A quelques jours près, cet agenda et moi avons fêté 34 ans de vie quotidienne en commun. 12 424 jours ! Avec ma première paye de mon premier emploi à plein temps, j'ai offert à ma mère des produits que je savais qu'elle aimait. Au centre de Grenoble, à cette époque, un magasin "Les Provinciales". Je peux décrire tous les vêtements alors offerts. D'ailleurs quand j'en revois parfois certains par un total hasard, ma journée bascule en quelques secondes. Quelques années plus tard (3), avec les économies des payes d'un nouvel emploi, en plein juillet, une visite à Paris et l'achat de deux agendas : un demi-format et un de poche. 34 ans plus tard, les deux sont toujours là. Recousus en de multiples endroits. Régulièrement revernis par mes soins pour entretenir le cuir. Dernièrement sur Instagram, une personne de Grenoble avait posté la photo de son agenda. Encore plus daté que le mien ! Nous avons échangé partageant notre goût commun : ajouter de la vie aux objets. Le rapport éphémère aux objets n'est pas respectueux de leur identité. Un objet incarne une séquence de vie : un choix associé à un moment précis pour l'achat, un fonctionnement partagé avec tant de souvenirs … Quand je regarde cet agenda, c'est un diaporama de moments partagés, vécus en commun. Et avec le temps, les meilleurs souvenirs arrivent en premier. Enfin ! Cette dimension affective est donc particulièrement positive. La vie des objets mérite aussi d'être respectée.
Auteur : Denis Bonzy
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Espèces animales menacées : la bataille est aussi dans nos jardins, à notre porte !
Un sentiment dangereux s'est développé ces dernières années. Les espèces animales menacées de disparition seraient des défis pour l'Afrique, le Canada … Ainsi, ces derniers jours, l'enjeu serait sur les baleines noires de l'Atlantique du Nord, sur le caribou boréal … Ce sentiment est faux. Il y a un défi aussi dans nos jardins, à notre porte. Pour cela, des chiffres méritent l'attention. Des chiffres émanant d'un organisme public, officiel : le Museum National d'Histoire Naturelle. Regardons quelques-uns de ces chiffres pour le territoire français :
- déclin de 41% pour l’Hirondelle rustique et de 31% pour le Chardonneret élégant au cours de ces 10 dernières années en France.
- le Hérisson d’Europe aurait perdu 70% de ses effectifs nationaux au cours des 20 dernières années. La Pipistrelle commune, petite chauve-souris bien répandue sur le territoire, aurait quant à elle subi un déclin de 50% sur la période 2006-2011 selon une étude portant sur les chauves-souris coordonnée par le MNHN.
- Du côté des insectes, la situation est la même. Le simple exemple des papillons est éloquent. L’Agence Européenne de l’Environnement a publié en 2013 une étude montrant une diminution de moitié des effectifs de papillons de prairies en 20 ans. Cette constatation est également confortée par l’Observatoire de la biodiversité des jardins qui indique que sur 28 espèces et groupes d’espèces de papillons observés en France, 22 montrent une tendance à la baisse (Amaryllis, Belle Dame, Vulcain, Machaon…).
Pourquoi cette situation ? Par le cumul de nombreux facteurs. Un facteur local mérite une attention particulière : la l'extension de la bétonisation. Des couloirs d'accès à des zones humides sont rompus par des barrières de béton et de bitume. Des axes de communication cassent également des accès. L'utilisation de certains produits phytosanitaires ont également un impact considérable. Une réalité qui mériterait d'être mieux connue et surtout mieux intégrée pour changer radicalement certains comportements de proximité de façon urgente.
