La France de Robert Paxton est-elle vouée à tristement rester une France éternelle par temps de crises graves ? Alors que les nuages s'accumulent pour les prochaines semaines après la crise sanitaire violente (crise économique, crise sociale, crise politique …), 4 visages cachés ont de quoi inquiéter. 1) L'absence des contre-pouvoirs en période de crise. Le Conseil Constitutionnel et le Conseil d'Etat sont aux arrières postes. La raison d'Etat prime. De même pour les médias dits "main stream". Le casting des invités est le panneau annonce des contenus à venir. 2) Le logique du toujours davantage de dépense publique. Il était possible d'annoncer des réductions d'impôts, des réductions de charges, des baisses durables de TVA … Le choix a été celui de la dépense publique toujours plus forte sans jamais aborder clairement l'étape du … remboursement. 3) La reconnaissance du crépuscule de la "France d'en haut". Rarement à ce point le mot "pragmatisme" a été l'habit cachant les tâtonnements ou les virages totalement inattendus et surtout initialement écartés. 4) La menace des contrôles : la Ministre du Travail a mis en garde "la classe des entrepreneurs" : l'étape des contrôles est engagée. La dernière zone de "puissance" de l'Etat c'est la capacité à punir les autres. L'Etat ménage ses zones d'irresponsabilité. Mais pour les autres, la responsabilité peut être partout. Ce sont des visages inquiétants de l'Etat français et finalement de l'opinion aussi car elle accepte assez bien de tels travers.
Blog
-
Garde-barrière ou gestes barrières ?
La théorie du "garde-barrière" en matière d'information a été développée dès les années 50 : qui pouvait lever la barrière du droit de savoir ? C'est une théorie remarquablement schématisée et qui a servi de méthode à de nombreux gouvernants. Mike Deaver auprès de Reagan était le "garde-barrière" : il définissait le sujet du jour à faire vivre, ce qui avait été qualifié en interne de "la carte postale du jour" adressée à l'opinion publique. Alastair Campbell auprès de Tony Blair a occupé la même fonction. Avec la liberté de ton qui caractérise la démocratie britannique, Peter Stothard a rédigé une enquête sur cette méthode (30 jours au coeur du système Blair). En ce moment, l'impression désagréable de vivre en France la même méthode depuis le milieu de la semaine dernière. Jusqu'alors, c'était le défilé des médecins, infectiologues … : la peur envahissait les plateaux TV. Tout juste si on nous a épargné la mort en direct dans une chambre d'hôpital. Mais, depuis le milieu de la semaine dernière, ces professionnels de la santé ont disparu et c'est au tour des pros du tourisme. Le "garde-barrière" a frappé. Même le point TV quotidien du Directeur Général de la Santé a été supprimé. Dans quelques jours, tout juste si le nombre quotidien des décès deviendra accessible. Sur des sujets mineurs, la manoeuvre aussi grossière peut "amuser". Sur un sujet aussi important, elle donne un gout très amer de manipulation. Un droit de savoir aussi sélectif et aussi organisé c'est une atteinte grave à la qualité même du droit de savoir. C'est ce que l'on est en train de vivre actuellement. Il est beaucoup question des gestes barrières à respecter par chacun. Une attention devrait aussi entourer la fonction du "garde-barrière" parce que notre démocratie n'est pas en train de s'honorer dans la gestion de son droit de savoir.
-
A quand la sortie du cycle : après cette crise, la prochaine … ?
