Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Trump, les médias et le populisme

    Cleveland 2 19 07 16

    Des médias américains commencent enfin à s'interroger sur leur rôle dans le succès de Trump. Ce qui est très étonnant, c'est leur capacité à s'exonérer des reproches qu'ils font à … Trump. Pour l'essentiel, qu'est-il reproché à Trump ? Le populisme. C'est quoi ? Ce serait dire au peuple ce qu'il veut entendre. Mais pourquoi les médias ont consacré tant de place à Trump pendant la période des primaires ? Parce que Trump avec ses exagérations, ses pitreries … leur assurait de l'audience tandis que les candidats modérés lassaient. Trump fait vendre du papier, lire des sites Internet, regarder des émissions TV ou radios …  Et cela s'appelle comment de la part des médias ? N'est-ce pas la même définition du populisme ? 

    Pour les médias, Trump est populiste mais les médias ne le sont pas. Sur de telles bases, difficile d'avancer sérieusement.

    En France, la télé d'Etat, qui peut vivre à l'écart des audiences, montre qu'elle est restée la "fille de l'ORTF" dès que les circonstances sont là. Et pour le reste, c'est progressivement une information d'opinion qui prend naissance de façon de moins en moins discrète.

    Dans toutes ces hypothèses, difficile pour les citoyens de trouver des repères solides dignes de ce nom. C'est un volet qui n'est pas à négliger dans l'actuelle fragilisation des démocraties occidentales.

  • Nice : qu’avons-nous donc fait pour susciter tant de haine ?

    Nice attentat fleurs 2

    Mourir. Oui, bien sûr. Mais au moins savoir pourquoi. L'avancée de notre civilisation est marquée par sa volonté et par sa capacité à comprendre.  A comprendre dans des domaines les plus divers. Ainsi, tous les actuels défis collectifs ont fait l'objet d'études considérables : réchauffement climatique, maladies … Face à la mort, nous avons considérablement progressé pour identifier ses périmètres. Pour le reste, nous l'accordons au … hasard. Mais là, il ne s'agit pas de hasard. Et pour comprendre, il faut d'abord poser les bonnes questions. 

    Deux constats simples : 

    1) Face au terrorisme, la France est actuellement frappée dans des conditions inégalées parmi les démocraties occidentales entre le nombre de morts et la population. Au sein de l'Union Européenne, pas d'autres pays comparable exposé. Ni dans les principales puissances européennes. Ni dans les puissances moyennes. Et encore moins pour les plus petites. 

    Il y a donc bien une spécificité propre à la France au sein de ce bloc européen. 

    Pourquoi ?

    Son passé colonial ? Elle n'est pas la seule parmi les "vieilles puissances".

    Son action internationale ? Mais elle agit souvent, voire toujours, au sein d'une coalition internationale.

    Les valeurs qu'elle représente ? Mais représente-t-elle encore seule des valeurs qui ne seraient pas celles des autres démocraties occidentales ?

    … : de façon très étonnante, cette dimension n'est jamais évoquée. Qu'à fait la France pour susciter tant de haine ?

    Or c'est la question de fond. Puisqu'en principe c'est la réponse donnée à cette question de fond qui doit conditionner l'efficacité des mesures prises. 

    2) Parce qu'il existe une "spécificité française" manifeste donnée par les chiffres, perçue par les français, la confiance avec les gouvernants est cassée. Ils ne répondent pas au besoin d'efficacité comparée. Mais surtout, ils n'expliquent pas cette spécificité. Est-ce affaire des moyens mis en oeuvre, sous-entendu la "réponse française" serait-elle moins efficace qu'ailleurs ? 

    Tant que ces deux questions n'auront pas de réponse fiable précise, le débat semblera très déconnectée des réalités durables d'efficacité. 

  • Nice : il est temps de changer sinon la colère du peuple va s’exprimer

    Nice 2 15 07 16

    Depuis vendredi matin à 08 heures, l'attentat terroriste de Nice a pris une dimension particulière. Un ami me téléphone pour m'informer qu'il avait perdu son petit-fils Yannis âgé de 4 ans.

    Le quotidien Sud Ouest relate ainsi les faits :

    Yannis, 4 ans et demi

    Le petit garçon jouait insouciamment avec d'autres enfants lorsque le camion l'a percuté. C'était la première fois jeudi que son père, Mickaël Coviaux, installé à Nice depuis trois ans, l'emmenait voir le traditionnel feu d'artifice sur la Promenade des Anglais.

