Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Le trop plein de … vide

    Tazieff 27 04 14

    Chaque année, début février, sur ce blog, j'ai toujours une pensée pour Haroun Tazieff disparu début février 1998. Pendant des années jusqu'à fin 2014, l'absence de la moindre cérémonie en mémoire d'Haroun Tazieff avait une explication possible : le sectarisme d'élus non disposés à célébrer la mémoire d'un scientifique qui aux côtés de Cousteau et de Frison Roche avait mené la belle bataille de la pédagogie de l'environnement. Un scientifique qui avait été pourtant Conseiller Général de l'Isère pendant plusieurs années et avec des travaux de très grande qualité.

    Tazieff 11 02 17

    Mais depuis le début 2015 une autre majorité départementale est en place. A-t-elle fait quelque chose en 2016 ? Non. A-t-elle fait quelque chose début 2017 ? Non. C'est le trop plein du … vide. En 2016, avec beaucoup de gentillesse, un seul conseiller départemental s'était manifesté suite à un article sur mon blog et je l'en remercie de nouveau. Il a été destinataire de toutes les informations disponibles. Mais pour l'immense majorité de ses collègues, l'indifférence est reine. C'est irréel. Ou plutôt à force de faire si peu d'actifs novateurs, durables, il y a une génération qui veut surtout ne pas voir les différences avec d'autres personnes aux bilans solides. C'est étroit comme esprit. Mais à voir les actuelles manifestations contre les journalistes, contre les juges … il peut y avoir matière à considérer que cette "étroitesse d'esprit" gagne en effet beaucoup de terrains …

  • La différence entre 13 jours et 3 ans

    Trump 31 01 17

    Un volet dans l'actuelle procédure sur le décret migratoire de Trump passe trop inaperçu actuellement : les délais des décisions de justice. Le décret présidentiel est signé le 27 janvier. La première décision de justice est prise le 3 février : 7 jours. La décision en appel est prise le 09 février soit 6 jours après la décision de 1ère instance et 13 jours après l'adoption de l'acte en question. Certes, il s'agit de décisions sur des suspensions. Mais les délais sont d'une brièveté forte. Les noms des Juges sont connus. le détail des délibérations de chacun des 3 Juges en appel est connu. En France, 3 ans après, on serait encore dans des batailles de … procédures. Et alors quand la décision est rendue, le dossier de base a été oublié par l'opinion. La décision est rendue dans un cadre anonyme puisque l'institution est supposée protégée par … l'anonymat. Le jour où la France commencera à s'interroger sur de tels décalages, des améliorations deviendront possibles. Pour le moment, la seule façon concrète de protester en France c'est le concert de casseroles, méthode de protestation populaire importée des pays luttant contre des … dictatures (Chili, Argentine, Uruguay …). Voisinage inquiétant.

  • Les scandales à répétition d’un pays sans réel contre-pouvoir

    Elizabeth Warren bis

    La démocratie ne peut vivre de façon saine et positive qu'avec l'existence de réels contre-pouvoirs destinés à trouver un équilibre par définition toujours précaire entre le pouvoir et le reste des composantes d'une société. La Vème République était supposée être "la démocratie dans l'action" face à l'instabilité de la IV ème République. Plusieurs décennies plus tard, elle n'est ni l'une ni l'autre. La société est bloquée, allergique à toute action. Et la démocratie a quitté la sphère politique depuis longtemps : opacité, nominations monarchiques, décorations à la tête du récipiendaire, réserve parlementaire pour les subventions sur copinages … Regardons actuellement les Etats-Unis. La parenthèse a duré 14 jours. Mais le 15 ème jour, des juges ont fait front contre les executive orders. Et les procédures ne durent pas 8 ans. Puis au Sénat, des voix s'élèvent, fortes, motivées, talentueuses comme Elizabeth Warren, juriste émérite. Et la presse relève le défi, multiplie les investigations, ne laisse rien passer. Même les parlementaires républicains jouent leur rôle c'est à dire être exigeants. Bref l'opposé de la France. Tant ce que cet esprit de vrais contre-pouvoirs ne sera pas partagé, la démocratie française vivra de crise en crise n'arrivant même plus à sauver les apparences de sa vitrine.

