Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Aujourd’hui, la ville de Montpellier sera inondée …

    Montpellier inondation 2 13 10 16

    Ce matin, avec une banalité absolue, les médias titrent sur le thème "en fin de journée au plus tard, la ville de Montpellier sera inondée". Elle l'avait été le 29/09/2014. Et cela recommence 2 ans plus tard. Pourquoi ? Parce que là comme dans la quasi-totalité des situations comparables, il ne se passe plus rien. L'information jetable entraîne les politiques jetables. C'est le climat médiatico-politique français : rien de durable. Rien de sérieux dans le temps. Tout est éphémère. Quand on connait un dossier de façon détaillée, c'est une misère que de constater l'inefficacité des actions publiques. L'opinion est agitée pour des futilités (le tweet de Trierweiler, les lettres intimes de Mitterrand …) autant de sujets qui ne sont pas sérieux dans la durée. Aussitôt révélés aussitôt dépassés. 

    Mais il ne se passe plus rien de structurant dans la durée en France. Aujourd'hui, l'info devrait être : voilà les travaux qui ont été faits depuis septembre 2014 pour qu'aujourd'hui Montpellier ne soit pas inondée comme en 2014. Tous ceux qui défendent actuellement le bilan Hollande ont une responsabilité morale considérable car la faillite n°1 d'Hollande c'est l'acceptation de l'impuissance publique et l'agitation sur des sujets tellement secondaires qu'ils dénotent une culture de l'instrumentalisation de l'information et l'irrespect des citoyens. 

  • La France sans boussole en proie aux seuls jugements négatifs

    Obama 12 10 16

    Qu'est ce qui manque actuellement aux Français ? Des "présidences morales". Comparons avec les Etats-Unis. L'obamamania est reparti de plus belle. Hier à Greensboro en Caroline du Nord, Barack Obama a réuni des foules considérables. Aujourd'hui, aux Etats-Unis, l'opinion répandue c'est "quand je me regarde je me désole. Quand je me compare, je me console". Et le "je" concerne la présidence Obama. La comparaison avec ce qui arrive est le meilleur travail de revalorisation des années Obama. Obama va occuper la "présidence morale" et elle va compter très fort. Obama se retire à … 57 ans !

    Mais en France, qui exerce cette "présidence morale" ? Personne. VGE est trop vieux. Chirac est trop hospitalisé. Sarkozy est trop engagé. Hollande est trop décrédibilisé. En France, tout le personnel politique reste dans la course jusqu'à l'usure pour passer du Palais à la … clinique privée. Et "l'échelon du dessous", pareil. Quand les ex-Premiers Ministres ne sont pas candidats à la présidentielle (Juppé, Fillon) ou soutiens actifs (Raffarin), ils sont toujours dans le circuit en acceptant même le "déclassement" comme Ayrault. 

    Il n'y a plus de "sage". Quand ils ne sont pas hospitalisés, usés, toujours aux postes à titres divers, ils deviennent des "animateurs télés" comme un ancien président du Conseil Constitutionnel qui livre ses blagounettes sur Europe 1 aux côtés du mannequin Sublet dont l'argument ultime est de … rire.

    Faute de boussole, les Français se déchirent sur les seuls jugements négatifs. C'est là tout le problème essentiel de la vie politique française. Sous un angle surprenant, elle paye l'un des prix de la professionnalisation extrême de sa politique : des personnes qui vivent du système par le système jusqu'au dernier souffle.

  • Quand Cyril Hanouna va installer son équipe de campagne pour la présidentielle 2022 …

    Urgentiste

    Il y a longtemps que je ne regarde plus les programmes télés. Un bref temps de lecture est si salutaire le soir. Puis avec recul, revoir si nécessaire un programme sur YouTube. Mais dès que cette règle est frappée d'exceptions, quelle stupéfaction ! Dimanche soir, nous avions la sérénade de confessions qui sont à la politique ce qu'est le McDo au resto : l'infantilisation de clients prêts à succomber à la moraline de confidences bien markétées. 