    "C'est mon épouse qui a insisté pour y aller, elle voulait lui faire plaisir". "Nous étions installés sur la plage avec la femme d'un ami, ses nièces et ses deux enfants. Yannis était ravi, il sautait partout, il faisait le fou avec ses copains…", se remémore Mickaël.

    Yannis a été emporté par le camion : 4 ans et 1/2. Dans le Parisien, les faits sont relatés de façon très précise. Pour en prendre connaissance, cliquer sur le lien suivant : Le Parisien. Cest une lecture terrible !

    A Grenoble, son grand-père, éminent Professeur agrégé de droit, a formé des générations de juristes. Une formation pour le respect du droit, pour la tolérance et pour la primauté de la raison.

    Il me faudra du temps pour oublier sa voix brisée par la douleur lors de l'appel vendredi 15 juillet 2016 puisque nous devions passer ensemble un long moment samedi.

    Il est temps que les politiques changent de contenu des politiques mises en place sinon l'esprit munichois qui les inspire trop souvent va susciter une colère populaire dont ils ont de mal à imaginer l'ampleur de la force face à leur inefficacité aussi manifeste. Ce n'est pas d'infirmiers, de théoriciens, de polémistes du baratin politique classique dont on n'a besoin en temps de guerre mais de combattants, des guerriers qui veulent protéger leur territoire, protéger ses habitants et qui préfèrent l'injustice pour l'autre camp plutôt que pour des victimes innocentes fauchées en pleine enfance. 

  • Et la France inventa le concept de « la guerre en paix »

    Attentats nbre de morts 15 07 16

    Les historiens indiquent que l'Italie a inventé l'art quand la France inventait la pensée. Depuis quelques années, la France "invente la pensée" avec des concepts pour le moins fumeux :

    • la "réduction dans la hausse du chômage" : formule supposée montrer que la hausse baisse dans sa progression immédiate,
    • la "sauvegarde des services publics" pour indiquer la baisse des services publics : en l'espèce la formule consiste à indiquer que tous les services publics ne sont pas supprimés. Donc les ultimes "sauvés des eaux" deviennent les outils d'expression du "sauvetage de tous",
    • "ils ont gagné la finale en se réconciliant avec le public" : en la matière, l'idée est différente. Il s'agit de découper en tranches les enjeux pour montrer que l'enjeu réel (la victoire pure et simple) peut être contrebalancé par d'autres volets. Bref comment gagner dans la … défaite,

    Et la liste pourrait être longue d'exemples de ce type.

    A la liste s'ajoute désormais le concept de "guerre en paix" : être attaqué sur son sol mais vivre comme si on était en paix. Il y a progressivement une expression qui s'installe "ils ne vont pas gagner en cassant nos habitudes de temps de paix". Le plus sûr moyen de gagner ni l'une (la guerre) ni l'autre (la paix). Et d'ailleurs une expression qui ne résiste pas à la réalité des faits. En novembre, les parisiens déclaraient "vouloir continuer à vivre sur les terrasses des cafés". Résultat : – 50 % des fréquentations dans les semaines qui suivent.

    Il reste encore plein d'hypothèses de formules à explorer à l'exemple des suivantes :

    • "être mort en bonne santé" qui pourrait permettre d'indiquer que tout va bien sauf une maladie qui conduit à la mort,
    • "l'environnement est pollué parce que trop pur" : cette hypothèse vise le déséquilibre des marqueurs techniques. L'idée en la matière c'est que les marqueurs techniques ont tellement progressé qu'ils alertent désormais sur un environnement plus pur que celui d'hier quand les marqueurs n'existaient pas,

    Un trait commun entre toutes ces formules : fuir devant la réalité des faits. Combien faudra-t-il de morts encore pour que l'illusion des mots cesse ? Comment penser que des actions efficaces peuvent être engagées quand le diagnostic n'est même pas assuré sur la réalité des faits contre lesquels il faut agir ?

  • L’horreur. Encore et toujours.

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    Cette une de Nice Matin résume tout. Pas de commentaire sur une telle horreur ni de place pour un autre sujet. Tristesse et solidarité avec les familles.