Jeudi 14 mai, le Parlement européen a adopté un règlement très important sur la réutilisation des eaux usées traitées comme alternative de ressource pour plusieurs métiers dont l'agriculture. L'actuelle crise sanitaire ne doit pas faire oublier d'autres enjeux aussi importants dont le dérèglement climatique. La semaine prochaine, des températures de + de 30 ° sont annoncées dans de nombreux territoires dont l'Espagne connaissant une vague de chaud et de sécheresse. Au 15 avril, en France, l'humidité des sols subissait des déficits historiques. En matière de santé, il y eut l'impréparation des masques. En matière climatique, il y a actuellement notamment l'impréparation sur la diversification des ressources en eau. Il n'est pas possible de procéder en permanence avec une telle vue à court terme comme en ce moment la réhabilitation des plastiques dont chacun connait les méfaits durables pour la planète. C'est actuellement tout un cycle de gouvernance qui donne le sentiment d'être parvenu à une fin de cycle. Heureusement, de temps en temps, des textes offrent des alternatives positives. C'est le cas de cette étape de jeudi émanant du Parlement européen.
-
Le loup : pourquoi tout de suite autant de haine ?
Sur St Paul de Varces, des accusations graves sont actuellement publiquement portées contre un ou plusieurs loups. 1) Des animaux victimes sont toujours à regretter et suscitent une tristesse légitime. 2) MAIS encore faut-il être sûr de l'auteur de ces actes. La municipalité sortante de St Paul de Varces accuse le ou les loups. Elle demande à mots à peine couverts une autorisation préfectorale d'abattages. Il serait préférable de ne pas agiter immédiatement autant de haine. La raison, c'est d'abord de bien identifier l'auteur de ces actes en faisant appel à des spécialistes qui ont l'expérience et les moyens scientifiques utiles. Une fois l'identification sécurisée de façon sérieuse, il y a probablement des mesures pratiques de protection à mettre en oeuvre (pose de caméras, grillage électrique …). La nature sauvage mérite d'être respectée. La vie animale doit être respectée. La vie animale sauvage doit également être respectée. Il y a des espèces qu'il faut respecter car elles contribuent à une chaîne naturelle d'équilibre global. La vie du loup mérite davantage de considération. Moins de haine immédiate. Et poser des affiches à proximité d'un groupe scolaire est de nature à créer des traumatismes bien inutiles en plein jour auprès d'enfants pour lesquels le loup porte déjà si souvent une littérature pour le moins angoissante.
-
Quand allons-nous sortir de la féerie des lundis 32 du mois ?
La mode est au mot "déconfiné". Pour ma part, le mot clef de l'actuelle période c'est "sidéré". C'est comme le panneau en photo ci-dessus : faut-il croire l'inscription cool sur le panneau officiel ou regarder la réalité des faits sur la route ? Et chaque jour, la liste des sujets de sidération s'allonge. L'enjeu n'est pas tant le manque de réponses. C'est surtout le manque de questions. Prendre quelques exemples concrets : 1) Le "hit parade" des pays marqués par l'échec face au Covid-19. Que signifient des chiffres déconnectés du rapport à la population ? Rien. Chaque chiffre devrait être sur un rapport par million d'habitants. Mais ce chiffre dérange en France parce qu'il casse l'américanophobie ambiante et plus encore l'anti-trumpisme galopant : à ce jour les USA c'est 247 décès par million d'habitants pour 408 en France par million d'habitants ! Voilà les chiffres. 2) Pourquoi les chiffres français par million d'habitants ne donnent-ils jamais matière à des comparaisons avec des chiffres inférieurs ? Pour rappel, France = 408 décès par million d'habitants et Allemagne = 91, Suisse = 213 : Autriche = 69 … et la liste pourrait continuer longtemps. Comment s'expliquent ces différences ? Pourquoi ? 