Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Quand l’innovation crée un réel nouveau monde

    SMP guide

    La semaine dernière, Charlie Baker (photo ci-dessous) a officiellement lancé sa campagne électorale à Boston pour 2018. En 30 ans, tout a changé. Rarement à ce point l'innovation a créé un réel nouveau monde. A cette époque, j'avais publié un guide des campagnes électorales que Libération avait salué comme l'équivalent des "annales du bac" pour un … candidat. L'idée était née de la participation à une campagne électorale sur Boston. Le guide pratique remis contenait tous les conseils pratiques utiles : sondages, lettres, porte à porte …  Novatrice, ma publication a connu un succès sérieux ce d'autant plus que le dispositif choisi alors exclusivement version papier rendait impossible la duplication. La semaine dernière, lors d'un entretien avec un observateur attentif des campagnes électorales sur Boston que je connais depuis cette époque, date de sa participation à une campagne de John Kerry, il me donnait les repères probables des actions de Baker. Rien ne subsistait des méthodes d'hier. Il y a bien des domaines où l'innovation a créé un réel nouveau monde, ce qui est passionnant puisque rien n'est plus morne qu'un monde immuable, figé, bloqué. Dommage que la réglementation française encadre tant la capacité d'innovations tous domaines confondus. 

    Baker 04 12 17

  • Barack Obama et la mode médiatique paradoxale

    Obama 2 02 12 17

    La mode médiatique française actuelle sur Obama incarne à la caricature le décrochage entre le suivisme de microcosmes centralisés et les réalités du terrain. En 2008, les médias démarrent tard. Ils croient tous à la victoire d'Hillary Clinton. Certains d'entre eux vont jusqu'à interroger alors Obama sur son "tour de chauffe" pour la prochaine élection (2012). Obama va gagner en … 2008 ! S'ils ont démarré tard, les mêmes médias n'arrêtent plus de célébrer l'Obamamania alors même que son second mandat s'est soldé par l'élection de … Trump. C'est une réalité qui mériterait davantage de réflexion. Comment un mandat peut-il être le passeport pour une victoire comme celle de Trump ? Ce qui signifie qu'Obama n'a pas travaillé à préparer un héritier ou un dauphin. C'est comme l'actuel retour sur la scène de Hollande : comment le microcosme médiatique parisien peut-il à ce point passer par "pertes et profits" l'exploit de ne pas pouvoir candidater tant la catastrophe était assurée ? C'est la mode médiatique paradoxale : souvent un décalage inquiétant avec le bon sens du terrain. 

  • Grenoble et sa vraie nouveauté : le succès du Postillon

    Postillon 01 12 17

    Aujourd'hui, depuis 15 heures, sais que je vais passer une soirée atypique. J'ai acheté Le Postillon. C'est le phénomène le plus intéressant dans l'actualité grenobloise des trois dernières années : le succès du Postillon. Il suffit de parler avec des commerçants qui tiennent des points de presse. C'est la demande sur le "journal" le plus attendu : le journal qui suscite le plus de question du type : "est-il arrivé ?". Et une personne en vélo passe effectuer la distribution sur la base de calendriers assez aléatoires à quelques jours près. En pleine crise du papier, Le Postillon (version papier) s'arrache. Pourquoi ? C'est un mélange de Libération des années 70, des Cahiers de Mai et d'Actuel. Pour moi, Le Postillon, c'est l'info des années de Jean François Bizot et de Michel Polac. Un mélange d'impertinence, de contre-culture, de provocations, de qualité des faits trouvables nulle par ailleurs mais surtout la Libération par la plume. L'idée qu'une émancipation citoyenne passe obligatoirement par la révélation de vérités cachées. Une plume qui vole dans les … plumes des officiels locaux avec un style incisif dont un sens de la formule qui peut susciter des envies ou jalousies légitimes. Son succès est le fait le plus important sur un "état d'esprit grenoblois". Le phénomène qui en dit probablement le plus long sur la sociologie et la "culture" grenobloises actuelles. 

