Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Elections 2018 : le nouveau coup de poing américain

    Exprimeo Beto O'Rourke 25 02 18

    Les actuelles campagnes pour les primaires en vue des élections intermédiaires de novembre 2018 laissent apparaître des évolutions importantes. Il y a 10 ans, Obama marquait l'entrée des réseaux sociaux dans les méthodes d'organisation des campagnes électorales. Aujourd'hui d'autres méthodes changent au moins autant la donne. Ce sont ces changements qui font la différence parce que le rejet Trump risque de ne pas compter aussi fortement que pourraient le souhaiter la quasi-totalité des médias français. Un chiffre mérite l'attention : au 22 février 2018, Trump est à un taux d'approbation moyen de 42, 2. A la même date, en France, Macron est à 44 %. Moins de deux points peuvent-ils être la frontière entre la nuit et la … lumière ? Bien sûr que non. Et encore dans le cas de Trump, c'est une moyenne des sondages mais certains comme Rasmussen, d'ordinaire sérieux, le placent à … 50 % d'approbation. Sur ces bases, le seul rejet de Trump ne suffit plus en dehors de territoires très "marqués". Les différences sérieuses vont se construire ailleurs. Une période très intéressante qui est ouverte. 

    Beto O'Rourke 3 21 02 18

  • Du danger des démocraties de proximités

    Déforestation 3

    Soirée très agréable hier en regardant sur YouTube la conférence de Pablo Servigne grâce à l'alerte donnée par un ami sur Twitter. Une analyse très fine, documentée, remarquable. Mais surtout l'utilité d'une analyse critique. Dans ma formation, la première fois que j'ai éprouvé ce besoin d'analyse critique c'est à la lecture d'un ouvrage de Michel Crozier qui remettait en cause toute la grille officielle de lecture jusqu'alors donnée dont la vraie fonction du rôle préfectoral comme "paratonnerre" des autorités nationales. D'un coup, il me paraissait évident de ne jamais être prisonnier d'une seule grille de lecture. Hier soir, Pablo Servigne a effectué des démonstrations du danger des démocraties de proximités.

    Les proximités revêtent de nombreux habits. C'est l'habit de l'immédiateté : une opinion publique qui veut tout tout de suite.

    C'est l'habit de la proximité territoriale : ne pas chercher à voir ce qui se passe au loin : espèces animales en danger, ressources naturelles en extinction, changements climatiques lointains aux impacts incontournables …

    C'est l'habit de la proximité de pensées : le contre exemple le même jour de l'analyse de Servigne avait été le discours de Trump à la CPAC (retransmis sur CNN) : venir pour dire ce que la salle attend : de l'hommage à Billy Graham à la caricature de Trump faisant observer sa coiffure irréprochable …

    C'est aussi l'habit de la proximité cachée : des débats sur de nombreuses chaînes françaises sont des échanges courtois de l'entre soi où l'honnêteté minimale voudrait quand même par exemple que des universitaires conseillers de la campagne de Macron voient leurs deux qualités être mentionnées.

    C'est aussi l'habit de la proximité qui bride la liberté. Un exemple concret : dans les posts du Club 20, les plus visités (avec des scores de plus de 3 000 visites) sont les articles qui dénoncent des inactions locales, des défaillances manifestes. Les + visités ont souvent le moins de "j'aime" et de commentaires. Les commentaires sont envoyés par messenger … Les avis apparents sont ceux qui émanent de personnes qui ont la liberté de les témoigner ainsi, l'indépendance face aux pouvoirs locaux, l'engagement qui leur donne une force particulière. Mais pour les autres, l'expression devient cachée, dissimulée, "secrète" pour ne pas froisser un pouvoir dont on pourrait solliciter une aide, une subvention, une autorisation …

    C'est en s'ouvrant à des esprits qui font vivre "l'air du large" avec des contestations, des angles de vues neufs, des opinions rebelles qu'une communauté avance, qu'elle se construit, qu'elle prend des décisions de qualité. A trop s'éloigner de telles méthodes, il y a matière actuellement à alimenter des inquiétudes sérieuses. Hier soir, Pablo Servigne a fait souffler cet air du large, c'était sain et agréable. 

  • Vers 4 hausses des taux d’intérêt sur 2018 ?

