A quel moment les responsables politiques français vont-ils enfin prendre le temps de regarder des chiffres en face et non pas se contenter de jouer avec les mots trompeurs ? Actuellement, l'ordinaire c'est de constater qu'aucun service public n'a les moyens d'un bon fonctionnement. Le pays à l'imposition record et à l'endettement record n'aurait pas les moyens de … fonctionner ? C'est déjà un constat paradoxal. Mais face aux priorités comme sa défense face au terrorisme, il n'aurait même pas les moyens humains nécessaires. Là aussi regardons les chiffres. Au cours des 15 dernières années, tous les impôts locaux pris à l'unité ont augmenté. Et en plus, il y a eu la création de l'imposition intercommunale. Chacune de ces strates a augmenté sous des prétextes divers dont les transferts d'Etat. Mais l'Etat a lui aussi augmenté son imposition. En France chaque fois qu'une collectivité transfère une compétence à une autre, il n'y a aucune suite concrète donnée à la baisse du périmètre d'interventions de celle qui a perdu la compétence. Et il y a tout le temps augmentation des moyens des "fonctions supports" (les dépenses de personnels affectés aux tâches généralistes du siège). Quand j'exerçais la Vice-Présidence de la Région Rhône Alpes chargée des Finances, il y avait 300 personnes dans ces fonctions supports. Combien étaient-elles en 2010 avant la fusion avec l'Auvergne ? Plus de 1 400 ! Dans la seule période de 2004 à 2010, selon un rapport de la Chambre régionale des Comptes, ces personnes ont augmenté de + 53 % ! Et ces chiffres à la réalité incontestée ne donnent jamais lieu à la moindre explication sérieuse. C'est comme le fichier des personnes fichées S qui circule actuellement sur les réseaux sociaux, département par département. Pourquoi ces chiffres ne sont-ils pas publiés avec des explications détaillées ? Tant que la vie publique française s'organisera autour de la seule batailles des mots, elle continuera à "pédaler dans le vide".
Auteur : Denis Bonzy
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Quand Jackie Kennedy habitait à … Grenoble
Hier mardi, la Fondation Kennedy a désigné son lauréat 2018 : le maire de La Nouvelle Orléans pour l'action qui a été la sienne en faveur de la cohabitation raciale. L'occasion pour mettre en relief un fait souvent peu connu. En 1949, Jackie Kennedy, alors Jacqueline Bouvier, a habité au 20 rue Hébert à Grenoble. Elle figure sur la liste des étudiantes accueillies alors par l'Université sous le n° 658 pour la période concernée avec la mention de son adresse de résidence aux Etats-Unis. Elle a alors été hébergée chez la famille Des Francs. Au 4ème étage du 20 rue Hébert. Elle avait 20 ans à l'époque. Avant son décès, des journalistes ont tenté d'obtenir un témoignage de sa part sur cette "époque grenobloise". En vain, sa collaboratrice d'alors, Nancy Tuckerman, a fait part avec courtoisie que l'intéressée ne contribuait à aucune publication de près ou de loin, fut-ce pour des témoignages personnels. Un passage qui explique pour partie peut-être le goût durable pour la France toujours témoigné par l'épouse de JFK ? Un rappel sympa quand la Fondation Kennedy effectue tant d'efforts louables pour toujours faire vivre la mémoire des actions de l'ex Président.
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La vraie crise en France : des citoyens qui sont en attente de pouvoir et de vérité !
