Denis Bonzy

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  • Denis Bonzy : « tristesse à l’annonce de la disparition de Mme Colette Ambroise-Thomas »

    Colette Ambroise Thomas

    Il m'aura parfois fallu attendre 20 ans pour vérifier la justesse de certaines phrases consignées dans des carnets au hasard de remarques effectuées par des personnes dans des circonstances qui prêtent à la confidence sincère. En 1986, dans le cabinet de Jean Pierre Saul-Guibert, Me Jouanneau, notaire très proche de François Mitterrand, exprime une demande concernant un document alors promis à distribution au sujet de Louis Mermaz. Et il termine sa demande qui sera respectée par une formule qui alors m'intrigue beaucoup "si dans votre existence, vous avez la possibilité de rencontrer durablement 10 personnes qui sont bien, vous serez un homme chanceux".  A cette époque, étant jeune,  je trouve cette annonce d'une terrible tristesse tant le chiffre parait faible. Tout l'enjeu est dans le rapport entre le chiffre et le "durablement". Et quelques décennies plus tard, constater que cette appréciation était juste. Colette et Pierre Ambroise-Thomas avaient toutes les qualités et les raisons pour figurer durablement dans une telle liste. Pierre avait été un compagnon de batailles politiques.

    DB Ambroise Thomas

    Une intelligence fulgurante qui, sur le plan national, lui avait donné des responsabilités de tout premier plan : le professeur Ambroise Thomas fut notamment Président de l'Académie de Médecine, expert auprès de l'OMS, Directeur général de la Santé … Pierre nous a quittés en mars 2014. Légèrement plus de 3 ans plus tard, c'est son épouse. Son épouse Colette était passionnée par l'enseignement et par le sport. Deux isérois fidèles à notre département qui, comme tant d'autres esprits brillants mais indépendants, n'ont pas eu la participation publique locale méritée et qui aurait été si positive pour notre géographie. Avec tristesse, toute notre reconnaissance pour leurs superbes parcours et pour leur amitié. 

  • L’innocence et le couloir du Père Noël …

    Enfants bis

    Dans les affaires et pire encore en politique, une question se pose souvent face à une action inattendue dont il importe d'identifier les auteurs : comment savoir si cette personne est réellement innocente, "à l'écart du mauvais coup"  ? Quel peut donc être le marqueur réel de l'innocence ? Il est souvent question du "cri de l'innocence" c'est à dire de la capacité à exprimer fortement le refus d'endosser une action qui n'a pas été la sienne. C'est un marqueur difficile. Hier, notre petit-fils Léon âgé de 9 mois nous a donné le visage de la vraie innocence. Il a traversé "le couloir du Père Noël" où sont stockés des cadeaux dans l'attente du "traitement définitif" et il n'a même pas accordé un seul regard aux paquets stockés au sol. La vraie innocence, c'est ne même pas pouvoir imaginer l'existence d'une situation tant elle est méconnue. Ce n'est pas être apte à trouver une explication cohérente : une excuse solide. C'est n'avoir même pas imaginé la situation. Sauf qu'avec l'âge la capacité à feindre devient plus performante … Finalement le marqueur de l'innocence reste un sérieux mystère dans l'âme humaine. 

  • Il serait quand même temps de sortir de l’écume des faits …

    Migration_acm

    L'affaire de la "barrière baissée" dans la collision de la semaine dernière met en relief les limites extrêmes de l'information permanente qui s'alimente de brèves immédiates sans creuser le moindre sujet. C'est d'ailleurs l'espace considérable qui est laissé à la presse écrite. Prenons un autre exemple concret de question jamais posée sur la migration, sujet du jour pour les médias. Un français épargne en moyenne 10 % de ses revenus. Lors de migrations, il est question de pays où le SMIC est de 210 € en moyenne. Le passage vers la France est facturé 4 000 € en moyenne par personne. A supposé qu'une personne qui gagne 210 € dégage une épargne mensuelle dans la tendance des français, elle économise donc 20 € par mois. Pour payer 4 000 €, à ce rythme, il lui faut 16 ans et 8 mois de travail par personne. Comme c'est une population jeune qui arrive souvent, qui paye puisque, par définition, ils n'ont pas pu épargner 16 ans et 8 mois sur leur travail rémunéré ? C'est une question pratique simple qui mériterait une réponse précise. Elle mérite une réponse précise comme les intéressés méritent un accueil digne de l'humanité. Une communauté ne progresse que quand elle pose les questions et obtient des réponses sérieuses de nature à dissiper des a priori dangereux. 