  • L’avenir du bitcoin ou les fortunes du café du commerce

    Bourse 2 25 08 15

    Le débat du jour est sur les monnaies virtuelles. Le bitcoin est au centre de l'actualité. Le cours du bitcoin (son taux de change) approche désormais les 10 000 dollars, c’est-à-dire qu’il dépasse 8 000 euros. Il a pris 25% dans les quatre derniers jours. En 2011, il valait un dollar. Il a donc été multiplié par dix mille en six ans. Le bitcoin est une monnaie virtuelle, sur Internet, qu’on stocke dans un porte-monnaie électronique. C'est comme les "monnaies locales". C'est la "capitalisation virtuelle" d'un très vieux phénomène : le troc. Ou comme les actions prises auprès de sociétés cotées qui n'ont pas un volume quotidien élevé d'échanges. Le cours peut grimper mais lorsque le détenteur veut capitaliser son "placement", il découvre que le volume des échanges ne permet pas de vendre sauf à plomber lui-même le cours. Il a donc du papier et du capital virtuel. Ce sont les fortunes du "café du commerce". Celles qui défilent dans des médias à la recherche de sensationnel mais tolérant une part excessive à l'éphémère et surtout au superficiel. La seule règle qui compte : cash is king… C'est moins "romantique" mais c'est plus solide. 

  • Et il paraît que l’intendance devait … suivre dans une logique totalement accessoire

    Jeff Bezos 27 11 17

    Ce week-end, Amazon a franchi de nouveaux records. Le succès de la logistique. L'action en Bourse sur la seule année 2017 est passée de 753 dollars à 1 193 dollars. Même progression pour Google : passage sur la même séquence temps de 827 à 1 069 dollars. En coeur de métier, Google c'est d'abord la bibliothèque en ligne des articles des autres. Une autre forme d'intendance. Au départ, Google comme Amazon ne produisent rien. Google n'est pas auteur ou éditeur. Amazon ne fabrique pas de produit. Ils produisent une autre … intendance. Et ils donnent une sacrée leçon à celles et à ceux qui estimaient que l'intendance suivrait toujours de façon accessoire face aux créateurs. Mais une nouvelle étape s'ouvre : la bataille dans l'intendance. Au moment où Amazon crevait un nouveau plafond, en France les Galeries Lafayette annonçaient la fermeture de 22 magasins … 

  • Quand l’invité prend rang de lui-même …

    Jonathan 25 11 17

    Le propre d'un temps fort dans une vie c'est que l'invité prend rang de lui-même dans le déroulement d'une journée. Le jour venu, on se lève et la pensée est toute entière à un autre moment que celui du jour d'actualité. Le vrai calendrier est autre que l'officiel. C'est parfois un poids considérable quand le rappel concerne un moment triste. C'est heureusement aussi dans d'autres circonstances un réel délice quand le moment est celui d'une satisfaction durable. Chaque 25 novembre est un transport très agréable ( et de surcroît gratuit) dans une très belle journée. Bon anniversaire. 

  • En dehors des paysages, reste-t-il encore matière à admirer actuellement … ?

    Admiration 24 11 17

    Remarquable livre de Michel Crépu sur le thème de l'admiration et contre l'idolâtrie. C'est le vrai sujet de fond de l'actuelle période. Un livre que je recommande. Admirer ce n'est pas se soumettre. C'est justement la frontière avec l'idolâtrie. C'est reconnaître des valeurs fondamentales qui priment. Et je partage l'opinion de cet auteur qui consiste à dire que la période actuelle est difficile et inquiétante parce que l'admiration a perdu deux combats. Le combat par le haut quand l'admiration vit l'excès par l'idolâtrie. Et le combat par le bas quand l'admiration a disparu pour devenir l'indifférence généralisée. Cette double "démolition" annonce des heures graves pour la civilisation occidentale. Quand il ne restera que les paysages à admirer (dans l'attente d'ailleurs de l'impact dramatique du réchauffement climatique …), l'heure sera particulièrement angoissante. L'admiration est une valeur à défendre et à revaloriser. Une lecture nécessaire.

  • Quand la légèreté apparente de la brume devient pourtant une chape de … plomb

    Bordeaux 1 21 11 17

    Hier, sur Bordeaux, en dépit de très nombreux déplacements, rarement vu à ce point une mer de brume à très basse altitude (moins de 100 mètres) couvrant une géographie de façon très dense et donnant le sentiment d'une chape de plomb coupant les territoires d'un superbe soleil. Les merveilles et mystères de la nature.

