C'est un beau sujet de fond : pour convaincre d'évoluer vers des comportements plus respectueux de certaines règles, faut-il récompenser ou punir ? En France, moins les instances publiques ont de pouvoir et de moyens financiers, plus elles punissent. La punition devient la dernière parcelle des pouvoirs qu'elles ont progressivement perdus. Et pourtant, cette mentalité punitive est tout sauf efficace. C'est la leçon du radar et de la mouche. Le radar, c'est par exemple à Stockholm l'expérience du "speed radar lottery" : des radars prennent en photos les véhicules qui respectent la bonne limitation de vitesse et régulièrement un tirage au sort récompense les "bons comportements". Résultats : la vitesse a baissé comme jamais (NB : la cagnotte est constituée par les amendes de ceux qui ne respectent pas la vitesse mais cette logique distributive montre que le véritable objectif c'est de diminuer la vitesse et non pas de remplir les caisses). Autre expérience à méditer : la leçon de la mouche dans les cuvettes de WC. Toujours "grands enfants", les hommes sont plus intéressés à viser la mouche au creux des toilettes plutôt qu'à respecter une quelconque pancarte sur la propreté nécessaire des toilettes publiques… Des expériences qui mériteraient d'être méditées en France quand les punitions ou interdictions pleuvent de tous les côtés.
Auteur : Denis Bonzy
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Rétro 2016 (vidéo 06) : retrouver le goût de demain …
Réunion sur la qualité de l'eau à Vif
L'avenir est actuellement le grand absent des enjeux publics. Les élections ne se construisent plus à coup d'avenir mais à coup de revanches, d'exclusions, de haines … Dans l'année 2016, il y a eu un espace qui a échappé à cette logique. Un espace où l'avenir retrouvait une place selon la belle formule d'Antoine de St Exupéry "l'avenir, tu n'as pas à le prévoir mais à le permettre". Ce jeudi 28 avril 2016 à 20 heures 30, j'arrive à proximité de la salle polyvalente de Vif. A proximité du Collège Le Masségu, je découvre un parking plein, une file d'attente considérable. La réunion publique sur l'eau semble donc vouée à battre des records d'affluence. Ce fut le cas : 1 200 personnes présentes ! Les prises de positions de politiciens professionnels alternent avec des fonctionnaires manifestement mal à l'aise. La salle gronde. Puis après une heure de discours sans beaucoup d'intérêt, une jeune femme frêle avance, tente de prendre le micro mais en vain. Elle reste un moment à l'écart puis décide qu'il n'y a aucune raison qu'elle ne puisse pas s'exprimer. Et la réunion bascule : applaudissements, manifestations de soutiens, son prénom est scandé … Karine Maurinaux venait de casser la grisaille pour rendre espoir ! Espoir de connaître la vérité sur les causes d'une pollution historique. Espoir que cette pollution ne se reproduise plus. Espoir qu'en conséquence une solution durable sérieuse soit trouvée. Et dans la foulée, avec beaucoup de précisions, des jeunes mères de familles exposent le concret de l'hospitalisation de leurs enfants. L'une d'entre elles face à la scène des responsables, sur leur gauche, jeune femme trentenaire, cheveux bruns courts, s'exprime avec émotion. Elle explique l'hospitalisation de son enfant, les inquiétudes, les souffrances, elle veut savoir et que cette crise "ne se reproduise jamais". Le goût de demain venait d'entrer. Un souffle doux, positif, si agréable.
Grâce à la mobilisation de Karine Maurinaux, de son mari, de leur équipe, le goût de demain allait connaître une forme de consécration : fin mai 2016, une nouvelle zone de captage était décidée. Le dossier bloqué pendant des années trouvait enfin une issue positive.
Quelques jours avant cette réunion, compte tenu de mon expérience d'ancien président d'agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, des contacts téléphoniques étaient intervenus avec Mme Maurinaux sur des points techniques. Le plaisir de découvrir une personne d'une honnêteté intellectuelle exemplaire qui a déjà consacré un temps considérable à cette cause collective. Puis le vendredi 14 octobre, avec son équipe, ils vont tenir une nouvelle réunion d'information. La participation est considérable. 5 mois plus tard, ils en savent plus sur les dossiers que les experts traditionnels. Leur passion avait fait la différence positive.
Aujourd'hui, Mme Maurinaux est dans la compétition pour être désignée personnalité 2016 de l'Isère. Elle mérite le soutien de celles et de ceux qui aiment retrouver le goût positif de demain, rendre sa place à l'espoir d'un avenir meilleur. Pour voter pour elle, il suffit de cliquer sur le lien suivant : Allez Karine !
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Rétro 2016 (vidéo 07) : penser aussi aux espèces animales
L'année 2016 a été marquée malheureusement par une nouvelle progression des espèces animales menacées. Selon l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN), 23.250 espèces de plantes et animaux sont en danger de disparition. Parmi les animaux, 41 % des amphibiens, 13 % des oiseaux et 25 % des mammifères sont menacés d’extinction au niveau mondial. La France figure parmi les 10 pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées. Au total, 1.118 espèces menacées au niveau mondial sont présentes sur le territoire français, en métropole et en outre-mer. Face à la réalité de ces chiffres particulièrement préoccupants, peu est fait. Et pourtant, l'ouverture à la vie des espèces animales est un réel délice. Les animaux domestiques bien sûr avec qui la confiance assure une harmonie magnifique puisqu'il faut trouver d'autres outils de dialogue que la parole et on perçoit alors combien ces moyens peuvent être nombreux et de grande qualité. Mais les animaux dits sauvages aussi avec qui une forme particulière de complicité est possible notamment pour découvrir la curiosité des écureuils ou l'organisation des oiseaux. Grâce à des lectures techniques, 2016 m'a permis de beaucoup progresser en la matière et c'est une grande satisfaction qui mériterait d'être partagée par un nombre toujours croissant tant la cause animale est une belle cause.
