, des révélations … comme la récente affaire McQuade. A l'opposé, en France, tout est calme. Ou nous assistons à la plus belle réhabilitation de l'élite française politico-médiatique exemplaire face à des reproches très graves de ce type ou c'est un système très verrouillé. L'explication sérieuse gagnerait à être donnée …

  • Et si le scandale Weinstein devenait aussi enfin celui d’un suivisme de mondanité …

    Femme 20 05 13

    Il y a une question simple qui n'est pas posée actuellement : "comment tant de personnes ont pu dire tant de bien de Weinstein pendant tant d'années finalement sans le connaître véritablement puisqu'elles ignoraient ses comportements privés ?". Et la liste des hypocrisies pourrait durer longtemps : – comment des responsables politiques américains ont-il pu accepter tant d'argent sans se renseigner sérieusement sur le donateur ? – comment une ex-secrétaire d'Etat est-elle coupée d'informations de ce type ce qui augure des coupures quand il s'agit de dossiers lointains sur des territoires étrangers ? comment les médias ont-ils pu être aussi complaisants vis à vis d'une personnalité qui est avérée aujourd'hui être "un monstre" depuis tant d'années ? … Parce que l'opinion est en présence de l'hypocrisie mondaine ! "Tout ce petit monde" savait probablement depuis longtemps la réalité probable des agissements de l'intéressé. Mais il était à la mode. Alors puissant. Presque intouchable. Et un jour ce socle d'impunité se brise. Et tous ceux qui n'avaient pas eu le courage hier de faire le premier pas pour dire la vérité simple, en font encore davantage comme s'il fallait crier encore plus fort pour faire oublier le silence d'hier. C'est assez pathétique d'abord sur la qualité d'un système. Après le sujet très sérieux et grave du harcèlement, il serait aussi temps que la crise systémique de l'actuelle information soit reconnue pour être corrigée. Pour ma part, c'est ce volet là qui m'inquiète au moins autant dans le scandale Weinstein : une incapacité à informer justement, courageusement, de façon impertinente pendant tant d'années !

  • Et si les villages étaient un atout …

    SPV 08 10 17

    Lors du dernier festival de Cannes, un film documentaire aurait mérité d'ouvrir un réel sujet de fond : quel devenir pour les villages au moment où la mode est au "big is beautiful" ? Pendant longtemps la mode fut au "small is beautiful". Cette mode est toujours présente dans la vie économique, plus que jamais dans ce domaine. Mais dans l'organisation des collectivités publiques françaises, cette mode est passée : il faut construire de grosses entités. Pourquoi ? Après quels débats ? Pour quelles conséquences ? Une fois de plus, une technostructure parisienne a posé des choix et le mimétisme a fait la suite : accompagner le politiquement correct du moment. Ce film documentaire mériterait une attention plus vigilante. Un contre-sens n'est-il pas en train de prendre corps ? C'est assez consternant de constater qu'un quart d'un entretien présidentiel peut être consacré à l'utilisation d'un mot et que des sujets durables de fond de ce type ne sont même pas esquissés. Tombés dans l'indifférence ou le fatalisme. Très inquiétant !

  • Les réalités oubliées

    Bourse de Toronto

    La vie publique française vit toujours au même rythme : un jour la publication d'un volumineux rapport et le lendemain l'oubli des conclusions comme si le rapport ne servait à rien sauf à alimenter un rayon supplémentaire de bibliothèques. Il y a 15 jours, Emmanuel Macron présentait son plan pour le numérique dont la volonté de créer des leaders. Mais comment un pays qui ne finance que 14 introductions en bourse par an en moyenne ces dernières années pourrait-il financer des leaders là où ailleurs, sur le même financement, par exemple le Canada en finance 100 en moyenne sur la seule Bourse de croissance de Toronto pour une levée moyenne de plus de 3 millions de dollars ? L'avenir économique est inscrit dans ces chiffres. Un rapport presque de 1 à 10. Parmi les nombreux prospectus d'introduction en bourse auxquels j'ai participé celui d'Ober montrait toute la gamme des possibilités que seule la Bourse offre : de la valorisation post IPO à la faculté de cessions de titres permettant des évolutions rapides du périmètre d'actionnariat … Sans cette introduction, cette société n'aurait jamais pu affronter avec efficacité ses défis stratégiques d'alors. Ce n'est pas avec 2 ou 3 business angels plaçant au mieux 50 000 € d'économies pour surveiller à ce titre l'équipe de gestion et tromper l'ennui d'une retraite trop frustrante que cette société aurait pu "changer de gamme". Au rythme actuel, la France se prépare à une petite économie régionale en ayant quitté tous les hauts de classements des segments d'avenir. Cette réalité est inscrite dans les actuels chiffres. Ce sera intéressant d'écouter Emmanuel Macron ce soir sur ce sujet à la condition que la question soit posée bien sûr …

  • La vérité sur la crise de 2008 verra-t-elle le jour ?

    Yanis Varoufakis 14 10 17
    Le livre de Yanis Varoufakis sur la crise de 2008 est terrifiant. En juillet 2015, Yanis Varoufakis avait révélé avoir secrètement enregistré certaines réunions de l’Eurogroupe, ce club informel des ministres des Finances de la zone euro. Il s’était alors engagé à en dévoiler le contenu dans un livre. C'est fait avec Conversations entre adultes. Et dans ce livre, comme déjà évoqué par des auteurs alors rapidement marginalisés, Yanis Varoufakis démontre qu'il n'a jamais été question de sauver la Grèce mais de sauver des banques trop exposées.  Un livre qui est terrible sur les rapports de forces au sein de l'Europe, sur les véritables objectifs de l'Europe, sur le fonctionnement des démocraties occidentales et sur la puissance sans contrepoids de l'Allemagne. Il mériterait davantage d'exposition médiatique. Si ce n'est pas le cas, sans tomber dans la détestable mentalité du complot, il y aura de sérieuses questions à se poser sur le quadrillage du système démocratique européen… La vérité sur la crise de 2008 sortira-t-elle seulement un jour … ?

  • Le signe oui est celui d’un être humain qui s’endort, mais au contraire, le réveil secoue la tête et dit … non

    Femme 18 05 13

    Cette interprétation du signe des gestes est celle d'Alain sur la religion. Pertinente. Le vrai mystère, c'est quand l'habitude est au oui pourquoi passe-t-elle au non ? C'est le mystère de l'actuel scandale sexuel aux Etats-Unis avec le producteur de cinéma. Pourquoi maintenant ? Parce que le non est d'abord l'affirmation de soi. Réaliser que le sens d'une vie, d'une attitude existe davantage que le sentiment que peut en avoir l'autre. Ce déclic dépend parfois de peu de choses. Et lorsqu'il se produit, tout change. La Catalogne. La présidentielle 2017 en France face au vieux monde politique. Trump en novembre 2016 face au couple Clinton usé par ses comédies pathétiques et son addiction au pouvoir … Le non c'est aussi l'affirmation que demain n'a pas mécaniquement vocation à ressembler à hier. Ce sentiment progresse. Heureusement. Et ce progrès mériterait d'être mieux considéré parce que des barrières traditionnelles ne vont plus tenir longtemps dans de nombreux domaines. Enfin !