    Puis hier, dans le cadre de la déontologie de l'équité de traitement des candidats, Sarkozy déchiqueté par les journalistes quand une semaine plus tôt Juppé était le "gentil tonton" à qui on doit le respect. Et le tout programmé avec la concurrence d'un match télé sur une autre chaîne … Avec de tels exemples pour encore croire à la déontologie des journalistes garants d'une forme d'équité entre les candidats (pour ne pas parler d'égalité de traitements), il faut être prêt à considérer du Nutella comme l'alimentation pilier d'un régime minceur. 

    Et s'il était enfin question des héros du quotidien. Sortir des séries américaines et des "200 familles médiatico-politiques" à toujours remettre en selle pour enfin nous présenter la vraie vie :

    • l'urgentiste qui se bat pour ramener à la vie,
    • l'épouse du militaire qui actuellement fait vivre toute sa famille pendant que son mari est sur le front africain,
    • l'infirmière libérale qui est souvent l'ultime maillon de service public dans les territoires ruraux français,
    • l'instituteur qui intervient dans un quartier dit difficile et qui cherche à intégrer,
    • le jeune d'une start-up qui galère pour trouver son premier local face aux banques et aux foncières qui exigent garanties sur garanties,

    Le jour de ces programmes à 20 heures 30, je reviens à la télé. Voir du vrai. Apprendre du juste. Du sérieux. Des faits.

    Mais au rythme actuel d'infantilisation, j'attends le moment où Cyril Hanouna va installer son équipe de campagne pour candidater à la prochaine présidentielle de 2022 …

  • Quelles étapes ont été manquées par les démocraties occidentales ? Et pourquoi à ce point ?

    Karine Lemarchand

    Quand on assiste à un débat aussi glauque que celui d'hier aux Etats-Unis entre deux candidats s'invectivant sur des histoires de sexes dans des conditions pathétiques à 30 jours du vote de la démocratie occidentale la plus importante, il devrait y avoir un sujet prioritaire : comment expliquer qu'on puisse en arriver là ?

    Même réflexe quand une émission de bisounours se déroule dans la même soirée que le débat US mais en France avec une animatrice charmante qui décline son concept de télé-réalité de "l'amour à la ferme" pour passer aux "copains dans la salle à manger" pour expliquer quand l'un a perdu son 1er vélo ou quand l'autre passe chez le coiffeur …

    Quand des démocraties arrivent à ce stade, il devrait quand même y avoir matière à chercher l'explication : quelles étapes ont été manquées pour que des démocraties fonctionnent ainsi ?

    Et au moment où les défis ont rarement été aussi majeurs et cruciaux. 

    A ce stade, il y a matière à un certain frisson dans le dos …

  • Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet

    Expression baillonée

    Cette citation de Courteline est un résumé merveilleux d'épisodes de la vie. Avec les obscénités de Trump, le spectacle débute sur ce principe. Ainsi, Schwarzenegger se fait un code de bonne moralité lui qui a reconnu être le père de l'enfant de la jeune personne chargée de s'occuper de ses enfants et qui actuellement se répand dans les journaux pour indiquer que son épouse, mère de ses 4 enfants, vivait déjà avec son actuel compagnon avant ses … indélicatesses personnelles. Et tout cela pour mieux négocier les indemnités à ne pas accorder à son ex. 

    C'est comme les journalistes français qui s'émeuvent sur les moeurs de la vie politique américaine mais qui ont caché les frasques de DSK pendant des années … et surtout de tant d'autres sur les plans nationaux comme locaux. Et du côté des deux sexes pas uniquement des hommes.

    Et la liste pourrait être longue. C'est ce que la France avait connu avec DSK : le bal des hypocrites et surtout des taiseux qui ont été complices pendant tant d'années.

    Que faut-il pour que ces climats cessent : le grand déballage. 

    Mais le grand déballage suppose le courage et c'est ce qui fait le plus défaut actuellement. Le courage des victimes comme surtout celui des observateurs. 

    Pour l'instant, c'est l'étape de la citation de Courteline : s'amuser des idiots qui se défaussent sur plus imbéciles ou plus pervers qu'eux. Mais cette étape n'a jamais rien réglé même si le délice qu'elle procure reste un moment privilégié pour les observateurs. De délice ou d'indifférence tant le jeu est stérile faute de vrai droit de suite. Pathétique ! Voir le cinéma qu'un tel prédateur nullissime peut susciter à 30 jours du vote de la 1ère puissance au monde. Quels épisodes ont dû être sautés par cette démocratie pour arriver à un tel supplice.

