Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Jean Boissonnat et l’enjeu de la prise de conscience

    Boissonnat Jean

    Une journée particulière non seulement par la disparition si accélérée d'une personne de ma famille vers laquelle vont toutes mes pensées les plus tristes et affectueuses mais aussi en plus avec le décès d'un journaliste qui a structuré une partie importante de ma formation intellectuelle : Jean Boissonnat. Pour la personne de ma famille, je sais combien ses proches tiennent à l'intimité et à la discrétion que je respecte. Pour le journaliste, c'est un article qui vise à exprimer toute ma reconnaissance. Quelle chance d'avoir pu vivre une période où étudiant je dévorais les éditos de Jean Boissonnat.

    Une époque où le débat sur les enjeux collectifs étaient animés par lui, par Raymond Aron, par Jean Lacouture, par Jean Guitton, Jean François Revel, Claude Imbert, Françoise Giroud … Ce fut un privilège considérable. Aujourd'hui, pour Jean Boissonnat, c'est une expression de tristesse bien sûr mais surtout de reconnaissance.

    Le regret aussi que les générations suivantes n'aient pas pu bénéficier de tels talents au moment où désormais les comiques troupiers séquencent les images et pas les idées quand ils ne se vautrent pas dans une vulgarité pathétique.

    Ses livres sont un merveilleux refuge pour ne jamais perdre de vue des vrais enjeux dont le plus important : la prise de conscience individuelle.

    Pour tous ses écrits magnifiques, merci !

    Boissonnat décès

  • Twitter ou le début d’une éventuelle très belle séquence …

    Twitter bourse 25 09 16

    Le fait le plus important de la semaine écoulée : le bond de Twitter en bourse. Pourquoi ? Parce que derrière ce bond en bourse se cache peut-être l'ouverture d'une très belle séquence. De quoi est-il question ? De la fin du cycle des valeurs qui puisent leur fonctionnement chez les investisseurs et non pas chez les clients. Tout au long du premier semestre 2016, j'avais indiqué que ce cycle s'approchait. Il est probablement en train de s'engager.

    Les investisseurs ont misé sur des schémas de développement. Dans ce cadre, le coeur du "contrat" est sur l'année d'équilibre et ensuite sur le rythme de retour sur investissement.

    Pour de très nombreuses entreprises de nouvelles technologies, cette année d'équilibre est différée en permanence. 1ère conséquence concrète : les investisseurs sont moins téméraires dans les introductions boursières comme dans les augmentations de capital. C'est le cycle ouvert depuis mi-2015.

    Puis il y a une deuxième étape, les investisseurs initiaux ne veulent pas "remettre la main à la poche" et dans ce cas la société concernée doit vendre sa place de marché. Comme bon nombre de ces sociétés ont désormais construit leur développement sur des fonds levés en bourse, le rachat donne mécaniquement une sécurisation qui valorise le cours au moins temporairement après une "période d'agonie".

    Depuis le début des années 80, deux cycles systémiques de ce type sont intervenus. Le 1er a concerné la vague des OPA des années 80 quand l'économie découvrait les avantages de la taille et de l'internationalisation. la constitution du groupe LVMH est un exemple emblématique de cette époque. La seconde vague date du milieu des années 90 quand les entreprises ont repris confiance après le choc brutal de la 1ère guerre du Golfe.

    Aujourd'hui, avec le nombre de sociétés qui fonctionnent loin de toute rentabilité, si les investisseurs ont décidé de "mettre un terme au jeu", le cycle des cessions va débuter et pour des sociétés ayant qualité à être adossées à de grands groupes solides pour compléter leurs métiers traditionnels les rebonds boursiers s'annoncent prometteurs. 

    Twitter ouvre peut-être le bal … ? Une période passionnante s'engage.

     

  • Lundi : le début de la fin des années Obama

    Obama 2 03 09 16

    Avec le premier débat public lundi soir entre Trump et Clinton, c'est l'entrée dans le sprint de la présidentielle 2016. Dans une quarantaine de jours, l'élection sera intervenue. La transition débutera. Les années Obama prendront fin. Certes, des pans du bilan vont susciter de nombreuses analyses dont la politique internationale avec son volet de la lutte contre le terrorisme. Mais pour l'essentiel, les années Obama ont été marquées par trois temps forts. Tout d'abord, la décrispation de l'image internationale des Etats-Unis tournant la page des années Bush. En 8 ans, une réelle revalorisation de l'image internationale des Etats-Unis a été conduite avec succès.

