Denis Bonzy

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  • Jusqu’à quel point les Français doivent-ils vénérer les cons ?

    Diner de con 14 03 18

    La première fois où j'ai réellement pris conscience de l'impact positif considérable des cons dans la vie des français c'est en lisant Francoscopie 1999. En 1998, le dîner de con connait un succès considérable. 6 nominations à la cérémonie des César. 10 millions d'entrées dans la sortie immédiate. Un film culte en France. Pignon est un héros national. Et Mermet dans Francoscopie analyse le phénomène : pourquoi le con plait en France comme nulle part ailleurs : le con est innocent. Il ne ment pas. Il ne manoeuvre pas. Il est sincère, gentil, honnête … Le con venait de creuser sa légende. Et la légende est sur-exploitée. Actuellement les succès : les Tuche, Ch'tite famille et hier l'actualité est faite par Franck Dubosc … Jusqu'à quel point les Français doivent-ils vénérer les cons ? Avec quelles conséquences collectives ? 3 précisions s'imposent : 1) on est tous le con d'un autre. Moi le premier. Avec plaisir et indifférence. 2) Mais il y a quand même des phénomènes hors compétition comme les caricatures du cinéma. Pourquoi vénérer alors la connerie quand c'est la garantie du succès à ce point ? Et pire, à l'époque du mimétisme, c'est la garantie de reprises de formules, d'attitudes … 3) Jusqu'où le règne de l'audience peut-il amplifier ce phénomène ? Hier, le GIEC qui fête son 30 ème anniversaire ou la disparition du rhinocéros blanc passent après les pitreries de Dubosc : inquiétant quand meme. A quel moment le public prendra-t-il conscience qu'à vénérer les cons, il enrichit de façon accélérée des "faux cons" qui produisent et jouent les films et que les "vrais cons" sont peut-être dans la salle … ? Entre l'obscurantisme de religions et la vénération des cons, le pays des … Lumières a de quoi s'interroger très sérieusement sur sa situation actuelle. 

  • Quand le crayon est aussi une agence de voyages

    Crayons 11 03 18

    Serons-nous la dernière génération à … écrire ? Ou plus précisément à communiquer par des signes en ayant utilisé un crayon ou un stylo ? Il y a des signes à suivre. Cette année en janvier, très peu de cartes de voeux reçues (ou expédiées d'ailleurs). Les voeux ont été reçus par sms, mails … Les mots manuscrits sont de plus en plus rares. Quand des personnes sollicitent des conseils, leurs structurations de phrases sont très découpées. Le respect des mots est pour le moins … libéré. Bref, l'écriture avec les repères classiques se perd manifestement. Aujourd'hui, le mobile ou la tablette règnent. Une évolution aussi massive et rapide était imprévisible. C'est dommage. Pour ma part, je reste solidement accroché aux instruments classiques de l'écriture. Et avec une passion particulière pour les crayons : le "stylo du pauvre". Une passion qui remonte à mon enfance. Le crayon est propre. Il ne tâche pas comme la bille ou l'encre. Il permet la révision de l'expression sans trop laisser de trace grâce à sa complice : la gomme. Il offre une très grande variété de looks. Il ne coûte pas cher. Il visualise l'ampleur de votre travail par sa dimension qui diminue en fonction des tailles de la mine. Et surtout, il est aussi une agence de voyages. A chaque déplacement, je garde le souvenir de plusieurs crayons. Et les utiliser ultérieurement, c'est un "parfum" de l'endroit d'origine. Au moment où le crayon est emporté par la chute des instruments traditionnels de l'écriture, il mériterait presque un comité de soutien ! Vive les crayons !

  • Quand les événements ne sont presque jamais ce qu’ils semblent être …

    Tapie

    Pour moi, l'article de la semaine, ce sont les 12 pages d'entretien de Bernard Tapie dans Le Point. J'ai eu l'occasion de le rencontrer trois fois. A chaque reprise, j'avais le sentiment que la réalité du personnage était si loin de son image. Cet entretien dans Le Point ponctue ce sentiment. La première fois, c'était dans le cadre de la préparation de son émission Ambitions lors du passage à Grenoble. Avant de quitter la mairie de Grenoble, j'avais connu de nombreuses préparations de manifestations de ce type. Mais jamais un tel professionnalisme. Tout était consigné sur des fiches. Jusqu'aux moindres détails des chambres d'hôtel par membre de son équipe afin qu'ils retrouvent ce qui leur faisait plaisir. Il avait une revue de presse remarquablement faite dont l'article de L'Express qui faisait alors de Grenoble la "Californie de la France", la "ville de l'anti-crise".