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Rétro 2016 ( vidéo 08) : les deux mémoires … ou quelle place pour les souvenirs ?
Quand vous pensez au passé, vous êtes joyeux ou triste ? C'est le critère du choix de ma troisième vidéo pour 2016. En 2016, une personne (Nathalie Harlot) a mis en ligne sur YouTube 73 vidéos. Plus d'une dizaine des vidéos concerne des moments auxquels j'ai participé à des titres divers à l'exemple de celle ci-dessus aux côtés de sa maman Raymonde. Quel plaisir de revoir ces moments. De façon générale, à l'exception du souvenir de mes parents qui suscite toujours une grande tristesse tant ils me manquent, le reste des mémoires est d'une gaieté permanente même pour des moments difficiles. Chaque épisode, y compris pas nécessairement facile, a permis d'apprendre en direct, de connaître un goût différent de la vie. J'ai eu la confirmation de ce sentiment lorsque Place Gre'Net avait organisé un reportage sur les objets d'une vie (voir photo ci-dessous). Tout n'est donc que souvenirs agréables à une exception près. Agréables que les souvenirs professionnels les plus variés : vivre chez Euronext la première journée de cotation en Bourse, toucher le beau livre qui vient juste d'être imprimé, boucler un dossier technique dont on sait que chaque nuance a été pesée avec précision, recevoir le mail d'un ancien étudiant qui vient de vivre une belle nomination professionnelle à l'étranger et qui pense à la faire partager … Tous ces moments professionnels sont agréables.
Dans la vie publique, ce qui m'a le plus marqué, c'est la force du bénévolat. Dans la vie, rien n'est jamais fait pour rien par une personne normalement constituée. Le rien, c'est la définition de l'absurde. Quand on croise quelqu'un qui est capable de faire quelque chose sans pouvoir dire pourquoi, c'est le critère technique d'identifier un vrai con, espèce en voie de développement. L'un des jeux de la vie consiste donc à identifier le pourquoi de l'action des autres. Or, les moteurs de l'action peuvent être très différents : argent, renommée, jalousie, revanche … passion mais aussi heureusement sens du collectif : être utile aux autres tout simplement. Le bénévolat par goût de l'utilité, c'est le moteur le plus pur dans l'action publique. Le moment où une individualité se réconcilie avec sa fonction collective. Appartenir à un groupe. S'intégrer dans ce groupe. En partager les joies et les tristesses. Dépasser sa fonction égoïste. Que cet article soit l'occasion de remercier toutes celles et tous ceux qui m'ont permis de partager ces moments. Et un remerciement particulier à Nathalie Harlot car, grâce à ses vidéos, revoir tant de ces visages est une satisfaction réelle comme c'est probablement le plus bel hommage que de garder à l'esprit d'abord des visages heureux.
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Patagonia et l’autre consommation : les duvets 100 % recyclés.
Face à l'impuissance des politiques, les avancées majeures sont celles de sociétés et de citoyens. La marque Patagonia est l'une des sociétés les plus mobilisées et de longue date pour une autre consommation. Elle a décidé de casser le cycle des produits éphémères, de rompre ce cycle terrible de toujours consommer davantage. Et une nouvelle étape s'ouvre, celle des produits recyclés. Le Duvet recyclé est issus de vieux oreillers, couettes et autres articles usagés ne pouvant pas être revendus. Il est hypoallergénique et offre les mêmes avantages et performances que le duvet neuf. En récupérant une partie de duvet (et des matières associées) sur des produits destinés à la poubelle, Patagonia réduit les déchets et met en pratique une culture selon laquelle il faut : « fabriquer le meilleur produit qui soit en minimisant l'impact sur l’environnement et utiliser le monde des affaires pour inspirer et mettre en place des solutions à la crise environnementale ». Un effort qui mérite d'être mis en évidence.
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L’échec du monde probabiliste
Une période particulière est traversée. Depuis l'origine, les êtres humains veulent prévoir. Connaitre en avance ce que demain peut être. Plus l'humanité a progressé, plus elle a amélioré ses outils techniques destinés à prévoir. Aujourd'hui, de façon surprenante, elle s'occupe peu de ce qui est prévu de façon solide et s'occupe beaucoup de ce qui est devenu de plus en plus incertain.
Ce qui est prévisible de façon scientifique donc solide (climat, réchauffement climatique, disparition d'espèces animales …), l'opinion s'en détache. Comme si finalement elle voulait ne pas … voir demain. Ne plus imaginer.
A l'opposé, ce qui relève des sciences humaines (opinion, sondages pour élections …) est toujours suivi avec attention croissante même si les erreurs se multiplient au point de doter les dispositifs de toute crédibilité objective en l'espèce. Mais là, l'opinion veut toujours savoir à l'avance sans être dupe d'un jeu aussi aléatoire.
Bref, pour résumer, une période où l'opinion veut connaître ce qui a de grandes chances d'être faux et qui veut ignorer ce qui a de grandes chances d'être juste, avec réalisme, c'est difficile d'imaginer des lendemains joyeux.