    Ensuite, Obama a participé ou cédé à la tendance de la "politique divertissement". Mais il a su montrer que cette tendance ne s'accompagnait pas obligatoirement de la vulgarité, de la brutalité, de la soumission aux instincts populaires les plus "primitifs". La "politique divertissement" peut aussi être pratiquée pour faire avancer des causes nobles : la qualité de l'alimentation, la cause du jardinage, la bataille du climat …

    Barack Obama 13 08 16

    Enfin, c'est la cause des sanctuaires naturels. En 8 ans, Obama a fait plus que tous les autres présidents dans ce domaine. Et c'est une très belle cause que de considérer que la nature a parfois effectué de telles merveilles qu'il faut les préserver en héritage absolument protégé pour que ces merveilles soient transmises à toutes les autres générations.

    Avec le recul, les "années Obama" seront une belle période dans des circonstances très difficiles montrant le contenu d'un leadership moderne que tant d'autres pays recherchent.

    Obama 05 07 16

  • Mode : la fausse bataille du matin

    CastleMountainsNMNPSPhotoSmall

    La France commence à connaître à son tour la "bataille du matin" ou la mise en évidence des avantages à se lever tôt. Une bataille ouverte en France avec beaucoup de retard après les Etats-Unis dans la foulée du livre d'Hal Elrod "Miracle Morning". C'est une fausse bataille. Comme toutes les autres fausses batailles, elle va être livrée dans une logique binaire artificielle : faire corps ou faire face. Faire corps c'est défendre cette théorie selon laquelle "la journée appartient à ceux qui se lèvent tôt". Face face, c'est dire non. Mais l'essentiel n'est pas de faire face ou de faire corps, c'est de faire soi. Qu'est ce qui convient à son propre rythme ? 

    La quasi-totalité du moule de l'enseignement vise à faire entrer dans des "modèles de pensées". Pas un cours sur la découverte de soi, son horloge biologique … La vraie liberté n'est pas dans la capacité de choix entre des modes de pensées ou de comportements mais dans le choix du comportement qui convient à soi. Comment d'abord être bien avec … soi-même. C'est d'ailleurs probablement le sujet le plus important d'une vie. 

    Je m'y suis ouvert lors des épreuves de santé de mes parents puis avec encore davantage d'intensité lors du choc de leur disparition. 

    La fausse bataille du matin, c'est celle des horaires du début d'une journée.

    La vraie bataille du matin, c'est celle du début du rendez-vous avec soi. C'est une conquête qui ne coûte rien. Elle ne se tartine sur aucun discours préparé par autrui. Elle est d'une douceur exquise. Elle libère des modes. Elle émancipe du jugement du regard d'autrui. Elle fait même gagner en recul pour tenter de convaincre autrui comme si chercher à enfermer l'autre dans une logique pouvait être d'imposer à autrui ce que l'on refuse pour soi. Là est la vraie bataille du matin. Une seule recommandation : livrez-là et la journée de la vie deviendra différente. 

  • Grenoble : qui va expliquer le miracle de la multiplication des voies sur emprise constante de la chaussée ?

    A 480 3 22 09 16

    On connaissait le miracle de la multiplication des pains, Grenoble promet le miracle de la multiplication des voies de circulation à emprise constante de la chaussée. Dans le premier cas, la foi tolère l'inexplicable. Dans le second cas, par expérience, la foi étant significativement moindre, l'inexplicable suscite les railleries. Mais ce n'est pas une blague. Dans la photo ci-dessus, sur cette emprise globale de la chaussée, l'AREA et les politiciens promettent de mettre 3 voies là où il n'y a déjà pas de voie dite de sécurité.

    C'est la question de bon sens que se posent les dizaines de milliers d'utilisateurs qui connaissent le terrain. Une question toujours restée sans réponse. Le "système" avance avec ses affirmations déconnectées des réalités. Le jour où les réalités devront être mieux considérées, il y aura nécessairement des réveils difficiles soit pour ceux qui attendent 3 voies soit pour ceux qui croient au non-élargissement de la chaussée… 

    Dans la "vraie vie", l'inexplicable ne le reste pas toujours durablement comme dans les … vraies religions.

