Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Comment baptiser un régime politique qui ne reconnait pas les contre-pouvoirs ?

    Silence

    Qu'est ce qui a caractérisé les 30 dernières années en France : la disparition progressive de l'acceptation de contre-pouvoirs. Sur le plan local, la décentralisation n'a pas seulement été l'affirmation des Collectivités locales. Elle a surtout été l'effacement des pouvoirs locaux de l'Etat : de la chute de l'autorité préfectorale à la disparition pure et simple des antennes de proximité d'administrations d'Etat dont la caricature est la disparition des subdivisions de la DDE (Equipement). Chaque collectivité départementale ou régionale a doublonné les administrations d'Etat (Santé, social …). A de rares exceptions près, les divers médias locaux ont dû compter progressivement avec de nouveaux annonceurs publicitaires que sont les Collectivités Locales. Les expressions des milieux patronaux ou syndicaux ont dû compter avec les nouveaux donneurs d'ordres de marchés publics ou employeurs que sont les Collectivités Locales. Les contre-pouvoirs réels ont disparu des échelons locaux en France à l'exception du Judiciaire mais encore faut-il qu'il y ait contentieux donc saisine du Judiciaire.

    Même évolution sur le plan national vis à vis de l'exécutif. Les parlementaires sont des godillots à droite comme à gauche, dépendants d'investitures de partis politiques pour continuer leurs carrières. La presse est fragilisée par des aides publiques multiples. Et un examen des périmètres d'actionnariats pose objectivement des questions sérieuses et graves. L'exécutif a toujours un lien direct avec le Parquet en matière judiciaire au sein d'un ministère de la Justice qui est un "ministère comme les autres" sans garantie particulière d'indépendance. La "Cour Suprême" qu'est le Conseil Constitutionnel est la "maison de retraite" de politiques en fin de carrière. La commande publique de l'Etat est très influente. Là encore, il ne reste que l'autorité judiciaire et encore, à ce niveau, ne faut-il pas sous-estimer certains volets dont les nominations à venir pour des carrières "attractives". Progressivement, l'exécutif est confronté à très peu de réels contre-pouvoirs. Il y aura un moment où devra être traitée avec sérieux la question simple suivante : comment baptiser un régime politique qui ne reconnait pas les contre-pouvoirs ? La réponse sérieuse risque d'être très inquiétante pour l'état de la démocratie en France. Une réalité que l'affaire Michael Flynn vient de rappeler.

  • Environnement : le pas en avant considérable d’Emmanuel Macron

    Montreal 23 05 16

    Dans les propositions présentées jeudi par Emmanuel Macron pour une politique de l'environnement, un pas considérable a été effectué : donner un contenu concret à la notion de responsabilité en matière environnementale. C'est une une avancée stratégique majeure que de refuser les "maladies volontaires durables". Les faits sont les suivants : en France, agir est assorti d'aides publiques. Mais que se passe-t-il quand l'inaction règne ? Rien. Or, dans des domaines prioritaires, comment tolérer que l'inaction puisse durablement rester sans conséquence ? Comment progresser dans ces conditions ? C'est impossible. Pour que des pollutions graves ne deviennent pas des "maladies volontaires permanentes", l'inaction doit être sanctionnée. Des modalités techniques multiples sont possibles. Dans le cadre de contrats pluriannuels, une fois des délais expirés, l'inaction ne peut être considérée comme "naturelle". Elle doit devenir coupable. Un malus doit être appliqué. Ce qu'on commence à trouver déjà dans les programmes d'amélioration des réseaux lorsque les rendements des réseaux d'eau sont insuffisants sans accompagnement d'un plan d'actions, la redevance est multipliée par 2. Dans de nombreux autres domaines dont la pollution de l'air, des logiques analogues doivent être mises en oeuvre. C'est un rapport psychologique totalement nouveau à certaines formes de pollutions pour montrer leur caractère intolérable. Ce sujet a été ouvert dès les années 90 notamment lors du Vème programme des Agences de l'Eau. C'est la première fois qu'il reçoit une réponse publique officielle aussi claire. C'est un pas stratégique majeur qui vient d'être franchi après plus de 20 ans de "fuite devant l'obstacle". Il mérite d'être salué. 

