Comment reconnaître un vrai temps fort ? C'est être capable de se souvenir des détails qui entourent une annonce par exemple : le jour, le lieu, la météo … Le mercredi 09 décembre 2015, en milieu de matinée, je reçois un sms d'une personne qui était à l'époque parmi les amies de Marie. Elle m'annonce le décès de Douglas Tompkins (décédé le 08/12). Lors d'un bref entretien quand elle était venue rendre visite à Marie, nous avions échangé sur le thème d'entrepreneurs emblématiques et j'avais cité ce nom parmi les premiers. Ce mercredi matin pour des raisons professionnelles, je suis à Grenade sur Adour. Je prends un thé au bar restaurant qui est à l'angle de l'immeuble en photo ci-dessus avant une réunion de travail. La météo est douce. Cette place est magnifique. Et parmi de très nombreuses autres personnes j'apprends que le fondateur de la marque qui garde notre chaleur (The North Face) est mort de … froid. Cet entrepreneur avec son épouse a construit l'un des plus merveilleux sanctuaires naturels au monde : 410 000 ha. C'est le double de la superficie totale d'un département comme l'Isère (241 000 ha). L'oeuvre d'une vie. Une pensée particulière en ce jour anniversaire. A eux seuls, ils ont fait tellement mieux que de nombreuses politiques publiques d'Etats.
Auteur : Denis Bonzy
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Boston Magazine et la photo de la semaine
Boston Magazine a consacré mardi un reportage magnifique à Mike Dukakis. Mike Dukakis a été Gouverneur du Massachusetts. Dukakis a été candidat à la présidentielle 1988. A cette époque, il quadrille les Etats-Unis d'Est en Ouest. Du Nord au Sud. Il se détache. Puis le Parti Républicain lance contre lui une campagne négative d'une violence extrême.Il se moque de son supposé pacifisme pour le scotcher à Carter. L'équipe de Bush père lance même une campagne sur la pollution du port de Boston et sur la situation d'un violeur en imputant à Dukakis des responsabilités qui ne sont d'ailleurs pas les siennes. La campagne bascule : Dukakis perd. Et l'article du Boston Magazine, c'est un reportage simple : comment vit Dukakis 30 ans plus tard ? Que disent ses voisins ? Comment se comporte-t-il 30 ans plus tard ? Une photo résume tout (cf ci-dessus). Des baskets aux pieds, un symbole comme dans "le bonheur est dans le pré" ou quand on découvre la douceur des Nike … Le pantalon chino si populaire à Boston. Mais le clin d'oeil du blouson de cuir. C'est la question qui manque dans le reportage car c'est un symbole fort attaché à la campagne 88. Au moment où Dukakis subit les assauts sur son "pacifisme", Bush ressort son blouson supposé symboliser son passé d'aviateur pendant la seconde guerre mondiale. Les symboles vestimentaires devaient alors creuser le fossé entre d'un côté le "pacifiste" (Dukakis) et d'un autre côté le "guerrier" (Bush père) avec le blouson comme symbole. Voir Dukakis, 30 ans plus tard, avec un blouson de cuir doit avoir une signification. Mais ce volet mis de côté, tout le reste est un pur délice. A 84 ans, il enseigne toujours. Il part sur le chemin avec un sac plastique pour ramasser les détritus puis les déposer dans une poubelle. Il prend le métro … Il vit comme il avait été candidat : en promettant de la modération et de la simplicité. C'est dommage que les campagnes électorales demandent ce brin de folie et de démesure qui fait souvent les vainqueurs. Parce que c'est quand même agréable et rassurant de constater de tels exemples d'humilité, d'équilibre, de paix intérieure dans la vie de tous les jours.
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La France a-t-elle les écologistes que la crise de l’environnement mérite ?