    A 480 2 22 09 16

  • Quand des médias cautionnent le ridicule qui tue

    Trump 19 09 16

    L'actuel "phénomène Donald Trump" c'est quoi ? Et peut-il frapper la France ? Trump, c'est la troisième étape d'une tendance ancienne aux Etats-Unis qui a connu la perte de crédit d'un système, puis la répulsion et qui s'ouvre à la sanction d'un système qui n'est plus supporté. Les citoyens américains n'attendent plus rien de ce système. Donc ils peuvent le sanctionner, c'est leur ultime "délice". Et plus le système s'acharne contre celui qui est perçu comme l'outil de la sanction plus il grimpe dans les intentions de votes en dépit de toutes ses exagérations, ses fautes ou ses erreurs manifestes.

    Les intellectuels français qui commentent la présidentielle américaine ne peuvent pas exprimer cette réalité puisqu'elle les met en cause comme acteurs d'un système. Le citoyen américain au fond du Colorado, dans l'Ohio … n'attend rien du système fédéral. Mais il ne supporte plus la classe politico-médiatique. Le vrai marqueur a été la défaite cinglante de Jeb Bush à la primaire républicaine. 

    L'objectif n'est pas de cautionner un "nouvel élu", c'est de sanctionner le système !

    Quand des médias cautionnent le "système" en faisant des "tonnes" hier sur le prix reçu par Hollande "comme chef de l'Etat de l'année" ou sur son discours à l'ONU quand il fait la "leçon" à la terre entière lui qui incarne l'échec le plus sévère dans son propre pays, c'est une avancée sur la trumpisation.

    Quand Debré, ex président du Conseil Constitutionnel, passe son temps à rire sur Europe 1 pour la moindre banalité de comptoir de l'animatrice qui bavasse sur n'importe quelle banalité, il favorise la trumpisation. Idem pour Bachelot recyclée dans les opérations TV de mauvais goût.

    La trumpisation ce n'est pas des citoyens "coupables", c'est un système tellement corrompu, nul et répulsif que les citoyens sont prêts à tout pour s'en séparer. Même au pire. Cette trumpisation avance à grandes enjambées en France actuellement.

     

  • « C’est la faute de la Métro … » : l’excuse qui ne suffit plus !

    Salle_conseil_metro

    Dans l'agglomération grenobloise, le refrain politicien "ni responsable ni coupable" avait trouvé son bouclier depuis 2014 : la Métro. Les élus municipaux avaient le paratonnerre idéal : "un problème non résolu = "c'est la faute à la Métro !". Mais hier, dans une Commune de l'agglomération grenobloise, une réunion importante sur l'eau. 3 fonctionnaires de la Métro, un représentant d'un cabinet d'études, un représentant de la société Colas sont présents pour exposer un dossier mené "cul par-dessus tête" au point de lever un tollé général : absence totale de concertation, organisation de la réunion dite de concertation 3 mois après l'attribution de l'appel d'offres, projet de lancement des travaux sans même avoir l'autorisation indispensable de propriétaires pour traverser des propriétés privées …

    Dans la lassitude de s'exposer aux critiques fondées mais vives (toujours exprimées dans la courtoisie pour respecter le statut des fonctionnaires), ces derniers exposent alors tout le processus. Et d'un coup les masques tombent ! Le projet a été élaboré à la demande des élus de la Commune concernée, dans la concertation la plus totale avec les élus de la Commune…. Et deux élus municipaux sont là au premier rang et ne prennent jamais la parole pour dire le contraire ! C'était le moment de la vérité : soit les élus gardaient le silence et c'était le "bruit de leur culpabilité" soit ils prenaient la parole et c'était le cri de leur innocence. Et ils ont gardé le … silence face aux révélations détaillées des services de la Métro !

    Une étape est franchie. La Métro n'accepte plus de jouer le paratonnerre et les élus ne peuvent nier leur responsabilité directe dans un dossier bouclé dans la solitude la plus totale pour tenter de mettre tout le monde devant le fait accompli.

    La confiance est brisée dans des conditions inédites. Et on est scandalisé par le double langage d'élus municipaux qui oublient le lien direct qui devrait être le leur auprès des citoyens pour se livrer à des jeux qui deviennent ainsi la pire caricature de la politique que chacun n'accepte plus.

    Les responsables et les coupables sont à la fois la Métro lointaine et arrogante mais aussi des élus municipaux qui n'ont pas le courage de rendre compte des vraies priorités qui sont les leurs lors des travaux à la Métro. L'agglomération grenobloise s'enfonce dans une triste "démocratie inversée".

