Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Quand 89 000 + 1 000 000 = 0 !

    Manifestations 16 06 16

    Il y a des limites à prendre les citoyens pour des gogos. En France, ces limites sont franchies depuis longtemps mais actuellement des records nouveaux sont même battus. Nouvelle exemple en date : les chiffres sur la manifestation à Paris mardi 14 juin.

    Les services de la Préfecture de Police de Paris annoncent 89 000 participants.

    Dans le même moment, les organisateurs de la manifestation annoncent 1 000 000 de participants.

    Avec de tels écarts, la manifestation a perdu toute crédibilité quant à sa référence de participation. C'est zéro pour tout le monde.

    Et ce n'est pas un fait anodin. 

    La Préfecture de Police de Paris devrait incarner un pôle de technicité, de fiabilité, de sécurité y compris pour le professionnalisme du comptage des manifestants.

    Pour les Syndicats organisateurs, l'honnêteté devrait être une qualité fondamentale puisque c'est le socle de la confiance. Et le bon chiffre c'est l'expression du respect des participants. Pourquoi les associer, les instrumentaliser dans une tricherie ?

    Loin de tels repères, chacun se fait à l'idée du mensonge anodin et les vrais faux chiffres circulent à qui mieux mieux. Irréel et irresponsable. Et les médias s'en amusent comme d'une banalité. C'est vrai qu'en France la vérification des faits n'est pas un sport national très répandu y compris parmi les médias. 

  • Les crises et la voiture de golf

      Manifestations 14 06 16

    En France actuellement, les crises ont tout gagné. Pas un territoire qui soit épargné : insécurité, terrorisme, chômage, pauvretés, exclusions … Les sujets de crises dont on ne parle plus ne sont pas réglés mais devancés par d'autres crises encore plus graves, plus incompréhensibles. Et les politiques sur ce champ de crises passent dans une voiture de golf comme extérieurs à toutes ces crises. La voiture de golf évite les trous. Ses occupants délivrent des "bons mots" de compassion pour ceux qui bataillent dans la boue. Des mots, toujours des mots mais rien que des mots. Mais après … ?

    Ce n'est pas la nature de la démocratie. La démocratie, c'est que des représentants élus règlent les problèmes des citoyens. Et à force de l'ignorer de façon aussi ostentatoire et à tous les niveaux, les sanctions électorales seront très lourdes. Bien loin du climat doux des plateaux TV parisiens. A force d'échouer de façon aussi généralisée et irresponsable, les citoyens ont coupé les ponts. Voilà la réalité. Et cette réalité a de quoi inquiéter très sérieusement parce qu'elle pourrait conduire à "l'imminence des impossibles" dans des scores électoraux car les radicalités gagnent du chemin de tous les côtés… ?

     

  • La notion du « juste prix » a bien changé !

    LinkedIn 14 06 16

    Hier, dans une morosité ambiante consternante, des "heureux" ont pourtant existé : les actionnaires de LinkedIn. La veille, celui qui avait 5 000 € d'actions terminait son 13 juin avec 7 377 € : + 47, 55 % dans une journée. Une journée qui ajoute à la définition moderne du "juste prix".

    Pendant des décennies, le juste prix a été calculé comme la rencontre entre une offre et une demande sur la base de critères techniques assez bien définis dont celui d'un multiple du retour sur investissement. Hier, une fois de plus, le "marché" a montré que désormais le juste prix c'est tout simplement la limite supérieure qu'un acheteur potentiel est prêt à mettre avec une donnée de base : les moyens de l'intention d'acheter. 

    Parce qu'en l'espèce LinkedIn proposait aussi d'acheter des … pertes (166 millions de dollars sur la seule année 2015).

    Mais quand l'acheteur dégage 4 milliards de dollars de bénéfices nets par an (dans les "années moyennes"), la dimension des accords change.

    Un accord qui montre, également, au passage, que le récent nationalisme inutile d'un journaliste de TechCrunch sur le thème "aux Etats-Unis, on ne se vend pas à un plus gros, on le dépasse ..." n'est pas d'une justesse irréprochable. Là aussi, les moyens de l'intention de se … vendre.

     

  • #Grenoble : l’actuel tohu-bohu mène au déclassement généralisé

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    Le débat sur la "politique d'austérité" menée à Grenoble pour tenter d'éviter la faillite se déroule dans un tohu-bohu qui mène au déclassement généralisé.