  • Hollande et son coiffeur : « ni rire, ni pleurer, ni haïr mais comprendre »

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    Que les cheveux blancs d'Obama sont sympas face à la noirceur artificielle de ceux de F.Hollande. C'est la maxime de Spinoza qui devrait inspirer les réactions face aux révélations sur Hollande et son coiffeur : "ni rire, ni pleurer, ni haïr mais comprendre". Il faut comprendre ce que cache l'affaire de la perruque du roi. Rire, car c'est la caricature du monarque qui fait gérer sa "perruque" comme aux belles heures des rois d'hier avant 1789. Pleurer, car aucun parlementaire ne surveille le budget de l'Elysée pour dissuader face à des dépenses de ce type et il a fallu l'indiscrétion d'un journal impertinent pour le découvrir. Quel échec terrible pour tous les autres. Haïr, c'est ce que va susciter cette révélation de trop sur celui qui se voulait le président … normal.

    Face à ces réactions, il n'y en a qu'une qui mérite la pratique : comprendre. Comment penser qu'un coup de peigne pour passer devant les caméras puisse justifier l'appel à un tiers mobilisable à plein temps et payé à un tarif hors du commun ? C'est comme la teinture des cheveux qui est devenue la caricature de l'artificialité. 

    Une artificialité qui fait que tout ce jeu politique a perdu de son intérêt. Aujourd'hui l'intervention présidentielle sera probablement très peu regardée. Même pas par volonté de boycotter. Plus simplement par désintérêt naturel du "plus rien à attendre". Triste quand même d'en arriver là. Et les journalistes qui sont toujours les "Monsieur Loyal" pour attiser la promo d'un spectacle qui n'intéresse plus personne. La vraie descente aux enfers d'un système politique répulsif.

  • Le 3 ème bureau (sur 10), il y a 30 ans déjà …

    DB bureau 21 02 15

    En juillet 1986, je quittais le troisième bureau de ma vie professionnelle (cf article du Monde du 24/07/1986). Le 3 ème sur les 10 bureaux connus jusqu'à ce jour. Mon 1er bureau, j'y suis resté 3 heures. RMO Grenoble comme chargé des questions juridiques. Recruté le samedi, débutant le lundi matin à 9 heures, à 12 heures j'informais le Directeur du personnel (M. Jacky Glatre) que je ne pouvais rester. Je me sentais "prisonnier" de trop d'obligations qui ne correspondent pas à mon tempérament. Le second bureau fut à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Grenoble toujours pour les sujets juridiques (3 ans). Et le troisième bureau (Ville de Grenoble) a duré lui aussi 3 ans (1983 – 1986). 

    Le meilleur souvenir dans ce cadre : les parties de baby foot entre 12 heures 30 et 13 heures 30 avec un sandwich dans le local syndical de la CGT. Une ambiance au top.

    Le plus mauvais souvenir dans ce cadre : les leçons données par des proches du maire d'alors qui étaient manifestement fâchés avec le travail mais doctement le lundi après-midi passaient leur temps à nous raconter ce qu'il aurait fallu faire. Insupportable. Usant. Il faut dire qu'il y avait des pros du "fallait faire". Certains le sont restés d'ailleurs à lire leurs déclarations actuelles … Donc 1986 en juillet, le départ de la mairie de Grenoble. Une libération : ne plus avoir à vivre les réunions du lundi après-midi.

    Le monde_juillet1986

    Lors des municipales de 2014 dans un climat d'une nullité aberrante qu'est ce que j'ai pu entendre parler de ces trois années. Ce 3 ème bureau allait effacer les 7 suivants. C'est quand même étonnant. Il faut dire que le copinage entre des politiciens grenoblois et certains journalistes tronque beaucoup la façon de traiter certains sujets.

    Mon sentiment global, dès le début : la conviction que mon bureau serait …ma tête. Donc ne jamais s'attacher à un lieu. Heureusement.

    L'endroit qui m'a le plus peiné de quitter : aucun. Je passe parfois devant ces ex-locaux et il n'y a pas de pincement de coeur. 

    Celui que j'ai le plus apprécié : toujours le prochain à la condition qu'il soit très éclairé et sans contrainte horaire fixe. 

  • Patagonia : nouvelle avancée pour l’environnement

    Surf 3 12 07 16

    Les avancées sur les principaux sujets de société (environnement, respect des animaux …) vont dépendre des entreprises et des citoyens.

    Pour sanctionner les conditions scandaleuses d'abattage d'animaux, il faut boycotter l'achat de viandes animales.

