Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Quand le crayon est aussi une agence de voyages

    Crayons 11 03 18

    Serons-nous la dernière génération à … écrire ? Ou plus précisément à communiquer par des signes en ayant utilisé un crayon ou un stylo ? Il y a des signes à suivre. Cette année en janvier, très peu de cartes de voeux reçues (ou expédiées d'ailleurs). Les voeux ont été reçus par sms, mails … Les mots manuscrits sont de plus en plus rares. Quand des personnes sollicitent des conseils, leurs structurations de phrases sont très découpées. Le respect des mots est pour le moins … libéré. Bref, l'écriture avec les repères classiques se perd manifestement. Aujourd'hui, le mobile ou la tablette règnent. Une évolution aussi massive et rapide était imprévisible. C'est dommage. Pour ma part, je reste solidement accroché aux instruments classiques de l'écriture. Et avec une passion particulière pour les crayons : le "stylo du pauvre". Une passion qui remonte à mon enfance. Le crayon est propre. Il ne tâche pas comme la bille ou l'encre. Il permet la révision de l'expression sans trop laisser de trace grâce à sa complice : la gomme. Il offre une très grande variété de looks. Il ne coûte pas cher. Il visualise l'ampleur de votre travail par sa dimension qui diminue en fonction des tailles de la mine. Et surtout, il est aussi une agence de voyages. A chaque déplacement, je garde le souvenir de plusieurs crayons. Et les utiliser ultérieurement, c'est un "parfum" de l'endroit d'origine. Au moment où le crayon est emporté par la chute des instruments traditionnels de l'écriture, il mériterait presque un comité de soutien ! Vive les crayons !

  • Quand les événements ne sont presque jamais ce qu’ils semblent être …

    Tapie

    Pour moi, l'article de la semaine, ce sont les 12 pages d'entretien de Bernard Tapie dans Le Point. J'ai eu l'occasion de le rencontrer trois fois. A chaque reprise, j'avais le sentiment que la réalité du personnage était si loin de son image. Cet entretien dans Le Point ponctue ce sentiment. La première fois, c'était dans le cadre de la préparation de son émission Ambitions lors du passage à Grenoble. Avant de quitter la mairie de Grenoble, j'avais connu de nombreuses préparations de manifestations de ce type. Mais jamais un tel professionnalisme. Tout était consigné sur des fiches. Jusqu'aux moindres détails des chambres d'hôtel par membre de son équipe afin qu'ils retrouvent ce qui leur faisait plaisir. Il avait une revue de presse remarquablement faite dont l'article de L'Express qui faisait alors de Grenoble la "Californie de la France", la "ville de l'anti-crise".

    Grenoble 1985

    D'où sa détermination à venir dans cette ville. A la fin de son émission, lorsqu'il s'agissait de rencontrer des entrepreneurs pour un buffet dînatoire léger, son épouse Dominique lui demande de prendre congé parce qu'elle est fatiguée et il s'exécute avec une gentillesse exemplaire. Le bouillonnant était donc aussi celui de la précision des détails. L'individualiste pensait également aux … membres de son équipe. Et le fort en gueule s'exécutait devait un …  "petit bout de femme". A l'opposé de tous les clichés. La seconde fois, ce fut en 1988 dans le cadre de sa campagne à Marseille. Je participais alors à la campagne d'un concurrent de Tapie. Mais même ses concurrents étaient scotchés, admiratifs devant son énergie, devant son audace, devant la qualité de ses documents diffusés. J'ai toujours ses publications "Marseille se prend en main 6" (NB : chiffre 6 pour le cadre de sa circonscription des Bouches du Rhône).

    Tapie 10 03 18

    30 ans plus tard, le graphisme est toujours mode ! La troisième fois, c'est en 2014 à l'issue d'un déjeuner sur Paris. Il est quelques tables à côté. Ses épreuves avaient été fortes, multiples. A la fin du déjeuner, c'est la possibilité de lui parler. On peut imaginer le personnage aigri, amer, expéditif, replié sur lui. A l'opposé, il est sympa, disponible, plein de mémoire. Dans Le Point, un bel article qui à de multiples reprises est aussi une sacrée leçon de vie. 

  • Quand des événements donnent de la vie aux années …

    DIAPO10

    Dans peu de mois, ce sera désormais au tour de Thomas de porter son fils Léon sur les épaules pour lui faire découvrir l'agréable toucher des feuilles. Aujourd'hui Léon fête son 1er anniversaire. Avec le recul, sa présence m'a conforté dans le sentiment que l'existence c'est un choc permanent entre les années et la vie. Il y a des moments où on a le sentiment que des années prennent sur la vie : des annonces de décès, des événements lourds (santé …). Dans ce cadre, les années pèsent. On a juste le sentiment de survivre. Puis, au contraire, il y a d'autres moments où on a le sentiment que la vie retire des années du nombre de celles déjà écoulées. On se sent plus jeune, plus "léger", plus heureux. C'est le "miracle de Léon". Ce "miracle", grâce aux réseaux sociaux, c'est très agréable de voir combien il peut être partagé dans de nombreuses familles vivant les mêmes circonstances. Revivre ces instants si merveilleux déjà connus avec nos fils. Avec l'âge, quand un événement donne de la vie aux années, il est encore davantage apprécié parce que l'expérience nous a appris que ce n'était pas si naturel que ce que l'on pouvait imaginer au début de la vie. Bon anniversaire à Léon et à ses parents Ombeline et Thomas.

