Denis Bonzy

Catégorie : Etats-Unis

  • Snapchat et le vrai test pour les start-up

    Evan Spiegel

    La confirmation est intervenue. En mars, la maison mère de Snapchat doit être introduite en Bourse. Cette introduction sera un test important sur 5 marqueurs.

    1) L'importance des fonds levés : à cette occasion, à partir des premiers documents financiers publiés, Snap Inc. , maison mère de Snapchat, doit lever 3 milliards de dollars. C'est à dire qu'une seule société en une seule introduction en Bourse va lever près du double de tous les fonds levés sur 2016 par toutes les start-up françaises ! Et après, la France s'étonne de compter aussi peu de leaders mondiaux !

    2) Il va y avoir un moment où le marché va devoir fixer sa position sur un fait simple : jusqu'où peut-il accompagner des sociétés qui jusqu'à ce jour vendent des … pertes ! Sur 2016, le marché s'est éloigné des sociétés vivant sur les fonds levés et non pas sur les achats de clients. Ce constat peut-il être corrigé ?

    3) Des fonds levés avec quelles barrières de protection face à la concurrence pour le coeur de métier de Snapchat ? Les autres concurrents leaders n'ont-ils pas vocation et les moyens pour présenter des services très proches de ceux de Snapchat et très rapidement ? 

    4) Où peuvent être les recettes de demain ? Si les recettes ont manqué au début contraignant à vivre sur les fonds levés de façon récurrente, où sont les gisements sécurisés de recettes pour demain ? Ce qui reste la question principale.

    5) En quoi Snapchat peut avoir un modèle de développement qui distingue cette société des risques systémiques rencontrés par exemple par Twitter, GoPro … ? 

    Par l'importance générale des questions posées, cette introduction ne sera pas comme les autres. Où elle augure de la fin d'un cycle ou de l'ouverture d'un nouveau cycle. Sous cet angle, mars 2017 sera très intéressant.

  • Et dire qu’il y a 60 jours, des français se moquaient de la présidentielle américaine …

    Trump office 10 01 17

    La revanche de l'Histoire a des raccourcis de plus en plus brutaux. Il y a 60 jours, la mode en France était de se moquer de la présidentielle américaine, sa succession d'affaires sordides … Seulement 60 jours plus tard, le ton devient plus modéré. Il y a trois faits qui sont à ce jour de façon surprenante peu évoqués. Tout d'abord, le "niveau de vie réel" du foyer Fillon. Comme contribuables, nous lui payons à vie sa rémunération d'ex premier ministre + son chauffeur + sa berline + ses bureaux + son secrétariat + ses 2 gardes du corps. Très probablement, à cette "base" s'ajoute sa rémunération de député. Puis s'ajoute sa rémunération de sa société de conseils. Puis s'ajoutent les "recettes familiales". Au cumul, le chiffre doit être assez "coquet". Pourquoi n'est-il jamais calculé avec précision ? Ensuite, les médias prennent pour "argent comptant" l'affirmation selon laquelle "l'honneur serait atteint quand la mise en examen tombe". C'est la première fois que la mise en examen est ainsi posée comme socle d'une reconnaissance de culpabilité. D'ordinaire, dans un Etat de droit, la culpabilité est reconnue quand s'exécute l'ultime décision de Justice purgée de tout recours possible. Enfin, pourquoi autant de gesticulations ? Dans une "affaire de droit commun", la première étape aurait été l'immédiateté de la saisie des ordinateurs pour juger de la fréquence des échanges de travaux (au Parlement comme à la revue des 2 mondes). Les intéressés auraient peut-être inventé la mode "des pigeons porteurs" mais dans le droit commun il n'est pas sûr que cet argument serait recevable sérieusement. Finalement, là est le vrai problème : une caste qui considère qu'elle n'appartient plus au droit commun. C'est ce dont la classe politique française aura durablement le plus de difficulté à se remettre.