Les dernières années ont été marquées par deux maux qui sapent une démocratie : l'acceptation de l'impuissance et le flou des mots. L'acceptation de l'impuissance, c'est le cancer d'une démocratie. Pourquoi voter pour des personnes qui n'ont pas capacité à agir ? Capacité à régler des problèmes ? Comment les rendre responsables (en bien ou en mal) pour des faits qui ne dépendent pas d'eux ? Dernièrement dans une revue technique, Brice Teinturier exposait son analyse de la victoire de Trump. Une présentation bien différente de la tiédeur classique de ses interventions TV. Le socle de Trump c'est qu'il donne le sentiment qu'il va exercer le pouvoir, donc le rendre aux citoyens qui vont voter pour lui. Seconde défaillance, le flou des mots. Dernier exemple en date, il est aujourd'hui impossible d'entendre une autorité dire "il a été égorgé" au sujet du gendarme tué vendredi. Ce mot est tabou. Il serait imprononçable. Il est gommé du dictionnaire des politiques et des hauts fonctionnaires. Pourquoi ? A quel titre ? Comment communiquer sans les bons mots ? Les vrais. Il est déjà admis que les chiffres du débat public sont faux. Si en plus les mots sont flous, comment comprendre, débattre et décider ? C'est ce délitement qui est l'actuelle vraie crise en France : une démocratie à la recherche d'elle-même.
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Au chevet de la planète mais dans la quasi indifférence absolue …
Le rapport sur le devenir de la biodiversité est passé dans la discrétion la plus absolue en France. Des espèces vivantes meurent mais les humains s'en foutent. C'est irréel. Comme si cette situation ne les concernait pas. Alors même qu'ils sont les auteurs, donc responsables et coupables, de cette situation et que l'étape d'après ils en seront les victimes toutes désignées. Le Jour d'après quand c'est … trop tard. Les chiffres sont connus. Incontestables et incontestés (cf ci-dessous). Mais rien n'y fait. C'est la chronique d'une mort annoncée. A ce rythme il ne reste qu'à tenir le registre des dates. Incroyable !
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Les vrais électeurs cachés …
Pendant la campagne 2017, l'équipe de campagne de Fillon a eu une création qui mérite l'attention "les électeurs cachés". Souvenez-vous des sondages de Filteris qui expliquaient des distorsions pro-Fillon par le vote des … électeurs cachés. Une allusion à cette époque faisant penser au sketch de Coluche sur 'OMO qui lave plus blanc que blanc". Il y aurait des électeurs qui voudraient rester secrets même dans le … secret des sondages … Appliquée à ce cadre, cette référence devenait ridicule. Mais pour autant cette catégorie d'électeurs cachés existe bien dans les démocraties modernes. Le vote britannique du Brexit, c'est le succès des électeurs cachés. La victoire de Trump de même. Et la liste pourrait être longue. L'électeur caché c'est qui ? Un électeur qui n'attend plus rien du système politique et qui sort voter pour exprimer exclusivement sa colère, ses frustrations. Les frustrations naissent du refus des impuissances multiples qui alimentent le système politique moderne. L'électeur caché naît de la communication du bouche à oreille car il ne veut plus s'en remettre au "système médiatique". Il vit son vote du refus comme un vote de sa liberté. Actuellement, il y a de plus en plus de vrais électeurs cachés qui naissent en France. Pourquoi ? Parce qu'ils se posent des questions simples comme :
- si la France est "en guerre", est-il possible de la mener sérieusement en ayant pour "armes" les cellules psychologiques, la Tour Eiffel qui s'éteint, les marches blanches et les dépôts de fleurs sur les tombes … ?
- si une population manifeste contre ce qu'elle refuse (par exemple hier aux Etats-Unis la marche contre les armes), faut-il déduire qu'elle ne s'oppose pas quand elle ne manifeste pas ?
- assistons-nous actuellement à une banalisation de "faits graves" pourtant dans la proximité et dans le quotidien : existe-t-il des mosquées où la séparation entre hommes et femmes est pratiquée méthodiquement ? Voire même des enterrements où des femmes n'auraient pas accès à la tombe au même moment que les hommes ?
