Denis Bonzy

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  • L’époque où ici tout est à vendre …

    Palais du Parlement 22 06 19

    Alors qu'il y a des endroits où le sens de la durée reste une valeur forte, un repère solide incontournable comme une parti du respect de soi, à l'opposé, l'agglomération grenobloise traverse une fièvre du tout est à vendre. Des maires vendent des prairies pourtant en pleine période de vigilance sur la biodiversité. La Métro vote un Plan d'Urbanisme Intercommunal où des hameaux entiers de villages vont devenir des quartiers urbains. Le couvent de la Visitation à Vif a été rasé. Un incendie quelque temps auparavant (dû bien entendu à la seul négligence involontaire … ) avait contribué à désacraliser ce site… A Varces, la maison Beylier a été détruite à coups de pelles mécaniques. A St Paul de Varces, l'une des plus vieilles maisons historiques (propriété Rochas), pourtant devenue propriété communale, a été déclassée pour être vendue sur … Le Bon Coin, presque à la criée. Et maintenant, c'est au tour du Palais du Parlement à Grenoble d'être vendu à une Financière. Il ne fait pas bon être patrimoine historique dans l'agglomération grenobloise ni prairie bien localisée car la disparition s'annonce alors à très court terme … Triste période. A plus forte raison quand on compare avec des pays qui sont pour de vrai à la pointe de la modernité mais qui se font un devoir de protéger leurs racines et leur Histoire. 

  • Le vrai décalage : quand le client devient mieux traité que le citoyen …

    Conseil Départemental Isère juin 2019

    Cette semaine, deux articles me sont apparus très intéressants. L'analyse de Jérôme Sainte-Marie sur le dégagisme et celui de Olivier Holmey sur le feuilleton journalistique (merci à JF Fechino pour ce signalement). Le dégagisme sévit presque partout dans les démocraties occidentales. Pourquoi ? 1) La fin de l'Etat Providence avec les conditions de gestion de la crise de 2008. Mais surtout 2) une inversion considérable est intervenue : aujourd'hui le client est mieux traité que le citoyen. Le citoyen n'accepte plus ce décrochage. Pendant longtemps, être citoyen c'était une "double fête" : celle de l'égalité et celle de la considération. L'égalité est liée au droit de vote notamment. La considération est + subjective. Elle était liée au fait que le citoyen trouvait une écoute, des réponses que le client n'obtenait pas dans le circuit économique classique. Aujourd'hui c'est le contraire. Vous passez un mail à Amazon, à une start-up … vous avez une réponse sous 24 heures. Vous passez un mail à la mairie qui est à votre porte, elle ne vous répond pas ! Ce décrochage n'est pas accepté. Il est pris pour du mépris, de l'indifférence. La sanction naturelle c'est alors le "vote sanction". Voilà le socle du dégagisme : en économie, le client est mieux considéré que le citoyen ne l'est en démocratie. Tant que des collectivités publiques n'auront pas intégré cette "révolution" de la réactivité comme celle de la mobilité, elles s'exposent au vote sanction parce que le citoyen est devenu client, moins militant d'idéologie et plus praticien de solutions attendues. Un changement majeur. 

    NB : la photo ci-dessus est extraite du compte Twitter de Place Gre'Net suite à une manifestation d'hier au siège du Conseil départemental de l'Isère. Une formule simple sur un support simple qui résument tout. 

  • Les jours d’après ou quand l’opinion accepte d’avoir la mémoire des poissons rouges

    Vache 28 09 18

    Il y a des photos qu'on aimerait ne jamais voir. Ce jour, c'est le cas pour les vaches dites "à hublot". Tout est laid y compris le mot réduisant à un objet. Quand j'étais étudiant, dans les ultimes jours avant les examens, je partais avec une chaise pliable réviser dans un champ avec des vaches (aux Rioux). Il y avait une sérénité absolue. Depuis cette époque, je ne peux pas passer devant un champ avec des vaches sans m'arrêter pour les contempler. Leur parler. Quand je constate la violence qui leur faite dans de multiples endroits (de l'abattoir à l'expérimentation), il y a de quoi désespérer de l'âme humaine. Du dégoût absolu ! Il y a désormais deux autres formes de dégoût. 1) Que l'opinion ne prenne pas ses responsabilités en boycottant des marques qui fonctionnent ainsi. La citoyenneté, elle n'est pas que civique : voter. Elle est aussi économique : ne plus acheter. 2) Constater une opinion fataliste qui accepte d'avoir la mémoire des poissons rouges selon la formule récente de Philippe Labro. Le flux d'informations est tel que 10 secondes plus tard, l'opinion a zappé pour passer à un autre sujet. Si bien que rien n'est jamais réglé. Les cyniques en jouent. Il leur suffit d'attendre. Une période à vomir pour des aspects de ce type. Si les futures générations ne corrigent pas de tels maux gravissimes, ceux qui, comme moi, croyaient que la civilisation occidentale portait une avancée permanente vers des progrès dans tous les domaines (conception optimiste de l'humanité) auront cautionné un sacré contre sens. 