    Bordeaux 3 21 11 17

  • La guerre des voisinages

    Tennis 20 11 17

    Cette semaine, enfin, un hebdomadaire de grande diffusion (L'Express) donne la parole à Christophe Guilluy). J'ai souvent fait référence à ses publications. C'est une approche très impertinente face au politiquement correct français. Mais un fait ne devient pas juste parce qu'il serait répété. Guilluy est actuellement celui qui effectue à mes yeux le meilleur diagnostic sur deux faits essentiels : la coupure entre Paris et la Province, le choc nouveau entre les villes centres et les périphéries. Dans les deux cas, des actuelles analyses souvent erronées conduisent à des fautes graves. Paris ignore la Province. Un microcosme pour une grande partie avec des relations d'affaires incestueuses fonctionne sur un entre soi qui méconnaît totalement les réalités du reste du pays. Il suffit de rencontrer les intéressés pour être surpris par ce choc. C'est ce qui sera le probable socle de prochains grondements considérables. La seconde faute réside dans l'affirmation de villes-centres qui veulent désormais imposer une structuration en rupture avec la tradition de leurs périphéries comme si ces périphéries étaient les "chasses gardées" des terres de replis. Ces deux voisinages qui s'ignorent (Paris / Province, Villes-centres / Périphéries) sont les deux facteurs de fond des explosions à venir en France. C'est probablement le tournant structurel des "années Macron". Si lui et surtout si sa majorité parlementaire restent ou deviennent trop les élus de Paris et des métropoles, c'est l'annonce de crises majeures. A ce jour, la guerre des voisinages chauffe déjà. Paris ignore trop la Province. Les villes-centres structurent trop les agglomérations en fonction de leurs seuls intérêts. La crise des périphéries se résume parfois à la déshérence d'un équipement qui structurait hier l'animation conviviale d'un quartier. La guerre des voisinages a débuté et elle peut être redoutable sur ses lancées actuelles. 

  • Le nouvel ordre narratif …

    Fillon chateau

    Aujourd'hui, l'actualité tourne autour du départ de Fillon de la politique. C'est un exemple de la nouvelle bataille : le nouvel ordre narratif. L'enjeu n'est plus de relater des faits mais de les mettre en perspective pour construire une … histoire. Prenons l'exemple Fillon. C'est la caricature de deux récits possibles.

    Récit n°1 : grâce à son talent, il devient en 1981 l'un des plus jeunes députés de France. Puis il se range aux côtés de Philippe Seguin pour faire vivre un "gaullisme social" au sein de la droite française. En 2016, il gagne largement la primaire de la Droite mais perd l'élection suite à une cascade d'affaires montrant l'acharnement de la presse l'exposant à des suites judiciaires que pourraient connaître bon nombre d'autres leaders politiques s'ils avaient été soumis à de mêmes investigations. Il laisse son micro-parti à un héritier spirituel (Retailleau) avec un joli magot de nature à lui permettre de faire vivre les idées.

    Récit n°2 : assistant parlementaire de Joël Le Theule, il gagne sur le fil l'investiture contre l'épouse de Joël le Theule quand ce dernier décède d'une crise cardiaque. Proche de Philippe Seguin, il se sépare de lui en 1995 pour soutenir Edouard Balladur quand les sondages sont alors très défavorables à Jacques Chirac soutenu par Philippe Seguin. Jacques Chirac ayant gagné la présidentielle, Philippe Seguin obtient l'intégration de François Fillon dans le Gouvernement au titre de leur amitiés passée. Mais, mécontent d'une non promotion, François Fillon quitte Chirac pour rejoindre Nicolas Sarkozy au moment où ce dernier mène une opposition interne totalement inédite contre … Jacques Chirac. Promu à Matignon, François Fillon se présente ensuite contre celui qui l'a promu à … Matignon scénarisant notamment les affaires de l'ex-président. Enfin, il abandonne la politique en ayant imputé à son micro-parti plusieurs millions d'euros destinés au candidat des Républicains et non pas au candidat de ce micro-parti au moment où les Républicains sont dans une situation financière précaire car très lourdement endettés. 

    Tous ces faits sont réels et incontestés. Mais c'est le récit qui change. Finalement, vous préférez lequel des 2 ? Le problème de l'information française, c'est qu'il devrait y avoir l'exposé des deux faces qui ne font qu'une dans la "vraie vie". Tant que l'ordre narratif sera autant sélectif, l'opinion ira de déception en déception puisqu'elle ignore la réalité complexe. En revanche, c'est très instructif sur le tempérament et les valeurs de ceux qui apportent leur soutien en connaissant les détails de cette complexité.