    La classe politique locale se déchire comme toujours. Ses multiples chefs squattent les colonnes des médias ou autres plateaux d'infos mais désertent les dossiers pour établir des faits ou des chiffres avérés. En 2014, seule la liste Nous Citoyens que je conduisais a exprimé alors publiquement que la crise financière grave était devant. La preuve : la vidéo ci-dessous à partir de la minute 1, 10 secondes :

    Le sujet des finances a d'ailleurs été un thème très peu abordé ne faisant même pas l'objet d'un débat spécifique alors que tant de débats publics étaient organisés. Normal : à l'époque c'est la culture de "l'open bar" avec la course généralisée aux gratuités. Nous étions les seuls "mauvais garnements" à annoncer la crise et à demander d'en tirer les conséquences.

    Ce tohu-bohu est très préjudiciable. Il suffit d'être à l'extérieur de Grenoble pour que des questions soient posées sur l'état de santé de la ville comme si prendre son pouls était le moyen de se réjouir de ses maladies. 

    Il serait temps que la situation locale se ressaisisse parce que le déclassement généralisé ne bénéficiera à personne par définition. La politique de la terre brûlée n'a jamais fait avancer les solutions. D'autant plus que de nombreuses autres "bombes financières" sont déjà amorcées : des collectivités n'ont pas réglé leurs dettes toxiques lourdes (Métro, Sassenage …), des investissements dans l'agglo ont pris beaucoup de retards (voiries, état des réseaux d'eau et d'assainissement collectif ..), les déficits récurrents (Alpexpo, Stade des Alpes …) n'ont pas reçu de réponse structurante pour corriger …

    Il doit y avoir un temps pour la campagne électorale et un temps pour la gestion sérieuse calme, technique, rationnelle. Quand l'esprit de campagne électorale envahit tout, ce n'est jamais bon. La raison s'éloigne alors trop …

     

  • L’austérité ajoute-t-elle de la crise à la crise ?

    Rachel Notley 12 06 16

    C'est le sujet de fond depuis 2008, date de l'actuelle crise économique. Un cycle très long. Pourquoi cette longueur de cycle ? Et si l'austérité souvent choisie avait ajouté de la crise à la crise ? Hier dans l'Alberta, la Premier Ministre a abordé ce sujet de fond. Et sa réponse est simple : il faut éloigner l'austérité pour sortir de la crise. 

    Rachel Notley reprend des arguments anciens. Le discours est très intéressant : "«nous protégeons les services essentiels plutôt que de les sabrer. Nous ne transposons pas ce choc économique sur les familles». Et de lister les investissements d'avenir qui créent des emplois, donc alimentent le moteur de la croissance.

    Ce faisant, Rachel Notley reprend bon nombre des arguments anciens de Mark Carney, ancien Gouverneur de la Banque du Canada et actuel Gouverneur de la banque d'Angleterre. Pour sortir sérieusement de la crise, il faut d'abord alimenter le moteur de la croissance. Ses discours annuels sont le meilleur cours donné aux élèves de sciences politiques ou économiques.

    Banque d'Angleterre

    C'est le vrai débat de fond qui n'a pas été livré en France puisque les sujets majeurs en France sont le prix d'un costume ou de la montre Cartier de Macron, la sex-tape d'une petite frappe convertie au football …

    Loin de cette mousse, c'est le vrai tournant du mandat Hollande. Il a notamment cassé la croissance locale par la baisse des dotations d'Etat aux collectivités locales en ajoutant au même moment la loi NOTRe qui rendait invisible tout devenir des compétences et dans un calendrier irréel à savoir en début de mandat municipal c'est à dire quand les collectivités locales lancent d'ordinaire leurs projets. Or cet investissement local, c'est un moteur considérable, diffus sur tout le territoire et souvent à destination des PME et TPE.

    Sous cet angle, la France paye le prix lourd à ne pas chercher à organiser de vrais débats sérieux de fond. 

  • Et si la classe politique française sortait de l’époque du disco …

      Anonyme

    A quel moment la classe politique française prendra conscience qu'un changement d'époque s'est produit ? L'Etat français est le vrai nouveau pauvre du nouveau siècle. Les sommes à redistribuer seront de plus en plus faibles. Les Collectivités territoriales locales françaises doivent réviser les conditions de leurs politiques publiques. Bref, il faut sortir de l'ère du disco quand la musique était aux sons et aux textes insouciants de Patrick Juvet, Cerrone, Donna Summer et Boney M avec "open bar" pour les collectivités publiques. 

    Les réalités du moment ? La fin des gaspillages publics. La fin des gaspillages publics n'est pas le rabot sur les administrations publiques. Bien au contraire. Si l'Etat français est encore debout c'est grâce à des centaines de milliers de fonctionnaires qui font leur travail avec mérite, conscience professionnelle exemplaire, dévouement remarquable face à une classe politique sans vision, défaillante, empêtrée dans des scandales financiers ou sexuels permanents. 

