Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Ne pas vouloir ce dont on n’a plus envie

    Liberté 02 03 14

    Contrairement à de nombreux commentaires sévères sur le mouvement Nuit Debout, j'ai toujours beaucoup de tendresse pour celles et pour ceux qui s'engagent dans de telles opérations. D'abord, tout ce qui témoigne de l'engagement est sain, positif, dynamique. Il est possible de ne pas être d'accord mais rien n'est pire que l'abandon, la résignation, la haine sourde rentrée qui voue aux pires réflexes. Or s'engager, c'est d'abord ne pas abandonner. Ensuite, la citoyenneté c'est la fête de l'égalité. Et il faut des domaines où l'égalité règne. Cette victoire de l'égalité c'est la preuve de la considération accordée à chaque être humain loin des barrières culturelles, loin des classements matériels. Ce progrès de la citoyenneté, c'est l'une des plus belles conquêtes de notre civilisation occidentale sans considération de religion, de sexe, d'origines. C'est le plus beau progrès conquis après des siècles de souffrances, de luttes, d'injustices. 

    Mais surtout, des mouvements de ce type sont l'affirmation d'une qualité essentielle : ne plus vouloir ce dont on n'a plus envie. Ce combat c'est la plus belle affirmation de soi.

    Je suis souvent surpris quand je constate dans de telles circonstances les reproches effectués. 

    Il faudrait interdire parce qu'il y aurait de la violence. Interdit-on le football où règne si souvent une violence considérable ?

    Chaque fois qu'il y a quelque chose de neuf, il faut interdire ce que des usages acceptent pourtant par ailleurs. C'est un réflexe français appliqué dans tous les domaines. En matière économique, le dernier exemple a été le paiement par Internet. Des tricheries vouaient certains à demander l'interdiction de payer par Internet. Mais a-t-on interdit les billets sous prétexte de la fausse monnaie ? A-t-on retiré les chèques au motif des chèques en bois ? Non. Et la liste pourrait être longue.

    Pourquoi demander à ce qui est neuf ce qui n'est pas respecté par des usages anciens ?

    Pourquoi condamner tout de suite à prendre fin ?

    Il faut attendre. Laisser une chance. Pourquoi faudrait-il considérer que demain doit nécessairement être pire qu'aujourd'hui ? Pourquoi faudrait-il avoir une cravate et un cursus pour pouvoir s'exprimer ? Jusqu'où sera-t-il possible d'exclure en pensant que les exclus n'ont que vocation à accepter ?

    Dire non, c'est parfois le plus beau oui pour autre chose. 

    Actuellement, le pays de la citoyenneté ne s'honore pas à condamner aussi rapidement un Mouvement qui mérite l'écoute, le respect et l'attention. Attendons au moins la communication des propositions. 

  • La faucille du temps qui se venge

    Nuit Debout 1

    Le déroulement d'un mandat public en France répond désormais à des cycles assez classiques. Première étape : l'installation du pouvoir : à cette étape, en dehors des militants irréductibles opposés au vainqueur, à entendre les déclarations, tout le monde a voté pour le … vainqueur. Une approche qui témoigne d'un légitimisme assez sain en démocratie mais aussi d'un clientélisme assez malsain sur le thème "pourquoi s'opposer à un pouvoir dont il est possible d'avoir besoin ?". Cette période dure deux ans.

    A mi-mandat, l'interrogation naît. Quand le bilan du pouvoir en place (national ou local) est "délicat", l'expression devient interrogative.

    Puis c'est la dernière année du mandat. Et si le pouvoir a déçu, la faucille du temps qui se venge frappe. Implacable. Plus la déception a été forte, plus la faucille est actionnée alors avec vigueur. Plus les deux premières années de mandat ont été marquées par la "compréhension" face aux engagements non tenus, plus la dernière année s'annonce redoutable. Comme si le temps de la complicité devait être chassé par le temps de la "facture". Ainsi fonctionne la démocratie française à tous les niveaux. Nuit Debout n'innove pas. C'est la reconnaissance de ce cycle maintenant classique de la démocratie en France. 

  • Souriez : le reste suivra !