  • Et si c’était elle … ?

    Elizabeth Warren 03 03 18

    Dans le cadre de la journée internationale de la Femme, comment ne pas évoquer un défi manqué en 2017 : l'installation d'une femme à la tête de la première puissance au monde ? En 2008, Obama avait fait vivre un rêve : le premier président métis des Etats-Unis. En novembre 2016, Hillary Clinton a manqué un rendez-vous historique : être la première femme présidente des Etats-Unis. Mais ce n'est que partie remise. Peut-être en 2020 ? Si c'est le cas, la mieux placée pour ce rendez-vous c'est Elizabeth Warren. Cette Sénatrice de Boston, âgée de 68 ans, a un parcours remarquable. En novembre 2012, elle gagne contre Scott Brown, un jeune leader Républicain qui avait créé la surprise dans la circonscription de Ted Kennedy. Universitaire, Elizabeth Warren est aussi une remarquable femme de terrain. Au Sénat, ses interventions sont unanimement reconnues comme de très grande qualité. C'est l'anti-Trump. Or les présidentielles américaines se nourrissent de contrastes très forts. Presque des anti-portraits entre le sortant et son challenger. Pas d'histoire sexuelle dans les tiroirs. Ni de question d'éthique pour cette femme qui, bénévolement, a longtemps donné des leçons gratuites à des enfants de quartiers difficiles. Si en 2020, les Etats-Unis devaient rouvrir le défi de la première femme présidente, Elizabeth Warren serait alors difficilement contournable. 

  • Les nouveaux visages du vote moderne

    Beto O'Rourke 21 02 18

    Hier le Texas ouvrait l'étape des primaires dans le cadre des élections intermédiaires de novembre 2018. Une fois de plus, le "vrai" vote a montré des surprises. En dehors du jour du vote, cet acte a pris de nombreux visages dans la démocratie moderne.

    Il y a le "vote médiatique d'opinion" c'est à dire l'émergence manifeste de chouchous voués à gagner tandis que d'autres seraient voués à perdre. La presse d'opinion a manifestement gagné un terrain considérable ces dernières années avec le règne croissant des commentaires sur les faits avérés.

    Il y a le "vote dans le canapé" : c'est le vote des sondages : un appel téléphonique et bien au chaud chez soi, on confirme que l'on va participer à l'élection et on donne une indication du vote en se méfiant car comme l'appel téléphonique n'est par définition pas garant de l'anonymat "on ne sait jamais …". Mais du "oui" bien au chaud au déplacement effectif le Jour J, il y a un écart considérable.

    Il y a le "vote médiatique d'audience" : organiser le suspens. L'audience gagne du terrain partout. C'est désormais un marqueur de réussite. Bernard Pivot sur Twitter avait une remarque pleine de bon sens : "hier l'intelligence créait l'audience. Aujourd'hui, l'audience crée l'intelligence ...". 

    Et puis il y a le vrai vote : le Jour J. Et là dans ce concert des visages, un seul visage prend corps. Et il réserve des surprises. Hier, au Texas, les annonceurs du vote sanction Trump ont dû déchanter. L'Amérique réserve encore manifestement de nombreuses surprises possibles …

     

  • Quand l’ordinaire sort du commun …

    Martin Parr 04 03 18

    Pendant le mois de mars, Montréal consacre les photographies de Martin Parr. Un hommage mérité venant d'une grande capitale internationale. C'est un photographe remarquable. D'ordinaire, il s'agit si souvent de chercher le spectaculaire. Voire même de le "mettre en scène". Pour Martin Parr, c'est la vie de tous les jours qui contient des scènes hors du commun. Comme la photo ci-dessus. Les intéressés ont la nature concernée sous les yeux mais finalement ils la regardent via une … tablette. En France, Arles avait accueilli une exposition de Martin Parr. Pour ceux qui aiment les photos de la "vraie vie" avec leurs côtés décalés anodins mais si lourds de sens, un photographe à ne pas manquer. 