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Quand l’inaction est à juste titre considérée comme une forme … d’action
Hier, au sujet d'une espèce animale menacée (le Caribou boréal), le Canada a été conduit à clarifier la qualification de l'inaction. Le caribou boréal figure sur la liste des espèces menacées de la Loi sur les espèces en péril du Canada depuis 2003. En 2011, Environnement Canada avait estimé sa population à 34 000 caribous. Le débat porte sur un volet important : ne pas agir, est-ce une forme d'action : celle du choix de rester immobile ? Et ce choix doit-il être considéré comme une décision de nature à engager la responsabilité ? Bref, ne pas faire, c'est une façon de … faire par l'immobilisme, par l'inaction choisie. Pour sortir de ce schéma avec une éventuelle sanction à l'appui, hier, le gouvernement fédéral a présenté un plan d'actions visant à protéger le caribou boréal, une espèce menacée, trois mois après que la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) a engagé des poursuites contre la ministre de l'Environnement à ce sujet. La SNAP a déposé une procédure devant la Cour Fédérale en avril. Elle reproche à la ministre de l'Environnement Catherine McKenna de ne pas révéler aux Canadiens comment les caribous étaient protégés. L'avocat du groupe, Frédéric Paquin, avait alors déclaré que la Loi sur les espèces en péril obligeait Mme McKenna «de faire état des mesures déployées pour assurer la protection de l'habitat essentiel à cette date et à intervalles de six mois jusqu'à ce qu'une protection soit en place». Hier, le Gouvernement fédéral a présenté un plan d'actions. La procédure engagée venait de conduire à la sortie de l'inaction. Un beau précédent sur le sujet essentiel des espèces animales menacées. Ce serait bien qu'en France, Nicolas Hulot propose de telles dispositions. Bien plus efficaces concrètement que la pédagogie d'émissions TV.
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Pourquoi en France, le pouvoir politique c’est d’abord montrer que l’on … règne ?
Le magazine Rolling Stone consacre sa couverture à Trudeau. Il est sympa et surtout s'occupe du quotidien : incendies en CB, baleines noires qui décèdent en nombre, emplois liés au libre échange … Il se déplace souvent avec son épouse, très sympathique et parfois même avec leurs enfants. Trudeau ajoute de la vie au pouvoir. Quand il a commis une admonestation trop rugueuse au Parlement, il s'est … excusé ! Et la liste pourrait durer longtemps. Trudeau s'occupe de la vie quotidienne. Parfois avec un peu trop de com. Mais de la vie de tous les jours. En France, dès l'accession au pouvoir, il n'est plus question de vie quotidienne mais de surtout montrer que l'on … règne. Régner, c'est exercer les attributs de la domination. Un détenteur de pouvoir politique en France doit d'abord montrer qu'il règne et à tous les niveaux parfois encore pire sur le plan local avec une "mentalité de petit chef" particulièrement déplaisante. L'opposé de la gouvernance moderne qui suppose l'adhésion, la participation et pas la domination. Pas surprenant qu'avec de tels réflexes, la crise soit au coin de toutes les rues avec un tel contre-sens qui n'est même plus vécu dans les entreprises privées.
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Se souvenir, c’est vivre une seconde fois …
Il y a des moments agréables que l'on imagine pouvoir programmer. Puis il y a des moments agréables qui s'invitent d'eux-mêmes. Imprévus. Ils semblent tomber du ciel. Rien à changer. Ce fut le cas hier lors d'un déjeuner de travail avec Aline Kozma et Claude Soullier sur Brié. Que la diversité et la liberté sont belles. Echanger dans la tolérance sans arrière pensée et dire exactement ce que l'on pense sujet par sujet même si les avis peuvent beaucoup diverger. Puis rencontrer les personnes qui s'occupent du Manoir Grenoble Brié. La terre, les animaux, la passion : la plus belle fusion. Il y a presque 30 ans, cet équipement alors localisé ailleurs était un endroit où nous nous rendions souvent. Marie a toujours considéré que nos enfants devaient aimer les animaux et la nature. Travailler sérieusement leurs études bien sûr. Mais au-delà vivre avec des animaux et avec la nature. Le mot qui compte c'est "avec" car ce mot porte l'égalité, la complicité. Pour être complice avec les animaux, il faut en connaître la diversité. Apprendre du regard d'un chien comme de la sensibilité réactive d'un cheval. Par conséquent, dès leurs plus jeunes âges, Jonathan et Thomas ont été éduqués dans ce cadre. Hier, voyant des jeunes en stage d'été, le retour agréable tant d'années auparavant. Des images qui reviennent en surface. D'autant plus que l'une d'entre elles (cf ci-dessous) est en permanence dans mon bureau. Se souvenir, c'est vivre une seconde fois. Lorsqu'il s'agit de tels souvenirs, que c'est agréable !