  • France : dans l’indifférence totale, l’Etat devient actionnaire d’un groupe de … presse

    Challenges-b

    Cette semaine, en France, s'est produit un fait qui aurait soulevé un sérieux débat dans la quasi-totalité des démocraties occidentales comparables. Les faits sont simples : l'Etat est actionnaire de Renault. Renault devient actionnaire du groupe de presse Challenges à hauteur de 40 %. L'Etat français est donc officiellement actionnaire du groupe de presse Challenges. Qu'un voiturier investisse dans la presse pose déjà question. Les explications officielles sur le partage à moyen terme de contenus restent confuses. Mais qu'un voiturier dont l'Etat est l'un des principaux actionnaires fasse une telle recapitalisation mériterait un débat de fond sérieux. La France ne traitera donc jamais les liens entre la presse et le montant irréel de subventions publiques, entre l'actionnariat privé parfois dépendant de marchés publics et les lignes éditoriales … "L'ancien monde" reste encore très présent dans certains domaines.

  • #MeToo : le procès Tron fait-il terriblement reculer la cause de la dénonciation du harcèlement sexuel en France ?

    Ashley Judd 08 10 17

    C'est une question de fond qui mérite trois constats. 1) la France est à ce jour terriblement en retrait par rapport aux procédures qui existent sur ce sujet ailleurs dans des démocraties comparables. Aux Etats-Unis, c'est une vague d'une ampleur considérable. Le récent score dans l'Alabama s'explique d'abord par ce sujet bien davantage que les explications partisanes données par des journalistes très engagés (trop !) dans une "culture anti-Trump". La presse étrangère fait état d'un dossier à Radio France qui passe en France de façon très … discrète, quasi inaperçue. 2) Si de tels procès deviennent un "bain de boue" pour les plaignantes, c'est la dissuasion la plus absolue. Surtout si ce "bain de boue" intervient en séance publique. C'est donc toute la procédure qui doit être révisée en la matière. 3) Dans de nombreuses circonstances, l'appareil d'Etat français est très inquiétant par sa docilité face aux puissants. C'est comme l'actuelle collision et l'affaire des barrières baissées ou pas. Pourquoi personne n'évoque une question simple : si la barrière avait été baissée, pour quelle raison la conductrice aurait-elle passé ? Et surtout comment passer une barrière baissée sans "emporter" la barrière ? Tout se prépare pour une fois de plus rejeter la faute sur une "défaillance humaine" parce que c'est le bouclier face à la faute du système. Cet état d'esprit est très grave et inquiétant. 

  • Ne pas rester indifférent aux constats des glissades du temps …

    DB Valffort

    Hier Lydia Menut et sa soeur Marie Christine évoquaient dans un billet émouvant la mémoire de leur papa, M. Jacques Menut, pour le 15 ème anniversaire de sa disparition. En 15 ans, c'est impressionnant combien des évolutions considérables sont intervenues. Ce qui est le plus impressionnant, c'est que, loin de ruptures brutales, il y a des glissades anodines, douces dans l'instant qui progressivement aboutissent à un paysage entièrement différent qui naît alors dans un mélange d'indifférence et de fatalisme. Comme si c'était … naturel ! 5 glissades méritent une attention particulière. 1) la chute considérable de la valeur travail. Aujourd'hui l'enjeu n'est plus de faire mais de paraître. 2) La chute de la valeur responsabilité : dans le traitement des dossiers c'est le mistigri généralisé. 3) Le blocage lié aux deux premiers facteurs d'où dans le public une quasi généralisation des "élus Paris plage" où quand gérer c'est animer, organiser des jeux. 4) La totale dévalorisation des ancrages durables. C'est vrai dans l'engagement où suivre des parcours c'est désormais un jeu de traces comme dans la géographie avec l'impact des mutations professionnelles comme des réorganisations matérielles pour cause de divorces. 5) La progression de la violence à tous les niveaux dans les mots utilisés dans le débat public comme dans l'ampleur des actes officiels de délinquances. Imperceptiblement, un réel nouveau paysage est né. Un constat qui conduit à exprimer toute sa reconnaissance à celles et à ceux qui, comme M. Jacques Menut, étaient à l'écart de telles glissades du temps. Mais aussi exprimer l'inquiétude réelle sur le devenir si ces glissades continuent collectivement comme par ce récent passé. 

