Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Le 2 mars 2017 et les 7 péchés capitaux.

    Evan Spiegel

    C'est très probablement le 2 mars 2017 que Snap. Inc va connaitre sa première journée de cotation en Bourse. C'est un rendez-vous d'une extrême importance parce que le marché va devoir se positionner sur 7 critères concrets :

    1) la méthode de valorisation : comment valoriser une société qui n'a connu que des pertes et qui s'engage peu sur les résultats à venir ? La méthode choisie, si elle est confortée par le marché, deviendra une composante des comparables pour les autres introductions sur 2017.

    2) L'appréciation sur l'étendue du segment de marché : jusqu'où des entreprises aux profils très voisins peuvent-elles se développer sans se vampiriser ? Et quelles barrières de protection pour chacune d'elles ?

    3) Comment accepter la dissociation entre la détention d'actions et le droit de vote ? C'est une logique "particulière" de gouvernance que de compter avec des actionnaires qui ne peuvent pas voter lors d'AG.

    4) Jusqu'où et jusqu'à quand les locomotives de Facebook ou de Google peuvent-elles actionner un effet de souffle ? Une partie des investisseurs expriment les réticences sur Snapchat mais font le parallèle avec Facebook et regrettent l'expression d'alors.

    5) Dans ce segment de marché, existe-t-il encore une place pour un prochain leader mondial ?

    6) Pourquoi Snapchat devrait-il avoir un "lien de famille" avec les parcours boursiers réussis (Facebook …) et non pas avec ceux échoués (Twitter …) ?

    7) Comment réussir une introduction en Bourse avec les 6 interrogations ci-dessus qui d'ordinaire fermeraient la porte à toute perspective de ce type ? Si les péchés capitaux ne frappent pas, c'est que la confiance est là prête à échapper à toute frilosité de la raison. Ce constat sera très important pour toute l'année 2017.

  • La belle lettre d’Howard Schultz

    Howard Schultz 2

    "Vivre avec nos valeurs dans une époque incertaine" : le titre de cette lettre d'Howard Schultz est en lui même un résumé de grande qualité. L'époque est incertaine : une évidence. Parce qu'elle est incertaine, cette époque doit consister aussi à ré-affirmer des valeurs fortes qui doivent gagner par leur attractivité comme par leur réalité dans la vie de tous les jours. Et le PDG de Starbucks d'énoncer des critères avec lesquels il va, pour des milliers d'emplois, respecter le "rêve américain". Un pays est fort bien au-delà des budgets de ses armées quand il défend des valeurs universelles qui donnent un sens à une civilisation. Et ces valeurs doivent reposer sur des critères solides, clairs qui constituent "la règle du jeu". Comment un interprète qui a travaillé pour les forces militaires en Irak ou en Syrie pourrait-il considérer qu'il a fait le bon choix si ce pays lui ferme ensuite ses portes en le traitant de façon aveugle comme ceux contre qui il luttait ? Depuis plusieurs années déjà, la victoire en temps de guerres ne débouche plus jamais sur la paix. Mais si les valeurs sont abandonnées, ces victoires en temps de guerres deviendront même impossibles. Une lettre qui mériterait une audience et des engagements considérablement plus forts.

  • La grande victoire du moi étriqué

    Rio 2016 voile 25 07 16

    La mode en France actuellement consiste à dire que la présidentielle 2017 échappe à tout pronostic sur le vainqueur éventuel. Contrairement à ce constat, la présidentielle 2017 a déjà un vainqueur : le moi étriqué. C'est le vainqueur absolu sur tous les terrains. Fillon ne se pose pas la question de l'intérêt global de son camp quand la gauche revient à son camp de base qui est celui de donner des leçons de … morale. Mélenchon et Hamon ne s'interrogent pas sur le score global de la gauche qui deviendrait, une fois réunis, un score irréel après un mandat de tant d'échecs notoires. Hollande termine son mandat sans se poser la question, pourtant fondamentale en démocratie, de rendre compte de son mandat. Et avec cet état d'esprit, il devient même le "professeur" qui donne les bonnes et mauvaises notes. En pleine crise climatique, Jadot négocie les … circonscriptions. Et la liste pourrait continuer encore longtemps. Le "moi étriqué" a déjà gagné la présidentielle 2017 et de loin. Comment demander demain à tous les autres de ne pas céder à cet état d'esprit … ?

