Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Un microcosme parisien hors sol

    Obama 24 08 16

    Paris doit vivre en lévitation. Un autre univers. Les laudateurs professionnels s'interrogent face à des chiffres qu'ils n'avaient pas vu venir. Mais aussi voire surtout, ils passent sous silence des faits qui sont lourds de significations. Poutine et Hollande se rencontrent. Pas à Paris mais à … Berlin. Obama va faire sa dernière tournée internationale du 18 au 20 novembre. A-t-il prévu de passer par Paris ? Non. Il passera par … Berlin où Hollande va se déplacer pour rencontrer Obama. Lors de ce qui était officiellement la "tournée européenne d'Obama", était-il déjà passé par Paris ? Non. 

    Paris n'est plus une une capitale politique internationale comme point de passage obligé. C'est Berlin.

    Le sondage à 4 % de satisfaction pour le bilan Hollande : les médias en font des tonnes. Mais la réalité, c'est que la page Hollande est déjà tournée. Quand une émission a ce thème, la province zappe. Plus de temps à perdre avec le "sujet Hollande jugé irrécupérable".

    Le livre sur les cadeaux des émirs aux politiciens français : pas un mot. Et pourtant quels scandales d'Etat que d'imaginer des responsables politiques quémander par SMS leurs chaussures ou leurs billets d'avions auprès de l'Ambassadeur du Qatar à Paris … 

    Le jour où le microcosme parisien reprendra goût aux réalités, les audiences des médias changeront et le climat démocratique y gagnera.

     

  • Les limites de l’empathie ou pire encore l’empathie sélective

    Main jeune et main vieille

    Le débat actuel sur les localisations de migrants est d'une irréalité caricaturale. D'abord, pendant des mois, il a été question de familles. Et là d'un coup, il n'est plus question que d'hommes. Où sont passés les femmes et les enfants ? Ou étaient-ils marginaux dès le départ ? Incohérence jamais évoquée. Question jamais posée donc réponse jamais donnée.

    Puis la mode médiatique est à la célébration des bons accueils. Malheur à ceux qui n'exposent pas leur coeur en bandoulière. Qui peut souhaiter la misère d'autrui ? Personne. Mais à cette empathie si démagogique, pourquoi ne pas poser la question sérieuse des personnes dont l'empathie du moment laisse aussi sur le bord de la route ? N'y a-t-il en France aucune misère en dehors de celle des migrants ou des réfugiés ? Si d'autres misères existent, à quel titre deviendraient-elles secondaires dans l'effort financier collectif et dans la mobilisation générale ? Quels critères pour hiérarchiser ? Qui a décidé de l'ordre des critères ? A partir de quels débats ? Quand l'opinion a été informée de ces critères et des raisons d'une sélection ?

    Dans de telles circonstances, il n'est plus question d'empathie c'est à dire de capacité à ressentir la détresse d'autrui mais d'une opération démagogique irresponsable. Il y a tant de détresses moins spectaculaires mais au moins aussi graves. 

    L'actuelle opération médiatico-politique est véritablement d'une irresponsabilité scandaleuse. Il n'y a pas de sécheresse de coeur à l'indiquer. Mais céder ainsi à ce "concert de pleureuses" qui choisissent les détresses à traiter et celles parfois tellement plus anciennes à ignorer est d'une démagogie inqualifiable. 

    Dans le livre sur les lettres de Mitterrand à Anne Pingeot, il y a un passage que la presse a peu relevé sur le "verbalisme ésotérique de cette espèce politique … " en parlant de la gauche française. "Si vous n'employez pas leurs formules, la famille socialiste fronce le sourcil et vous considère soit avec méfiance soit avec dédain …Je me désole de tant d'élans sincères vers la justice rongés par l'acide du sectarisme verbal ..." La lettre du 9 février 1964 est d'une actualité féroce pour la période actuelle. 

  • Une démocratie peut supporter combien d’hivers ?

    Trump 17 10 16

    Les Etats-Unis sont en train de vivre un épisode dramatique d'une élection présidentielle. Des scènes irréelles se banalisent comme l'entrée des médias conspués dans les réunions de Trump. Une primaire qui n'a pas joué sa fonction de vraie sélection c'est à dire l'étape où l'on va déjà tout connaitre sur les candidats. Combien d'hivers faut-il pour que l'opinion se dresse pour défendre d'abord ses droits à une démocratie digne de ce nom c'est à dire le nom d'une des plus belles conquêtes de la civilisation occidentale ? Et la France ne prend-elle pas le même chemin avec 6 mois d'écart ? Il y eut le "politiquement correct" ou la façon de bâillonner les débats au titre de la "pensée unique". La mondialisation et l'Europe ont été alors les armes de cette guerre contre les pensées dissidentes. Puis il y eut les mots interdits ou l'autocensure banalisée pour ne pas encourir la contre-ambiance. Et maintenant c'est au tour du "tout possible et surtout le pire" comme si le balancier devait vivre un autre extrême. 