    Bourse 2 25 08 15

    La FED semble avancer vers 4 hausses des taux d'intérêt sur les mois à venir de 2018. La page des "bas taux d'intérêt édredons" pour amortir la crise de 2008 est bien tournée. Le comportement moteur international de la FED étant manifeste, c'est une page qui se tourne pour l'ensemble des économies occidentales. En France, cette nouvelle page augure de difficultés terribles puisque gouverner est toujours resté dans la culture du "dépenser plus". Chaque déplacement gouvernemental c'est l'annonce de nouvelles dépenses : créer des postes, renforcer des politiques publiques … Le vrai rendez-vous c'est le jour où la classe moyenne tirera les conséquences politiques de sa saturation fiscale. La fiscalité française est prise dans une tenaille impossible avec des taux d'intérêt élevés. D'un côté, elle a réduit la base des foyers imposés pour sortir des bas revenus. D'un autre côté, les hauts revenus s'évadent dans la discrétion totale et avec un consentement populaire irréel. Dany Boon vient se refaire une santé financière avec les chti version xxx mais il est résident à Londres depuis 2014 après avoir été à résident à Los Angeles après le succès des Chti version 1. Omar Sy, vedette adorée des français, est résident américain à Los Angeles. Comme Hallyday qui recourt au droit américain pour sa succession. Il est vrai que le peuple français pardonne tout à ses idoles … Le vrai tournant, c'est le jour où cette assiette fiscale de plus en plus réduite donc lourde pour les assujettis deviendra absolument honnie. A ce moment là, la politique française entrera dans un autre univers. 

  • A son tour, la France officialise son entrée dans l’ère post-vérité

    Trump 3 28 12 17

    L'ère post-vérité, c'est quoi ? C'est un constat opéré en 2004 par un auteur britannique (Post Truth Era) au sujet du fonctionnement de la vie politique américaine et plus particulièrement de la guerre d'Irak : le subjectivement possible compte davantage que le factuellement avéré. A cette époque, c'est toute la dialectique de l'Administration Bush et de Colin Powell à l'ONU : le comportement de l'Irak était subjectivement possible mais pas factuellement avéré. Les émotions, les opinions ont pris l'ascendant sur les faits. Avec l'épisode Wauquiez des derniers jours, la France vient de consacrer son entrée à son tour dans cette ère. La question n'a pas porté sur : le contenu est-il exact (Juppé a-t-il trop endetté Bordeaux ?, les députés LREM sont-ils trop soumis ? …) mais fallait-il le dire ou fallait-il l'exprimer ainsi ? L'examen des faits glisse au second rang derrière l'émotion liée à la forme de l'expression. Sous ce volet là, la vie publique française s'est bien "trumpisée". En 2016 et depuis, Donald Trump est le premier candidat puis le premier chef d'Etat à pratiquer à ce point l'ère post-vérité. Cette trumpisation n'est pas le fait d'un auteur (Wauquiez) mais de toute une communauté médiatico-politique qui endosse à ce point la logique de la "démocratie du clic" : trop rapide pour prendre le temps d'investiguer sur la réalité de faits. C'est une nouvelle donne majeure qui vient de naître. Il ne s'agit plus qu'un fait soit avéré mais qu'il soit subjectivement possible. Ce qui est plus qu'une nuance.

  • Harcèlements : que se passe-t-il en France le jour d’après … les mots ?

    Nathalie portman 2 19 02 18

    "Vous vous exprimez sur le harcèlement mais combien mettez-vous pour permettre de défendre cette cause pour des personnes qui n'ont pas les moyens de se payer un Avocat ?" : c'est intéressant de voir les réponses à cette question simple. Aux Etats-Unis, des actrices ont créé un fonds d'aides. Il a dépassé la semaine dernière le montant de 21 millions de dollars et 1 000 procédures judiciaires seraient sur le point d'être engagées dans les prochaines semaines avec les frais d'avocats payés par ce fonds (Time's Up (C'est fini !)). En Grande- Bretagne, un fonds identique vient d'être créé :  "Justice and Equality Fund". Plus de 2 millions de Livres Sterling déjà collectés en moins d'une semaine. De même en Suède … Et en France ? Les vedettes qui s'offusquent sur les plateaux TV, quoi de concret en dehors des mots ? Rien. Bien davantage, la simple question de bon sens des jours d'après les mots n'est même pas posée par les présentateurs TV. Un décalage qui montre, si besoin était, combien ce pays est incapable de passer à l'acte pour traiter sérieusement un dossier en dehors des mots et dans un entre soi qui étouffe les réflexes de bon sens. Une explication du déclassement généralisé de ce pays. 

  • La parfaite complémentarité …

    Oiseaux 18 02 18

    La nature a des moments où elle donne une image quasi-parfaite de certaines situations. Ainsi, des paysages sont d'une beauté que même la plus imaginative pensée ne pourrait concevoir à ce niveau de perfection. Là, sur cette photo que j'ai réalisée hier matin, je patientais pour photographier un magnifique bouvreuil pivoine. Mais il était très méfiant. Et d'un coup cette image.  Une mésange bleue et une mésange charbonnière donnent l'image de la parfaite complémentarité. Deux espèces différentes. Deux branches d'arbres différentes pour se poser avant d'accéder à la mangeoire et des regards dans des directions opposées. En quelques secondes, elles offrent l'exemple de la parfaite complémentarité. 

  • 18 milliards d’euros !