  • Remets ton malheur à demain …

    Trail 2

    Rien de plus précieux que les discussions de bonne foi avec des personnes qui acceptent de faire part de leurs projets, de leurs émotions, de leurs centres d'intérêts. Actuellement, lors de discussions, je suis très surpris par la montée en puissance de deux pratiques sportives en matière de running : le trail en pleine nature et les courses collectives urbaines de nuit. Il est désormais rare de ne pas rencontrer une personne qui ne se soit pas mise à l'une ou à l'autre. Hier, il était question de courir en bordure de route avec le walkman sur les oreilles. Aujourd'hui, c'est fini. Le podium des sports n'est jamais triste. Il bouge tout le temps. En ce moment, ce podium est bousculé par ces deux pratiques. Le trail en pleine nature qui permet de vivre la nature à son rythme, sans la monotonie ni l'insécurité du bordure de route. Et les courses collectives urbaines de nuit qui permettent de voir la ville sous un autre "jour" : moins hostile, moins sur-occupée par les automobiles… Lors de ces discussions, un constat identique chez ces pratiquants : maintenir un état d'esprit positif. Il ne s'agit plus d'être heureux mais de repousser les temps malheureux. Profiter de ces temps de parenthèses. Comme si ce rendez-vous pouvait être repoussé mais qu'il serait incontournable. Surprenante à ce point cette culture de "remettre son malheur à demain" … Comme si le bon sens ne pouvait consister qu'à décaler les jours difficiles. Les politiciens gagneraient à intégrer ce réalisme pour perdre moins de temps dans des promesses qui ne font plus de dupes.

  • La France à la recherche d’un printemps qui n’a réussi nulle part ailleurs

    Printemps érable

    Au début des années 2010, la mode était aux printemps : arabes, érable … Pour ce qui concerne les "printemps arabes", je suis mal placé pour les évoquer, je ne connais pas ces pays de façon sérieuse. Je me range du côté du sentiment global qui est qu'après ces temps des révoltes populaires les lendemains ont été pour le moins difficiles. Pour ce qui concerne le printemps érable (Canada 2012), les lendemains ont été laborieux. A ce jour, aucun printemps démocratique n'a fonctionné pour donner naissance à une rupture positive durable. Pourquoi ? Parce que l'addition ponctuelle des mécontentements, des colères ne donne pas naissance au socle d'une nouvelle gestion positive, constructive, sérieuse. En contradiction avec la référence des saisons, les "printemps politiques" font tomber mais ne font pas pousser. C'est aujourd'hui le climat en France. Depuis longtemps déjà, politique et idéal ont divorcé. Là, l'éloignement est particulièrement fort. Un électrochoc serait utile. S'en remettre à l'électrochoc du jour du vote, c'est un péril quasi-irresponsable dans l'ambiance actuelle. Dans chaque camp, c'est une réalité qui mériterait d'être mieux considérée. Il y a quand même des enjeux d'une portée considérable dans une ambiance internationale très particulière. Et l'actuelle campagne relève d'abord de l'irresponsabilité collective dans de telles circonstances quand on ajoute les égoïsmes individuels, les projets sans financement, les colères sans souci de résoudre les problèmes … Chaque jour qui passe ajoute à la confusion. Et la confusion n'est jamais bon conseillère pour une décision de qualité.

  • France : à quand la réponse à la vraie question : quelle ampleur de la baisse du niveau de vie en France dans les 5 prochaines années ?