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Et la liste des questions sérieuses pourrait durer longtemps. Plus ces questions resteront sans réponse, plus la liste des vrais électeurs cachés grossit. Parce que contrairement à certaines apparences, le citoyen moderne ne se fait pas à l'impuissance. Client roi, il ne voit pas à quel titre il serait un citoyen esclave prisonnier de chaînes multiples …
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Attention aux armes de distraction massive …
Plus on entre dans le détail de l'opération Cambridge Analytica via Facebook, plus les risques de cette mode de la sur-exposition via les réseaux sociaux explose au grand jour. Derrière l'organisation de jeux sur Facebook sollicitant une multitude de renseignements personnels à donner, l'équipe de campagne de Donald Trump dressait les micro-profilages de couches électorales pour des messages électoraux hyper précis. C'est une histoire digne des films d'Hollywood. Un candidat décide de faire le clown sur la tribune. Pendant ce temps, ses équipes hyper-professionnelles mobilisent les dernières nouveautés technologiques pour faire campagne. Et elles n'ont même pas à creuser pour trouver des infos pour que les électeurs mordent aux pièges et les procurent d'eux-mêmes. Irréel et pourtant très probablement exact. Période fabuleuse où la sur-exposition fait que des services de renseignements au sens large du terme n'ont plus à investiguer pour trouver des infos mais il faut définir des grilles pour trier dans le … trop d'infos. Et là pour collecter les infos, il s'agissait de jeux très anodins. Comme quoi, il faut aussi se méfier des armes de distraction massive …
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Les petits mouchoirs du microcosme parisien …
Avec l'actuelle affaire du financement d'une présidentielle dans des conditions éventuellement très exotiques, c'est stupéfiant de constater combien le microcosme parisien peut être capable d'évitement face à des questions pourtant simples :
1) Pour les campagnes électorales, il peut y avoir matière à des financements extérieurs illégaux. Mais il y a aussi combien de financements intérieurs illégaux demandant moins d'investigations que d'opaques circuits internationaux. Combien par exemple de collaborateurs payés par des collectivités publiques participent activement à des campagnes électorales en totale infraction avec la loi. C'est une réalité qui ne dépend pas de la Libye mais qui est au coin de la rue. Que se passe-t-il ? Rien.
2) Il y a actuellement 2 sommets internationaux très importants. L'un sur la biodiversité. L'autre sur l'eau. Qui entend les écolos français ? Ils sont où au moment où les espèces animales fondent comme neige au soleil y compris en France ? Là où ils sont dans des exécutifs locaux, que font-ils ?
3) Et si le Brexit était une réussite ? Cette question peut se poser très sérieusement. Plus le temps passe, plus il est avéré que rien ne voue le Brexit à un échec terrible. Question jamais posée en France … Tabou absolu !
4) Et si Trump n'avait pas perdu en Pennsylvanie par la victoire de Conor Lamb (D) la semaine dernière ? Aux Etats-Unis, même les médias les plus anti-Trump ne soutiennent pas que la victoire de Lamb soit la défaite de Trump. Pourquoi ? Parce que le candidat lui-même (Conor Lamb) a fait le distinguo. Mais en France, Trump ne peut être qu'une "parenthèse pathétique", une "faute de la démocratie populiste" … donc dès qu'un démocrate gagne c'est une "gifle" pour Trump …
Et la liste des "petits mouchoirs" du microcosme parisien cachant tout ce qu'il se refuse à voir est longue, tout ce qu'il se refuse même à questionner pour sortir de son prêt à penser confortable. C'est lassant à ce point. S'ils sortaient des studios TV ou radios pour rencontrer la vie réelle avec ses questions, le débat français y gagnerait.
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Le voltigeur et le … sage
Les Juniors prennent possession des "bonnes tables" signalées par leurs parents. Dans chaque famille, les tempéraments peuvent beaucoup différer. Nous pouvons constater le choc entre le voltigeur et le … sage. Un bouge tout le temps. L'autre s'installe calmement et difficile à perturber. Content d'avoir pu saisir cet instant tôt ce matin.
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81 jours !