  • La lutte entre les états sombres et les états brillants

    RTL Bobigny 12 02 17

    Plus on avance dans la vie, plus elle apparaît comme un voyage incertain avec de multiples épreuves qui sont autant de tests entre les états sombres et les états brillants. Chacun porte en soi ces deux aspects. Sur la route de l'existence, l'état d'esprit sera tiraillé. Parfois terriblement heureux dans certains événements. Parfois immensément malheureux en fonction d'épreuves lourdes. Dans ces derniers moments, il faut lutter pour chasser les états sombres. C'est le test de la maîtrise de soi. Et probablement d'ailleurs la seule façon pour se reconstruire et bien re-démarrer. Quelle inquiétude de constater que des personnes qui aspirent à des responsabilités éminentes veulent d'abord partager les états sombres : colères, violences, refus de reconnaître leurs responsabilités personnelles directes. Et inquiétude analogue de constater que la politique ressemble désormais à un match de football avec des militants aussi soumis à la défense coûte que coûte de leurs maillots. Dans ce contexte, les états sombres marquent beaucoup de points actuellement. Les messagers sont pris à partie. Et pourtant quelle liberté plus importante que celle de la presse, celle qui les vaut toutes selon la belle formule de Chateaubriand. Et de même pour la justice qui doit faire face à des décisions d'une extrême complexité et qui fonctionne dans des conditions d'ascétisme matériel irréel en France. Si des inflexions rapides n'interviennent pas, le mal à l'âme risque de devenir très douloureux en France à ce rythme.

  • Le trop plein de … vide

    Tazieff 27 04 14

    Chaque année, début février, sur ce blog, j'ai toujours une pensée pour Haroun Tazieff disparu début février 1998. Pendant des années jusqu'à fin 2014, l'absence de la moindre cérémonie en mémoire d'Haroun Tazieff avait une explication possible : le sectarisme d'élus non disposés à célébrer la mémoire d'un scientifique qui aux côtés de Cousteau et de Frison Roche avait mené la belle bataille de la pédagogie de l'environnement. Un scientifique qui avait été pourtant Conseiller Général de l'Isère pendant plusieurs années et avec des travaux de très grande qualité.

    Tazieff 11 02 17

    Mais depuis le début 2015 une autre majorité départementale est en place. A-t-elle fait quelque chose en 2016 ? Non. A-t-elle fait quelque chose début 2017 ? Non. C'est le trop plein du … vide. En 2016, avec beaucoup de gentillesse, un seul conseiller départemental s'était manifesté suite à un article sur mon blog et je l'en remercie de nouveau. Il a été destinataire de toutes les informations disponibles. Mais pour l'immense majorité de ses collègues, l'indifférence est reine. C'est irréel. Ou plutôt à force de faire si peu d'actifs novateurs, durables, il y a une génération qui veut surtout ne pas voir les différences avec d'autres personnes aux bilans solides. C'est étroit comme esprit. Mais à voir les actuelles manifestations contre les journalistes, contre les juges … il peut y avoir matière à considérer que cette "étroitesse d'esprit" gagne en effet beaucoup de terrains …

  • La différence entre 13 jours et 3 ans

    Trump 31 01 17

    Un volet dans l'actuelle procédure sur le décret migratoire de Trump passe trop inaperçu actuellement : les délais des décisions de justice. Le décret présidentiel est signé le 27 janvier. La première décision de justice est prise le 3 février : 7 jours. La décision en appel est prise le 09 février soit 6 jours après la décision de 1ère instance et 13 jours après l'adoption de l'acte en question. Certes, il s'agit de décisions sur des suspensions. Mais les délais sont d'une brièveté forte. Les noms des Juges sont connus. le détail des délibérations de chacun des 3 Juges en appel est connu. En France, 3 ans après, on serait encore dans des batailles de … procédures. Et alors quand la décision est rendue, le dossier de base a été oublié par l'opinion. La décision est rendue dans un cadre anonyme puisque l'institution est supposée protégée par … l'anonymat. Le jour où la France commencera à s'interroger sur de tels décalages, des améliorations deviendront possibles. Pour le moment, la seule façon concrète de protester en France c'est le concert de casseroles, méthode de protestation populaire importée des pays luttant contre des … dictatures (Chili, Argentine, Uruguay …). Voisinage inquiétant.