  • L’argent diable dans un pays sans le moindre rêve

    P1000255

    L'actuelle crise profonde en France répond à deux décrochages de fond. D'une part, dans une période où l'argent est roi partout, il reste le diable dans la vie publique. La vie publique en France culturellement c'est le désintérêt matériel, une forme d'ascétisme qui serait le bouclier face aux multiples tentations matérielles. Dès que l'argent prend de la place dans la vie publique française, la crise profonde est là, immédiate, violente, brutale, irrationnelle. D'autre part, cette crise est d'autant plus là quand le vide remplit tout le reste. Car le reste est vide. La France semble dépourvue de rêve accessible. Elle n'a plus de rôle décisif dans un projet international moteur. Sur le plan intérieur, tout le monde s'est fait à l'idée que les belles années, c'était pour … hier. Quand vous voyagez ou quand vous rencontrez des personnes qui rentrent d'un voyage à l'étranger qu'éprouvez vous et que disent-elles : "j'ai retrouvé de l'énergie en voyant des personnes qui ne tiraient pas la tête". Voilà la réalité. Sur le fond, cette réalité repose d'abord sur une souffrance financière forte, probablement historique en France. Il y a près de 10 millions de personnes qui sont en souffrance financière considérable et vis à vis desquelles chaque personne sérieuse est réellement en droit de se demander comment elles font pour vivre. 10 millions de personnes qui ont mal chaque jour pour boucler la journée, pour passer à côté de tentations multiples, c'est énorme. Et il y a plus de 10 millions de personnes qui ont peur d'avoir mal car elles se sentent précaires ou en voie de déclassement. Ce n'est pas possible de vivre une "démocratie apaisée" avec 20 millions de personnes qui ont peur ou qui ont peur d'avoir mal demain. Les sommes actuellement agitées sur de l'argent public sont des chiffons rouges. Et les articles en question sont lus dans le détail. Des personnes citent le prix des montres d'un ex Premier Ministre, le montant d'une propriété qu'ils estiment mal valorisée … C'est une déchirure inédite à ce point.

  • La France et ses vérités toujours impossibles

    Reunion groupe

    Qu'est ce qui est le plus désagréable en France actuellement depuis plusieurs années déjà ? Que la vérité reste extérieure presque à chaque dossier ! En quelques décennies, ce pays s'est fâché avec les chiffres solides. Même dans l'armée la plus hiérarchisée au monde (l'enseignement français), ce pays ne sait plus quantifier de façon incontestable un nombre de grévistes par exemple. Irréalité absolue : puisqu'il s'agit que le responsable d'un établissement constate des absences physiques, transmette le chiffre à l'Inspection d'Académie, puis au Rectorat puis au Ministère pour progressivement cumuler les chiffres. Ce dispositif est impossible en France ! Les manifestations : les chiffres varient de 1 à … 10 ! Quand c'est simple, c'est impossible. Que dire quand cela devient compliqué. Les emplois fictifs : impossible de savoir. Sur Fillon, la véritable question n'est pas : pourquoi lui ? Mais pourquoi que lui quand on sait aussi ostentatoirement que le milieu politique français nage dans les emplois fictifs. Le coût réel d'une campagne électorale : impossible. Le profil des donateurs : impossible. Le patrimoine des candidats : impossible. Jusqu'où une démocratie peut-elle s'alimenter de tant d'approximations, de vérités éphémères, de mensonges manifestes … ? Cette question mériterait quand même un examen très sérieux. Parce que les vérités impossibles lassent et discréditent tout un fonctionnement institutionnel.

