Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • La politique française et son mimétisme au rabais

    Vote 15 11 16

    C'est consternant de constater depuis une semaine combien la politique français vit au rythme du mimétisme au rabais. En 2008, l'Obamamania frappait. C'était à l'homme politique français qui reprenait les méthodes d'Obama : nouvelles technologies, cool attitude … Et là ils deviennent les "enfants de Trump" : les sondages sont contestés, les journalistes commencent même à devenir chahutés …

    Mais comme à chaque fois que la France copie un usage américain, elle le fait à moitié et encore. Prenons des exemples précis. 

    1) La primaire : pourquoi faut-il voter tous en un seul jour ? N'y avait-il pas matière à concevoir des votes progressifs dans le temps commençant par telle ou telle région puis passant à d'autres ? Cette succession de votes permet la sélection et non pas l'actuelle caricature de débats avec les réponses en 1 minute par candidat. Les derniers débats auraient permis alors de vraies explications entre ceux qui ont co-géré la France dans les 10 dernières années …

    2) Le militantisme pour la primaire : que sont ces candidats qui n'imaginent qu'exceptionnellement de ne pas dormir dans leurs lits parisiens bien douillets ? En France, à de très rares exceptions, une visite en province c'est partir de Paris le matin pour rentrer sur Paris le soir. Mais il n'y a plus de "plongée" durable au "coin de la rue" pour des explications non suivies par les médias. Il y a même des départements démographiquement importants qui n'auront reçu la visite d'aucun candidat (Isère et BLM (?), Isère et NKM (?) …).

    3) La contestation du "système" : en France, ce sont les membres du système, vivant de la politique depuis 30 ans pour les plus jeunes qui … contestent le système. Comment imaginer que les seuls mots puissent faire oublier les réalités durables ? Comment contester sérieusement le système qui les a nourris toute une vie ?

    Ce mimétisme au rabais conduit à la catastrophe parce qu'en France comme ailleurs l'opinion veut exprimer ses colères et surtout changer les habitudes qui ont produit des résultats aussi catastrophiques.

  • Etre démocrate c’est quoi ?

    Trump caricature 14 11 16

    Depuis le Brexit, on assiste à des "leçons de démocratie" bien surprenantes. Avec le Brexit, il y eut une étape visant à légitimer l'idée du "nouveau vote". Actuellement, on assiste aux Etats-Unis à des initiatives comparables. Une partie de la presse continue le bras de fer contre Trump avec des montages photos comme celui ci-dessus. Et la liste pourrait durer longtemps.

    Il doit y avoir un moment où chacun avec bonne foi doit répondre à une question simple : être démocrate c'est quoi ? Est-ce accepter le choix de la démocratie donc du nombre majoritaire à la condition seulement qu'il corresponde au sien ? Et au cas contraire, la "cause de la démocratie" mériterait-elle le combat au-delà du vote et sur quelles bases pour quels motifs ? 

    Respecter le suffrage universel direct, n'est-ce pas donner la chance de réussir dans l'application de la décision majoritaire ? Si la lutte pour l'échec s'engage dès le lendemain d'une décision majoritaire, quand la lutte électorale prend-elle fin ? Quelles conséquences à terme d'un climat de luttes électorales permanentes ? Au moment où chacun peut constater des démocraties déjà chancelantes, ce serait intéressant que cette question de fond soit sérieusement traitée.

  • Quel superbe week-end de sport avec la Fed Cup

    Caroline garcia 2

    L'équipe française féminine de tennis donne actuellement une merveilleuse leçon de sport, de motivation. Chaque joueuse montre une volonté de gagner qui est exemplaire. Les matches sont superbes. Et l'équipe féminine est en passe de réaliser un exploit historique face à une équipe présentée comme "imbattable".

    Belle sportivité également du public de Strasbourg qui sait encourager sans pénaliser la concurrente.

    C'est la plus belle promotion qui soit pour l'esprit sportif !