     

  • Jusqu’où des politiciens peuvent-ils toujours creuser le trou de la vie politique ?

      Trump 10 09 16

    Depuis plusieurs mois, Donald Trump s'expose dans des conditions d'une agressivité et d'une vulgarité indécentes. Il vient de montrer que cette vulgarité fait partie de son tempérament. C'est dans les attitudes privées qu'on lit le vrai tempérament des personnes, loin des images toutes préparées où chacun tient à se montrer "bien propret en habit du dimanche dents blanches sous peau lisse". En privé, cet individu effectue des confidences qui sont d'une vulgarité sans limite à tel point que les journalistes français ne traduisent même pas les propos tenus.

    Jusqu'où des personnages de ce type vont-ils creuser le trou de la politique ? D'autres y contribuent par d'autres moyens : la littérature de Trierweiler, les programmes connus comme sans lendemain possible …

    Il faut quand même avoir conscience de faits qui se banalisent : dernièrement une revue d'idées titrait sur la "nostalgie du Roi" comme si les échecs de la République pouvaient justifier un retour de la … monarchie ? Irréel.

    La période devrait être à l'éloge de la sobriété et du sérieux pour faire face à des défis considérables (climat, religions). A l'opposé, elle devient l'époque de l'exposition extrême, celle du gaspillage dans une logique du "tout éphémère", l'indécence pour faire vivre l'audience … Avec un tel décrochage entre les nécessités plus graves que jamais et le comportement des opinions occidentales, progressivement il y a un sentiment que chaque jour nous avançons vers le pire. Le parallèle avec les années 30 devient particulièrement inquiétant.

  • La France en plein chaos politique

    Obama 07 10 16

    Michèle Cotta est l'une des meilleures observatrices de la politique française. Son dernier ouvrage porte un titre qui résume tout de l'actuelle situation française :"comment en est-on arrivé là ? Histoire d'un chaos politique." Tout est résumé par ce titre. L'interrogation comme le constat.

    L'interrogation à savoir comment un pays peut tomber aussi bas à tous les niveaux de sa représentation politique : absence de débats de fond, superficialité des mesures, cacophonie permanente …

    Le constat : celui du chaos. Parce que le terme de chaos est le bon lui qui signifie : ruine, désordre, destruction. 

    La ruine est celle de l'état des finances publiques avec des annonces qui creusent toujours davantage le trou.

    Le désordre est celui de la quasi-totalité des pans de la société : depuis une ministre qui répond au Pape sur le ton d'un laquais à congédier en passant par la bouffonnerie du sauvetage d'Alstom en passant par l'invention du scrutin à 6 tours avec des citoyens qui vont participer aux primaires de la droite puis de la gauche avant de voter au scrutin final.

    C'est du jamais vu.

    Mercredi, les Nations Unies ont validé l'accord de Paris pour qu'il entre en vigueur. Dans de nombreux pays, les chefs d'Etat ont tenu un discours solennel comme Obama aux Etats-Unis. En France, rien. L'accord de Paris a été mieux célébré en dehors de Paris qu'à Paris ! Mais à Paris c'est la course folle d'un régime qui a perdu l'équilibre et de dirigeants épouvantés par la défaite annoncée. Du jamais vu à ce point.

  • Primaires, préliminaires ou comment être à droite l’espace d’une heure ?

    Trump 2 06 03 16

    Quand la France officialise l'échangisme politique. Le débat politique français a tellement sombré dans la perte de valeurs qu'il devient possible officiellement de demander à des concurrents politiques de voter pour la désignation du candidat du … "camp d'en face". C'est du jamais vu. Imagine-t-on aux Etats-Unis, pays des primaires, les Démocrates se mobilisant pour voter contre Donald Trump lors des primaires républicaines ? Impossible. Celui ou celle qui susciterait une telle perspective serait immédiatement décrédibilisé. 

    Mais en France comme tout se fait en politique, les électeurs PS vont voter pour désigner le candidat du … Parti républicain. Ce qui signifie que les électeurs des Républicains vont aller choisir à leur tour le candidat du … PS. 