  • Les scandales à répétition d’un pays sans réel contre-pouvoir

    Elizabeth Warren bis

    La démocratie ne peut vivre de façon saine et positive qu'avec l'existence de réels contre-pouvoirs destinés à trouver un équilibre par définition toujours précaire entre le pouvoir et le reste des composantes d'une société. La Vème République était supposée être "la démocratie dans l'action" face à l'instabilité de la IV ème République. Plusieurs décennies plus tard, elle n'est ni l'une ni l'autre. La société est bloquée, allergique à toute action. Et la démocratie a quitté la sphère politique depuis longtemps : opacité, nominations monarchiques, décorations à la tête du récipiendaire, réserve parlementaire pour les subventions sur copinages … Regardons actuellement les Etats-Unis. La parenthèse a duré 14 jours. Mais le 15 ème jour, des juges ont fait front contre les executive orders. Et les procédures ne durent pas 8 ans. Puis au Sénat, des voix s'élèvent, fortes, motivées, talentueuses comme Elizabeth Warren, juriste émérite. Et la presse relève le défi, multiplie les investigations, ne laisse rien passer. Même les parlementaires républicains jouent leur rôle c'est à dire être exigeants. Bref l'opposé de la France. Tant ce que cet esprit de vrais contre-pouvoirs ne sera pas partagé, la démocratie française vivra de crise en crise n'arrivant même plus à sauver les apparences de sa vitrine.

  • L’argent diable dans un pays sans le moindre rêve

    P1000255

    L'actuelle crise profonde en France répond à deux décrochages de fond. D'une part, dans une période où l'argent est roi partout, il reste le diable dans la vie publique. La vie publique en France culturellement c'est le désintérêt matériel, une forme d'ascétisme qui serait le bouclier face aux multiples tentations matérielles. Dès que l'argent prend de la place dans la vie publique française, la crise profonde est là, immédiate, violente, brutale, irrationnelle. D'autre part, cette crise est d'autant plus là quand le vide remplit tout le reste. Car le reste est vide. La France semble dépourvue de rêve accessible. Elle n'a plus de rôle décisif dans un projet international moteur. Sur le plan intérieur, tout le monde s'est fait à l'idée que les belles années, c'était pour … hier. Quand vous voyagez ou quand vous rencontrez des personnes qui rentrent d'un voyage à l'étranger qu'éprouvez vous et que disent-elles : "j'ai retrouvé de l'énergie en voyant des personnes qui ne tiraient pas la tête". Voilà la réalité. Sur le fond, cette réalité repose d'abord sur une souffrance financière forte, probablement historique en France. Il y a près de 10 millions de personnes qui sont en souffrance financière considérable et vis à vis desquelles chaque personne sérieuse est réellement en droit de se demander comment elles font pour vivre. 10 millions de personnes qui ont mal chaque jour pour boucler la journée, pour passer à côté de tentations multiples, c'est énorme. Et il y a plus de 10 millions de personnes qui ont peur d'avoir mal car elles se sentent précaires ou en voie de déclassement. Ce n'est pas possible de vivre une "démocratie apaisée" avec 20 millions de personnes qui ont peur ou qui ont peur d'avoir mal demain. Les sommes actuellement agitées sur de l'argent public sont des chiffons rouges. Et les articles en question sont lus dans le détail. Des personnes citent le prix des montres d'un ex Premier Ministre, le montant d'une propriété qu'ils estiment mal valorisée … C'est une déchirure inédite à ce point.

