Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Quand il faut initier Junior …

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    Hier matin, un spectacle surprenant. L'un des écureuils familiers est suivi par un petit écureuil. Tout petit format. Et le premier montre au second tous les endroits où les graines sont bien là. Diverses. Protégées. Aucun repère n'échappe à la démonstration. Nous avons pu les voir arriver bien sagement : l'un suivant l'autre. Tout y est passé : les arbres, la table … Et Junior suivait méthodiquement. Un parcours initiatique sous nos yeux. Junior avait son guide … 

  • La revanche de la vie réelle …

    Chat et souris

    Auprès d'un microcosme, les réseaux sociaux ont fait naître un malentendu : les réseaux sociaux pourraient être les outils modernes de survie d'un discours déconnecté de la vie réelle. A l'opposé, les réseaux sociaux sont devenus les moyens de défense de la vie réelle. C'est une nouvelle donne considérable. Nous ne sommes qu'au début des conséquences pratiques. L'actuelle campagne des élections intermédiaires aux Etats-Unis le montre. Avec le renforcement de la diffusion des informations via les réseaux sociaux, c'est la revanche de la vie réelle ou  la fin brutale d'un entre soi sélectif. Un choc considérable qui ne fait que commencer. Des exemples :

    • comment Hulot, passionné des berlines, peut-il maintenant être crédible pour demander de ne pas utiliser les voitures quand une semaine ne compte pas assez de jours pour lui pour faire rouler une de ses voitures par jour ?
    • comment des politiques dans telle ou telle ville de France peuvent-ils être crédibles en se réfugiant derrière des tableaux que personne ne comprend pour tenter de faire vivre un argument que la moindre photo postée sur Facebook ou Twitter emporte comme une feuille au vent ?
    • je l'ai vu dernièrement sur la Commune où j'habite en écoutant les moqueries dont faisait l'objet une élue municipale (Danièle Lieutaud) qui occupe les pages d'un quotidien régional pour sauver 3 grenouilles qui traversent une route mais qui tient le registre d'enquête publique pour supprimer plus de 2 hectares d'espaces verts pour construire des immeubles dans la Commune où elle a été élue en promettant que le vaste programme immobilier ne soit pas … réalisé.

    Et la liste pourrait durer longtemps. Que se passe-t-il pour de bon dans la vie réelle ? : c'est désormais le vrai critère de choix dans de nombreuses démocraties. Une avancée positive. La monarchie reposait sur l'esprit de Cour : des initiés qui savaient mais partageaient que ce qu'ils considéraient comme positifs ou servant leurs intérêts. Cette page se tourne et c'est un progrès très positif. Bon nombre de dossiers devraient y gagner comme la lutte contre le dérèglement climatique, la protection de l'environnement, la défense des droits des plus fragiles … : parce que les citoyens ne se contentent plus de mots mais veulent des actes dans la vraie vie. Au jeu du chat et de la souris, le chat qui incarne le pouvoir face à la fragile souris (le citoyen) doit devenir très méfiant. Le danger est désormais au coin de chaque rupture avec la vie réelle …

  • Jusqu’à quel point les Français doivent-ils vénérer les cons ?