    C'est l'engagement l'espace d'une heure ou comment signer un papier qui n'engage pas. L'institutionnalisation de la magouille en politique mais au moins à visage découvert.

    Il faut vraiment qu'un régime soit tombé très bas pour banaliser un enjeu de ce type. La primaire, c'est le choix de conviction des militants et sympathisants qui se reconnaissent dans des valeurs. Eux et seulement eux.

    Là, il s'agit de préliminaires avec faculté de changer de partenaire en cours de route. C'est le moment où la France officialise l'échangisme politique …

  • Une société peut-elle vivre sans sacré ?

    Obama 2 11 09 16

    C'est un sujet de fond qu'aborde avec un talent remarquable Régis Debray dans le dernier numéro de la Revue des Deux Mondes. Comment fonctionner quand il n'y a plus rien d'intouchable ? Aujourd'hui même l'expression du mot "sacré" conduit parfois à l'ironie, voire aux moqueries intempestives. Comment expliquer que notre société ait pu accepter comme autant "d'avancées" des "outrages" présentés comme des progrès collectifs (Marseillaise sifflée, drapeau national brûlé …). Dans certaines Communes, les espaces collectifs de cimetières ne sont même plus entretenus…

    Qu'est ce qui peut être "valorisant" de tout désacraliser ? Une valeur existe-t-elle encore si elle n'emporte pas de pénalité quand elle est violée ? 

    Dans le pays de la littérature, même les mots ne sont plus sacrés puisque l'orthographe est une discipline secondaire et que nous nous sommes à deux doigts d'accepter l'écriture phonétique. 

    Il est certain que le sacré d'hier ne peut plus être le sacré d'aujourd'hui. C'est naturel. Mais pourquoi au sacré d'hier succéderait-il le vide d'aujourd'hui à ce point ? 

    Comment délimiter en l'absence de sacré ? 

    Le sacré a-t-il disparu parce qu'il n'a pas de valeur marchande, ce qui est une monstruosité en cette période d'argent roi ? 

    C'est le vrai choc actuel derrière la guerre des religions qui est en marche : le choc entre ceux qui ont trop de sacré et ceux qui donnent l'impression de ne plus en avoir du tout. Impression ou réalité ? Et quelles conséquences ?

    Un article sublime de Régis Debray comme si souvent.

  • J – 35 : 2016 ou le rendez-vous manqué des héros du quotidien

    Kristi noem 25 08 12

    En 2010, la naissance du Tea Party c'est le succès d'un parti pris de proximité : le choix affinitaire. Présenter des personnes qui vivent dans la vie de tous les jours et qui sont présentées comme les "vrais héros du quotidien". C'est la campagne de communication en 2010 sur la «maman grizzly» : celle qui lutte de toutes ses forces contre l’environnement hostile pour sauver ses enfants. Kristi Noem, Nikki Haley … parmi tant d'autres sont les réussites de ce courant. 

    C’est la sanction contre l’establishment politique qui est supposé ne plus connaître la vraie vie de tous les jours. En 2010, la caricature de ce choc a été dans le Nevada avec la lutte Sharron Angle contre Harry Reid. Une mère inconnue (Sharron Angle) met en difficulté un leader du Sénat (Harry Reid) dans des conditions totalement imprévisibles. 

    L'échec majeur de Donald Trump c'est de ne pas avoir pris cette tendance. Il n'est pas devenu un "héros du quotidien" parce que son quotidien n'est pas celui de la "vie de tous les jours". Encore davantage quand l'opinion a découvert que le démarrage économique de Donald Trump avait été lié à la fortune de son … père. Trump a contrebalancé cet échec par une mise en cause d'autant plus violente de l'establishment politique. Mais une violence excessive qui le fragilise finalement.

    Avec Jimmy Carter, le Parti Démocrate avait trouvé en 1976 le moraliste de base tournant la page des années Nixon.

    Ne pas avoir trouvé le "héros du quotidien" en 2016, surtout face à une ex First Lady, reste le grand échec du Parti Républicain en 2016. Si Hillary Clinton gagne, c'est 12 ans de mise à l'écart de la Maison Blanche (de 2008 à 2020), un cycle inhabituellement long d'opposition pour le Parti Républicain.

     

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