Denis Bonzy

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  • Le chêne et le roseau …

    Roseau

    Hier, j'ai ouvert la première page d'un cinquième carnet sur des formules à conserver au sujet de la vie. Mon premier carnet a été ouvert en … 1975. Un Professeur de droit me fait découvrir le droit public : Gustave Peiser. C'est alors une découverte fabuleuse : le poids des mots, leur sens, leurs nuances … Une intelligence remarquable. Une gentillesse magnifique. 3 ans plus tard, pour préparer le concours d'entrée à l'ENA, il m'avait proposé que je lui adresse sur son lieu de vacances des copies pendant l'été sur des sujets qu'il me posait. J'ai toujours certaines de ces copies avec ses annotations détaillées, la note, ses suggestions … Un second enseignant avait fait de même : Gilbert Anton, alors Conseiller au Tribunal Administratif de Grenoble. Depuis cette époque, que de fois j'ai pensé à eux. Leurs remarques occupent des pages entières de mon premier carnet. Hier soir, sur ce nouveau carnet, j'ai écrit la première phrase trouvée dans une lecture avec la plus belle définition des seniors modernes : ils ont la souplesse du roseau avec les racines du chêne. Notre culture est faite pour une grande partie par les remarquables leçons des fables de La Fontaine dont "Le chêne et le roseau".  Dans la fable, le chêne est solide. Epais. Il tire sa force de ses racines. Le roseau est frêle, Mais il est souple. Cette souplesse peut lui permettre de traverser des tempêtes car il sait se plier, se courber. Le roseau incarne la jeunesse. Le chêne symbolise l'âge mûr. Et le chêne peut rompre sous certaines tempêtes. Pourquoi opposer leurs qualités ? Les seniors modernes, c'est la souplesse du roseau avec la force des racines du chêne. Avec cette belle définition, la fin de journée m'est apparue plus légère …

  • Quand la moindre parcelle de lumière chez l’autre aiguise d’abord une jalousie insupportable

    Femme ecolo 26 02 13

    Depuis quelques semaines, le débat au sujet de Brigitte Macron est devenu une chape de plomb étouffante, toute sensibilité politique mise à part. Il révèle un sexisme insupportable, un ordre moral d'un autre siècle. Quand Christian Estrosi (62 ans) épouse Laura Tenoudji (41 an), c'est la preuve qu'il est resté … séducteur. Mais quand la pyramide des âges est inversée pour une femme, elle devient … prédatrice. Quand une jupe de Brigitte Macron est trop courte, elle est provocante. Mais quand un homme se fait prendre torse nu en photo, c'est qu'il assume son corps. Quand un homme est bien habillé, il est élégant. Et quand Brigitte Macron est bien habillée, elle est … achetée par un grand couturier. Quand un homme a la démarche féline c'est qu'il est sportif, mais la femme devient alors délurée … Et la liste pourrait continuer longtemps. Le plus surprenant à parcourir les réseaux sociaux c'est que ce sont souvent des femmes qui portent une telle disjonction d'appréciations. Ces remarques sont totalement accessoires face à l'ampleur des problèmes concrets à régler. Mais elles font les "gros titres", parfois même des Unes et alimentent tant de discussions privées. C'est un marqueur de crise collective très profonde quand la moindre parcelle de lumière chez l'autre aiguise d'abord une jalousie insupportable. Parce que, être favorable ou pas à Macron ne doit pas empêcher de constater qu'il y a de la lumière dans ce couple. Ils ont dû vaincre tant d'épreuves pour leur atypisme. Vivre ensemble des aventures fantastiques dont la présidentielle 2017. Qu'ils ne s'adaptent jamais aux esprits qui les condamnent à la moindre circonstance. Il y a de la lumière dans ce couple et c'est un plaisir qu'il en soit ainsi. Cela n'était pas arrivé en France depuis si longtemps. Un pays est fait de l'étoffe de ses réactions. Cette étoffe là donne plutôt matière à être inquiet. 

  • Le pays qui conforte désormais les … inégalités

    Guilly 05 08 17

    Je recommande l'ouvrage de Christophe Guilluy "le crépuscule de la France d'en haut". C'est l'une des analyses les plus lucides de la période actuelle sur la société Française. La France compte d'excellents auteurs pour les diagnostics. De Crozier à Morin en passant par Peyrefitte et tant d'autres mais le problème c'est le néant après le diagnostic. Pas de passage à l'acte. Mais là, pour la première fois à ce point, la France ouvre un chapitre qui va à l'opposé de ses fondamentaux : l'acceptation organisée d'inégalités considérables : territoriales, matérielles, de parcours … C'est l'opposé du "modèle républicain" français. C'est le vrai défi pour Macron. Celui qui a bâti son discours sur le refus des fractures politiques va peut-être restaurer les frontières de classes dans des conditions inédites. L'entre soi d'un parisianisme falsifie trop de faits locaux importants. Même si les assiettes techniques ne sont pas analogues, Macron a aujourd'hui un taux d'approbation de sa politique inférieur à la moyenne des sondages sur le taux d'approbation de Trump aux Etats-Unis ! Il y a en France actuellement un retour à la lutte des classes qui mérite l'attention. De nombreux facteurs choquent frontalement la tradition de la mentalité collective française. Difficile de penser que cela puisse être durablement sans le moindre effet. 