    Diner de con 14 03 18

    La première fois où j'ai réellement pris conscience de l'impact positif considérable des cons dans la vie des français c'est en lisant Francoscopie 1999. En 1998, le dîner de con connait un succès considérable. 6 nominations à la cérémonie des César. 10 millions d'entrées dans la sortie immédiate. Un film culte en France. Pignon est un héros national. Et Mermet dans Francoscopie analyse le phénomène : pourquoi le con plait en France comme nulle part ailleurs : le con est innocent. Il ne ment pas. Il ne manoeuvre pas. Il est sincère, gentil, honnête … Le con venait de creuser sa légende. Et la légende est sur-exploitée. Actuellement les succès : les Tuche, Ch'tite famille et hier l'actualité est faite par Franck Dubosc … Jusqu'à quel point les Français doivent-ils vénérer les cons ? Avec quelles conséquences collectives ? 3 précisions s'imposent : 1) on est tous le con d'un autre. Moi le premier. Avec plaisir et indifférence. 2) Mais il y a quand même des phénomènes hors compétition comme les caricatures du cinéma. Pourquoi vénérer alors la connerie quand c'est la garantie du succès à ce point ? Et pire, à l'époque du mimétisme, c'est la garantie de reprises de formules, d'attitudes … 3) Jusqu'où le règne de l'audience peut-il amplifier ce phénomène ? Hier, le GIEC qui fête son 30 ème anniversaire ou la disparition du rhinocéros blanc passent après les pitreries de Dubosc : inquiétant quand meme. A quel moment le public prendra-t-il conscience qu'à vénérer les cons, il enrichit de façon accélérée des "faux cons" qui produisent et jouent les films et que les "vrais cons" sont peut-être dans la salle … ? Entre l'obscurantisme de religions et la vénération des cons, le pays des … Lumières a de quoi s'interroger très sérieusement sur sa situation actuelle. 

  • Quand le crayon est aussi une agence de voyages

    Crayons 11 03 18

    Serons-nous la dernière génération à … écrire ? Ou plus précisément à communiquer par des signes en ayant utilisé un crayon ou un stylo ? Il y a des signes à suivre. Cette année en janvier, très peu de cartes de voeux reçues (ou expédiées d'ailleurs). Les voeux ont été reçus par sms, mails … Les mots manuscrits sont de plus en plus rares. Quand des personnes sollicitent des conseils, leurs structurations de phrases sont très découpées. Le respect des mots est pour le moins … libéré. Bref, l'écriture avec les repères classiques se perd manifestement. Aujourd'hui, le mobile ou la tablette règnent. Une évolution aussi massive et rapide était imprévisible. C'est dommage. Pour ma part, je reste solidement accroché aux instruments classiques de l'écriture. Et avec une passion particulière pour les crayons : le "stylo du pauvre". Une passion qui remonte à mon enfance. Le crayon est propre. Il ne tâche pas comme la bille ou l'encre. Il permet la révision de l'expression sans trop laisser de trace grâce à sa complice : la gomme. Il offre une très grande variété de looks. Il ne coûte pas cher. Il visualise l'ampleur de votre travail par sa dimension qui diminue en fonction des tailles de la mine. Et surtout, il est aussi une agence de voyages. A chaque déplacement, je garde le souvenir de plusieurs crayons. Et les utiliser ultérieurement, c'est un "parfum" de l'endroit d'origine. Au moment où le crayon est emporté par la chute des instruments traditionnels de l'écriture, il mériterait presque un comité de soutien ! Vive les crayons !

  • Quand les événements ne sont presque jamais ce qu’ils semblent être …

    Tapie

    Pour moi, l'article de la semaine, ce sont les 12 pages d'entretien de Bernard Tapie dans Le Point. J'ai eu l'occasion de le rencontrer trois fois. A chaque reprise, j'avais le sentiment que la réalité du personnage était si loin de son image. Cet entretien dans Le Point ponctue ce sentiment. La première fois, c'était dans le cadre de la préparation de son émission Ambitions lors du passage à Grenoble. Avant de quitter la mairie de Grenoble, j'avais connu de nombreuses préparations de manifestations de ce type. Mais jamais un tel professionnalisme. Tout était consigné sur des fiches. Jusqu'aux moindres détails des chambres d'hôtel par membre de son équipe afin qu'ils retrouvent ce qui leur faisait plaisir. Il avait une revue de presse remarquablement faite dont l'article de L'Express qui faisait alors de Grenoble la "Californie de la France", la "ville de l'anti-crise".