  • Les réalités oubliées … ou une France dont on parle si peu d’ordinaire

    Obseques-de-johnny-hallyday-des-bikers-de-la-region-a-paris

    Cette semaine, la Province rappelle à un microcosme parisien des réalités très oubliées d'ordinaire sur des plateaux TV. Il est question de l'indifférence croissante des français. Quand la passion est là, difficile de faire moins indifférents que les français comme le montrent les images de la mobilisation pour accompagner Johnny Hallyday : même des personnes manifestement aux moyens modestes ont fait des efforts considérables, ont franchi des kilomètres considérables pour "être là". Quand la passion a frappé, l'indifférence n'a alors plus de place.

    Second constat, il est souvent question que les "français n'aiment plus la politique". Le livre de Patrick Stéfanini sur Fillon et la présidentielle 2017 est dans les 30 plus grosses ventes depuis plusieurs semaines. Qui peut imaginer les français achetant un livre sur un sujet qu'ils n'aimeraient pas ? 

    Il y a des moments où des faits rappellent des réalités trop souvent oubliées par un microcosme parisien manifestement coupé d'une partie de la "vraie vie" dont il est si peu souvent question. 

  • Le double de la superficie de tout le département de l’Isère !

    Grenade sur Adour

    Comment reconnaître un vrai temps fort ? C'est être capable de se souvenir des détails qui entourent une annonce par exemple : le jour, le lieu, la météo … Le mercredi 09 décembre 2015, en milieu de matinée, je reçois un sms d'une personne qui était à l'époque parmi les amies de Marie. Elle m'annonce le décès de Douglas Tompkins (décédé le 08/12). Lors d'un bref entretien quand elle était venue rendre visite à Marie, nous avions échangé sur le thème d'entrepreneurs emblématiques et j'avais cité ce nom parmi les premiers. Ce mercredi matin pour des raisons professionnelles, je suis à Grenade sur Adour. Je prends un thé au bar restaurant qui est à l'angle de l'immeuble en photo ci-dessus avant une réunion de travail. La météo est douce. Cette place est magnifique. Et parmi de très nombreuses autres personnes j'apprends que le fondateur de la marque qui garde notre chaleur (The North Face) est mort de … froid. Cet entrepreneur avec son épouse a construit l'un des plus merveilleux sanctuaires naturels au monde : 410 000 ha. C'est le double de la superficie totale d'un département comme l'Isère (241 000 ha). L'oeuvre d'une vie. Une pensée particulière en ce jour anniversaire. A eux seuls, ils ont fait tellement mieux que de nombreuses politiques publiques d'Etats.

  • Grenoble et sa vraie nouveauté : le succès du Postillon

    Postillon 01 12 17

    Aujourd'hui, depuis 15 heures, sais que je vais passer une soirée atypique. J'ai acheté Le Postillon. C'est le phénomène le plus intéressant dans l'actualité grenobloise des trois dernières années : le succès du Postillon. Il suffit de parler avec des commerçants qui tiennent des points de presse. C'est la demande sur le "journal" le plus attendu : le journal qui suscite le plus de question du type : "est-il arrivé ?". Et une personne en vélo passe effectuer la distribution sur la base de calendriers assez aléatoires à quelques jours près. En pleine crise du papier, Le Postillon (version papier) s'arrache. Pourquoi ? C'est un mélange de Libération des années 70, des Cahiers de Mai et d'Actuel. Pour moi, Le Postillon, c'est l'info des années de Jean François Bizot et de Michel Polac. Un mélange d'impertinence, de contre-culture, de provocations, de qualité des faits trouvables nulle par ailleurs mais surtout la Libération par la plume. L'idée qu'une émancipation citoyenne passe obligatoirement par la révélation de vérités cachées. Une plume qui vole dans les … plumes des officiels locaux avec un style incisif dont un sens de la formule qui peut susciter des envies ou jalousies légitimes. Son succès est le fait le plus important sur un "état d'esprit grenoblois". Le phénomène qui en dit probablement le plus long sur la sociologie et la "culture" grenobloises actuelles. 

  • Quand l’invité prend rang de lui-même …

    Jonathan 25 11 17

    Le propre d'un temps fort dans une vie c'est que l'invité prend rang de lui-même dans le déroulement d'une journée. Le jour venu, on se lève et la pensée est toute entière à un autre moment que celui du jour d'actualité. Le vrai calendrier est autre que l'officiel. C'est parfois un poids considérable quand le rappel concerne un moment triste. C'est heureusement aussi dans d'autres circonstances un réel délice quand le moment est celui d'une satisfaction durable. Chaque 25 novembre est un transport très agréable ( et de surcroît gratuit) dans une très belle journée. Bon anniversaire.