    Grenoble 1985

    D'où sa détermination à venir dans cette ville. A la fin de son émission, lorsqu'il s'agissait de rencontrer des entrepreneurs pour un buffet dînatoire léger, son épouse Dominique lui demande de prendre congé parce qu'elle est fatiguée et il s'exécute avec une gentillesse exemplaire. Le bouillonnant était donc aussi celui de la précision des détails. L'individualiste pensait également aux … membres de son équipe. Et le fort en gueule s'exécutait devait un …  "petit bout de femme". A l'opposé de tous les clichés. La seconde fois, ce fut en 1988 dans le cadre de sa campagne à Marseille. Je participais alors à la campagne d'un concurrent de Tapie. Mais même ses concurrents étaient scotchés, admiratifs devant son énergie, devant son audace, devant la qualité de ses documents diffusés. J'ai toujours ses publications "Marseille se prend en main 6" (NB : chiffre 6 pour le cadre de sa circonscription des Bouches du Rhône).

    Tapie 10 03 18

    30 ans plus tard, le graphisme est toujours mode ! La troisième fois, c'est en 2014 à l'issue d'un déjeuner sur Paris. Il est quelques tables à côté. Ses épreuves avaient été fortes, multiples. A la fin du déjeuner, c'est la possibilité de lui parler. On peut imaginer le personnage aigri, amer, expéditif, replié sur lui. A l'opposé, il est sympa, disponible, plein de mémoire. Dans Le Point, un bel article qui à de multiples reprises est aussi une sacrée leçon de vie. 

  • Quand des événements donnent de la vie aux années …

    DIAPO10

    Dans peu de mois, ce sera désormais au tour de Thomas de porter son fils Léon sur les épaules pour lui faire découvrir l'agréable toucher des feuilles. Aujourd'hui Léon fête son 1er anniversaire. Avec le recul, sa présence m'a conforté dans le sentiment que l'existence c'est un choc permanent entre les années et la vie. Il y a des moments où on a le sentiment que des années prennent sur la vie : des annonces de décès, des événements lourds (santé …). Dans ce cadre, les années pèsent. On a juste le sentiment de survivre. Puis, au contraire, il y a d'autres moments où on a le sentiment que la vie retire des années du nombre de celles déjà écoulées. On se sent plus jeune, plus "léger", plus heureux. C'est le "miracle de Léon". Ce "miracle", grâce aux réseaux sociaux, c'est très agréable de voir combien il peut être partagé dans de nombreuses familles vivant les mêmes circonstances. Revivre ces instants si merveilleux déjà connus avec nos fils. Avec l'âge, quand un événement donne de la vie aux années, il est encore davantage apprécié parce que l'expérience nous a appris que ce n'était pas si naturel que ce que l'on pouvait imaginer au début de la vie. Bon anniversaire à Léon et à ses parents Ombeline et Thomas.

  • Quand l’ordinaire sort du commun …

    Martin Parr 04 03 18

    Pendant le mois de mars, Montréal consacre les photographies de Martin Parr. Un hommage mérité venant d'une grande capitale internationale. C'est un photographe remarquable. D'ordinaire, il s'agit si souvent de chercher le spectaculaire. Voire même de le "mettre en scène". Pour Martin Parr, c'est la vie de tous les jours qui contient des scènes hors du commun. Comme la photo ci-dessus. Les intéressés ont la nature concernée sous les yeux mais finalement ils la regardent via une … tablette. En France, Arles avait accueilli une exposition de Martin Parr. Pour ceux qui aiment les photos de la "vraie vie" avec leurs côtés décalés anodins mais si lourds de sens, un photographe à ne pas manquer. 

  • Les marqueurs les plus simples valent toujours mieux que les dossiers techniques complexes

    Grenade sur Adour 28 02 18

    Je suis toujours surpris par la capacité actuelle à créer de la complexité pour tenter d'identifier une réalité quotidienne. Prenons l'exemple de la qualité de vie dans les centres des Communes. Il y a un marqueur très simple : combien de personnes prennent le temps de faire une halte sur la place ? Pour que des personnes prennent ce temps, il faut :

    • qu'une place existe,
    • qu'elle soit accueillante : bancs + calme + commerces à proximité,
    • dans un cadre sécurisé et propre : ne pas être importuné par des personnes "pénibles" ni devoir rester assis au milieu de poubelles ..

    Au gré de déplacements professionnels, je suis actuellement stupéfait par la disparition de telles places. Une disparition qui met en relief tantôt la logique de développement de "Communes dortoirs" ou un niveau de non convivialité dans des espaces publics qui devient manifestement inquiétant. 

