Denis Bonzy

Catégorie : Etats-Unis

  • Surveiller avec attention les facteurs de succès de Designated Survivor …

    Designated survivor 2

    Y aurait-il eu Barack Obama sans le "Président Palmer" de la série 24 heures chrono ? Possible sans doute. Mais le succès de David Palmer montrait aussi que l'opinion américaine était mûre pour un président noir montrant une réelle capacité à rester maître de lui, solide. 

    Les scénaristes des séries TV américaines travaillent beaucoup les tendances de l'opinion pour assurer le rendez-vous entre le récit et les attentes de l'opinion. Depuis le 21 septembre 2016, il y a une série qui fait de gros scores : Designated Survivor. Le récit : un attentat supprime une partie du Gouvernement américain dont le Président. Il faut "descendre" à un obscur membre en charge du Logement pour prendre la suite. Et il devient populaire parce qu'il est tellement neuf qu'il échappe à tous les jeux politiciens habituels … Le récit fonctionne et marche à fond. Une tendance qui mérite d'être surveillée et peut-être pas seulement aux Etats-Unis avec la similitude du "parcours Trump" … ?

  • Consommer, c’est voter plusieurs fois par jour !

    Douglas Tompkins 08 12 16

    Il y a un an, lors d'un déplacement professionnel dans le beau département des Landes, un SMS m'informait du décès de Douglas Tompkins. Avec l'un des paradoxes dont la vie a le secret, le fondateur des polaires ou doudounes The North Face venait de décéder du … froid. Un accident de kayak sur l'un des lacs au sein du sanctuaire naturel auquel il avait consacré sa fortune et son énergie à le créer, à le consolider, à l'étendre. Douglas Tompkins comme l'un de ses compagnons de parcours, Yvon Chouinard, a devancé la "consommation citoyenne". 

    La consommation citoyenne, c'est quoi ? C'est rompre un système qui veut que la citoyenneté serait active et que la consommation serait passive. Un billet de banque décidé plusieurs fois par jour a davantage de poids qu'un bulletin de vote tous les 5 ou 6 ans. 

    C'est la consommation individuelle qui fait bouger les choses bien davantage que l'impuissance politique. C'est l'âge de faire. Chaque jour. Douglas Tompkins a fait en créant un sanctuaire naturel devenu la réserve d'espèces animales qui étaient en voie de disparition. 810 000 hectares ! Il a fait un sanctuaire exemplaire quand des Etats n'ont plus les moyens d'entretenir des parcs naturels. Yvon Chouinard a donné à des associations environnementales son CA du Black Friday 2016. Du concret, c'est à dire bien davantage que les subventions d'Etats. Chouinard (Patagonia) vend des habits et fait la promotion de … la non sur-consommation. Une logique qui change le rapport au vêtement. Non plus le considérer comme du jetable éphémère mais comme une "seconde peau" avec laquelle on partage des parcours de vie. Une vie durable partagée. Dans cette mentalité, c'est prendre davantage de temps pour le choisir. C'est mieux le respecter. C'est regarder sous un autre angle une usure. C'est cicatriser une déchirure … 

    La société bougera le jour où cette consommation citoyenne sera majoritaire. Des animaux maltraités dans des abattoirs : la viande ne doit plus être consommée tant que les améliorations n'ont pas été engagées. Le commerce indépendant de proximité mérite de payer le léger surcoût pour sa proximité comme pour son indépendance … Que c'est agréable de voter ainsi plusieurs fois par jour. Merci à Douglas Tompkins pour cette belle lumière du "faire individuel". L'appliquer c'est le plus bel hommage à sa mémoire.

  • La civic-tech peut-elle changer la démocratie ?

    Obama team 28 10 15

    Du 7 au 9 décembre, Paris accueille une conférence internationale sur un sujet important : la civic-tech et la démocratie moderne. C'est un sujet au coeur des actuelles priorités puisque les citoyens sont lassés des actuelles conditions de dysfonctionnement de la classe politique qui cantonne les citoyens au chômage civique entre deux élections. Les démocraties occidentales sont confrontées au défi du numérique : une information mieux partagée, plus diverse, plus réactive … Et des élections majeures comme la récente élection américaine montrent que des défis nouveaux sont incontournables. La civic-tech c'est à dire les technologies appliquées à la vie civique portent des modifications profondes. De nombreuses interrogations existent. 

    C'est aujourd'hui le véritable critère de clivages dans les gouvernances publiques. Les collectivités qui vivent les technologies nouvelles pour faciliter la gouvernance et d'un autre côté celles qui retardent, volontairement ou pas, cette évolution. Globalement, les collectivités françaises s'avèrent peu imaginatives et audacieuses en la matière. Dommage. 

    NB : pour rappel, les parties ci-dessus du texte qui sont en bleu et en gras renvoient sur d'autres articles en cliquant simplement sur ces liens.