  • Une terre rarement connue aussi gorgée d’eau à ce point

    Chaussures 03 03 18

    Aujourd'hui avec la chute de neige dans la matinée puis la pluie forte immédiate, et pourtant avec l'expérience de décennies de randonnées pour visiter les torrents des fonds de vallée, j'ai rarement connu une terre aussi gorgée d'eau. Un retour avec des habits entièrement transpercés par la pluie de la matinée. Je n'ai également jamais vu une nature aussi peu entretenue qui gagne en permanence du terrain dans le désordre. Des chemins entiers sont en train de disparaître. Une évolution assez incroyable. Dernièrement, le samedi 17 février, en achetant du boudin effectué directement par des producteurs, j'ai été conduit à évoquer le détail des chemins découverts pendant mon enfance grâce à des agriculteurs qui connaissaient les moindres recoins. Et en citant un nom (Vital Geymond), la surprise et le plaisir de voir une des personnes présentes évoquer immédiatement les mêmes souvenirs : le rythme lent, l'opinel, la baguette flexible pour tuer les vipères au printemps, la gourde d'eau, le plastique dans une poche pour se protéger de la pluie surprise … : en quelques minutes je revoyais toutes les images de mon enfance. En revanche, à cette époque, je n'ai jamais imaginé que la nature puisse être ainsi abandonnée quelques années plus tard. Dommage. 

  • #SIA18 : bravo à la Ferme de Savoyères de Claix

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    C'est un réel plaisir que d'apprendre le prix remis au Salon International de l'Agriculture à la Ferme de Savoyères de Claix : le 1er prix d'excellence agri-écologique. Savoyères est un endroit très joli du cadre péri-urbain grenoblois. Avec nos enfants quand ils étaient "petits", c'était l'une de nos promenades préférées le week-end en VTT. Sur les flancs du Vercors, les paysages offrent des haltes avec une vue magnifique. Il y a également une réelle tradition des agriculteurs de ce secteur à mettre en oeuvre une vocation pédagogique forte. Nos enfants sont souvent allés à cette Ferme du temps où ils étaient à l'Ecole St Pierre de Claix. Comme la ferme Pollicand à Claix, les plantations Rouveure à Varces … : c'est l'un des volets agréables de l'agglomération grenobloise que de permettre ce contraste quasi-immédiat entre la campagne et la ville en quelques minutes. C'est d'ailleurs l'une des actuelles menaces du PLUI que de compromettre cette tradition. Des néo-grenoblois plus attachés aux mots qu'aux réalités malmènent cette richesse locale. Ce sera l'un des enjeux majeurs de 2020 face à des dogmatismes locaux préoccupants comme à des abandons supposés incontournables que de voir la mobilisation locale pour défendre et pour respecter ces beaux paysages. 

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  • La génération qui cède trop rapidement à la flemme du mimétisme

    Dechetterie 25 02 18

    Il y actuellement un danger réel : la mode du faire comme le groupe. Cette soumission à l'expression du nombre trouve parfois des applications stupéfiantes. Un exemple concret : au sud de l'agglomération grenobloise, il y avait une logique ancienne consensuelle de déchetteries de proximité. Chaque Commune a sa déchetterie. Cela avait été considéré alors à juste titre comme la meilleure protection contre les dépôts sauvages liés traditionnellement à l'éloignement des lieux de traitements. Loin de cette logique, l'intercommunalité décide tout dernièrement de regrouper les déchetteries. Il était concevable de penser que les élus locaux des Communes concernées se mobilisent et votent contre un tel regroupement qui amène des contraintes considérables avec le retour des risques des dépôts sauvages.  Mais ce choix ne fait l'objet d'aucun vote contre : le poids du groupe. Une génération qui aime ce que les autres … aiment. Qui vote pour les candidats chouchous des … sondages. Une génération qui a perdu le sens du NON. Inquiétant à ce point. Toutes les informations pratiques en cliquant sur le lien suivant : Environnement.

    Dechetterie 2 01 03 18

  • Les marqueurs les plus simples valent toujours mieux que les dossiers techniques complexes

    Grenade sur Adour 28 02 18

    Je suis toujours surpris par la capacité actuelle à créer de la complexité pour tenter d'identifier une réalité quotidienne. Prenons l'exemple de la qualité de vie dans les centres des Communes. Il y a un marqueur très simple : combien de personnes prennent le temps de faire une halte sur la place ? Pour que des personnes prennent ce temps, il faut :

    • qu'une place existe,
    • qu'elle soit accueillante : bancs + calme + commerces à proximité,
    • dans un cadre sécurisé et propre : ne pas être importuné par des personnes "pénibles" ni devoir rester assis au milieu de poubelles ..

    Au gré de déplacements professionnels, je suis actuellement stupéfait par la disparition de telles places. Une disparition qui met en relief tantôt la logique de développement de "Communes dortoirs" ou un niveau de non convivialité dans des espaces publics qui devient manifestement inquiétant. 

    C'est actuellement très surprenant de voir le manque de considération donné à des faits simples pour choisir des rapports compliqués fourmillant de chiffres et de critères pour des entrées multiples. Après le bal des mots perdant du sens, c'est le choc des données demandant trop de temps pour les comprendre. Heureusement, il reste encore quelques repères du bon sens du quotidien…