3) A ce niveau de questionnement, la féerie a son tour miracle : "chez nous les chiffres sont justes alors qu'ailleurs ils sont … faux". Mais ce raisonnement a un tour supplémentaire dans la féerie : "les chiffres ailleurs ne sont faux que lorsqu'ils sont meilleurs que chez nous". Donc les chiffres sont justes en Belgique (751), en Espagne (572), en Italie (508)… 4) L'invention de la règle flexible : les rassemblements sont interdits sauf quand ils sont autorisés sans l'être expressément. C'est question d'appréciations locales. C'est comme la qualité des produits sanitaires chargés protéger face à un virus présenté comme foudroyant : les masques peuvent être confectionnés sans norme dans l'amateurisme absolu : c'est le coeur qui compte. Un masque confectionné par un amateur absolu sans la moindre norme technique protège autant que celui d'un laboratoire spécialisé : parfait ! Et la liste pourrait durer longtemps. Cette période a mis en relief que même dans une démocratie occidentale avancée passant historiquement pour le pays de la pensée, celui de la rationalité, ce sont les croyances qui ont pris le dessus. Pour les uns, le Covid-19 est ainsi devenu une création volontaire de la Chine (une forme de guerre bactériologique non avouée), pour d'autres c'est la faute des Etats-Unis, pour d'autres c'est la "nature qui se vengerait des méfaits humains" … et les explications précises ne sont jamais données. La féerie du lundi 32 c'est le retour aux temps des croyances et sous cet angle c'est une régression qui a au moins matière à autant inquiéter que le virus lui-même. Sur la quasi-totalité des sujets, je n'ai aucune réponse si ce n'est "je ne sais pas" mais j'aimerais beaucoup qu'enfin les questions soient posées. Une bonne question reste l'étape préalable obligée à une … bonne réponse.
-
LA VIE et maintenant les … autres vies
Le confinement a montré, si besoin était et à juste titre, le sacré collectif qu'est la vie dans les démocraties occidentales. C'est un beau progrès qu'il en soit ainsi. Désormais, c'est le tour des autres vies. L'économie. Le social. Les finances. Sur chacun de ces domaines, les mêmes défis sont là. Aussi immenses que la réanimation qui a été un test si remarquable du professionnalisme des médecins et hospitaliers français. Les autres domaines (économie, social, finances) auront-ils des combattants aussi motivés, courageux, professionnels ? Ce qui a fait la force de la "réponse sanitaire" ce fut sa solidarité, sa motivation, son engagement. Ces qualités seront-elles partagées à ce point au-delà de cette seule profession ? C'est le test des semaines à venir. Si ce n'est pas le pas, de très nombreuses autres vies seront perdues. Des entreprises fermeront. Des inscriptions au chômage battront des records historiques. Les impôts ne peuvent augmenter encore en France si ce n'est au prix de casser la consommation qu'il faut à l'opposé relancer au plus vote et le plus massivement. Le test des autres vies s'annonce très difficile et très instructif.
-
Merci !
LIBRES. Aujourd'hui, dans des circonstances particulières pourtant pas comparables, des générations peuvent mieux apprécier ce que signifie concrètement le combat pour la Liberté. 52 jours de privations diverses et une formidable envie de vivre, de bouger, danser, courir, blaguer, rencontrer, investir pour les générations d'après, créer des équipements publics nouveaux, célébrer le Père Noël, vivre des défis sportifs collectifs, bref vivre libre. … 52 jours "seulement". Pendant la seconde guerre mondiale, plus de 2 000 jours à douter, ne plus oser penser au lendemain insaisissable, ne pas sortir, douter pour la nourriture du demain … Les cérémonies du Souvenir ont toujours eu une importance particulière pour moi comme l'émotion constante devant ces tombes avec ces noms et tant d'âges du printemps de la vie. Aujourd'hui, comme chaque année, mais peut-être avec un ressenti particulier, une immense reconnaissance pour leur sens du sacrifice pour notre Liberté. MERCI !