  • La France et ses vérités toujours impossibles

    Reunion groupe

    Qu'est ce qui est le plus désagréable en France actuellement depuis plusieurs années déjà ? Que la vérité reste extérieure presque à chaque dossier ! En quelques décennies, ce pays s'est fâché avec les chiffres solides. Même dans l'armée la plus hiérarchisée au monde (l'enseignement français), ce pays ne sait plus quantifier de façon incontestable un nombre de grévistes par exemple. Irréalité absolue : puisqu'il s'agit que le responsable d'un établissement constate des absences physiques, transmette le chiffre à l'Inspection d'Académie, puis au Rectorat puis au Ministère pour progressivement cumuler les chiffres. Ce dispositif est impossible en France ! Les manifestations : les chiffres varient de 1 à … 10 ! Quand c'est simple, c'est impossible. Que dire quand cela devient compliqué. Les emplois fictifs : impossible de savoir. Sur Fillon, la véritable question n'est pas : pourquoi lui ? Mais pourquoi que lui quand on sait aussi ostentatoirement que le milieu politique français nage dans les emplois fictifs. Le coût réel d'une campagne électorale : impossible. Le profil des donateurs : impossible. Le patrimoine des candidats : impossible. Jusqu'où une démocratie peut-elle s'alimenter de tant d'approximations, de vérités éphémères, de mensonges manifestes … ? Cette question mériterait quand même un examen très sérieux. Parce que les vérités impossibles lassent et discréditent tout un fonctionnement institutionnel.

  • De 16 points de retard à … 6 points d’avance

    Patriots 06 02 17

    Hier soir, l'équipe des New England Patriots a donné en direct dans un sport très rude l'une des plus belles leçons de vie : rien n'est jamais joué jusqu'à la dernière seconde d'une compétition quelle qu'elle soit. Ou comment passer de 16 points de retard à 6 points d'avance. C'est la plus belle qualité de professionnalisme que de croire que tout peut toujours évoluer favorablement. C'est que l'on souhaite trouver chez l'enseignant, l'infirmière, l'artisan … comme toutes les autres professions. Perdre mais à la condition que la victoire eût été totalement impossible et se battre jusqu'à la dernière seconde. Le professionnalisme, c'est justement la qualité qui est si peu reconnue en France. A l'opposé, les français aiment beaucoup les amateurs qui seraient un mélange d'angélisme et de détachement. Un amateur a des résultats … d'amateur : incertains, fluctuants, rapidement démobilisés. Le professionnel a confiance dans ses qualités, dans sa motivation, dans sa capacité à surmonter les pires épreuves. Un bel exemple a été donné. Bravo ! Le jour où les français chériront moins les cons et les amateurs, les résultats du pays changeront.

     

     

  • Le temps des victoires surprises

    Scott Walker 18 08 15

    Depuis 2016, les démocraties occidentales sont entrées dans le cycle de la recherche des pays qui n'existent pas en s'en remettant à des victoires surprises supposées changer la donne de pays dont on ne veut plus. Cette attente change toutes les règles. Le Brexit c'est l'Europe qui n'existe plus. Le Mouvement 5 étoiles en Italie, c'est la corruption qui n'existe plus. Trump c'est l'étranger menaçant qui disparaît. Et en France, de même, Mélenchon, c'est la Vème République qui n'existe plus, Macron, c'est la vieille génération qui n'existe plus, Hamon c'est les années Hollandes qui n'existent plus … Dans cette recherche d'un devenir qui doit surtout ne plus être le présent, la conséquence pour les personnes est simple. C'est la différence entre qui a fait partie du présent que l'on veut quitter et qui en est resté extérieur. Les premiers n'ont plus de chance. Les seconds gagnent. Et c'est la force de Macron avec l'acte symbole de sa démission. Un acte qui a symbolisé ce que souhaite l'opinion vis à vis des époques actuelles : les quitter. Pour aller vers quoi demain ? C'est diffus. Mais surtout ne plus continuer dans le présent. Le temps des victoires surprises est bien ouvert avec cette conjoncture.