  • La France : le pays où l’on se s’engage plus ou du moins si peu …

    Obama Hope 19 09 16

    Pour ceux qui aiment les Etats-Unis, ce qui marque actuellement c'est le nombre de panneaux devant les propriétés privées où les particuliers s'engagent : voter Trump ou Clinton … Pour avoir connu de très nombreuses campagnes US, le records fut en 2008. Obama était partout : affiches sur les pelouses, autocollants sur les véhicules, casquettes, Tshirts … Mais même actuellement, l'engagement reste fort, public, assumé.

    Quel décalage avec la France, pays historiquement de la liberté d'opinion et d'expression. Il reste heureusement un dernier carré d'engagés à droite comme à gauche. Hollande qui aime tant les médailles devrait les décorer lui qui a tant contribué à décourager les engagés. Il ne reste que des enragés isolés mais prêts à tout casser. La seule lettre qui change entre "enragés" et "engagés" fait aussi changer d'univers.

    Plus sérieusement et plus tristement au-delà de cette crise de confiance dans un engagement, c'est le refus de s'exposer. Comme s'il n'y avait plus de courage collectif pour passer à l'assaut de "bastilles". Pour défendre des causes. Pour retrousser les manches pour tenter de convaincre. Pour dire non ou oui. C'est l'ère des soumis. Des défaits. Pire encore des indifférents.

    Quel déclic va changer cet état ? Que reste-t-il de l'héritage de 1789 ? Avant 68, Pierre Viansson-Ponté dénonçait "la France qui s'ennuie". Maintenant c'est la "France qui s'absente". Et pourtant, les défis ont rarement été aussi nombreux et surtout graves. Une ambiance bien incompréhensible à ce point.

  • Quand Grenoble revisite le sketch du bout du tunnel …

    Grenoble bouchons

    Vous connaissez le sketch remarquable de Raymond Devos sur le bout du tunnel ? Qu'est ce qui ressemble le plus à un bout de tunnel ? L'entrée dans un tunnel ! C'est ce que vivent les Grenoblois sur leurs voies de circulation. Ils sont dans le tunnel des embouteillages permanents. Pour résoudre ce problème, ils inventent la fluidité sur … la même emprise de circulation. Ou comment annoncer "sortir des bouchons" pour entrer dans les … nouveaux bouchons ?

    Dans les autres villes, pour améliorer la fluidité des véhicules, la recette est simple et unanime : augmenter l'emprise des axes routiers. Mais là, la situation est différente. Il faut mettre d'accord un maire écolo (soutien de Duflot) + un président PS d'agglo (soutien de Montebourg) + un président LR de département (soutien de Sarkozy) = une solution originale : le bouchon circulant. Parce que c'est bien là la conséquence du compromis impossible. La sortie du tunnel est comme l'entrée dans le tunnel … : cela dépend d'où on se place.

    C'est impossible d'améliorer la fluidité sans augmenter l'emprise des voies de circulation. C'est déplacer le bouchon quand on maintient le nombre de voies aux entrées et sorties de l'espace susceptible d'être décongestionné.

    Seul point acquis : les péages vont augmenter. Comme quoi il est possible de mettre trois sensibilités différentes autour de la même table et sur le financement pas la moindre originalité : toujours augmenter les taxes ou redevances. Réellement insupportable.

  • La photo de la vraie fête du patrimoine

    Boston 17 09 16

    Ce week-end la France fête son patrimoine. 2 jours qui sont le cache misère d'une politique particulièrement défaillante de protection et de promotion du patrimoine dans ce pays qui se veut un "musée" avec pas moins de 40 000 monuments historiques qui sont protégés par l’Etat (châteaux, cathédrales, églises, monastères…). Si chaque monument était visité à hauteur de 1 monument par jour, il faudrait 109 ans pour les voir tous…

    Le passé occupe une place permanente à part entière dans la culture française. Mais ce passé est de moins en moins respecté, pire encore valorisé.

    Pour moi, la vraie fête du patrimoine, c'est la photo ci-dessus. Dans le quartier de Copley Square à Boston, la Trinity Church se reflète dans la John Hancock Tower. Un bâtiment de 1733 vit dans la lumière d'une tour édifiée à la fin des années 70. A côté de la Trinity Church, il y a un point d'eau agréable. S'asseoir et prendre en pleine face le choc des âges, c'est la vraie fête du patrimoine. Les âges cohabitent, se dynamisent, sont complices. C'est une conception très rare en France où l'histoire est mise de coté, enrubannée, marginalisée, écartée de la vie quotidienne. Toujours la culture du musée …

    Respecter le patrimoine, c'est le faire vivre tous les jours, lui garder ce souffle de la vie qui lui donne un côté intemporel naturel. Bref, tout sauf un … musée.