    Grenoble 1985

    D'où sa détermination à venir dans cette ville. A la fin de son émission, lorsqu'il s'agissait de rencontrer des entrepreneurs pour un buffet dînatoire léger, son épouse Dominique lui demande de prendre congé parce qu'elle est fatiguée et il s'exécute avec une gentillesse exemplaire. Le bouillonnant était donc aussi celui de la précision des détails. L'individualiste pensait également aux … membres de son équipe. Et le fort en gueule s'exécutait devait un …  "petit bout de femme". A l'opposé de tous les clichés. La seconde fois, ce fut en 1988 dans le cadre de sa campagne à Marseille. Je participais alors à la campagne d'un concurrent de Tapie. Mais même ses concurrents étaient scotchés, admiratifs devant son énergie, devant son audace, devant la qualité de ses documents diffusés. J'ai toujours ses publications "Marseille se prend en main 6" (NB : chiffre 6 pour le cadre de sa circonscription des Bouches du Rhône).

    Tapie 10 03 18

    30 ans plus tard, le graphisme est toujours mode ! La troisième fois, c'est en 2014 à l'issue d'un déjeuner sur Paris. Il est quelques tables à côté. Ses épreuves avaient été fortes, multiples. A la fin du déjeuner, c'est la possibilité de lui parler. On peut imaginer le personnage aigri, amer, expéditif, replié sur lui. A l'opposé, il est sympa, disponible, plein de mémoire. Dans Le Point, un bel article qui à de multiples reprises est aussi une sacrée leçon de vie. 

  • Quand des événements donnent de la vie aux années …

    DIAPO10

    Dans peu de mois, ce sera désormais au tour de Thomas de porter son fils Léon sur les épaules pour lui faire découvrir l'agréable toucher des feuilles. Aujourd'hui Léon fête son 1er anniversaire. Avec le recul, sa présence m'a conforté dans le sentiment que l'existence c'est un choc permanent entre les années et la vie. Il y a des moments où on a le sentiment que des années prennent sur la vie : des annonces de décès, des événements lourds (santé …). Dans ce cadre, les années pèsent. On a juste le sentiment de survivre. Puis, au contraire, il y a d'autres moments où on a le sentiment que la vie retire des années du nombre de celles déjà écoulées. On se sent plus jeune, plus "léger", plus heureux. C'est le "miracle de Léon". Ce "miracle", grâce aux réseaux sociaux, c'est très agréable de voir combien il peut être partagé dans de nombreuses familles vivant les mêmes circonstances. Revivre ces instants si merveilleux déjà connus avec nos fils. Avec l'âge, quand un événement donne de la vie aux années, il est encore davantage apprécié parce que l'expérience nous a appris que ce n'était pas si naturel que ce que l'on pouvait imaginer au début de la vie. Bon anniversaire à Léon et à ses parents Ombeline et Thomas.

  • Et si c’était elle … ?

    Elizabeth Warren 03 03 18

    Dans le cadre de la journée internationale de la Femme, comment ne pas évoquer un défi manqué en 2017 : l'installation d'une femme à la tête de la première puissance au monde ? En 2008, Obama avait fait vivre un rêve : le premier président métis des Etats-Unis. En novembre 2016, Hillary Clinton a manqué un rendez-vous historique : être la première femme présidente des Etats-Unis. Mais ce n'est que partie remise. Peut-être en 2020 ? Si c'est le cas, la mieux placée pour ce rendez-vous c'est Elizabeth Warren. Cette Sénatrice de Boston, âgée de 68 ans, a un parcours remarquable. En novembre 2012, elle gagne contre Scott Brown, un jeune leader Républicain qui avait créé la surprise dans la circonscription de Ted Kennedy. Universitaire, Elizabeth Warren est aussi une remarquable femme de terrain. Au Sénat, ses interventions sont unanimement reconnues comme de très grande qualité. C'est l'anti-Trump. Or les présidentielles américaines se nourrissent de contrastes très forts. Presque des anti-portraits entre le sortant et son challenger. Pas d'histoire sexuelle dans les tiroirs. Ni de question d'éthique pour cette femme qui, bénévolement, a longtemps donné des leçons gratuites à des enfants de quartiers difficiles. Si en 2020, les Etats-Unis devaient rouvrir le défi de la première femme présidente, Elizabeth Warren serait alors difficilement contournable. 