  • Rien de plus difficile que de ne pas revendiquer une victoire inattendue …

    Alexander Nix

    Il faut encore attendre quelques semaines et le véritable profil de la victoire de Trump pourra être dressé avec précision. Il n'y a rien de plus difficile que de ne pas revendiquer une victoire inattendue. Le véritable défi réside surtout dans la capacité à sélectionner les "vrais pères" tant le nombre augmente irrésistiblement. Conduite avec méthode, cette sélection est toujours possible. Il faut surveiller actuellement le dispositif de Cambridge Analytica. Comme il parait de plus en plus manifeste que Palantir n'est pas restée à l'écart. En 2012, des contacts avec des membres rapprochés de l'équipe Obama permettaient déjà de voir les progrès considérables grâce au dispositif Narwhal. Quand Mitt Romney était resté à l'âge de pierre avec son dispositif Orca. Le porte à porte ne visait pas alors qu'à la seule proximité affichée. Encore quelques semaines et la campagne Trump pourrait alors montrer son vrai visage avec un professionnalisme bien éloigné des caricatures du "fou d'estrades" …

  • Le vrai tournant actuel : la science des données

    Trump 31 01 17

    De nombreuses erreurs sont actuellement commises au sujet de Donald Trump et sur l'interprétation de son score comme de ses actuelles décisions. Débattre du contenu, c'est une chose. Débattre des méthodes techniques, c'est un autre volet. En 2016, Trump a probablement d'abord gagné la bataille du traitement des données. Une bataille qui est la troisième étape de l'actuelle "révolution technologique". La première étape fut l'utilisation des nouveaux supports (Obama 2008). La seconde étape fut celle de la mobilisation la plus large des détenteurs de ce supports (2012). Et 2016 a probablement été aussi une étape importante dans la recherche de l'intelligence des petits chiffres dans les bases des données. 

    Deux phénomènes récents sont intervenus :

    1) l'augmentation considérable des données disponibles sur chaque personne et dans un cadre d'ailleurs pour une grande partie alimenté volontairement par les intéressés qui ont cédé à une culture de l'exposition permanente donc de l'identification de tous leurs choix,

    2) la traçabilité des connectés sur des réseaux sociaux.

    Quand ces deux éléments sont croisés, la communication change de nature. La campagne 2016 de Trump, c'est en permanence du coeur de cibles sur ces bases. A tous ceux qui veulent le caricaturer, ce volet technique, qui ne signifie pas de donner caution à son tempérament comme à ses décisions, mériterait d'être davantage considéré. Parce que ce volet technique change aussi l'appréciation juste sur l'audience éventuelle réelle de certaines mesures. Et il n'y a rien de pire que de choisir d'ignorer des réalités.

  • Les démocraties et la fin des victoires interdites

    Trump 17 10 16

    La démocratie c'est la liberté. Donc par principe, aucune force en compétition dans une démocratie ne pouvait être "interdite de victoire". Et pourtant, progressivement, selon des facteurs divers, même en démocratie, il y avait les victoires possibles et les victoires interdites. Pour l'essentiel, les démocraties avaient leurs "gardiens officiels" : un système de pensée qui évaluait le bien et le mal, pesait le bon et le mauvais, jaugeait le possible et l'impossible. Ce dispositif des frontières invisibles mais réelles a fonctionné longtemps. Avec les années 2 000, ces digues viennent de céder. Pour des raisons positives : la maturité des citoyens, la diversité des sources d'informations, la multiplicité des avis … Mais il y a des raisons moins positives : l'individualisme vainqueur et surtout le vote sanction. L'individualisme vainqueur, c'est ne plus chercher la "raison collective" mais s'en remettre à la "solution individuelle" : un ou des projets d'un candidat qui correspond à l'intérêt immédiat. C'est surtout l'avancée du vote sanction. Les "gardiens du système" ont tellement perdu en crédit, en confiance, en respectabilité, que la perspective de leur donner une "fessée" en contredisant leurs recommandations devient un plaisir qui permet de sortir de l'abstention, de faire l'effort de voter. La victoire de Trump c'est ce ressort là. Parce que sa victoire était interdite en principe, elle est devenue … possible. Sacré marqueur de l'échec du système classique que d'être devenu répulsif à ce point. En France, actuellement, plusieurs candidats bénéficient de ce climat. Même issue pour l'un d'entre eux ?