  • Sophie Huet ou la bataille pour le respect du réel

    Sophie Huet 31 07 17

    La disparition de Sophie Huet doit être l'occasion de rappeler ce qui fut l'une de ses priorités : le respect du réel. En novembre 2006, Sophie Huet avait été la première femme élue à la présidence de l'Association des journalistes parlementaires (AJP), fondée à la fin du XIXe siècle. Elle avait été réélue à plusieurs reprises à la tête de cette association de plus de 200 membres. La connaissant depuis plus de 30 ans et m'entretenant souvent avec elle, ce qui me marquait toujours c'était son honnêteté implacable sur un point précis : la réalité des faits. Une fois la réalité des faits connue, l'interprétation des faits relève ensuite de la liberté de chacun. Mais établir la réalité des faits relève d'un vrai travail professionnel. De façon générale, le travail des journalistes en France n'est pas assez reconnu ni considéré. Il n'y a pas de démocratie saine sans des journalistes indépendants de grande qualité. Considérer le travail des journalistes, c'est aussi rémunérer de façon valorisante ce métier. C'est ne pas jeter le journaliste avec l'information qui dérange. Aujourd'hui, il est beaucoup question de la violence à destination des élus mais pourquoi ne pas évoquer aussi la violence de déclarations d'élus à destination de citoyens ou celle de citoyens et d'élus à destination de journalistes. La violence dans le débat public ne naît jamais du jour au lendemain. C'est une route qui a toujours des origines lointaines. Sophie Huet montrait, si besoin, combien l'essentiel était d'abord la capacité et la volonté à bien raisonner. Et surtout respecter les faits, ce qui est toujours le socle solide incontournable d'une part de vérité. Avec beaucoup de tristesse. 

  • 12 424 jours ou comment ajouter de la vie aux objets …

    Agenda DB 30 07 17

    A quelques jours près, cet agenda et moi avons fêté 34 ans de vie quotidienne en commun. 12 424 jours ! Avec ma première paye de mon premier emploi à plein temps, j'ai offert à ma mère des produits que je savais qu'elle aimait. Au centre de Grenoble, à cette époque, un magasin "Les Provinciales". Je peux décrire tous les vêtements alors offerts. D'ailleurs quand j'en revois parfois certains par un total hasard, ma journée bascule en quelques secondes. Quelques années plus tard (3), avec les économies des payes d'un nouvel emploi, en plein juillet, une visite à Paris et l'achat de deux agendas : un demi-format et un de poche. 34 ans plus tard, les deux sont toujours là. Recousus en de multiples endroits. Régulièrement revernis par mes soins pour entretenir le cuir. Dernièrement sur Instagram, une personne de Grenoble avait posté la photo de son agenda. Encore plus daté que le mien ! Nous avons échangé partageant notre goût commun : ajouter de la vie aux objets. Le rapport éphémère aux objets n'est pas respectueux de leur identité. Un objet incarne une séquence de vie : un choix associé à un moment précis pour l'achat, un fonctionnement partagé avec tant de souvenirs … Quand je regarde cet agenda, c'est un diaporama de moments partagés, vécus en commun. Et avec le temps, les meilleurs souvenirs arrivent en premier. Enfin ! Cette dimension affective est donc particulièrement positive. La vie des objets mérite aussi d'être respectée. 

  • Tragique disparition d’Anne Dufourmantelle

    Anne Dufourmontelle

    Deux livres d'Anne Dufourmantelle m'ont particulièrement plu : "l'intelligence du rêve" et "la puissance de la douceur". Une pensée subtile attentive à des éléments parfois perçus comme anodins et capable de leur restituer du sens. Vendredi sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, en voyant deux enfants en difficulté au large, elle n’a pas hésité à se jeter à l’eau. Hélas, elle s’est retrouvée à son tour prise au piège d’une forte houle. Quand les maîtres-nageurs sauveteurs sont venus à son secours, il était trop tard. Les deux enfants, eux, s’en sont sortis indemnes.  Elle avait écrit : "…quand il y a réellement un danger auquel il faut faire face (…), il y a une incitation à l’action très forte, au dévouement, au surpassement de soi". Des mots qui ont trouvé un passage à l'acte dramatique. Comme quoi son écriture était une vraie composante de son tempérament. Beaucoup de tristesse.

     
  • Les 3 naissances de chaque individu !