    L'heure moderne c'est La France qui ne pourra plus éviter la grande révision de ses institutions publique. La constitution de 1958 est une monstruosité dans la modernité avec un parlement godillot. Elle devait assurer "l'action dans la démocratie". Elle n'assure plus ni l'action ni la démocratie. Les Communes sont exsangues avec le retrait de l'Etat. Les départements deviennent un musée avec la perte des clauses de compétence générale (Loi NOTRe). Et les régions peinent à faire face aux dépenses des lycées et aux restructurations gigantesques des transports ferroviaires.

    Et tout ce "petit monde" se chamaille en permanence comme le montre l'actuel débat sur la "crise financière" de Grenoble. Moins il y a de fond, plus le ton est fort. Une ambiance pesante, pénible où tout devient prétexte à explosions, insultes, accusations … 

    Dans de telles circonstances, avec une telle mentalité, l'heure du rebond n'est pas proche. Attention au moment où les boules à paillettes vont s'éteindre pour de bon …

    Le disco est fini depuis longtemps et les chansons passent d'autres messages qui méritent une attention réelle à l'exemple de celle ci-dessous dont le texte correspond bien à la nouvelle époque en France (exclusions, chômage des jeunes …)….

  • La France et son réflexe « un vieux politicien sinon rien … »

    Rome Virginia Raggi

    Les français sont masochistes. Plus de doute permis. Regardons aujourd'hui les démocraties occidentales comparables. Aux Etats-Unis, Trump est désigné comme candidat républicain sans jamais avoir exercé un mandat politique. En Italie, un parti des "citoyens" vient de connaître une percée considérable. Fin juin, Rome aura peut-être une maire de 37 ans ayant un métier en dehors de la politique (Avocate).

    Virginia Raggi 06 06 16

    En Espagne, lors des élections de fin juin, Podemos et Ciudadanos bousculent les vieux partis.

    Albert Rivera 10 06 16

    Au Canada, une nouvelle génération prend le pouvoir.

    Melanie Joly 27 04 14

     

    Et on pourrait continuer longtemps l'énumération.

    Et pendant ce temps en France, tout est bloqué par toujours les mêmes. Passés par le pouvoir puis par l'opposition, repassés au pouvoir puis dans l'opposition et toujours en attente de … revenir au pouvoir. Hollande n'a fait que de la politique depuis 33 ans ayant débuté comme directeur de cabinet de Max Gallo. Sarkozy idem depuis 33 ans. Plusieurs d'entre eux n'ont même connu que la politique : Fillon, Mélenchon, Royal, Valls … Jamais le passage fut-il temporaire dans une entreprise ou une activité libérale réelle. Le Maire, présenté comme "la nouvelle génération" à droite, n'a connu que les cabinets ministériels et l'assemblée nationale. 

    Cette spécificité française mérite quand même une explication. Les français détestent les politiciens mais ne s'en échappent pas. Le système est-il bloqué à ce point qu'il est fermé à tout entrant extérieur au circuit politique classique ? Plus le temps passe et plus ce masochisme devient une "exception française". Une "exception française" de plus, celle que les autres ne veulent surtout pas reproduire tant ils ont sous les yeux le constat qu'elle mène à l'échec.

  • Militer maintenant en France est-ce seulement cliquer ?

    Obama citoyens

    Ce qui me surprend le plus depuis quelques années dans la comparaison entre les Etats-Unis et la France lors des élections, c'est l'inversion du militantisme. Pendant des décennies, les français se moquaient de la faible participation des américains. Maintenant les tendances sont inversées. Un exemple concret. MoveOn.org compte 8 millions d'adhérents actifs. La France aurait un équivalent si une association d'engagements civiques comptait 1 660 000 adhérents ! Cette association n'existe pas en France. Bien davantage, ce chiffre c'est le double du cumul des militants de toutes les formations politiques françaises (toutes sans exception du PCF aux Républicains !). 

    MoveOn.org

    La différence par le nombre est considérable. Prenons l'exemple de la dernière présidentielle. La venue de Barack Obama au Faneuil Hall de Boston, c'est tout un quartier inondé de monde comme dans d'autres villes à l'exemple ci-dessous du Colorado. Impensable en France actuellement.

    Obama 2008 Colorado

    La crise du nombre existe désormais en France. Mais aussi au-delà ?

    Car militer c'est faire quoi ? Militer c'est s'engager pour convaincre. Convaincre pour faire bouger les choses. C'est l'un des plus beaux moteurs dans une relation collective. Pour convaincre, il faut aller à la rencontre des autres, des indécis, des opposants. 