    Seniors france

    La descente aux enfers en France n'est qu'à un étage intermédiaire. La campagne présidentielle est lugubre et irresponsable collectivement. Mais surtout la liste des sujets non traités est considérable. D'où le sentiment à venir d'avoir été trompé, une fois de plus. Hier dans Les Echos, Michel Pébereau a dressé un tableau irréfutable de la dette publique française. Quand un pays montre sa "capacité" à ne jamais réformer, que dans le même temps il réduit l'assiette des foyers soumis à l'impôt, que les salaires et pensions sont voués à être figés pour des raisons diverses … : la hausse de l'imposition est incontournable. Quand les prélèvements augmentent face à des salaires figés, la conséquence directe, c'est la baisse du niveau de vie du pays concerné. Ce d'autant plus que la mobilité internationale est désormais très forte. Par conséquent, celles et ceux qui le peuvent pour des raisons diverses (mobilité professionnelle, choix de vie …) vont quitter ce pays et affaiblir d'autant l'assiette contributive du pays en question. La question de base honnête en France actuellement c'est : quelle ampleur de la baisse du niveau de vie en moyenne dans les 5 prochaines années ? L'opinion a conscience de cette réalité. C'est pour cela que le divorce est profond avec la classe politique : comment la classe politique pourrait-elle s'enrichir sur les deniers publics quand la moyenne est l'appauvrissement pour les autres ? Pour qu'une affaire vive, elle ne s'alimente pas de détails mais d'un socle de vérité. Giscard communiquait sur ses chasses en Afrique. Sur ce socle, des cadeaux émanant d'Etats africains devenaient donc possibles. Pour l'opinion, Chirac avait fait de Paris sa base arrière pour la conquête de l'Elysée. Y nourrir des emplois de collaborateurs politiques devenait crédible. Il doit toujours y avoir la part de vérité qui donne la cohérence au reste. Aujourd'hui, la part de vérité, c'est que l'opinion a conscience que son devenir c'est la baisse moyenne du niveau de vie en France. C'est le socle du divorce entre des sorts trop différenciés.

  • Barack Obama seul « président vert » à ce jour

    Obama 15 02 17

    Alors que la présidentielle française s'embourbe dans des sujets moraux qui semblent inexpugnables, deux sujets majeurs ne sont pas traités à ce jour à leur juste importance : le réchauffement climatique et l'état des finances publiques. Sur le réchauffement climatique, au moment où sort le second volet du manchot empereur, aucun programme français global historique. L'empereur manchot présenté comme menacé par le réchauffement climatique. Emmanuel Macron a effectué des premières propositions intéressantes. Mais au-delà ? Les Verts "officiels" vont rallier le PS moyennant en contrepartie des sièges points de passages pour des financements publics. Pour le reste, la gauche de la gauche a zappé ce sujet. Et la droite joue les cartes de l'ordre public et de l'identité. A ce jour, dans les faits, avec un actif concret, Barack Obama a été le seul "président vert" d'une démocratie occidentale moderne. Son actif en faveur des sanctuaires naturels est historique. Plus le temps passe, plus il ressort que Barack Obama reviendra dans la vie publique active sur ce sujet du réchauffement climatique. Ce sera alors peut-être le vrai tournant dans un sujet qui n'a toujours pas trouvé le moteur international populaire à hauteur de l'importance de l'enjeu. 

  • Comment baptiser un régime politique qui ne reconnait pas les contre-pouvoirs ?

    Silence

    Qu'est ce qui a caractérisé les 30 dernières années en France : la disparition progressive de l'acceptation de contre-pouvoirs. Sur le plan local, la décentralisation n'a pas seulement été l'affirmation des Collectivités locales. Elle a surtout été l'effacement des pouvoirs locaux de l'Etat : de la chute de l'autorité préfectorale à la disparition pure et simple des antennes de proximité d'administrations d'Etat dont la caricature est la disparition des subdivisions de la DDE (Equipement). Chaque collectivité départementale ou régionale a doublonné les administrations d'Etat (Santé, social …). A de rares exceptions près, les divers médias locaux ont dû compter progressivement avec de nouveaux annonceurs publicitaires que sont les Collectivités Locales. Les expressions des milieux patronaux ou syndicaux ont dû compter avec les nouveaux donneurs d'ordres de marchés publics ou employeurs que sont les Collectivités Locales. Les contre-pouvoirs réels ont disparu des échelons locaux en France à l'exception du Judiciaire mais encore faut-il qu'il y ait contentieux donc saisine du Judiciaire.