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A ce rythme, après le dégagisme, l’explosion … ?
Les mouvements de fond s'expliquent par la sociologie et la géographie. Les ouvrages de Christophe Guilluy, géographe, sont une des clefs de qualité d'interprétation des mouvements actuels annoncés par lui de longue date. Le choc de fond est double : d'une part entre les élites médiatisées qui ignorent la France invisible par eux. D'autre part, par une mondialisation qui est culturellement à l'opposé des valeurs fondamentales de la société française. Le mouvement de fond grave actuellement, c'est que Macron, élu d'abord par des métropoles qui ont réussi le tournant de la mondialisation, ne passe pas des messages aux périphéries qui ont mal et à celles qui ont peur d'avoir bientôt mal. Si la "France du succès" ignore la "France qui lutte pour survivre", l'explosion est garantie. Or depuis quelques semaines, nous assistons à la caricature de cette "ignorance". Que des bacheliers n'accèdent plus à l'Université sauf par tirage au sort, c'est une provocation. Que des APL soient minorées alors que des milliards vont aux JO qui peinent à trouver des candidats tant ils sont un gouffre financier sans fond avéré, c'est une provocation. Quand la détresse de salariés saute aux visages de ministres encravatés dans des costumes haut de gamme, c'est une provocation. Quand les députés défendent arcboutés leur IRFM (second salaire non fiscalisé en réalité) au moment où de longue date des salariés ont à justifier y compris les frais d'autoroute pour être remboursés, c'est une provocation. A force d'ajouter chaque jour des provocations de ce type qui sont aux antipodes des valeurs de la France populaire, il y a le sentiment de naissance d'une contre-société intolérable. Si le dégagisme parait une imposture, l'explosion deviendra incontournable dans l'actuel climat. A écouter les discussions, elle semble sérieusement mijoter actuellement …
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Tragique disparition d’Anne Dufourmantelle
Deux livres d'Anne Dufourmantelle m'ont particulièrement plu : "l'intelligence du rêve" et "la puissance de la douceur". Une pensée subtile attentive à des éléments parfois perçus comme anodins et capable de leur restituer du sens. Vendredi sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, en voyant deux enfants en difficulté au large, elle n’a pas hésité à se jeter à l’eau. Hélas, elle s’est retrouvée à son tour prise au piège d’une forte houle. Quand les maîtres-nageurs sauveteurs sont venus à son secours, il était trop tard. Les deux enfants, eux, s’en sont sortis indemnes. Elle avait écrit : "…quand il y a réellement un danger auquel il faut faire face (…), il y a une incitation à l’action très forte, au dévouement, au surpassement de soi". Des mots qui ont trouvé un passage à l'acte dramatique. Comme quoi son écriture était une vraie composante de son tempérament. Beaucoup de tristesse.
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La menace de la fin peut-elle altérer la vanité ?