    Le Gratin Dauphinois

    Hier , le plaisir de découvrir sur Grenoble un nouveau restaurant qui a ouvert début avril 2016 : Le Gratin Dauphinois. Une superbe découverte. Une qualité d'accueil particulièrement agréable, ce qui est malheureusement trop rare dans d'autres établissements. Dans beaucoup d'autres endroits, à peine arrivés, on a le quasi-sentiment de … déranger. Là, à l'opposé, l'accueil est chaleureux, hyper sympa. Du sourire ! Une table excellente à un prix très raisonnable. Bref, toutes les qualités. Digne de la rue Mercière de Lyon qui est pour moi une véritable référence de restaurants de vraie qualité.

    Les Enfants Terribles

    Toutes mes félicitations à Sylvain Rosset pour cette nouvelle initiative. A quelques pas de la gare de Grenoble, c'est une belle réussite :  52 avenue Félix Viallet. 

    Le Gratin Dauphinois 2

  • Marche ou crève : la vraie réalité du moment !

    Do it 01 07 12

    Au rythme des tendances structurelles actuelles, dans trois décennies la France sera sur la porte de sortie des 10 premières puissances économiques mondiales ! Que faut-il pour changer ? Trois qualités qui font terriblement défaut : la lucidité, la volonté, l'ambition.

    La lucidité, c'est quoi ? Regarder les faits comme ils sont. Les accepter. Ne plus se nourrir d'illusions ou de faux débats.

    la volonté, c'est quoi ? C'est la vitamine intérieure qui donne la force des progrès. Le refus des abandons. Du statu quo. De l'immobilisme. Depuis plusieurs mois déjà un entrepreneur français a posé ce socle : Manuel Diaz.

    Manuel Diaz

    Des profils de ce type sont les conditions du rebond de notre pays. Les Etats-Unis ont des moteurs de ce type. Ils partagent leur énergie et non pas les pleurnicheries. Ils ont la gnaque. Et la gnaque contagieuse ! Quel plaisir. La France ne doit pas seulement changer sa représentation politique. Elle doit changer tous ses corps intermédiaires. Prenons deux exemples concrets : la loi sur le travail et la

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  • L’alerte de Powa Technologies …

      Powa Technologies

    L'aventure de Powa Technologies passe relativement inaperçue en France. Au départ, cette société britannique, créée en 2007, est valorisée plus de 2 milliards de dollars en 2014 au titre des "licornes" les plus prometteuses. Sur les seules trois dernières années, elle a levé plus de 250 millions de dollars dont une très large majorité de ce capital-investissement auprès de Wellington Management. 

    Seconde quinzaine de février 2016, elle se met sous administration judiciaire avec 250 000 dollars en caisse et 17 millions de dollars de dettes. La société s'avérait incapable de faire des recettes ! Elle ne savait que consommer l'argent levé …

    Au moment où il est tant question de "finance folle", c'est quand même fabuleux de constater l'écart qui peut exister entre des demandes d'entrepreneurs qui ont des métiers qui produisent des recettes et qui luttent avec difficulté pour obtenir des prêts bancaires et les "facilités" de sociétés qui font "rêver", qui obtiennent des dizaines de millions de prêts alors même que leur métier ne leur permet pas de faire entrer des … recettes.

    Il y a quand même là un écart que le moindre bon sens élémentaire peine à accepter. Les banques ont vraiment pris trop d'autonomie face aux pouvoirs publics qui ont depuis longtemps renoncé à la moindre régulation bancaire sérieuse.

  • Quand des comiques troupiers médiatiques deviennent des repères sacrés …

    Michel Onfray

    Remarquable entretien de Michel Onfray dans la Revue des Deux Mondes d'avril 2016. Michel Onfray, qui termine son prochain livre "Décadence", règle tous les comptes avec le politiquement correct installé en France depuis tant d'années. Le plus surprenant, c'est que ce langage de vérité ne soit repris actuellement par aucun politique comme si ces derniers avaient peur de tout y compris de leur propre ombre.

    Rien ne résiste à l'esprit lucide de Michel Onfray :

    • la jeunesse perdue qui prend pour sacré des rappeurs ou des footballeurs parce que leur compte en banque permettrait tout,
    • la gauche qui bouffe du libéralisme mais qui vit en incarnant les pires valeurs qu'elle assigne à la droite : individualisme, indifférence, vénalité …,
    • la différence entre les vrais et les faux ennemis,
    • les évolutions du FN,
    • les délires d'amalgames sans la moindre réalité cohérente qui fondent pourtant le débat politique français,

    12 pages de délice loin des formules éphémères et du politiquement correct. Bravo !