    Fed Cup

  • Le stylo et le carnet de voyages …

    Trump Tower

    "Jeudi 24 juillet 1997 : réveil à 7 heures. Il fait gris et il pleut beaucoup …" : c'est le début du compte rendu quotidien effectué par Marie sur son carnet de voyages (cf ci-dessous). Puis vers les 13 heures ce 24 juillet, nous nous dirigeons vers la Trump Tower. La raison est simple. Après le déjeuner, nous souhaitons visiter le Niketown situé quelques centaines de mètres plus loin. Pour déjeuner, nous nous dirigeons vers la Food Court de la Trump Tower alors située au rez de chaussée. Dans l'entrée, nous croisons … Donald Trump qui se dirige vers l'escalator. Tout seul. Ayant beaucoup lu sur lui dans la presse économique à cette époque, je me dirige vers lui pour parler. Il répond avec beaucoup de simplicité. A l'issue du bref échange, je lui tends un billet d'un dollar pour qu'il le dédicace. Ce qu'il fait avec simplicité également. Il sort un stylo. Il signe le "souvenir" Et en plus, il me remet le stylo avec lequel il a signé le billet. Comme je garde les stylos méthodiquement, 20 ans plus tard, il est toujours dans ma "collection". Pour le billet, il doit être dans les nombreux souvenirs de nos voyages. Il faudra prendre le temps de chercher et il rejoindra l'un de nos tableaux souvenirs désormais.

    Deux enseignements : toujours garder les souvenirs car la vie offre des rebonds inattendus. Et surtout bien pratiquer le carnet de la vie quotidienne car cette pratique libère l'esprit des détails mais la lecture avec plusieurs années de décalage restitue tous les détails les plus agréables à revivre car les images reviennent alors si facilement : les devoirs de vacances des enfants, les courses de bateaux dans Central Park …

    NYC 97

  • Un livre à ne pas manquer

    Liz Daley 15 02 15

    Dans une période particulièrement chargée, si vous souhaitez des temps de respiration, je vous recommande le livre "sommes nous trop bêtes pour comprendre l'intelligence des animaux ?". Le livre est très concret. Il relate des faits. L'éléphant face au miroir. L'oiseau qui cache sa nourriture quand il voit un autre oiseau qui l'observe. Le corbeau qui sait faire remonter de la nourriture dans un bocal afin de pouvoir la saisir avec son bec. La mémoire du singe face à une série de chiffres qui disparaît lui permet de les reconstituer dans des conditions de rapidité que l'homme ne peut rivaliser. 

    Bref l'intelligence animale est incontestable. Mais il y a une culture animale ce qui relève d'une autre dimension qui est la capacité à produire un comportement partagé pour faire face à certaines situations. Les conditions de sauvetages de dauphins sont fabuleuses comme celles de défense de singes qui troublent le visuel d'adversaires. 

    C'est une des lectures les plus remarquables que j'ai pu avoir depuis longtemps. A lire et à faire partager tout particulièrement lors des cadeaux de Noël. Ce n'est plus possible d'infliger aux animaux des souffrances qui éprouvent à ce point leur intelligence, leur sensibilité. C'est tout un regard et des comportements qui doivent changer pour les considérer enfin pour ce qu'ils sont.

    Animaux livre 2

  • Politique : à quand le retour de la vérité et du sens des mots ?

    Trump 06 11 16

    La victoire de Trump, c'est d'abord la défaite de la vérité et la défaite du sens des mots. La vérité existe y compris en politique. Elle existe pas seulement en matière économique ou scientifique. En politique, la vérité c'est quoi ? C'est respecter des faits à la matérialité établie.

    Prenons des exemples concrets :

    1) Trump dit être "neuf en politique". C'est faux. En 1988, il candidate auprès de Bush senior pour entrer dans son équipe. En 1999, il envisage de se présenter à la présidentielle sous l'étiquette du "parti de la réforme" de Ross Perot. Sa candidature est sondée. Il fait moins de 5 % et se retire. En 2008, il finance officiellement Hillary Clinton dans la primaire démocrate et quand il voit que Barack Obama va gagner il lance la campagne du certificat de naissance pour contester à Obama la qualité juridique à candidater. En 2012, il hésite contre Romney (ses vidéos sont toujours accessibles sur YouTube). 

    Trump est tout sauf neuf en politique.

    2) Il dit ne pas appartenir à l'establishment. Mais par sa profession (immobilier), c'est aux Etats-Unis le métier où les liaisons dangereuses entre l'économie et la politique sont les plus étroites.

    Il fait partie de l'establishment.