    Même évolution sur le plan national vis à vis de l'exécutif. Les parlementaires sont des godillots à droite comme à gauche, dépendants d'investitures de partis politiques pour continuer leurs carrières. La presse est fragilisée par des aides publiques multiples. Et un examen des périmètres d'actionnariats pose objectivement des questions sérieuses et graves. L'exécutif a toujours un lien direct avec le Parquet en matière judiciaire au sein d'un ministère de la Justice qui est un "ministère comme les autres" sans garantie particulière d'indépendance. La "Cour Suprême" qu'est le Conseil Constitutionnel est la "maison de retraite" de politiques en fin de carrière. La commande publique de l'Etat est très influente. Là encore, il ne reste que l'autorité judiciaire et encore, à ce niveau, ne faut-il pas sous-estimer certains volets dont les nominations à venir pour des carrières "attractives". Progressivement, l'exécutif est confronté à très peu de réels contre-pouvoirs. Il y aura un moment où devra être traitée avec sérieux la question simple suivante : comment baptiser un régime politique qui ne reconnait pas les contre-pouvoirs ? La réponse sérieuse risque d'être très inquiétante pour l'état de la démocratie en France. Une réalité que l'affaire Michael Flynn vient de rappeler.

  • Environnement : le pas en avant considérable d’Emmanuel Macron

    Montreal 23 05 16

    Dans les propositions présentées jeudi par Emmanuel Macron pour une politique de l'environnement, un pas considérable a été effectué : donner un contenu concret à la notion de responsabilité en matière environnementale. C'est une une avancée stratégique majeure que de refuser les "maladies volontaires durables". Les faits sont les suivants : en France, agir est assorti d'aides publiques. Mais que se passe-t-il quand l'inaction règne ? Rien. Or, dans des domaines prioritaires, comment tolérer que l'inaction puisse durablement rester sans conséquence ? Comment progresser dans ces conditions ? C'est impossible. Pour que des pollutions graves ne deviennent pas des "maladies volontaires permanentes", l'inaction doit être sanctionnée. Des modalités techniques multiples sont possibles. Dans le cadre de contrats pluriannuels, une fois des délais expirés, l'inaction ne peut être considérée comme "naturelle". Elle doit devenir coupable. Un malus doit être appliqué. Ce qu'on commence à trouver déjà dans les programmes d'amélioration des réseaux lorsque les rendements des réseaux d'eau sont insuffisants sans accompagnement d'un plan d'actions, la redevance est multipliée par 2. Dans de nombreux autres domaines dont la pollution de l'air, des logiques analogues doivent être mises en oeuvre. C'est un rapport psychologique totalement nouveau à certaines formes de pollutions pour montrer leur caractère intolérable. Ce sujet a été ouvert dès les années 90 notamment lors du Vème programme des Agences de l'Eau. C'est la première fois qu'il reçoit une réponse publique officielle aussi claire. C'est un pas stratégique majeur qui vient d'être franchi après plus de 20 ans de "fuite devant l'obstacle". Il mérite d'être salué. 

  • La lutte entre les états sombres et les états brillants

    RTL Bobigny 12 02 17

    Plus on avance dans la vie, plus elle apparaît comme un voyage incertain avec de multiples épreuves qui sont autant de tests entre les états sombres et les états brillants. Chacun porte en soi ces deux aspects. Sur la route de l'existence, l'état d'esprit sera tiraillé. Parfois terriblement heureux dans certains événements. Parfois immensément malheureux en fonction d'épreuves lourdes. Dans ces derniers moments, il faut lutter pour chasser les états sombres. C'est le test de la maîtrise de soi. Et probablement d'ailleurs la seule façon pour se reconstruire et bien re-démarrer. Quelle inquiétude de constater que des personnes qui aspirent à des responsabilités éminentes veulent d'abord partager les états sombres : colères, violences, refus de reconnaître leurs responsabilités personnelles directes. Et inquiétude analogue de constater que la politique ressemble désormais à un match de football avec des militants aussi soumis à la défense coûte que coûte de leurs maillots. Dans ce contexte, les états sombres marquent beaucoup de points actuellement. Les messagers sont pris à partie. Et pourtant quelle liberté plus importante que celle de la presse, celle qui les vaut toutes selon la belle formule de Chateaubriand. Et de même pour la justice qui doit faire face à des décisions d'une extrême complexité et qui fonctionne dans des conditions d'ascétisme matériel irréel en France. Si des inflexions rapides n'interviennent pas, le mal à l'âme risque de devenir très douloureux en France à ce rythme.