  • De 16 points de retard à … 6 points d’avance

    Patriots 06 02 17

    Hier soir, l'équipe des New England Patriots a donné en direct dans un sport très rude l'une des plus belles leçons de vie : rien n'est jamais joué jusqu'à la dernière seconde d'une compétition quelle qu'elle soit. Ou comment passer de 16 points de retard à 6 points d'avance. C'est la plus belle qualité de professionnalisme que de croire que tout peut toujours évoluer favorablement. C'est que l'on souhaite trouver chez l'enseignant, l'infirmière, l'artisan … comme toutes les autres professions. Perdre mais à la condition que la victoire eût été totalement impossible et se battre jusqu'à la dernière seconde. Le professionnalisme, c'est justement la qualité qui est si peu reconnue en France. A l'opposé, les français aiment beaucoup les amateurs qui seraient un mélange d'angélisme et de détachement. Un amateur a des résultats … d'amateur : incertains, fluctuants, rapidement démobilisés. Le professionnel a confiance dans ses qualités, dans sa motivation, dans sa capacité à surmonter les pires épreuves. Un bel exemple a été donné. Bravo ! Le jour où les français chériront moins les cons et les amateurs, les résultats du pays changeront.

     

     

  • Le temps des victoires surprises

    Scott Walker 18 08 15

    Depuis 2016, les démocraties occidentales sont entrées dans le cycle de la recherche des pays qui n'existent pas en s'en remettant à des victoires surprises supposées changer la donne de pays dont on ne veut plus. Cette attente change toutes les règles. Le Brexit c'est l'Europe qui n'existe plus. Le Mouvement 5 étoiles en Italie, c'est la corruption qui n'existe plus. Trump c'est l'étranger menaçant qui disparaît. Et en France, de même, Mélenchon, c'est la Vème République qui n'existe plus, Macron, c'est la vieille génération qui n'existe plus, Hamon c'est les années Hollandes qui n'existent plus … Dans cette recherche d'un devenir qui doit surtout ne plus être le présent, la conséquence pour les personnes est simple. C'est la différence entre qui a fait partie du présent que l'on veut quitter et qui en est resté extérieur. Les premiers n'ont plus de chance. Les seconds gagnent. Et c'est la force de Macron avec l'acte symbole de sa démission. Un acte qui a symbolisé ce que souhaite l'opinion vis à vis des époques actuelles : les quitter. Pour aller vers quoi demain ? C'est diffus. Mais surtout ne plus continuer dans le présent. Le temps des victoires surprises est bien ouvert avec cette conjoncture.

  • Snapchat et le vrai test pour les start-up

    Evan Spiegel

    La confirmation est intervenue. En mars, la maison mère de Snapchat doit être introduite en Bourse. Cette introduction sera un test important sur 5 marqueurs.

    1) L'importance des fonds levés : à cette occasion, à partir des premiers documents financiers publiés, Snap Inc. , maison mère de Snapchat, doit lever 3 milliards de dollars. C'est à dire qu'une seule société en une seule introduction en Bourse va lever près du double de tous les fonds levés sur 2016 par toutes les start-up françaises ! Et après, la France s'étonne de compter aussi peu de leaders mondiaux !

    2) Il va y avoir un moment où le marché va devoir fixer sa position sur un fait simple : jusqu'où peut-il accompagner des sociétés qui jusqu'à ce jour vendent des … pertes ! Sur 2016, le marché s'est éloigné des sociétés vivant sur les fonds levés et non pas sur les achats de clients. Ce constat peut-il être corrigé ?

    3) Des fonds levés avec quelles barrières de protection face à la concurrence pour le coeur de métier de Snapchat ? Les autres concurrents leaders n'ont-ils pas vocation et les moyens pour présenter des services très proches de ceux de Snapchat et très rapidement ? 

    4) Où peuvent être les recettes de demain ? Si les recettes ont manqué au début contraignant à vivre sur les fonds levés de façon récurrente, où sont les gisements sécurisés de recettes pour demain ? Ce qui reste la question principale.

    5) En quoi Snapchat peut avoir un modèle de développement qui distingue cette société des risques systémiques rencontrés par exemple par Twitter, GoPro … ? 

    Par l'importance générale des questions posées, cette introduction ne sera pas comme les autres. Où elle augure de la fin d'un cycle ou de l'ouverture d'un nouveau cycle. Sous cet angle, mars 2017 sera très intéressant.

