Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Ne pas confondre politique et personnel politique …

    Obama 2 13 01 16

    Le sondage du Parisien aujourd'hui sur les idoles des Français de 15 à 20 ans est très intéressant. Obama arrive en seconde position tandis que les politiciens français sont dans les … 3 dernières positions. En 2 classements, tout est résumé. La jeunesse française n'est pas fâchée avec la politique mais elle est fâchée avec les actuels politiciens, ce qui est très différent.

    Pourquoi est-elle fâchée ? Parce qu'avec beaucoup de bon sens, elle est lassée des polémiques permanentes, de voir toujours les mêmes au pouvoir avec alternance, de constater que rien n'est résolu, de subir la logique punitive généralisée qui s'est installée en France … bref, tout ce que chacun supporte de moins en moins.

    Pour les jeunes et je le constate lors de fréquentes discussions, Obama c'est un autre univers : le sourire, la cool attitude, la décontraction …

    Voilà une enquête très rassurante. Elle conforte l'appréciation qui était la mienne lors de conférences sur la politique américaine et les campagnes Obama : un niveau très élevé de curiosité et d'intérêt. Un marqueur positif pour l'avenir.

    Barack Obama 2 09 06 15

  • La force des grands sentiments face aux hippopotames sur le chemin de l’étang …

    DdV 25 04 16

    Ce qui caractérise la France actuellement dans sa décadence, c'est l'absence des grands sentiments. Elle ne croit plus en rien. Même plus dans la capacité de ses représentants politiques à faire vivre de belles ambitions collectives. La dernière belle ambition collective défendue par la France a été le refus de la guerre en Irak selon des modalités qui ont été le début d'un terrible engrenage dont on commence actuellement à mesurer l'ampleur réelle et probablement durable. 

    Mais en politique, les citoyens français ne récompensent pas ceux qui ont la force de ces grands sentiments. Ils cèdent facilement devant la détermination "des hippopotames sur le chemin de l'étang", ces politiciens ambitieux saisis par la conviction de pouvoir écraser tout ce qui se trouve sur leur passage sans se poser la question du bon chemin ni du meilleur étang. C'est lourd, très lourd mais efficace.

    Heureusement, loin de ce réflexe collectif qui mène aux actuels désarrois, des auteurs qui aiment la qualité de la plume comme celle de la réflexion et de la vision engagent un

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  • Combien de départs et quels profils ?

    Toronto

    De façon générale, le débat public français est fâché avec les chiffres. Et encore davantage avec les chiffres précis justes. Façon à peine cachée désormais de briser le miroir pour ne plus regarder une réalité qui insupporte. Deux chiffres mériteraient une réelle officialisation sérieuse :

    1) combien de départs : combien de français ont quitté le territoire national ces dernières années,

    2) et quels profils : quels âges ? Quels niveaux de formations et de revenus … ?

    Ces deux chiffres ont probablement de quoi épouvanter.

    Sur la base d'échantillons non représentatifs, je suis surpris désormais par l'ampleur des constats ou des témoignages de départs. Il me semble que la France se vide tout particulièrement de ses jeunes diplômés attirés par la vie d'entreprise et de ses seniors à la retraite.

    Les premiers (jeunes diplômés) recherchent les pays qui s'ouvrent aux

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  • A force d’esquiver le débat sur le prix …

    EDF

    EDF est au bord de la faillite. Constat à la fois juste et faux. Juste, parce qu'avec une telle dette n'importe quelle entreprise serait acculée à la faillite. Mais comme il s'agit d'EDF les contribuables épongeront les pertes une fois, deux fois, trois fois … autant de fois que nécessaire pour qu' EDF vive.

    C'est le nouvel exemple en date des effets de la confusion entre le prix et la politique sociale. Cette confusion est une totale absurdité. Un métier à un coût pour être exercé correctement. Ce coût doit correspondre à un prix. Ce prix doit assurer la rentabilité pour se développer. 

    Si le prix est trop élevé, il doit être corrigé par des mesures sociales à destination de catégories exposées à des difficultés face au prix juste répondant à la réalité du marché.