    Vaches SPV

  • La France et son goût pour les « cathédrales » …

    Drôme orages 18 06 19

    Ce qui vient de se passer ces derniers jours met en relief une fois de plus un côté du tempérament français qui est peu agréable. Dans la Drôme, l'un des plus beaux départements de France, des agriculteurs, dont des jeunes agriculteurs, ont vu leurs exploitations anéanties. Y a-t-il eu une seule initiative forte médiatique ou autre de solidarité ? Non. Et en l'espèce pour permettre le rebond, donc l'emploi de jeunes travailleurs méritants, ce ne sont pas les sommes indispensables pour refaire la Cathédrale Notre Dame de Paris. Mais les Français ne se mobilisent que pour les grandes causes historiques. Ils trient peu ou mal mais ils veulent sauver la … planète. La gestion des déchets en Inde les inquiète mais la situation de déchetteries sauvages souvent dans leur voisinage les préoccupe moins. Ils vocifèrent contre Trump mais ils placent en bonne position un Gouvernement qui gère 3 à 4 fois plus de chômeurs qu'aux Etats-Unis. Ils ont des écolos qui pestent contre la déforestation en Amazonie mais qui n'indiquent jamais combien ils ont planté d'arbres à titre personnel ou dans les collectivités qu'ils cogèrent. Et la liste des contradictions pourrait durer longtemps. S'il n'y a pas une grande cause historique et de préférence très lointaine, les Français se mobilisent peu, voire pas du tout. C'est une mentalité très surprenante à constater parce que la proximité et les causes de dimension moyenne rendent l'action individuelle tellement plus efficace. Les Français ne se battent que pour les "cathédrales" au sens symbolique du terme. Le reste les mobilise moins … Et pourtant, l'Etat annonce l'immédiateté de la reconnaissance de l'état "catastrophes naturelles" mais conditionne au bilan financier global. Les assureurs se révèlent tels qu'ils sont si souvent : assurant si peu ce qui est pourtant indispensable. Bref, rien ne change. Les victimes risquent de rester très seules. 

  • « C’est important, surtout ne leur en parlons pas … »

    Stop Villarey 1 15 06 19

    A travers des choix de gouvernance publique, c'est réellement une morale de la citoyenneté qui est en jeu. Actuellement, trois travers graves sont à constater. 1) Les débats interviennent souvent davantage sur les auteurs de propositions que sur le contenu même des propositions. Ce n'est pas l'auteur qui détermine ou pas la qualité d'une décision c'est son contenu. Ce poids dominant donné à l'auteur est une grave privation volontaire de liberté d'appréciation. Cette culture appauvrit beaucoup le débat d'idées. 2) L'autre travers grave c'est d'identifier une critique face à une réalité des faits à du "collectivité bashing". Si la démocratie ne permet plus de critiquer, que reste-t-il de la démocratie quand critiquer c'est estimer s'en prendre à la collectivité ? C'est une évolution surprenante quand elle est portée par des adeptes de mai 68 dont l'un des slogans étant "c'est interdit d'interdire". Quand les intéressés sont au pouvoir, l'interdiction retrouve un espace … 3) Et enfin le pire, c'est l'infantilisation actuelle des citoyens. Il y a une primauté du retour à l'antique : clientélisme et jeux. Cette logique c'est le mépris affiché à destination des citoyens. Par exemple pour St Paul de Varces, la Commune a davantage communiqué sur le "mois du Japon" que sur une opération immobilière de 80 logements avec des conséquences financières considérables pour tous les contribuables. Cette culture du "c'est important, surtout ne leur en parlons pas ..." est le marqueur d'un irrespect absolu des citoyens. Et pourtant, il y a une attente considérable d'informations. Cette semaine, sur ce dossier du Villarey1 à l'arrêt compte tenu du vice juridique d'incompétence que la Commune cherche à régulariser dans des conditions pour le moment inconnues de tiers, j'adresse une lettre détaillée de 4 pages avec tous les éléments. Pour en être destinataire, il suffit de me passer un message sur ma messagerie personnelle ou via messenger. Quand c'est important, à l'opposé de la situation actuelle, surtout parlons en ensemble. 