  • France : une démocratie manifestement de plus en plus malade

    Press 02 03 16

    Une campagne électorale, c'est quoi ? Une compétition ! Il faut donc respecter l'esprit de compétition. Et une compétition juste c'est quoi : d'abord le traitement égal de tous les candidats. Lors d'un jury pour étudiants, comment serait considéré un jury qui consacrerait 45 minutes à questionner un candidat et 10 minutes pour "s'occuper" d'un autre ? Dans un appel à concurrence pour un marché, idem. Progressivement des règles fondamentales se sont imposées : la compétition n'est juste qu'à la condition d'un traitement égal entre les candidats. Concrètement les candidats sont placés à égalité sur les mêmes questions. Pourquoi la politique échapperait-elle à ces règles ? En France, elle y échappe dans l'exposition positive. Il y a les candidats que l'on expose et ceux que l'on ignore. Pourquoi ? Sur la base de quels critères ? Et c'est encore pire dans l'exposition négative. Il y a ceux qui passent sous le coup des investigations et ceux à qui les mêmes questions ne seront jamais posées. Dans ces conditions, la compétition est totalement faussée. C'est ce que l'on vit actuellement avec l'investigation sur la fortune d'un candidat. Ses explications sont faibles. Quasi-hors sol. Mais tous les autres candidats doivent être questionnés sur le même sujet. C'est comme le traitement des affaires en France avec cette culture permanente de la "foudre qui ne s'abat que sur une personne". Périodiquement, le pays pense se refaire une morale en lapidant un accusé. Mais avec cette méthode, le sujet de fond n'est jamais traité. Les "promotions canapés" ou le harcèlement sexuel n'ont pas disparu en politique avec DSK. Les emplois fictifs en politique ne disparaîtront pas avec Fillon comme ils ne sont pas nés avec Fillon. Ce qui est grave dans de telles circonstances, c'est l'émergence de deux faits nouveaux. D'une part, la confusion entre la citoyenneté et les fans zones. Le vrai gardien de la démocratie c'est le citoyen et pas les candidats. Or si le citoyen garde le candidat et pas la démocratie, cette dernière est en perdition. D'autre part, il n'est plus possible de s'enraciner dans la crise permanente. Tout le système de la Vème République est en faillite comme organisation politique, ce sont donc d'abord les règles qui doivent être réformées, entièrement changées dont la mise en place de véritables contre-pouvoirs permanents. Il n'est pas possible d'être performant dans ce climat de crises généralisées. C'est stérile et surtout inefficace. En France, la crise est partout. Elle a tout envahi. C'est lassant.

  • Et dire qu’il y a 60 jours, des français se moquaient de la présidentielle américaine …

    Trump office 10 01 17

    La revanche de l'Histoire a des raccourcis de plus en plus brutaux. Il y a 60 jours, la mode en France était de se moquer de la présidentielle américaine, sa succession d'affaires sordides … Seulement 60 jours plus tard, le ton devient plus modéré. Il y a trois faits qui sont à ce jour de façon surprenante peu évoqués. Tout d'abord, le "niveau de vie réel" du foyer Fillon. Comme contribuables, nous lui payons à vie sa rémunération d'ex premier ministre + son chauffeur + sa berline + ses bureaux + son secrétariat + ses 2 gardes du corps. Très probablement, à cette "base" s'ajoute sa rémunération de député. Puis s'ajoute sa rémunération de sa société de conseils. Puis s'ajoutent les "recettes familiales". Au cumul, le chiffre doit être assez "coquet". Pourquoi n'est-il jamais calculé avec précision ? Ensuite, les médias prennent pour "argent comptant" l'affirmation selon laquelle "l'honneur serait atteint quand la mise en examen tombe". C'est la première fois que la mise en examen est ainsi posée comme socle d'une reconnaissance de culpabilité. D'ordinaire, dans un Etat de droit, la culpabilité est reconnue quand s'exécute l'ultime décision de Justice purgée de tout recours possible. Enfin, pourquoi autant de gesticulations ? Dans une "affaire de droit commun", la première étape aurait été l'immédiateté de la saisie des ordinateurs pour juger de la fréquence des échanges de travaux (au Parlement comme à la revue des 2 mondes). Les intéressés auraient peut-être inventé la mode "des pigeons porteurs" mais dans le droit commun il n'est pas sûr que cet argument serait recevable sérieusement. Finalement, là est le vrai problème : une caste qui considère qu'elle n'appartient plus au droit commun. C'est ce dont la classe politique française aura durablement le plus de difficulté à se remettre.