  • Quand tout s’accélère … ou reste-t-il encore une place pour une autre information ?

    Leaders occidentaux

    La photo ci-dessus date du 25 avril 2016. Et à fin 2016, sur 5 leaders occidentaux de puissances majeures, 5 d'entre eux ont perdu le pouvoir. Cameron a perdu le pouvoir en mai 2016 lors du Brexit. Hollande et Renzi ont perdu le pouvoir dans la même semaine pour des raisons différentes. Quant à Obama, il est sur le départ sans avoir lutté pour cause de contraintes légales de non cumul de mandat mais c'est un opposant résolu qui va lui succéder (Trump). 

    7 mois plus tard, le pouvoir a changé de titulaires à une exception près.

    C'est le moment choisi par des investisseurs et des journalistes américains pour lancer une "autre information" : plus réactive, plus brève, bref plus en adéquation avec le monde moderne. Ce site c'est Axios. Il sera lancé très prochainement. C'est une expérience à suivre avec attention. Reste-t-il encore une place pour une autre information et si oui quel doit être son contenu comme ses supports ? Un très beau sujet. Réponse dans quelques semaines avec Axios. Peut-être ?

    Axios

  • Une démission climatique en toute discrétion …

    Espèces d'ours 2 13 10 16

    Il y a 15 jours, la COP22 décalait à la COP24 (2018) l'arbitrage sur les mesures concrètes visant à appliquer les orientations de la COP21 (Accord de Paris de décembre 2015). Précisément, l'Accord de Paris ne trouvera pas application avant le 1er semestre 2019 puisque la COP24 se tiendra en novembre 2018. 3 ans de perdus. 

    Le débat des primaires de la Droite s'est terminé il y a une semaine. A-t-il été question du réchauffement climatique ? Jamais. Comme si le sujet n'existait pas. 

    Et la liste pourrait continuer longtemps. Ainsi, exemple parmi d'autres, au Canada, Justin Trudeau vient de céder sur deux nouveaux oléoducs…

    Tout se passe comme si la démission climatique s'installait. C'est ce qui explique que le Pape en soit conduit à demander aux scientifiques de se mobiliser parce qu'il ne croit plus aux politiques. Une situation irréelle. 

    Sur un sujet décisif pour son devenir, la planète court manifestement à une crise de plus en plus grave mais au moins elle y va avec discrétion, comme si de rien n'était … bref avec la même méthode que les années qui ont précédé la crise financière de 2008. 

  • L’événement le plus important de la semaine écoulée : Viadeo !

    Viadeo

    Mardi 29 novembre, Viadeo a été placée en redressement judiciaire. C'est le marqueur le plus important d'un tournant des marchés.  L'étape pendant laquelle des sociétés pouvaient vivre des placements des investisseurs et non pas des recettes des clients est passée. Finie. Ce tournant était annoncé depuis une quinzaine de mois. Je l'ai évoqué à de nombreuses reprises. C'est une étape nouvelle qui s'ouvre.

    Ce nouveau cycle s'ouvre dans un contexte qui mérite l'attention. L'énergie repart à la hausse. Les taux d'intérêt vont redémarrer aussi. Le protectionnisme gagne du terrain notamment aux Etats-Unis où l'Administration Trump semble solide ce volet. C'est dans ce contexte que les Français vont prendre conscience des occasions manquées ces 5 dernières années. Aux Etats-Unis, le taux de chômage vient de passer en novembre 2016 en-dessous des 5 % de la population active c'est à dire au niveau de 2007 soit avant la crise de 2008 ! En France, ce taux est de plus du double.

    Est-ce le moment dans ce contexte où la crise sous de nouvelles formes est devant qu'il faut lever des pans entiers de couverture sociale ? La sagesse veut que c'est en période de croissance saine qu'il faut alléger la couverture sociale. Si cette évolution se produit en période de crise, la "casse humaine" est considérable. 

    Une réalité qui montre aussi, si besoin était, le décrochage dans le temps entre l'adoption d'une politique et l'impact concret. Pour Obama, il lui a fallu 5 ans pour infléchir la tendance de 2008 et avec des mesures volontaristes considérablement plus élevées qu'ailleurs puisqu'il a opéré des nationalisations ponctuelles provisoires. 

    La France risque de payer très cher dans ce nouveau contexte l'amateurisme des dernières années car un sérieux "gros temps" s'annonce et cette tempête très sérieuse va être affrontée par un pays très fragile.

  • La fin des plafonds de verre

    JFK Library 2 02 12 16

    Le concept du plafond de verre est né dans les 10 dernières années en politique. L'idée est simple : il y aurait des seuils infranchissables pour tel ou tel candidat. C'est presque une approche d'analyse boursière appliquée à la politique : l'idée de tunnels quantitatifs à l'intérieur desquels une valeur ou une marque politique peut fluctuer mais avec la sécurité de ne pas franchir un plancher technique ni un plafond technique. 