  • Risques naturels : les drames et la … chance

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    Hier, le dérèglement climatique a produit de façons très localisées des drames considérables notamment pour des producteurs agricoles dans la Drôme. Mais par la localisation, ces événements ont évité d'autres territoires. Ce fut heureusement le cas pour le sud de l'agglomération grenobloise. Et c'est une chance considérable car jamais les protections contre les risques naturels ont été aussi mal entretenues dans ce secteur. La dernière alerte date des 4 et 5 janvier 2018 (photo ci-dessus). Qu'est ce qui a été fait depuis ? Rien. Sur le terrain, mes 13 premiers choix ont été à destination des 13 points historiquement sensibles de la Commune exposée à des risques naturels particuliers car en fond de vallée (sur Relive, toutes les photos disponibles par secteur). Je n'ai jamais vu autant de barrages bouchés, de digues encombrées par des arbres morts donc prédisposés à être emportés par un fort débit… Hier, nous avons eu une chance considérable car si nous avions été exposés à ce phénomène violent, les dégâts aujourd'hui seraient gigantesque avec de telles "protections" à l'abandon. Mais la chance n'est jamais éternelle … 

    Lavanchon 3 11 02 18

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  • Et si la Métro commençait enfin par respecter la loi …

    DB 3 15 06 19

    Dans le Dauphiné Libéré d'aujourd'hui, Eric Piolle propose une évolution de la représentation des Communes au sein de la Métro selon des modalités qui ne me paraissent pas respecter la loi. Le cadre légal en la matière est simple. 1) A la base, une décision du Conseil Constitutionnel (décision n°2014-405 QPC du 20 juin 2014 Commune de Salbris). Cette décision affirme "les organes délibérants doivent être élus sur des bases essentiellement démographiques". C'est un tournant dans la logique traditionnelle de l'intercommunalité française. 2) Le principe affirmé, il faut ensuite en préciser les modalités. Dans ce cadre sont clarifiés des repères incontournables : un plancher : chaque Commune, même la plus petite, a droit à au moins 1 représentant. Un plafond : même si une Commune représente + de 50 % d'une intercommunalité, elle ne peut prétendre à + de 50 % des délégués dans une intercommunalité. Et la faculté d'un" accord local". L'accord local c'est quoi ? C'est à l'intérieur du principe de la proportionnalité stricte la faculté de faire varier les sièges attribués à chaque Commune à l'intérieur d'un pourcentage de 20 % par rapport à la stricte proportionnalité. Pour des Métropoles (hors Aix Marseille) a été avancée la faculté de majorer de 10 % la représentation initiale de base pour des ajustements. Mais cette majoration de 10 % permet-elle d'échapper au quota des 20 % à l'intérieur du principe de stricte proportionnalité ? Non. Le schéma proposé ce jour par Eric Piolle ne me parait pas légal. Il serait quand même temps que la Métro respecte la loi. Le mécanisme des CLECT lors des transferts de compétences a été très mal appliqué. L'article 1609 nonies C du CGI a été très peu respecté. Des nouvelles équipes municipales devront rouvrir ce sujet dans l'intérêt de la défense de leurs contribuables. Le PLUi devait être finalisé en 1 er et non pas en dernier pour donner de la cohérence à tous les autres actes conséquences. Des actes comme des OAP interviennent dans des cadres parfois manifestement bâclés. A St Paul de Varces, le Villarey 1 est signé dans un cadre illégal avec un acte de base frappé par une illégalité dite d'ordre public, c'est dire la gravité de la faute. Et que dire du simple respect de la Loi dans le cadre de l'accès aux documents publics … Si l'intercommunalité locale est malade, c'est certes le fait de ses échecs mais aussi le fait qu'elle a perdu sa respectabilité par des actes qui partent du principe que "le droit suivra" la volonté politique. Une intercommunalité ne peut pas fonctionner comme cela. Une génération d'élus a perdu la confiance en se soumettant docilement à de telles méthodes. Là aussi, après mars 2020, ces mauvaises habitudes doivent changer pour davantage de Liberté, davantage de contestations et davantage de défenseurs du droit dans le fonctionnement de cette Métro devenue désormais  la caricature répulsive des intercommunalités XXL. 