Cette semaine, la revue Sciences et Avenir a fait état des conclusions d'une étude publiée dans la revue Science au sujet des forêts d'Afrique. Le coût de la déforestation serait supérieur à celui du maintien des arbres voire même à celui de la reforestation ! Cette étude très sérieuse menée par des techniciens interdisciplinaires et sans chiffrer les impacts sur les espèces animales menacées arrive à une conclusion pratique simple : respecter l'équilibre naturel de base en payant les populations locales pour les placer dans cet esprit de respect des forêts coûte moins cher collectivement que devoir ensuite corriger les impacts de la déforestation. Alors que chaque jour porte une alerte majeure sur ce déséquilibre, combien de temps encore faudra-t-il attendre pour que l'opinion se mobilise sur de tels sujets ? C'est comme les annonces par Météo France des îlots urbains de chaleur quand seuls le béton et le bitume vont composer des quartiers… Jusqu'où faudra-t-il se rapprocher de la fin pour mettre un terme à cette vanité ou à cette voracité financière délibérément ignorantes du lendemain collectif ? Incompréhensible à ce point.
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Les 3 naissances de chaque individu !
Chaque individu a en réalité 3 naissances : la première c'est celle de l'état civil. Le nouveau né n'est alors pas responsable. Avec la seconde naissance, la part de responsabilité existe fortement : le choix de sa vie : la famille à créer, la profession … Mais il faut compter aussi avec une troisième naissance : les engagements collectifs. C'est par cette naissance que chacun montre qu'il vit en communauté. L'objet de la communauté peut alors être varié : défense d'animaux, d'espèces menacées, de sanctuaires naturels, culture, sport, religion, engagement civique … A côté de la vie professionnelle, l'engagement civique a toujours été un centre d'intérêt fort pour moi. C'est aussi le meilleur moyen pour disposer d'une gamme large de connaissances parce que la vie professionnelle spécialise, réduit cette gamme. Ce week-end, le Club 20 fête son 6 ème anniversaire. Ce collectif est un cadre très agréable de débats, de propositions, bref d'engagements. Lors des dernières municipales sur Grenoble, il a participé à une liste : 59 membres + mandataires financiers + donateurs à trouver. En quelques brèves semaines de campagne, cette liste de société civile a égalisé le score d'une formation comme le Modem avec ses nombreuses années d'ancienneté. Ses centres d'intérêts sont clairs, assumés. Son nombre d'adhérents n'a jamais été aussi élevé. De beaux objectifs sont discutés actuellement avec d'autres associations. Merci à toutes celles et tous ceux qui participent à cette naissance permanente qu'est l'engagement.
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Pourquoi faire si on est bon à ne rien faire ?
Aux Etats-Unis actuellement, avec la révélation du cancer de John McCain, une partie de l'opinion, très critique face à la classe politique de Washington, découvre le détail de certaines fonctions, l'ampleur des choix donc celle des responsabilités. Une partie des regards change. Cette réalité montre qu'en France, où également la classe politique est fortement décriée, à quoi peut tenir le changement ? A une diminution du nombre d'élus ? A une diminution du montant des dépenses liées au fonctionnement des élus ? … Non. Au retour aux fondamentaux du pouvoir : être exemplaire, agir et être responsable des résultats. Etre exemplaire, bien au-delà de la base de l'honnêteté, c'est être compétent par les connaissances sérieuses de dossiers de pans entiers d'activités. Agir, c'est refuser le bouclier de l'impuissance généralisée : du "c'est pas moi c'est l'autre" au "c'est impossible" en passant par la date d'une action promise mais toujours … reportée. Et surtout être responsable de résultats. La responsabilité a été croissante partout, parfois même dans le secteur privé sur des bases expéditives, pourquoi la société civile, dans ces conditions particulières, accepterait-elle de payer pour des personnes qui ne seraient responsables de rien ? Bref, le retour au crédit de la classe politique passe par le refus d'une mentalité très développée :"pourquoi faire si on est bon à ne rien faire ?". C'est peut-être la principale leçon donnée involontairement par McCain, véritable légende de la politique américaine depuis les conditions de sa détention au Vietnam. Il a fait. Il n'a jamais accepté d'être bon à ne rien faire. Et il assumé toutes les responsabilités de ses actions y compris quand elles ont été malheureuses comme le choix de Palin en 2008. Si les politiques français ne s'inspirent pas que des mauvais travers de la politique américaine, c'est peut-être une leçon à méditer ?