    Mais que se passe-t-il le jour d'après ?  Les grandes puissances ont "beaucoup d'édredons" pour amortir les chocs. Mais la France n'appartient plus à ce groupe. Si elle vit une présidentielle à l'américaine c'est à dire en 2017 comme ce fut le cas pour eux en 2016, quels lendemains ? Qui va enfin rétablir de "justes équilibres" face à une présidence qui incarne le chaos et des partis politiques en proie aux règlements de comptes généralisés ? 

    Jusqu'où l'hiver doit-il imposer ses punitions pour que le sursaut se produise ? Au rythme des 15 derniers jours, l'inquiétude grandit de façon accélérée. L'accoutumance à l'impossible pour hier devrait quand même commencer à questionner sérieusement.

  • L’Obamamania à un niveau record

    Barack Obama 13 08 16

    Rarement les opinions publiques françaises et américaines ont été aussi contrastées. En France, l'opinion souhaite que le naufrage du mandat Hollande prenne fin le plus tôt possible face à un amas d'échecs, de désillusions et de nullités manifestes. Dans le même temps, l'opinion américaine donnerait beaucoup pour qu'Obama puisse … continuer son mandat. L'Obamamania est à un niveau record. Le quotidien Sud Ouest consacre aujourd'hui un long article aux participations records des réunions de Barack et Michelle Obama avec un sentiment de reconnaissance pour les talents qui ont été les leurs pendant 8 ans au moment où le choix est désormais entre la vulgarité insondable d'un Trump et le machiavélisme daté des Clinton. Les produits d'Exprimeo sur Obama connaissent une audience inédite. La publication sur la campagne 2008 : + 13 % sur les seuls 20 derniers jours par rapport à l'audience des 7 dernières années. Et surtout une nouvelle génération d'étudiants qui veulent mieux savoir, mieux connaître.

    Obama 01 09 16

    Que montre cette comparaison ?

    1) Qu'il est possible de gouverner sans devenir automatiquement impopulaire. C'est un échec de plus dans la dialectique du pouvoir français qui s'est fait à l'idée qu'ils étaient impopulaires parce qu'ils gouvernaient. Ils sont impopulaires parce qu'ils sont nuls, amateurs, cyniques, lassants de banalité devant les échecs annoncés et irrémédiablement rencontrés.

    2) Il faut se méfier des chutes d'exigences. Les Républicains ont refusé le débat de fond avec le Tea Party. Résultat : un candidat caricature des "valeurs" du Tea Party a gagné. Chez les Démocrates, l'acceptation de la fatalité que ce serait au tour d'Hillary au sein d'un parti cadenassé par les ex-collaborateurs de la galaxie Clinton. Résultat : une campagne sans souffle.

    La désignation d'un candidat est d'abord un marqueur du respect que l'opinion se donne à elle-même. A-t-elle la volonté de s'élever ou de céder à diverses tentations ? Obama a été un marqueur des belles qualités de la démocratie américaine comme, sur des registres différents, ont pu l'être JFK ou Reagan. Des moments où la première puissance mondiale entend assumer un leadership qui dépasse son seul territoire.

    Obama 15 10 16

     

  • La violence sexuelle faite-elle partie de la « culture française » ?

    Silence

    L'examen de faits mérite l'attention. En France, une Sénatrice interpelle un Ministre sur des faits graves de possibles violences sexuelles. Conséquence pratique : aucune. Discrétion quasi-totale. Même pas une investigation journalistique digne de ce nom. A chaque rentrée universitaire, le bizutage fonctionne de façon souvent humiliante pour les filles. Des évolutions ? Aucune. Des collaboratrices parlementaires font un site pour libérer les paroles. Des reportages à des heures de grande écoute ? Rien.

    Et la liste pourrait durer longtemps. Où en est l'affaire Baupin par exemple ?

    Comparons les faits :

    1) Aux Etats-Unis, Trump a plié sa campagne avec 6 révélations vieilles de 15 à 20 ans. Kirsten Gillibrand a mené des investigations parlementaires sur les violences sexuelles dans l'armée avec sanctions fortes à l'appui. Les auditions parlementaires voyaient défiler les états-majors ayant à répondre de faits précis.

    Armée US violence sexuelle

    La liste des Gouverneurs  conduits à démissionner est longue suite à une révélation d'harcèlement. La Californie a mis fin à toute prescription pour les violences sexuelles. Ils peuvent être poursuivis sans considération de délais pour être sanctionnés !