    C'est devenu très rare en France. Le porte à porte est délicat avec le climat d'insécurité qui conduit à beaucoup de prudence dans des quartiers de plus en plus nombreux. Les distributions sur les marchés sont moins fréquentes car les marchés sont de moins en moins nombreux. Les appels téléphoniques tombent souvent dans le vide. Et ils viennent d'être strictement réglementés. La publicité politique est interdite en France à la TV. Les 4m x 3m publicitaires disparaissent au titre de la qualité visuelle. Les routages de mails se heurtent souvent à des demandes immédiates de désinscriptions…. Quand on dresse la liste complète de ce qui est interdit ou impossible, il reste quoi en France pour faire vivre l'engagement ? Pas grand chose !

    Dans ces circonstances, le militantisme en France semble se limiter à cliquer sur Facebook ou faire des selfies le temps d'une manifestation. Une approche qui aura du mal à convaincre les indécis … 

    On est loin de l'ambiance des campagnes américaines : forte participation aux réunions avec des files d'attente, bénévoles pour téléphoner et pour faire du porte à porte, routages ciblés à partir de fichiers renseignés en vente libre, publicités commerciales autorisées … bref, tout ce qui est nécessaire pour que le militantisme naisse et vive.

    A force de tout vouloir interdire ou réglementer, la France n'a-t-elle pas tué le militantisme ?

    Ce qui est sûr c'est que désormais les américains peuvent renvoyer les moqueries aux français. Ces derniers sont largement distancés dans les actes de militantisme.

    Pour mieux connaître MoveOn.org, cliquer sur le lien ci-dessous : 

    https://gumroad.com/js/gumroad.js

    MoveOn.org : l'association qui fait les Présidents …

    Reunion groupe

  • Et si vous faisiez 7 fois Nice – Lille en 20 heures …

    Obama airplane

    La campagne américaine va changer de rythme. Le duel est établi : Clinton / Trump. Le rythme physique d'une campagne américaine change beaucoup de la politique française. Nice à Lille c'est 1 160 km. Obama en 2012 dans les seules 20 dernières heures de campagne a fait 8 000 km donc plus de 7 fois Nice-Lille en 20 heures ! C'est un décrochage d'ailleurs assez étonnant de constater que quand un leader politique français se déplace deux fois en "province" dans une semaine, il donne le sentiment de "s'épuiser" sur le terrain… Là où pour un candidat américain l'avion devient son bureau et le terrain en déplacement est quotidien sur la base de plusieurs Etats dans la même journée. Et dans le sprint final, c'est le tarmac de l'aéroport qui devient le lieu de la réunion pour gagner du temps et permettre de repartir le plus rapidement vers le prochain point. 

    L'auteur qui a le mieux retranscrit la réalité de cet engagement physique c'est Philippe Labro dans un remarquable article dans le JDD. Une campagne électorale américaine, c'est d'abord une réelle compétition physique. Une dimension perdue en France depuis les plongées en régions de Chirac ou Mitterrand. Dommage.

     

  • Demain, la vraie campagne est lancée

    Trump 07 06 16

    Après le vote ce jour en Californie, l'étape des primaires sera finie. Elle a commencé il y a un an déjà. 12 mois de déplacements permanents pour quadriller tous les Etats du pays. Demain, la vraie campagne va débuter : le duel. Et le duel 2016 s'annonce d'une violence particulière. 

    En 2008, avec Exprimeo, nous avions assuré une couverture particulière dont deux séjours dans une équipe de Barack Obama en complément de nombreux témoignages d'acteurs des campagnes ou d'universitaires.

    Obama 31 12 15

    La revue Exprimeo (274 numéros déjà !) avait compté de nombreux abonnés tout particulièrement parmi les élèves de Sciences Po ou d'Ecoles Supérieures de Commerce. Le même dispositif sera bientôt présenté.

    En 2008, la campagne a été intéressante par la personnalité même de Barack Obama. Dès novembre 2006 (donc avant même la candidature d'Obama en janvier 2007), Exprimeo avait exposé son choix pour ce candidat. 

    En 2012, la campagne a été rapidement pliée dès les révélations sur les conditions d'évasion fiscale de Mitt Romney, ses pratiques familiales (l'épisode du chien sur la galerie de la voiture, le micro caché sur la politique fiscale …).

    En 2016, c'est une campagne de rupture. Obama n'est pas candidat. Trump veut occuper la rupture à fond jusqu'au bout. Hillary Clinton est une remarquable compétitrice. Bref, la campagne 2016 s'annonce explosive donc intéressante. Dans le même temps, les moyens numériques d'information ont considérablement évolué. Demain, la vraie campagne est lancée. Un beau moment à vivre.