    Pour récompenser les entreprises qui agissent pour l'environnement, il faut choisir les bonnes marques. L'une d'entre elles (Patagonia) effectue des progrès considérables. Elle a effectué la promotion des réparations sur les vêtements pour qu'ils durent et qu'on sorte du cycle infernal de la consommation éphémère. Un volet déjà évoqué dans mes articles. Et Patagonia vient de vivre une nouvelle avancée en changeant le mode de fabrication de certains vêtements : le surf et le néoprène. Il s'agit d'une matière issue de ressources non renouvelables dont la fabrication requiert énormément d'énergie.

    Patagonia lancera à l'automne 2016 la première combinaison sans néoprène au monde. Ainsi, la marque réduit jusqu'à 70 % les émissions de CO2 lors de la fabrication du polymère, par rapport au néoprène traditionnel. Ces combinaisons sont fabriquées en caoutchouc naturel Yulex qui élimine 99 % des impuretés et donne une matière naturelle plus solide et hypoallergénique. Les plantes sont arrosées avec l'eau de la pluie et de l'eau recyclée est utilisée lors du processus de fabrication.

    C'est une avancée considérable. Bravo.

  • Barack Obama et les questions de fond

    Obama bureau 24 06 15

    Hier dimanche, dans le quotidien espagnol El Pais, Barack Obama a donné un entretien très détaillé le conduisant à exposer sa grille de lecture des difficultés rencontrées par l'Europe. Il a identifié deux facteurs majeurs : l'austérité et la rupture entre gouvernants et gouvernés. Tout est dit.

    L'austérité a créé un cycle d'exclusions à son tour générateur de haines, de rancoeurs sur des bases pour partie compréhensibles d'ailleurs. Une société qui n'accueille pas notamment dans le cycle de l'emploi peine à être appréciée.

    Quant à la rupture entre gouvernants et gouvernés, rien n'est épargné. Le passage de Barroso dans une banque d'affaires est une caricature de la répulsion. Le Brexit avait été accompagné d'une pluie de déclarations qui consistaient à indiquer que "pour bien décider, il ne faut pas consulter les … citoyens". Comment vivre l'exemplarité dans de telles circonstances ?

    Ces deux sujets n'ont jamais été traités sérieusement par François Hollande. C'est le socle réel d'un divorce profond parce que l'opinion sait que la tromperie est née de l'absence de volonté de s'attaquer à de telles questions. Sur ces deux sujets essentiels, il n'a rien fait. Même pas tenté de faire. C'est ce qui met en colère l'opinion publique française.

  • Jusqu’où peut monter la « culture » de l’exagération ?

    Foot supporters 10 07 16

    L'exagération gagne actuellement beaucoup de terrains. Communiquer est-ce surtout exagérer ? La période actuelle en France en donne des exemples quotidiens. Plus une expression de supporters de l'équipe de France de foot qui ne soit pas d'abord une forme d'hystérie et non pas de joie simple. Le peuple champion de la sinistrose monte dans les tours au moindre reportage en sautant l'étage de la joie pour immédiatement accéder à l'hystérie totale. Il faut crier, hurler, se maquiller, se bousculer … des scènes irréelles chauffées par les journalistes qui n'imaginent plus effectuer un reportage calme, serein, cool.

    Idem pour les manifestations du printemps : un texte nullissime devient un test de mobilisation puisqu'il remettrait en question pas moins qu'un siècle d'acquis sociaux à en croire les déclarations syndicales officielles.  A ce rythme, pourquoi s'arrêter à un siècle … ? Qu'est ce qui justifie cette rupture dans la remontée dans le temps ? 

    Hier en Grande Bretagne pour se féliciter de la désignation comme capitale de la Culture une ville organise une photo avec 3 200 personnes nues. Si elles n'avaient pas été nues, la scène aurait été moins … culturelle bien sûr. 

    Nu GB 10 07 16

    Et la liste des exagérations est interminable. Les exagérations n'apportent rien sur le fond mais la forme permet de retenir l'attention collective. 

    Le tam tam médiatique encadre ce phénomène. Il le perfuse, le booste. Et le système s'alimente de ce cycle. Pour faire parler de soi, il faut exagérer. L'exagération assure de l'audience donc elle suppose de toujours plus exagérer pour surprendre. Où s'arrêtera ce cycle ? Bien difficile à dire.  Ce qui est sûr c'est que dans la période actuelle il ne fait pas bon s'embarrasser des nuances et de la modération.