    Revue des 2 mondes 06 04 16

  • Des chiffres que les Français ne doivent surtout pas voir …

    Jerry Brown bis 04 04 16

    Les emplois mal rémunérés : un sujet qui a beaucoup occupé les déclarations en France où le socialisme était présenté comme le garant de la hausse des bas salaires. En France, le SMIC est de 9, 67 € l'heure de travail. Et sur ce repère, les Français de dénoncer traditionnellement l'exploitation en Grande-Bretagne des masses laborieuses contraintes au travail low cost. Mais il y a un problème : la semaine dernière, un accord a été conclu pour le passage à court terme du SMIC en GB à 9 livres sterling l'heure soit 11 € 50.

    Un accord qui pose désormais un "léger problème de dialectique" face à un pays supposé pratiquer le salaire à bas coût.

    Mais que chacun se rassure, les dialecticiens français habituels conservent un autre chiffon rouge : les Etats-Unis. Mais là aussi, problème : hier la Californie et New York ont signé un accord pour un salaire horaire minimum de 15 dollars soit 13, 17 euros. 

    Finalement, c'est avec un pouvoir socialiste que le salaire minimum est progressivement le moins bien rémunéré. Des chiffres que les Français ne doivent surtout pas voir … face à des pays qui n'ont pas oublié que pour pouvoir répartir il faut d'abord produire de la richesse.

  • Elon Musk et la valeur ajoutée irremplaçable de la vision

    Elon Musk

    La semaine dernière, de nombreux commentaires techniques ont accompagné le lancement de la Telsa Model 3. La principale innovation date du 02 août 2006. Ce jour là, sur son blog, Elon Musk dévoile sa vision du devenir de l'automobile et la place des véhicules électriques. Et depuis, tout se déroule comme annoncé. Chaque "épisode du film" trouve sa cohérence dans la vision initiale. C'est là le + bel exploit !

    Un exploit qui montre, par comparaison, ce qui fait défaut dans la vie publique française : la vision. Un créateur comme Elon Musk est capable en 2006 d'exprimer une vision révolutionnaire sur un marché aussi grand public et mondialisé que l'automobile et, dans la vie publique, on voit des "gouvernants" naviguer à vue à la semaine près. Tant qu'existeront des décalages de ce type, il ne faudra pas que les politiciens s'étonnent de leur descente aux enfers sur l'échelle de la considération publique.

  • Sanctuaires naturels : des nouveaux projets ambitieux mais en France ?

    Pumalin Park

    Dernièrement, lors d'un entretien à la revue Outside, Kristine Tompkins indiquait les 6 nouveaux projets ambitieux pour augmenter et protéger des sanctuaires naturels. De son côté, Patagonia réussit une remarquable mobilisation au sujet de la défense de la vallée Jumbo Wild. Obama vient de classer 3 nouvelles localités sous la catégorie de parcs naturels. Le Canada sous l'impulsion de Justin Trudeau a de nouveaux projets. Et la France ?

    L'esprit des sanctuaires naturel est remarquable :  considérer que la nature a réalisé une telle "oeuvre" qu'elle doit être protégée pour les générations futures comme "héritage inaliénable". Mais sur ce dossier, la France patine. Les parcs naturels ne font même plus respecter leurs

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  • Quand il faut d’abord rajouter de la vie aux années

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    Il y a actuellement un tel deuil dans le coeur de nombreux jeunes français que leur état civil n'y résiste pas. Avant même d'être confrontés aux vraies réalités, ils ont fait le deuil de l'emploi, de l'engagement civique, de l'espoir et parfois même tout simplement de l'idée que la vie puisse être belle. Pourquoi à ce point ? 

    Parce que la société française donne le sentiment d'être bloquée, cumulant impasse sur impasse, incapable de laisser espérer que demain puisse être meilleur. 

    Comment peut-on être jeune en France actuellement ? L'insouciance n'est plus autorisée par le moindre éclair de lucidité. L'optimisme est passé de mode. Le rêve semble hors de portée. L'innocence s'est brisée sur les murs des scandales à répétition. Bref, l'esprit de jeunesse n'a plus sa place dans la société actuelle française parce qu'être jeune c'est être optimiste, plein de rêves et avec la part d'innocence qui permet d'escalader des montagnes faute de la juste perception des difficultés.

    Il ne reste que l'esprit d'entreprise qui sauve aujourd'hui ces espaces. Ce n'est pas un hasard si

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