    3) Il a développé la promesse du "succès contagieux". Mais personne ne connait la réalité de son succès. Il a refusé de publier sa feuille d'impôts. Et les analystes parlent d'abord de l'endettement colossal de son groupe en milliards de dollars certes avec des actifs en contrepartie mais avec un endettement record dont des montants considérables "effacés" par des étapes de mises en faillites. 

    4) Il fait toute sa campagne des primaires sur le thème "comme je finance ma campagne, je suis libre de mon expression à la différence des autres candidats". C'est faux. Trump ouvre une ligne de crédit au profit de son comité de financement. Il lui facture la mise à disposition de matériels, de locaux … Mais il n'exige pas le paiement immédiat. Ce n'est qu'en fonction des disponibilités de son comité de financement qu'il se rembourse. Il y aurait eu financement par Trump s'il avait versé un montant. Il ne l'a jamais fait. Des remboursements ont déjà eu lieu. Donc des financements par des tiers. Si bien qu'il y a trois semaines, Tom Barrack, l'un de ses gros financiers, était dans l'incapacité de donner un montant de la contribution personnelle de Trump à sa campagne.

    Quand la vérité de faits établis n'a plus de défenseur, le mensonge ou l'illusion peuvent s'installer en toute tranquillité. 

    Il en est de même pour le sens des mots. Il a fallu attendre le 22 octobre 2016 pour que Trump sorte des vagues formules pour présenter des mesures concrètes.

    Que dit-il le 22 octobre 2016 ?

    1) "le réchauffement climatique n'existe pas" : toutes les études scientifiques prouvent le contraire. Sur ce plan là, Trump n'est pas contredit sérieusement. Bien davantage, il s'engage dans les 1ers 100 jours à supprimer les aides annuelles des Etats-Unis au fonds des Nations Unies contre le réchauffement climatique. L'un des pays les plus gros pollueurs au monde sort du cycle des solutions, c'est tout l'édifice qui s'effondre,

    2) il se dit "protectionniste". Il est isolationniste, ce qui est très différent. Il annonce expulser "immédiatement" 2 millions d'immigrants ayant fait l'objet de peines de prison vers leurs pays d'origine et si le pays d'origine ne les accueille pas, il supprime les visas pour tous les citoyens du pays concerné. Pour les clandestins qu'il estime à 11 millions, il annonce les expulsions immédiates avec un minimum de 2 ans de prison dans le cadre d'une sanction fédérale en cas de retour. Dans les deux cas, c'est impossible à gérer.

    Et la liste des mesures "impossibles" est longue.

    Quand un vote intervient sans que des faits à la matérialité établie n'aient une place ni des mots n'aient un sens, il ne faut pas être surpris d'un résultat qui puisse échapper à toute raison. Parce que dans de telles circonstances, la raison avait quitté le champ du débat depuis longtemps déjà et sans le moindre défenseur pour la ré-introduire sérieusement. C'est sur ce dernier point que la crise est la plus grave.

  • Le jour où les digues sautent …

    IMG_4279

    Comme indiqué hier, les crises n'ont jamais vécu avec une démocratie apaisée, modérée. Mais là, les crises produisent des effets rapides, considérables. Que peut perdre une personne qui n'attend plus rien du "système" ? Rien. Elle est donc prête pour la sanction qui assouvit son besoin de vengeance. En 6 ans, le Tea Party a gagné. Voilà la réalité ! Né en 2010, il sera peut-être à la Maison Blanche dès 2016 si dans l'heure qui vient les tendances actuelles sont confirmées. Car Donald Trump a repris toutes les idées les plus caricaturales du Tea Party. L'idée du mur était exprimée dès 2010 par des candidats du Tea Party. Par son charisme, Obama était une digue. Sans Obama, les digues ont sauté. Une leçon qui dépasse de loin les seuls Etats-Unis.

    En 2008, on m'avait remis la casquette souvenir de l'installation du 44 ème président (Obama). La semaine dernière, j'avais reçu par des amis celle du 45 ème avec un clin d'oeil sympa à … Trump. Je prenais cet envoi pour une douce plaisanterie. Aujourd'hui, le regard est différent … comme les échanges de mails d'hier auxquels je n'ai pas accordé l'importance méritée. De quoi beaucoup réfléchir …

  • La France deviendrait-elle une île ?