  • Fait national ou nomadisme fiscal ?

    Londres 28 06 16

    La conférence de presse du Premier Ministre britannique aujourd'hui est peut-être un tournant majeur pour la … France aussi ? Elle va peut-être introduire pour la première fois à ce point un choix clair : fait national / nomadisme fiscal. Jusqu'à maintenant, à quelques exceptions près, le nomadisme fiscal avait des freins majeurs pour le grand nombre : éloignement physique, pays exotiques au devenir incertain, réputations sulfureuses, procédures opaques à la légalité douteuse … Et si d'un coup pour une grande majorité d'Européens dont les Français le nomadisme fiscal légal était à leur porte ? Dans un pays sécurisé. A 1 heure de vol ! En toute légalité. Grâce aux mesures prises par la Grande-Bretagne. La donne change totalement. Et par voie de conséquence, la France incapable de vivre positivement la réduction de la dépense publique deviendra-t-elle contrainte de le faire le jour où le tarissement de la ressource sera là ! Parce qu'il y a bien un seuil dissuasif de l'imposition fiscale. Et parce qu'il y a aussi un moment où des comparaisons deviennent possibles pour le grand nombre sur des bases solides. Aujourd'hui, le Brexit va peut-être changer fondamentalement la donne dans de nombreux autres pays …

  • Quels impacts de « l’effet Trump » ?

    Trump office 10 01 17

    Un préalable s'impose : ce qui est vécu actuellement avec les comportements de Donald Trump à l'exemple de ceux d'hier sont inédits. En France, il est fréquent de comparer Trump à Reagan. Mais cette comparaison ne résiste à aucune analyse sérieuse pour de multiples raisons dont le fait que Ronald Reagan avait exercé des responsabilités syndicales puis électives à la tête de l'Etat de Californie avant d'accéder à la Maison Blanche alors même que Trump n'a jamais exercé une seule responsabilité publique. Reagan incarnait pour l'essentiel une attente de retour à la force de l'Amérique après les humiliations des "années Carter" dont l'échec de l'opération Eagle Claw. Trump a été élu "contre le système". Et il s'ingénie à continuer sur cette lancée. Cette parole totalement hors les codes va provoquer des remous considérables mais y compris dans la remise en cause de "codes" au sein même des autres démocraties occidentales. Si bien qu'au moment où d'autres démocraties occidentales sont dans des processus de forte fragilité, c'est une donnée nouvelle essentielle. Aujourd'hui, aucune démocratie occidentale n'est en situation sécurisée dans ses équilibres intérieurs : Merkel est déstabilisée par le sujet de l'immigration. La GB doit gérer son Brexit. L'Italie et l'Espagne n'ont pas de majorité sécurisée. Et la France est entrée dans un semestre électif totalement imprévisible. Une donnée rarement connue à ce point. Et qui a de quoi légitimement inquiéter. 

  • Le choc d’une véritable révolution inqualifiable car inédite

    Trump 06 11 16

    La conférence de presse de Donald Trump hier est un message essentiel : le temps de la présidence sera au rythme du temps de la campagne électorale. La conférence de presse est intervenue dans un contexte irréel : journaliste de CNN interdit de parole, invectives permanentes, discrédits à l'emporte pièce sur des contradicteurs, auto-proclamations sans la moindre humilité … Rien ne résistait. Cette situation sera souvent présentée comme une "révolution conservatrice". Mais elle est conservatrice de quoi ? Certainement pas de la morale compte tenu des comportements avérés du leader en question. Pas davantage de la jeunesse compte tenu de l'âge moyen des nommés à trois ou quatre exceptions près. Pas davantage du peuple qui observe le défilé des … milliardaires. Encore moins des intellectuels théoriciens d'économie ou de sciences politiques terriblement absents. Surtout pas des femmes écartées des postes clefs à quelques exceptions. Tout comme les noirs qui seront à compter dans les photos des réunions de Cabinet. C'est la révolution inqualifiable car inédite et qui constitue la fessée donnée à tous les symboles de l'ancien système politique. Il fallait une sacrée dose de colère pour être prêt à une telle sanction. Une colère populaire indiscutablement très sous-estimée dans les analyses antérieures. Reste maintenant à définir la frontière entre la colère et le suicide ?