    C'est actuellement très surprenant de voir le manque de considération donné à des faits simples pour choisir des rapports compliqués fourmillant de chiffres et de critères pour des entrées multiples. Après le bal des mots perdant du sens, c'est le choc des données demandant trop de temps pour les comprendre. Heureusement, il reste encore quelques repères du bon sens du quotidien…

  • A son tour, la France officialise son entrée dans l’ère post-vérité

    Trump 3 28 12 17

    L'ère post-vérité, c'est quoi ? C'est un constat opéré en 2004 par un auteur britannique (Post Truth Era) au sujet du fonctionnement de la vie politique américaine et plus particulièrement de la guerre d'Irak : le subjectivement possible compte davantage que le factuellement avéré. A cette époque, c'est toute la dialectique de l'Administration Bush et de Colin Powell à l'ONU : le comportement de l'Irak était subjectivement possible mais pas factuellement avéré. Les émotions, les opinions ont pris l'ascendant sur les faits. Avec l'épisode Wauquiez des derniers jours, la France vient de consacrer son entrée à son tour dans cette ère. La question n'a pas porté sur : le contenu est-il exact (Juppé a-t-il trop endetté Bordeaux ?, les députés LREM sont-ils trop soumis ? …) mais fallait-il le dire ou fallait-il l'exprimer ainsi ? L'examen des faits glisse au second rang derrière l'émotion liée à la forme de l'expression. Sous ce volet là, la vie publique française s'est bien "trumpisée". En 2016 et depuis, Donald Trump est le premier candidat puis le premier chef d'Etat à pratiquer à ce point l'ère post-vérité. Cette trumpisation n'est pas le fait d'un auteur (Wauquiez) mais de toute une communauté médiatico-politique qui endosse à ce point la logique de la "démocratie du clic" : trop rapide pour prendre le temps d'investiguer sur la réalité de faits. C'est une nouvelle donne majeure qui vient de naître. Il ne s'agit plus qu'un fait soit avéré mais qu'il soit subjectivement possible. Ce qui est plus qu'une nuance.

  • Quand la nature est livrée à elle-même …

    Lavanchon 4 11 02 18
    Lavanchon 10 02 18

    Au rythme actuel, deux constats méritent l'attention. D'une part, les intercommunalités dépossèdent les Communes de certaines compétences et éloignent du terrain le pouvoir de décision. D'autre part, au sein même des Communes, l'enracinement durable des habitants est différent sous l'effet de multiples facteurs : divorces, mutations professionnelles … Si bien qu'au sein même de Conseils Municipaux les implications durables sont souvent moindres. Des phénomènes éloignés de la visibilité prennent une ampleur particulière. Au gré des promenades de week-end sur des chemins que je pratique depuis des décennies, je suis stupéfait par le non entretien de chemins, de berges de rivières … C'est du jamais vu. Les photos ci-dessous valent davantage que les mots. De telles situations annoncent des barrages naturels aux conséquences redoutables lors de prochaines pluies. 

    Lavanchon 2 11 02 18

    Lavanchon 3 11 02 18

     

  • La confiance ou le vrai prix de la vérité

    Dan Rather 2

    Hier soir, le plaisir de voir en totalité un film sur l'affaire qui a conduit au retrait de Dan Rather (film : le prix de la vérité). Remarquable. J'appartiens à une génération qui a effectué ses choix de carrières quand les médias étaient aux Etats-Unis un exemple de quatrième pouvoir. L'un des exemples est Eric Conan, copain de la Prép. ENA abandonnant une carrière administrative de haut niveau pour devenir journaliste. Ils n'étaient pas les "faiseurs de rois" mais les faiseurs de vérité. Et Dan Rather était l'une des figures emblématiques. Le présentateur n'était pas alors un lecteur de dépêches avec si possible une journaliste mannequin à ses côtés mais un investigateur, une caution morale. C'est ce registre qui a fondé le réflexe d'alors "c'est vrai puisque la presse le dit …". Presque l'opposé des sentiments actuels. Ce film remarquable retrace l'épisode qui a mis fin à la carrière de Dan Rather. Une erreur qui a cassé la confiance. Et la confiance est le vrai socle de la vérité. Probablement le seul d'ailleurs. Et aujourd'hui, la satisfaction de suivre Dan Rather via son compte Facebook. Quelle simplicité. Quel talent. Une réelle référence dans la durée. 

  • Aimer la liberté offerte par le choix

    CSG 01 02 18

    Ce soir, c'est avec plaisir que je me rendrai à Vif pour participer à la réunion de lancement du Cercle du Sud Grenoblois pour l'année 2018. J'aime la liberté offerte par le choix. La faculté de choisir peut torturer certains tempéraments qui apprécient le confort du prêt à penser offert par la militance disciplinée. Puis, il y a celles et ceux qui préfèrent surtout avoir le choix. Parce que le choix c'est la protection de la liberté individuelle. Parce que le choix c'est la compétition qui motive. Parce que le choix c'est aussi la volonté de chercher à comprendre l'autre, donc de le respecter. Cette initiative du Cercle du Sud Grenoblois est très intéressante parce qu'elle est originale : des personnes d'ordinaire aux chemins distincts tentent de travailler ensemble sur des sujets locaux concrets. Elle a déjà mis en relief un enseignement original de la vie : on n'est jamais aimé pour ses défauts, ce qui est compréhensible mais on peut aussi être détesté pour ses qualités, ce qui est plus étonnant. Or ce dernier volet est un rapport très présent dans la politique française. Ce soir j'espère que nous serons nombreux à participer pour montrer qu'il y a des qualités qui méritent d'être soutenues.