    Stop Villarey 1 15 06 19

  • Quand la campagne est une fête …

    Laurent Revol

    Avant hier soir, en début de soirée, une annonce qui me plonge dans la tristesse à la lecture d'un billet de Gilles Toureng : le décès de Laurent Revol. Je ne l'avais pas revu depuis des années. Puis sur un commentaire (M. Patrick Drevon), une photo (cf ci-dessus empruntée à M. Patrick Drevon) et d'un coup tant de souvenirs qui remontent en surface. Il y a ceux qui ont "l'engagement public triste" et il y a ceux pour qui la campagne va être une fête, un temps heureux. Laurent Revol pour moi, c'est le symbole d'une époque où la campagne a été une fête. 1983, deux jeunes inséparables : Laurent Revol et Richard Juillet. Deux tempéraments très différents. Mais une joie de vivre contagieuse. Quand dans une équipe, vous rassemblez des tempéraments aussi complémentaires que la jeunesse de Laurent Revol et Richard Juillet, l'expérience de René Michal, de Pierre de Villard ou de Robert Jules Laurent, le punch d'un Yves Machefaux, le militantisme de JJ Guillemot, la sérénité élégante d'un Pierre Gascon, la douce et séduisante féminité d'une Eliane Bellot ou de Françoise Soldano, la subtilité d'esprit d'un JP Saul-Guibert ou de J. Folco et tant d'autres qu'il n'est pas possible de citer (avec mes excuses) … : la victoire ne peut qu'être au rendez-vous parce que tous les profils de la société sont là. Les réunir c'est une étape. Les faire travailler ensemble dans le plaisir et dans la confiance de se retrouver, c'est autre chose. Quand cette seconde étape est franchie, la campagne devient une fête. Et si la victoire est le dénouement, la soirée de cette annonce restera un souvenir inoubliable. J'ai vécu, 5 fêtes de ce type, et je suis très reconnaissant à la vie de m'avoir accordé ce privilège. Des 5, parce que la première, la fête de 1983 reste particulière. Et je revois Laurent dans la grande salle du "Cercle", selon le nom traditionnel du local d'alors, exploser de joie, René Michal soulever du sol chaque personne qu'il croisait, Pierre de Villard rire avec un enthousiasme inhabituel pour lui si souvent réservé … Et surtout Alain Carignon avec sa compagne Jacqueline prendre conscience d'un coup de l'immensité des nouvelles obligations. L'appel téléphonique d'Alain Carignon à sa maman (le 1 er appel après l'annonce assurée de victoire par le Secrétaire Général de la Préfecture) : l'un des plus beaux appels qu'il m'ait été donné d'entendre. La joie de son papa et de sa famille. Laurent Revol et Richard Juillet ont rendu cette étape inédite parce que leur jeunesse animait un oeil neuf, une jeunesse ambitieuse parce que leur énergie permettait l'assaut des montagnes et tellement chaleureuse parce qu'ils avaient alors le bonheur d'une vie entière devant eux. Une vie qui a permis une autre rencontre dans le cadre de Sciences Po Grenoble pour mon cours où ils s'étaient inscrits. Leur épreuve à l'oral en fin d'année reste l'un des meilleurs souvenirs car ils avaient mis du travail pour ne pas décevoir notre relation d'alors. Toutes mes condoléances à la famille. Tous mes remerciements à Laurent pour la qualité des moments d'alors. Il vivait la "politique heureuse" comme elle doit toujours l'être car l'engagement public repose sur le volontariat et pourquoi faire ce pas si ce devait être pour un engagement triste ? 