    Trump 25 10 16

  • Quand Snapchat choisit … Londres !

    Londres 28 06 16

    Hier mardi, Snapchat a annoncé qu'elle installait à Londres son quartier général pour ses opérations non américaines et qu'elle déclarerait via le Royaume-Uni une bonne part de ses revenus internationaux. Snapchat est une société de messages en ligne qui disparaissent après avoir été lus et revendique plus de 150 millions d'utilisateurs quotidiens, dont 50 millions en Europe parmi lesquels plus d'une dizaine de millions au Royaume-Uni. Snapchat figure parmi les sociétés pouvant être introduites en bourse en 2017 pour des montants records historiques. Pour son choix d'installation, la compétition a été féroce entre de nombreuses capitales. Et Londres a gagné. Avec le Brexit, il était question de fuite des entreprises, d'isolement de Londres. Et avec une décision de ce type, qu'en est-il ? Il serait quand même temps que des explications sérieuses soient données après les démonstrations du drame supposé à venir avec le Brexit …

     
  • Et si Vivarte permettait enfin d’ouvrir des vrais dossiers de fond … ?

    Bourse 12 12 16

    Pour dynamiser l'économie française et relancer l'emploi, il faut ouvrir enfin des sujets tabous qui sont des verrous implacables. Deux d'entre eux méritent un examen sérieux : les banques et la grande distribution. 1) La France doit réorganiser totalement son système bancaire. Les Français se sont beaucoup appauvris ces dernières années. Un exemple concret, aujourd'hui France Domaine diffère la cession de biens immobiliers de grande qualité appartenant à l'Etat parce qu'ils savent que les Français ne pourront pas tenir la compétition face à d'autres candidats étrangers (arabes, russes, turcs …) et qu'ils protègent ainsi le patrimoine de l'Etat en gelant les opérations possibles. Faute de vrais investisseurs privés, à la différence des Etats-Unis avec ses capitalistes risqueurs, en France, la banque reste donc le pivot des financements. Or la culture de sécurité de la banque française c'est le bouclier contre le risque. Quand une holding achète une société par un dispositif d'emprunt susceptible d'être remboursé par les remontées de dividendes de la société cible, par définition, le dispositif devient impossible si la société cible ne dégage plus des bénéfices. La cession d'autres actifs devient alors incontournable pour honorer la dette. C'est ce mécanisme qui a secoué les LBO avec la crise de 2008. Pour éviter de telles évolutions, la banque doit accorder des "facilités", différer des remboursements … : bref accepter une part de risque. C'est le dossier actuel de Vivarte. En 2012, Hollande avait pris la promesse de distinguer l'activité de banque de gestion courante (particuliers) et celle de banque d'affaire. Il n'a pas opéré cette distinction. Dommage. Il serait temps de l'effectuer pour distinguer deux esprits différents de fonctionnement. 2) Second sujet tabou, la grande distribution. Là encore rien n'a été fait en dehors de changer certaines étiquettes qui ne sont jamais lues par les clients. Pour rendre un espace au petit commerce ou à certains fournisseurs comme les agriculteurs, les règles doivent être changées. Mélenchon a évoqué une mesure qui mérite l'attention : et si la grande distribution alimentaire était mise à contribution pour financer une partie d'un fonds de retraite des agriculteurs ? Le rapport de domination est tel entre le donneur d'ordre et le fournisseur qu'il peut être intéressant le lier les sorts dans la durée pour protéger le plus faible. Avec Vivarte et la question de la cession d'André, il serait temps que ces sujets soient enfin traités sérieusement. Les circonstances s'y prêtent avec la campagne présidentielle en cours. Pour le moment, les sujets abordés restent très superficiels.