  • Les nouveaux visages du vote moderne

    Beto O'Rourke 21 02 18

    Hier le Texas ouvrait l'étape des primaires dans le cadre des élections intermédiaires de novembre 2018. Une fois de plus, le "vrai" vote a montré des surprises. En dehors du jour du vote, cet acte a pris de nombreux visages dans la démocratie moderne.

    Il y a le "vote médiatique d'opinion" c'est à dire l'émergence manifeste de chouchous voués à gagner tandis que d'autres seraient voués à perdre. La presse d'opinion a manifestement gagné un terrain considérable ces dernières années avec le règne croissant des commentaires sur les faits avérés.

    Il y a le "vote dans le canapé" : c'est le vote des sondages : un appel téléphonique et bien au chaud chez soi, on confirme que l'on va participer à l'élection et on donne une indication du vote en se méfiant car comme l'appel téléphonique n'est par définition pas garant de l'anonymat "on ne sait jamais …". Mais du "oui" bien au chaud au déplacement effectif le Jour J, il y a un écart considérable.

    Il y a le "vote médiatique d'audience" : organiser le suspens. L'audience gagne du terrain partout. C'est désormais un marqueur de réussite. Bernard Pivot sur Twitter avait une remarque pleine de bon sens : "hier l'intelligence créait l'audience. Aujourd'hui, l'audience crée l'intelligence ...". 

    Et puis il y a le vrai vote : le Jour J. Et là dans ce concert des visages, un seul visage prend corps. Et il réserve des surprises. Hier, au Texas, les annonceurs du vote sanction Trump ont dû déchanter. L'Amérique réserve encore manifestement de nombreuses surprises possibles …

     

  • Quand l’ordinaire sort du commun …

    Martin Parr 04 03 18

    Pendant le mois de mars, Montréal consacre les photographies de Martin Parr. Un hommage mérité venant d'une grande capitale internationale. C'est un photographe remarquable. D'ordinaire, il s'agit si souvent de chercher le spectaculaire. Voire même de le "mettre en scène". Pour Martin Parr, c'est la vie de tous les jours qui contient des scènes hors du commun. Comme la photo ci-dessus. Les intéressés ont la nature concernée sous les yeux mais finalement ils la regardent via une … tablette. En France, Arles avait accueilli une exposition de Martin Parr. Pour ceux qui aiment les photos de la "vraie vie" avec leurs côtés décalés anodins mais si lourds de sens, un photographe à ne pas manquer. 

  • Une terre rarement connue aussi gorgée d’eau à ce point

    Chaussures 03 03 18

    Aujourd'hui avec la chute de neige dans la matinée puis la pluie forte immédiate, et pourtant avec l'expérience de décennies de randonnées pour visiter les torrents des fonds de vallée, j'ai rarement connu une terre aussi gorgée d'eau. Un retour avec des habits entièrement transpercés par la pluie de la matinée. Je n'ai également jamais vu une nature aussi peu entretenue qui gagne en permanence du terrain dans le désordre. Des chemins entiers sont en train de disparaître. Une évolution assez incroyable. Dernièrement, le samedi 17 février, en achetant du boudin effectué directement par des producteurs, j'ai été conduit à évoquer le détail des chemins découverts pendant mon enfance grâce à des agriculteurs qui connaissaient les moindres recoins. Et en citant un nom (Vital Geymond), la surprise et le plaisir de voir une des personnes présentes évoquer immédiatement les mêmes souvenirs : le rythme lent, l'opinel, la baguette flexible pour tuer les vipères au printemps, la gourde d'eau, le plastique dans une poche pour se protéger de la pluie surprise … : en quelques minutes je revoyais toutes les images de mon enfance. En revanche, à cette époque, je n'ai jamais imaginé que la nature puisse être ainsi abandonnée quelques années plus tard. Dommage.