  • La fin des héritiers du suffrage

    Db agora 7

    La France n'aime pas les héritiers. Sa fiscalité sur l'héritage est d'ailleurs un signe : devoir encore payer sur ce qui a déjà été tellement imposé. Irréel. Il y a un domaine où elle acceptait encore les héritiers : la politique avec ses héritiers du suffrage. Jusqu'en 2017, les héritiers du suffrage étaient supposés indétrônables. Une marque par le label d'un parti politique avec une petite valeur ajoutée personnelle et l'héritage politique était assuré : hériter pour longtemps. L'élection était presque alors parfois perçu comme une simple formalité administrative : passer devant les électeurs, c'était comme passer devant le notaire pour acter une situation. Toute une structure mentale reposait sur cette logique. Les héritiers du suffrage étaient voués à durer : les monarchies républicaines. Or, depuis 2016, la règle ne fonctionne plus. Trump, le candidat sans chance vu depuis la France, a battu Hillary, la toujours future Présidente assurée depuis 2008 déjà. En 2017, en France, un jeune candidat a explosé les partis traditionnels. Idem pour les législatives dans la foulée. Et depuis, pas un scrutin dans une démocratie occidentale qui ne sanctionne pas les héritiers du suffrage, ces professionnels de la politique qui vivent de la politique. Et les municipales échapperaient à cette tendance ? Pourquoi ? A quel titre ? L'ambiance actuelle est surréaliste sur ce sujet. Le dégagisme sévit partout mais il resterait au vestiaire pour les municipales. Les réseaux sociaux ont tout gagné mais pour les informations locales ce serait encore le règne de la bonne vieille information papier. Le client demande partout davantage de respect et de réactivité mais dans la démocratie locale il accepterait avec plaisir d'être méprisé, d'écrire sans avoir la moindre réponse et la liste pourrait durer longtemps. Comme pour les vues basses d'hier, de l'incapacité à prévoir Trump au succès de Macron, le même traditionalisme intellectuel sévit. En France, on ne "prévoit" les tsunamis que quand la vague est passée. Et à cette étape, les explications justificatives sont d'autant plus nombreuses qu'elles avaient été défaillantes auparavant. La vague se prépare et elle s'annonce manifestement dévastatrice. 

  • Une société droguée à la mélodie du moment

    Do it 1

    La fin du "Just do it". Le slogan de Nike, celui qui a contribué au succès de cette marque, c'était le symbole du "oser", "ne pas avoir peur", bref la "révolution personnelle" qui autorise la différence. Aujourd'hui, l'essentiel ne semble plus là. C'est presque l'opposé. Il faut suivre le nombre. Dans la foulée des européennes, des élus quittent un parti politique parce que ce parti ne fait plus nombre. Une émission devient sans intérêt si elle n'a pas fait de l'audience donc du nombre. Des idées s'imposent, même fausses, au motif qu'elles sont celles du grand nombre. Une "culture" qui donne d'ailleurs un impact nouveau aux sondages. Ils deviennent le véritable 1er tour en politique. Puisqu'il s'agit ensuite de voter pour l'un des deux capables d'arriver en tête, s'associer au nombre. Dans les affaires, même logique. Un produit devient compétitif quand il peut aligner son nombre de clients. A un moment donné, la "référence" commerciale suprême était "vu à la télé". Maintenant c'est "vu par 500 000 personnes". Les affaires sont menées par les clients du nombre. La politique est gagnée par les citoyens du nombre. Atmosphère surréaliste avec des standards très codés. Ceux qui s'en éloignent apparaissent souffrants, deviennent même suppliciés lorsqu'il s'agit du débat public : comment peuvent-ils encore ne pas penser comme le nombre ?  Aux Etats-Unis ce culte du nombre a même donné naissance aux … faux nombres sur les réseaux sociaux avec les comptes robotisés : faux noms voués à créer du nombre donc à creuser le sillon pour ceux qui vont vouloir s'ajouter. Le nombre c'est la mélodie du moment. La "musique" que chacun aime co-écrire. Les mélodies passent vite. Dans une telle ambiance, difficile d'imaginer que les sujets sérieux puissent trouver des solutions. C'est le règne du ripolinage. D'ailleurs sur le fond, face aux problèmes réels de fond, qu'est ce qui change réellement actuellement ? Des mots pour rebaptiser une situation. Mais au-delà ? Les mêmes problèmes restent et s'aggravent. La mélodie du nombre a ses limites.