    2) Au Canada, une loi très sévère est en préparation à l'initiative du mouvement «Québec contre les violences sexuelles» qui revendique également un financement adéquat des organismes luttant contre ce fléau, le déploiement d'une campagne de sensibilisation grand public et l'instauration d'une formation annuelle pour les recteurs et l'ensemble des élus de l'Assemblée nationale.

    Quand on constate la différence de traitements pour des faits identiques, il y a matière à se demander si la violence sexuelle ne fait pas partie intégrante de la "culture française" ? Une sorte d'héritage de la monarchie qui légitimait le droit de cuissage des puissants et le cortège des maîtresses. Ce pays ne s'est jamais remis des épisodes les plus détestables de son Histoire, celui-là comme tant d'autres. C'est quand même triste de devoir le constater si souvent à ce point.

  • Libérer la parole : la reconquête nécessaire en France

    San Francisco Running

    La parole est-elle libre en France ? C'est le thème de la Revue des Deux Mondes de novembre 2016. Conclusion : non ! La France est revenue à ses origines sombres en la matière quand la censure royale ou religieuse faisait peser une chape de plomb sur l'expression. Il y a de nouveaux permis d'exprimer qui sont en vigueur.

    Aujourd'hui la chape de plomb a de nouveaux habits : il n'est pas question d'interdire mais de disqualifier. Disqualifier l'auteur qui dérange. Disqualifier l'idée qui est trop rebelle. Disqualifier le chiffre pour démonter une démonstration. La France ne pratique plus l'interdiction mais le "hors jeu des idées comme des mots". 

    Ce hors jeu pousse à respecter des lignes : ne pas dire. Ne plus choisir tel mot. Ne plus défendre telle idée.

    La France actuelle tourne le dos à l'esprit des Lumières. C'est d'une extrême gravité. 

    Aimer la liberté d'expression, c'est en accepter les excès par confiance dans la raison du grand nombre à les vivre comme … excès.

    Mais aujourd'hui par de multiples facteurs cette culture de la liberté d'expression n'existe plus en France. Les militants politiques se comportent en "fans clubs" censeurs des idées différentes en les fustigeant de façon violente mécaniquement. Des intérêts économiques très concentrés dans des domaines autres que l'information sont devenus actionnaires des outils … d'informations. Une caste parisienne également très concentrée délivre les permis de penser en assurant la rotation de chaînes TV à radios puis journaux. 

    C'est une atmosphère très pesante qui peut être à l'origine d'un réel coup de sang à redouter de la part de l'opinion française qui a conscience que la liberté de parole est une reconquête nécessaire. 

  • Quand le système est cassé

    Paul Ryan 17 07 16

    Hier, Cécile Duflot a essuyé une défaite cinglante. Il y a encore quelques semaines, les sondages la donnaient gagnante et facilement. Des médias de gauche comme le Huffington Post l'annonçaient même déjà comme la "révélation probable du 1er tour de la présidentielle". Et le Jour J = plongeon. Par définition, il n'est pas possible de sonder avec rationalité quand l'échantillon de base n'est pas sécurisé. Même si l'échantillon est sécurisé, c'est déjà difficile quand 30 % des votants se déterminent en moyenne dans les derniers jours. Mais quand l'échantillon de base est totalement aléatoire, c'est du jeu et non plus de l'expertise.

    Pour des primaires, c'est la différence entre dire oui à un vote et donner un nom en étant assis dans le fauteuil douillet de son salon lors d'un sondage téléphonique et le Jour J prendre sa voiture pour aller voter, faire 15 kilomètres, neutraliser une 1/2 journée de week-end …

    Les Etats-Unis ont connu cette année de nombreux sondages pour des primaires locales. Le 5 août dans le Wisconsin sort un sondage. Un inconnu (Paul Nehlen) est donné gagnant face à Paul Ryan (ex co-listier de Mitt Romney en 2012 et Speaker de la Chambre / photo ci-dessus). Nehlen doit battre Ryan : 48 / 41. Et les médias se déchaînent. Le 9 août, le vote a lieu : Ryan = 84 % et Nehlen = 16 % ! Les partisans de Ryan avaient voté et les indécis et indépendants plus favorables à Nehlen étaient restés chez eux. La différence entre répondre à un sondage téléphonique en 5 minutes et se déplacer le Jour J en consacrant tout le temps nécessaire. 

    Les médias connaissent cette réalité. Les instituts de sondages aussi bien entendu. Mais les médias doivent alimenter l'information et les instituts de sondages doivent vendre des sondages même en ayant conscience de leurs lourdes imperfections. Quand un système avance sur de telles "bases", il est manifestement cassé.