    Quand le vrai prix est faussé par des considérations politiques, sociales, démagogiques : un jour, le réveil obligatoire est dramatique.

    Aujourd'hui, c'est pour EDF. Demain, ce sera pour l'eau. La démagogie ambiante sur le

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  • Les colombes d’aujourd’hui sont-elles assurées d’être les pigeons de demain …

    Attentats paris 2 17 11 15

    Encore très secoué ce matin par la lecture de l'entretien de Gilles Kepel dans le dernier numéro de la Revue des Deux Mondes sur le salafisme et le djihadisme. De très longue date, j'accordais de l'intérêt et de l'attention à ses analyses toujours très cohérentes montrant un esprit honnête ayant à coeur de mettre en perspective des données solides. Les analyses de cet universitaire notamment à partir du debriefing de religieux emprisonnés est terrible. Près de 20 pages à l'issue desquelles il n'est pas possible de sortir intact. 

    Depuis hier soir, période de la lecture de cet article, je suis sous le choc d'un diagnostic comme je ne l'avais pas été depuis très longtemps. Les colombes d'aujourd'hui peuvent-elles avoir à ce point l'assurance d'être les pigeons de demain c'est à dire l'assurance d'être … tués, plumés ?

    Revue des 2 mondes mai 2016

     

  • Michel Onfray et la révolte des clercs

    Michel Onfray

    Depuis quelques semaines, il y a en France un frémissement inhabituel qui mérite l'attention : une annonce de révolte des clercs. Les "clercs" sont des intellectuels qui doivent être les gardiens de certaines valeurs de la pensée. Dans les moments difficiles de toute nation, la trahison des clercs est le facteur de son incapacité à observer avec lucidité des dangers. Donc à les éviter. Le livre de Julien Benda devrait être dans toutes les bibliothèques comme un incontournable. En France, depuis quelques semaines, les "clercs" s'expriment. Enfin. Et de quelle façon. La tribune de Michel Onfray dans le Point cette semaine est à mes yeux un réel tournant. Jamais en France le refus du politiquement correct n'a été exprimé avec une telle justesse et avec une telle violence légitime car chaque mot est juste, adapté, implacable :

    • les clowns médiatiques devenus les miliciens des temps modernes érigeant la dénonciation en sport national,
    • les médias dominants qui pensent qu'ils façonnent l'opinion comme une sculpture inanimée,
    • la meute qui se permet tout parce que le mimétisme devient le mode de pensée,
    • les comiques grassement payés pour installer la haine sur les plateaux,

    Rien ne manque à l'appel du bon diagnostic.

    Quand la révolte des clercs s'exprime ainsi, il est encore agréable d'avoir un lien fut-il mince avec le pays qui a incarné la libre pensée, la belle pensée.

  • 21 avril 2002 – 21 avril 2016 : le tripartisme suicidaire

    Alpes 2

    La vraie frontière des politiciens, nationalement comme localement, est entre ceux qui veulent diriger pour appliquer une vision collective et ceux qui veulent tout simplement accéder au pouvoir pour s'y maintenir. Les premiers font des choix, prennent des risques, bougent. Les seconds se contentent du statu quo, diffèrent les décisions, aliment les combinaisons à court terme. Depuis 2002, parce que les politiciens au pouvoir ont été ceux du statu quo, rien de sérieux n'a été fait pour faire face à une nouvelle situation politique en France : le tripartisme.

    Non seulement rien n'a été fait mais cette réalité électorale nouvelle a pris de l'ampleur. Les régionales de décembre 2015 ont installé le FN comme manifeste 1er parti de France. Une réalité sortie des urnes donc un fait démocratique à considérer.

    Quand des gouvernants refusent de voir une réalité démocratique, la sanction donnée par l'opinion est terrible. Les Etats-Unis en donnent un exemple actuel avec la primaire républicaine qui est le

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  • Objets connectés : jusqu’où ira la désinformation ?