-
Si la bataille du sens s’ouvre pour de vrai …
Lors de mon dernier déplacement professionnel avant le confinement dans la salle d'attente de St Exupéry (le 26 février, une autre époque …), j'observe une équipe manifestement soudée, d'excellente humeur au sein de laquelle un jeune homme d'une trentaine d'années prend un soin particulier d'un homme âgé. Il surveille son sac à dos. Il lui demande en permanence si "tout va bien" … Lorsqu'on prend l'avion, son attention décuple sur les marches. Par le fait du hasard, il s'installe à côté de moi. Je lui fait part de ma reconnaissance devant cette attention manifeste si touchante à voir. Il me répond "c'est mon père et nous venons d'apprendre à résister au froid lors d'un stage dans un pays de l'Europe de l'Est. J'ai peur qu'il ait été éprouvé …". L'intéressé de m'expliquer que tout est un enjeu de maîtrise de respiration face au froid. Et il m'indique qu'il a créé une entreprise "jedonnedu sens.com" localisée sur Bordeaux. Et que pour lui tout est une "affaire de sens" : de son attitude personnelle comme cette attention si touchante pour son papa à l'engagement professionnel pour mener des causes … A l'exemple du constat de cet entrepreneur dynamique, si la bataille du sens s'ouvre en France pour de vrai, beaucoup va changer. Car la bataille du sens, c'est d'abord un enjeu d'harmonie intérieure. Non pas de modes. Encore moins d'ordres administratifs. Avec la crise du Covid-19, c'est peut-être l'électrochoc nécessaire. Que feront demain les personnes qui applaudissent aujourd'hui aux balcons les personnels soignants ? Exigeront-elles d'autres salaires pour cette profession et d'autres moyens matériels ou retomberont-elles dans l'oubli des causes si vite oubliées ? Voteront-elles en faveur de ceux qui s'engagent sur cette voie ou retomberont-elles dans l'abstention ou dans ces jeux de communautés de proximité si éloignées des causes collectives d'intérêt général ? Qui va encore consommer chinois ou reposer le produit parce qu'il n'est pas sérieusement certifié "fabriqué en France" ? Sens qui est probablement dans la durée le meilleur socle pour la relocalisation ! Aux Etats-Unis, la bataille du sens est engagée. Patagonia et Columbia s'associent pour lutter judiciairement contre des mesures de l'énergie par le charbon. Ces marques veulent défendre la nature, l'environnement, les grands espaces. Ailleurs, des milliardaires se mobilisent pour démultiplier les moyens financiers pour la recherche en matière de santé … D'autres défendent la liberté de circuler … Cette bataille du sens radicalise. Mais elle est si belle parce qu'elle est d'abord le marqueur de la responsabilité individuelle et de la liberté. L'engagement et non pas l'abandon. C'est un rendez-vous qui sera intéressant dans les prochaines semaines en France. La bataille du sens va-t-elle s'ouvrir pour de vrai sur des bases durables ?
-
La réhabilitation de l’ex – ordinaire
Ce matin après avoir souhaité l'anniversaire d'un passionné de montagne dont j'apprécie beaucoup les photos, l'intéressé m'indique combien actuellement il redécouvre la beauté de "l'ordinaire d'hier". C'est exactement le sentiment que nous devons être nombreux à partager. De façon générale, l'ordinaire d'hier avec la liberté de se déplacer sans craindre un virus terrible. Samedi soir, lors d'un bref orage, j'appréciais le doux son de la pluie après 44 jours de sécheresse, situation rarissime à cette date de l'année. Les stations locales ont annoncé 27 millimètres à St Martin d'Hères et 17 millimètres au Versoud. C'est dire la faible pluie. Et pourtant elle fut si agréable pour rendre de l'humidité à l'herbe et faire chuter une partie de l'allergie aux pollens. La période actuelle c'est la réhabilitation de l'ex-ordinaire.
-
Le premier « geste barrière » : la consécration du numérique
Chaque crise profonde change la donne. Une crise fait des victimes. Une crise révèle aussi des nouveaux "pouvoirs". Le numérique est pour le moment le 1er bénéficiaire du Covid-19. C'est le premier "geste barrière". Zoom : 300 millions d'utilisateurs par jour pour les visioconférences. Microsoft Teams : explosion des utilisations. Et la liste pourrait durer longtemps. Et ce n'est qu'un début. Les réunions nouvelle génération sont nées. Pour les pratiquer professionnellement beaucoup, c'est efficace et permet d'économiser les temps de déplacements.