Vendredi 16 mars c'était le 50 ème anniversaire de la déclaration audio de candidature de Robert Kennedy pour la présidentielle 1968. Sa campagne allait 81 jours : du 16 mars au 5 juin : date de son assassinat. Mais 81 jours pendant lesquels rarement à ce point des discours de fond allaient être prononcés. La semaine dernière Elizabeth Warren a mis en relief le remarquable discours prononcé à l'Université du Kansas. Depuis l'été 1984, j'ai toujours avec moi dans une poche une pièce commémorative de l'action de RFK (cf photo ci-dessus). Elle est usée, patinée. Mais j'y suis attaché. D'abord elle me rappelle en permanence notre première période sur Boston dont les années avec nos enfants encore très jeunes à cette époque. Ensuite, les parcours politiques de JFK et RFK qui restent des parcours intemporels. Mais surtout, enfin, le fait de s'engager dans l'action publique qu'à la condition de vouloir réellement défendre de belles causes, faire bouger les choses sinon s'occuper de ses propres affaires reste un moteur suffisant. C'est actuellement cette capacité à vouloir changer réellement les choses qui fait tant défaut comme si l'action publique c'était une logique de guichetiers sauvant leurs carrières en gérant le quotidien au jour le jour. J'espère que ce 50 ème anniversaire permettra de mettre en lumière ce besoin de souffle.
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On croit qu’on oubliera mais on n’oublie jamais …
En dehors du bonheur d'un temps passé avec notre petit-fils Léon et de l'échange très agréable de SMS avec sa maman pour fêter son anniversaire, sur le plan personnel, la semaine a été difficile. Deux informations imprévisibles ont montré, une fois de plus, si besoin était, qu'on croit qu'on oubliera mais on n'oublie jamais. La première information qui m'a affecté c'est la lecture dans la soirée du jeudi 15 mars du mot publié sur Facebook par M. Ducoulombier au sujet de la disparition de son chien. J'ai eu le plaisir de rencontrer M. Ducoulombier à quelques reprises en présence de M. de Villard et je n'ai jamais imaginé qu'il puisse exposer de tels sentiments. Il m'apparaissait solide, peu affectif … Et là d'un coup je découvrais un autre visage. Mais ses mots si forts avec la photo de son chien me rappelaient aussitôt nos animaux disparus dans des circonstances identiques. Ceux que nous avions accompagnés jusqu'à la dernière seconde pour tenter d'apaiser leurs douleurs, pour leur montrer l'attachement réel profond qui est le nôtre avec l'immense reconnaissance de tous ces moments merveilleux passés ensemble. Pour Aspen, nous avons lutté deux ans. Deux ans pour tenter de la garder contre des cancers. En une seule photo, toutes nos batailles si difficiles, incertaines remontaient à la surface. Puis hier, apprendre le décès de M. Salvatore Cianci. 57 ans ! Maladie détectée juste avant Noël. Hospitalisé à Noël. Décédé en mars. 70 jours plus tard ! Pendant 30 ans, Salvatore a été notre boucher. A Claix d'abord. Puis à Seyssinet. Pendant 30 ans, il a incarné pour moi le commerçant indépendant avec toutes ses immenses qualités : travailleur, humain, connaissant sa clientèle par coeur. Après l'hospitalisation de Marie, il savait exactement ce qui lui ferait plaisir comme plats à son retour. Dans le détail. Une gentillesse fabuleuse. Le rencontrer c'était un moment agréable : des odeurs qui ouvrent l'appétit. Des plats confectionnés avec soin. Les recommandations qui cassent la monotonie des habitudes. Un temps heureux. Là aussi, que d'images de personnes disparues sont revenues. On croit qu'on oubliera mais on n'oublie jamais. Cette mémoire montre, si besoin était, combien ces temps ont été forts. Mais il y a des moments où il serait souhaitable qu'une hiérarchie de douceurs puisse mieux équilibrer ces souvenirs. Mauvaise semaine.