    Fleurs 2 07 04 17 poirier 3

    Chaque individu a en réalité 3 naissances : la première c'est celle de l'état civil. Le nouveau né n'est alors pas responsable. Avec la seconde naissance, la part de responsabilité existe fortement : le choix de sa vie : la famille à créer, la profession … Mais il faut compter aussi avec une troisième naissance : les engagements collectifs. C'est par cette naissance que chacun montre qu'il vit en communauté. L'objet de la communauté peut alors être varié : défense d'animaux, d'espèces menacées, de sanctuaires naturels, culture, sport, religion, engagement civique … A côté de la vie professionnelle, l'engagement civique a toujours été un centre d'intérêt fort pour moi. C'est aussi le meilleur moyen pour disposer d'une gamme large de connaissances parce que la vie professionnelle spécialise, réduit cette gamme. Ce week-end, le Club 20 fête son 6 ème anniversaire. Ce collectif est un cadre très agréable de débats, de propositions, bref d'engagements. Lors des dernières municipales sur Grenoble, il a participé à une liste : 59 membres + mandataires financiers + donateurs à trouver. En quelques brèves semaines de campagne, cette liste de société civile a égalisé le score d'une formation comme le Modem avec ses nombreuses années d'ancienneté. Ses centres d'intérêts sont clairs, assumés. Son nombre d'adhérents n'a jamais été aussi élevé. De beaux objectifs sont discutés actuellement avec d'autres associations. Merci à toutes celles et tous ceux qui participent à cette naissance permanente qu'est l'engagement.

  • Marcel Mazza : quatre ans déjà !

    Marcel Mazza

    Pour certains, il semble que ce soit la perspective de la mort qui leur fasse aimer la vie. Pour d'autres, même sans penser à la mort, ils ont toujours aimé la vie. Marcel Mazza appartenait à cette dernière catégorie : les amoureux de la vie. Pendant 19 ans, chaque jeudi soir a été le plaisir de rencontres sur le court de tennis. Puis le "verre de l'amitié" qui était d'abord celui de la détente avec des plaisanteries qui faisaient oublier les divers soucis. Ce week-end, avec la belle victoire de Federer hier à Wimbledon, une pensée toute particulière pour l'une des plaisanterie de Marcel lors de la pose de la première pierre de la nouvelle halle de tennis. Il avait indiqué que Federer viendrait en personne poser la première pierre et qu'il accepterait d'échanger des balles avec des joueurs du club. Le jour venu, c'était le défilé de joueurs, habillés sur leur 31, prêts à échanger des balles avec un Federer … jamais prévu pour cette occasion. Certains d'entre eux avaient même convié pour l'occasion des membres de leur famille pour faire LA photo ou LA vidéo… Pendant des soirées entières, Marcel avait su garder le sérieux en évoquant une plaisanterie qui suscitait ensuite des fous rires irréels. Il peut avoir l'assurance que ceux qui ont eu le plaisir de jouer avec lui évoquent sa personnalité attachante en permanence. Comme ce fut le cas lors du récent tournoi de tennis de Claix pendant lequel, lors du match avec le trésorier de Grenoble Tennis, nous changions de courts en échangeant le souvenir des plaisanteries de Marcel. Une pensée toute particulière pour lui ce dernier week-end de mi juillet 4 ans après son accident mortel du 11 juillet 2013.

  • Une année à pommes

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    Dans la vie politique française, il a fallu attendre … 1995 et la campagne de Chirac pour que la pomme soit à ce point au coeur d'une présidentielle. A cette époque, face à l'austère Balladur, la pomme était devenue le fruit de la sympathie. Qui a rendu l'autre sympathique : la pomme ou Chirac ? Difficile à dire. Avec les Guignols alors en pleine forme, la campagne "mangez des pommes" était lancée. Ce fruit ajoutait un épisode à sa légende. Depuis la signification du "croquer la pomme" jusqu'à la pomme d'Apple en passant par la pomme de New York, ce fruit a échappé à l'anonymat de bon nombre d'autres. A voir le nombre et la beauté des pommes sur notre pommier actuellement (photo ci-dessus prise ce matin à 7 heures), à la différence de l'an dernier, cette année s'annonce comme une belle année à pommes. A chacun d'y voir ensuite les symboles nécessaires à cette période post-présidentielle en France …

  • Le dangereux enlisement dans une supposée fatalité

    Inauguration 10 07 17

    Pourquoi la vie politique française est aujourd'hui en crise ? Parce qu'elle a cédé au dangereux enlisement dans une supposée fatalité. Dans le secteur privé, nous avons deux repères qui comptent : agir et progresser. Dans le secteur public, une génération s'est habituée aux titres mais pas aux actions qui devraient les accompagner et surtout elle s'est enlisée dans l'irresponsabilité de l'impuissance : "c'est pas moi c'est l'autre" … C'est le décrochage qui décourage. Il décourage la jeune génération la plus dynamique qui se pose une question simple : pourquoi perdre son temps pour aller sur un terrain aussi insaisissable ? Il décourage les citoyens qui se posent aussi une question simple : pourquoi participer si rien n'est possible ? Le jour où la vie publique française sortira de cette ornière, elle retrouvera sa vitalité. Pour avoir personnellement beaucoup bataillé contre des décisions supposées rendues, activé des réalisations supposées impossibles, c'est actuellement le volet le plus triste d'une génération qui veut les titres sans les compétences, les indemnités sans les défis. La raison pour laquelle la jeune génération la plus motivée, ambitieuse, volontaire choisit le privé. Un fossé inquiétant s'est creusé et surtout s'amplifie.