    Pendant plusieurs jours, les médias ont multiplié les reportages sur des contestations locales face à Linky et aux objets connectés. Des contestations fondées sur le principe de précaution. Seulement un problème : le principe de précaution n'est pas applicable à ce dossier ni techniquement ni juridiquement.

    Techniquement, Linky n'est pas une menace de nocivité. La preuve :

    Linky 1

    Mais surtout, juridiquement la FNCCR a engagé une consultation juridique auprès de l'un des cabinets les plus compétents et cette consultation montre que le principe de précaution n'est pas applicable en l'espèce

    Mais quel média évoque ces deux points pratiques ? Presque aucun.

    Conséquence : dans la même semaine, on constate 4 pages dans Le Point sur Sigfox (société française spécialisée dans les objets connectés). Une société qui part à la conquête des marchés étrangers (San Francisco, Boston …) et qui doit affronter en …. France une vague de contestations totalement irrationnelle pour des têtes émettrices ayant vocation à être produites en France dans la région de Toulouse. 

    Si dans ce contexte, la France ne s'interroge pas sur sa capacité à faire vivre l'emploi, c'est qu'un obscurantisme indécrottable a définitivement gagné.

  • Quand des photos figent la vraie traçabilité …

    Prix Pulitzer 2 2016

    Hier, avec la photo ci-dessus, Associated Press a reçu un prix Pulitzer. La récompense pour une remarquable enquête conduite en Asie sur des travailleurs esclaves dont les crevettes finissent dans des assiettes occidentales. Chaque année, je parcours avec beaucoup d'estime les photos en compétition. C'est souvent une escalade de violences, de cris, de larmes, de déchirures … Là, c'est l'opposé. La photo de la résignation : la fatalité d'une vie d'esclave en pays de paix et en pleine modernité. Et la victime travaille pour fournir un temps de plaisir (la table) aux consommateurs en fin de chaîne. Un travail qui ne figure sur aucune étiquette …

    Le calme de la soumission de la victime ajoute une violence terrible faite par les consommateurs en bout de chaîne. Combien de temps encore l'acceptation de ne pas connaître la vraie traçabilité autorisera-t-elle de telles situations comme pour les animaux dans les abattoirs ? Une réalité incroyable et désespérante à la fois. Une belle cause portée par des journalistes bien loin des anecdotes futiles qui font trop souvent la triste banalité de l'actualité française.

     

     

  • Le vrai tournant de la primaire US 2016 : l’engagement des « milléniaux »

    Milléniaux-1

    Pourquoi la primaire US 2016 échappe à ce point aux prévisions de départ ? Certes par l'usure et par le rejet d'un système politique dont les méthodes ne fonctionnent plus. Mais surtout par le militantisme imprévu des "milléniaux". 

    En 2008, la nouveauté avait été l'entrée en service de nouveaux supports technologiques dont Facebook et Twitter qui ont alors entièrement changé la donne de la circulation de l'information, des conditions de mobilisation …

    En 2016, les deux candidats qui font la "surprise" (Trump et Sanders) ont une campagne menée par des "milléniaux". 

    Qui sont-ils ? Ils ont moins de 40 ans. Leur univers est totalement différent des + âgés. Ils ne lisent pas la presse, ne regardent pas la TV, vivent avec leur smartphone, sont très individualistes. Ils sont aussi + radicaux que leurs aînés. Selon leurs ancrages conceptuels, leurs choix sont + marqués, + clivés. 

    Aujourd'hui, ils bousculent totalement les codes des campagnes US et des prévisions de scores. Cette génération chez les Démocrates fait la force de Sanders. Chez les Républicains, c'est la force de Trump. Le coût moyen d'un électeur de Trump est à cette étape de la primaire de 300 $ là où d'ordinaire en moyenne il était de 2 500 $. C'est aussi ce qui explique que Sanders résiste aussi bien aux puissants réseaux des Clinton. 

    C'est le véritable fait nouveau de la primaire US 2016. 

    Si un tel fait devait intervenir lors de la présidentielle française 2017, l'émergence de profils nouveaux pourrait en être considérablement accélérée et amplifiée.