    Bourse 2 25 08 15

    Ce matin sur LCI, Bruno le Maire a officialisé l'entrée dans un nouveau cycle : la hausse des taux d'intérêt. C'est une nouvelle donne majeure pour l'Etat français. Des repères simples sont nécessaires. 1) Sur 2017, pour sa structure courante de fonctionnement, l'Agence France Trésor a chiffré son besoin de financement à 185 milliards d'euros. 2) De 2012 à 2016, les intérêts annuels de la dette ont baissé de 5 milliards d'euros alors même que le capital de la dette augmentait sur la même période de 277 milliards d'euros. C'est dire combien la structure de fonctionnement de l'Etat a reposé sur un endettement croissant dont les effets ont été modérés artificiellement par la baisse des taux d'intérêt. 3) Si les taux d'intérêt augmentaient progressivement pour parvenir à un taux "moyen" d'avant crise 2008 , c'est une augmentation de 18 milliards d'euros à compter de la 3 ème année c'est à dire à année pleine compte tenu de l'actuelle structure de l'endettement de l'Etat français. Or le propre de la dette c'est que le loyer de l'argent doit être payé sans contrepartie de nouvelles prestations. Le mur est là. 

  • Et si c’était elle … ?

    Elizabeth Warren 12 02 18

    Il y a un siècle (février 1918), la Grande Bretagne enregistrait la 1 ère victoire des suffragettes. Leur combat avait débuté en 1903. Il leur a donc fallu 15 ans pour obtenir une première étape pour un droit de vote conditionnel en GB. Ce n'est qu'encore 10 ans plus tard que les conditions de vote seront analogues entre les sexes en GB. Et en France, il faudra attendre 1944. Au Canada, la reconnaissance progressive sera associée à des volets d'identités. Par exemple pour les Indiens, cette reconnaissance dans la province de Québec n'interviendra qu'en 1960 ! En pleine affaire Weinstein, ces repères méritent une attention particulière. Il y a des "frontières de mentalités" qui n'ont pas encore été franchies. Elles ne le seront véritablement que le jour où des femmes accéderont tout naturellement par le vote majoritaire à des fonctions emblématiques. Obama a fait vivre ce symbole fort en 2008 pour des candidats métis. C'est à souhaiter que des femmes s'engagent plus fortement à des fonctions clefs. La vraie victoire des suffragettes sera alors consacrée. Pour le moment, nous ne sommes malheureusement qu'à des étapes. Et si en 2020 face au machisme caricatural insupportable de Trump, Elizabeth Warren faisait vivre ce défi ? Une belle cause comme celle de 2008 pour cette démocratie et bien au-delà… 

  • Quand la nature est livrée à elle-même …

    Lavanchon 4 11 02 18
    Lavanchon 10 02 18

    Au rythme actuel, deux constats méritent l'attention. D'une part, les intercommunalités dépossèdent les Communes de certaines compétences et éloignent du terrain le pouvoir de décision. D'autre part, au sein même des Communes, l'enracinement durable des habitants est différent sous l'effet de multiples facteurs : divorces, mutations professionnelles … Si bien qu'au sein même de Conseils Municipaux les implications durables sont souvent moindres. Des phénomènes éloignés de la visibilité prennent une ampleur particulière. Au gré des promenades de week-end sur des chemins que je pratique depuis des décennies, je suis stupéfait par le non entretien de chemins, de berges de rivières … C'est du jamais vu. Les photos ci-dessous valent davantage que les mots. De telles situations annoncent des barrages naturels aux conséquences redoutables lors de prochaines pluies. 

    Lavanchon 2 11 02 18

    Lavanchon 3 11 02 18

     

  • La confiance ou le vrai prix de la vérité

    Dan Rather 2

    Hier soir, le plaisir de voir en totalité un film sur l'affaire qui a conduit au retrait de Dan Rather (film : le prix de la vérité). Remarquable. J'appartiens à une génération qui a effectué ses choix de carrières quand les médias étaient aux Etats-Unis un exemple de quatrième pouvoir. L'un des exemples est Eric Conan, copain de la Prép. ENA abandonnant une carrière administrative de haut niveau pour devenir journaliste. Ils n'étaient pas les "faiseurs de rois" mais les faiseurs de vérité. Et Dan Rather était l'une des figures emblématiques. Le présentateur n'était pas alors un lecteur de dépêches avec si possible une journaliste mannequin à ses côtés mais un investigateur, une caution morale. C'est ce registre qui a fondé le réflexe d'alors "c'est vrai puisque la presse le dit …". Presque l'opposé des sentiments actuels. Ce film remarquable retrace l'épisode qui a mis fin à la carrière de Dan Rather. Une erreur qui a cassé la confiance. Et la confiance est le vrai socle de la vérité. Probablement le seul d'ailleurs. Et aujourd'hui, la satisfaction de suivre Dan Rather via son compte Facebook. Quelle simplicité. Quel talent. Une réelle référence dans la durée.