  • L’Etat impuissant ou le régime de la punition sans risque pour lui

    Policiers

    Il y a actuellement une immense colère dans le pays qui n'est plus dupe de certaines méthodes dont l'impuissance de l'Etat qui se réfugie derrière les punitions sans risque pour tenter de sauver les ultimes apparences de son autorité d'antan. Dernière caricature : des policiers manifestent. Ils font l'objet d'une enquête disciplinaire et  les auteurs du délit contre leurs collègues marqués à vie … courent toujours. La lassitude devant les coups de mentons quotidiens sans la moindre suite concrète sérieuse. Aujourd'hui, la loi s'applique d'abord (voire même exclusivement) à ceux qui donnent le sentiment de ne pas mettre la République en danger. C'est le contrôle de la route sur la voie bien dégagée mais surtout pas dans un quartier difficile où les jeunes grillent les feux rouges de façon méthodique et circulent sans casque sur les motos. C'est l'artisan exposé à des contrôles administratifs d'un extrême pointillisme. C'est l'agriculteur qui perd une aide publique parce qu'il n'a pas déposé le formulaire sur le serveur numérique nécessaire en complément de l'envoi papier classique. 

    Et la liste pourrait être longue d'un Etat qui punit le faible mais baisse les bras devant ceux qui lui résistent. 

    Cette lassitude crée une colère immense. L'establishment l'ignore parce qu'il échappe à ces tracas pour vivre dans le confort douillet des princes du moment qu'il flatte dans l'attente de connaître le prochain prince pour reproduire le même comportement. Eux ils ne gagnent pas leur vie grâce à un métier mais par la flatterie permanente comme la Cour de la vieille monarchie que la France est restée.

    Il y a actuellement un besoin de révolte qui ne doit plus être ignoré. Le coup de sang approche pour la première fois à ce point depuis longtemps. Avec les politiques traditionnels, c'est comme la chanson de Cabrel contre les corridas "… je vais finir par l'avoir cette danseuse ridicule …" mais là pas sûr que Marianne dorme sur ses deux oreilles le soir venu. 

     

  • L’airpocalypse …

    Jour du dépassement planète 17 08 15

    A mesure que les défis sont urgents et violents, la classe politique française se déchire sur des banalités de second ordre. Les effets collatéraux de Mossoul peuvent être terribles tout particulièrement pour les pays membres de la coalition internationale dont la France et la France débat de qui va … voter aux primaires : la gauche peut-elle participer à la désignation d'un candidat de … droite ?

    Sur le plan local où tout est prétexte pour les déchirements ostentatoires, le débat passionné porte sur l'économie de 30 € par mois sur les stationnements. 

    Et la liste pourrait durer longtemps des hors sujets. Deux débats mettent en cause notre survie : la choc des religions et le réchauffement climatique. Dans le 1er cas, les mots font défaut par faute de courage politique : ne pa sdésigner l'ennemi. Dans le second cas, les mots font défaut par faute de lucidité de professionnels de la politique coupés des réalités internationales et par la responsabilité de "faux écologistes" français qui sont passionnés d'abord par la gauche radicale et non pas par l'environnement.

    Dans cette ambiance, c'est l'airpocalypse assurée. A force de rien régler, nous sommes sûrs d'être étouffés avant d'étouffer tout simplement. Irréel. 

  • Quand les publicités vont quitter la télévision pour … Facebook

    Facebook locaux bis

    Le 5 octobre 2016, les aides à la presse papier ont été publiées. Au total, c'est près de 128 M€ pour 326 titres. Comme contribuables nous avons versé ainsi 3 590 000 € à l'Humanité. Chacun appréciera. Mais il y a un autre phénomène qui est en train de prendre naissance. Les études montrent que les publicités via Facebook sont plus efficaces que les écrans TV classiques. Les actes de "conversions" sont plus élevés. C'est assez compréhensible puisqu'il est possible d'opérer un meilleur ciblage. Si bien que des grandes marques sont en train d'effectuer un transfert d'une partie de leurs budgets publicitaires classiques sur des réseaux sociaux dont Facebook. 

    Après la presse écrite perfusée, la France va-t-elle inventer la "TV perfusée" avec des aides publiques bien entendu données "en toute impartialité et sans jamais attenter à la moindre indépendance journalistique" … selon les formules consacrées ? 

    La dépense publique donc l'impôt ont encore de très beaux jours en France en dépit des déclarations en la matière quand on peut considérer qu'il est ainsi possible de s'affranchir des règles du marché qui s'imposent ailleurs aux entrepreneurs, commerçants, artisans …