    Les plafonds de verre sautent les uns après les autres. Dernier exemple en date, en France, Fillon qui manque de peu de passer dès le 1er tour après avoir été 15 jours auparavant dans le "plafond de verre" du 15 % au mieux. 

    L'opinion publique a gagné en maturité de décision comme en pluralité d'informations. Elle se libère donc des "tunnels" dans lesquels les analyses quantitatives l'emprisonnaient. C'est une nouvelle donne majeure. 

    L'article paru dans Les Echos du 30/11/16 sur les nouvelles sources d'informations dont la part nouvelle des "fausses informations" présente de façon très réussie l'un des volets nouveaux de cette réalité. A l'intérieur de cet article globalement de qualité, des points sérieux méritent la contestation. Ce qui est sûr c'est qu'une nouvelle démocratie d'opinion est en train de naître avec des contingences fondamentalement nouvelles. Une période très intéressante.

  • Gouvernance et impopularité ne sont pas irrémédiablement jumelles

    Obama 3 18 11 16

    Il faut reconnaître au moins une qualité aux nuls : leur capacité à dénicher des plus nuls qu'eux pour ne pas avoir à souffrir la comparaison. Sur le fond, c'est un vrai savoir faire qui rythme actuellement la vie publique française. En conséquence, progressivement, elle s'est installée dans cette culture que gouvernance et impopularité seraient jumelles. Ce qui est faux. Hier, un institut de sondages fiable (Quinnipiac University) a publié un sondage sur Obama affichant une cote d'insatisfaction de … 22 % ! La défiance est pour lui le double de la cote de confiance pour le Président français c'est dire qu'à confiance comparée Obama inflige un 4 / 0 à Hollande. Mais en France maintenant, même en dehors de l'approche la plus difficile qu'est l'intention de votes, les sondages sont disqualifiés. Tout est disqualifié : les chiffres publics, les sondages privés … Un néant abyssal comme si la nullité devenait irrémédiablement contagieuse sans frontière … Heureusement qu'il existe encore des chefs d'Etat qui échappent à ce terrible constat. Les raisons sont évidentes. Mais il peut encore exister en France de la Cour et des obscurantistes pour se demander pourquoi … 

  • Les Français échappent-ils à la vague anti-establishment ?

    Trump 19 09 16

    L'establishment c'est quoi ? Selon le dictionnaire : " l'ensemble des gens en place qui contrôlent l'ordre établi et cherchent à se maintenir". Bref, aucun candidat politique français n'échappe à ce jour à l'appartenance à l'establishment. Voilà la réalité derrière les mots supposés "rebelles". Or cette réalité n'échappe pas aux citoyens et surtout pas aux jeunes.

    Il semblerait que les jeunes aient été très absents de la primaire de la Droite et du Centre. Le vrai phénomène actuel c'est que les électeurs se dérobent. Le Droite a mobilisé sa clientèle traditionnelle majorée de perturbateurs de gauche perdus dans un combat animé par une autre cause. 

    Ce phénomène est actuellement le plus important. Un électorat qui se dérobe montre qu'il est prêt aux votes les moins encadrés. C'est le vrai socle du "trumpisme" : quand la colère devient incontrôlable au point de s'émanciper des voies habituelles. Cet état d'esprit est très présent en France, probablement majoritaire et largement. Mais il n'y a pas encore de porte voix. C'est cette absence qui va poser problème et conduire à des votes protestataires considérablement majorés même sans illusion.

  • Et si le vrai vainqueur des élections américaines, c’était lui …

    Alexander Karp

    En 1980, lors de la victoire de Ronald Reagan, il y eut beaucoup d'étonnement face à certaines attitudes de Reagan. Puis quelques mois après, tout est apparu très cohérent. A la manoeuvre, Richard Wirthlin et son programme PINS. Une vraie croisade informatique. L'opinion américaine avait été segmentée en 157 catégories. Et chaque catégorie avait été quantifiée par Etat. Chaque catégorie avait été testée sur des mots d'évocations. Si bien que lorsque Ronald Reagan procédait à une déclaration, il disposait préventivement d'une simulation de nature à lui donner l'impact sur les électeurs clefs dans chaque Etat. Tout ce qui paraissait improvisé, voire désordonné était très … programmé et cohérent.

    N'est-ce pas le même schéma en 2016 ? Le Point a consacré de façon très réussie une présentation d'Alexander Karp avec sa société Palantir. Via Peter Thiel, proche de Trump et encore plus proche d'Alexandar Karp, ce dernier a-t-il tenu en 2016 la même fonction que Wirthlin en 1980 ? La question s'était déjà posée avec discrétion pendant la campagne. A fortiori lors de la désignation de Kellyanne Conway comme directrice de campagne car Conway est une adepte de Wirthlin. Dans les prochains mois, la clarté se fera jour. Le vrai vainqueur des élections américaines prendra peut-être un nom inattendu comme en 1980 ?