    Trump 06 11 16

    Pendant des années, j'ai pratiqué les enquêtes d'opinion. Je les ai organisées. Etudiées. Enseignées. A la lumière de cette expérience, je ne vois pas comment l'opinion publique française pourrait actuellement devenir "centriste" au moment où les radicalisés gagnent du terrain partout. Dans aucun pays démocratique, une situation de crise économique durable (8 ans à ce jour soit une séquence temps énorme !), exposé à des confrontations violentes (terrorisme, choc des identités …), secoué par des remises en question de ses dispositifs de protection sociale (régimes santé, retraites) et constatant une classe politique décrédibilisée n'accouche d'un vote modéré, "centriste". C'est du jamais vu. Quand il y a autant de raisons objectives de colères, la colère s'exprime et jamais dans la modération ! 

    Jamais vu ni dans l'histoire ni dans le présent.

    Dans le présent, toutes les élections sont marquées par une radicalité nouvelle :

    1) Trump a fait sauter les frontières du "politiquement correct" aux Etats-Unis. Même avec une "campagne catastrophe" il va terminer au pire à moins de 5 points de sa concurrente. Une faiblesse d'écart qui mérite la réflexion,

    2) En Italie, en juin 2016, le Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo a gagné des "villes capitales" dont Rome,

    3) A Madrid, Podemos a gagné la ville et le pays n'a pas de majorité parlementaire en raison de l'explosion de ses forces politiques,

    4) A l'Est, les partis dits "populistes" gagnent,

    5) Dans les pays du Nord, les mêmes partis progressent considérablement,

    … : et en France la majorité se ferait dans la modération au centre …

    Pour qu'il en soit ainsi il faudrait que la France devienne une île. Ce qu'elle n'est pas et n'a jamais été. Il faut se méfier des radicalisations rentrées. Quand elles s'expriment c'est avec encore davantage de violence. A ne pas vouloir engager des actes visibles fort de refondation d'un système politique discrédité, les partis politiques français traditionnels jouent avec le feu. L'opinion publique française aime les "coups de sang". Les sondages ne les prévoient pas mais les élections les constatent.

  • Dans 48 heures, il sera plus difficile de dire du bien des Etats-Unis …

    Obama 04 04 16

    Les relations entre les Français et les Etats-Unis sont compliquées, rarement au beau fixe. De façon surprenante d'ailleurs par rapport à certains liens historiques étroits. Pendant les 8 dernières années, il y eu une génération particulière "les Obaméricains". Des Français qui d'ordinaire sont critiques vis à vis des Etats-Unis mais qui étaient sensibles au style Obama. Lui bien sûr. Elle encore plus. Une séduction qui a beaucoup compté sur le plan international après les années répulsives de la présidence Bush.

    Dans 48 heures, en cas de victoire de Trump, l'américanophobie française vivra ses plus belles heures.

    Dans l'hypothèse d'un succès de Clinton, ce sera plus modéré. Mais un lien de charme sera rompu. Pour celles et ceux qui aiment les Etats-Unis, il leur reste donc 48 heures pour s'exprimer sans avoir à argumenter contre un flot de griefs. Une page se tourne réellement. Dommage.

  • Quand Obama donne une vraie leçon de démocratie

    Obama 15 10 16

    Les faits : Barack Obama donne un meeting le 4 novembre à Fayetteville en Caroline du Nord. Un supporter de Donald Trump présent dans l'assistance décide d'exhiber des pancartes à l'honneur de son candidat, perturbant ainsi le discours d'Obama. La foule se met à huer cet "opposant" d'un certain âge. Barack Obama défend le droit d'expression de l'opposant, le respect des personnes âgées et demande : "Ne huez pas, votez !".

    Toute la vraie démocratie est résumée par cette attitude. 

    Le rapport du leadership par rapport à des réactions de groupes. Le fait de ne pas attiser les oppositions alors qu'on voit si souvent des politiciens chauffer leurs militants mais s'entendre tellement bien en coulisses avec leurs supposés adversaires.

    Et surtout respecter l'engagement d'autrui. Une personne engagée mérite toujours un respect fort car l'attitude d'indifférence est si coupable face aux défis du moment.