Lundi et hier mardi, à Chicago, 55 villes ont signé la charte de Chicago sur le climat à l'occasion de la conférence annuelle de la coalition C40 (pour « 40 cities »). Des villes emblématiques comme Vancouver, New York, Washington, Mexico, Austin, Montréal qui s’engagent contre le réchauffement climatique. Cette réunion est tombée dans l'un des travers de l'écologie : d'abord être contre. Cette réunion est devenue d'abord une opération anti-Trump. Ainsi, le texte de cette Convention passe-t-il principalement contre la politique Trump à l'exemple du passage suivant : « la décision du président Trump de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris a incité plus de 380 villes aux États-Unis, un grand nombre de villes ailleurs en Amérique du Nord et d’innombrables organisations internationales à s’engager envers cet Accord […] et ces engagements […] montrent aux citoyens d'ici et de l’étranger un leadership local fort ». A force d'être contre, l'écologie adopte des positions clivantes permanentes. Alors qu'elle devrait être pour avec des propositions positives, constructives. A l'origine en France, dans les années 70, l'écologie a pris naissance à partir d’auteurs se revendiquant d’une nouvelle «grille d’analyse». L’un de ces auteurs était Philippe de Saint-Marc qui dans les années 70 était le pionnier de l’écologie. Ancien Président de la Mission d’Aménagement de la Côte Aquitaine, Professeur du 1er cours sur la politique de l’Environnement à l’IEP de Paris, auteur d’ouvrages connaissant des succès considérables. Le retour aux concepts alors développés traduit l’immensité des échecs depuis cette date. Que développaient les écologistes à cette époque ? Leur analyse était simple : les critères traditionnels habituellement utilisés comme le PNB, le niveau de vie, la consommation d'énergie, la production industrielle ou agricole devaient être considérés comme des signes de l'activité et non pas comme des marques de satisfaction. A cette époque, être écologiste, c’est défendre l’idée que la société telle qu’elle fonctionne n’est pas une société de progrès mais une société de régression parce qu’elle porte en elle un gaspillage massif, intensif et croissant des richesses naturelles. Et les intéressés d'ouvrir des pistes nouvelles de politiques publiques. Et il suffit de relire les nombreux articles de Philippe de St Marc notamment dans Le Monde pour constater qu'il y avait une grille de lecture positive sur un "autre système" : de l'aménagement de l'espace à l'aménagement du temps, à la mise en place de marqueurs fiables par exemple pour le respect d'équilibres naturels traditionnels, pour le renforcement de sanctuaires naturels … D'ailleurs, cette culture positive a permis des avancées concrètes considérables : le droit de l'eau, les parcs naturels … Des pans entiers qui aujourd'hui sont souvent déconstruits parce que l'environnement devrait être un sujet de consensus et non pas en permanence une approche de "clivages enragés". Au moment où le réchauffement climatique frappe si sévèrement et peut-être de façon irréversible, c'est assez inquiétant que l'environnement n'ait pas les écologistes qu'il mérite.
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Quand l’innovation crée un réel nouveau monde
La semaine dernière, Charlie Baker (photo ci-dessous) a officiellement lancé sa campagne électorale à Boston pour 2018. En 30 ans, tout a changé. Rarement à ce point l'innovation a créé un réel nouveau monde. A cette époque, j'avais publié un guide des campagnes électorales que Libération avait salué comme l'équivalent des "annales du bac" pour un … candidat. L'idée était née de la participation à une campagne électorale sur Boston. Le guide pratique remis contenait tous les conseils pratiques utiles : sondages, lettres, porte à porte … Novatrice, ma publication a connu un succès sérieux ce d'autant plus que le dispositif choisi alors exclusivement version papier rendait impossible la duplication. La semaine dernière, lors d'un entretien avec un observateur attentif des campagnes électorales sur Boston que je connais depuis cette époque, date de sa participation à une campagne de John Kerry, il me donnait les repères probables des actions de Baker. Rien ne subsistait des méthodes d'hier. Il y a bien des domaines où l'innovation a créé un réel nouveau monde, ce qui est passionnant puisque rien n'est plus morne qu'un monde immuable, figé, bloqué. Dommage que la réglementation française encadre tant la capacité d'innovations tous domaines confondus.
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Grenoble et sa vraie nouveauté : le succès du Postillon
Aujourd'hui, depuis 15 heures, sais que je vais passer une soirée atypique. J'ai acheté Le Postillon. C'est le phénomène le plus intéressant dans l'actualité grenobloise des trois dernières années : le succès du Postillon. Il suffit de parler avec des commerçants qui tiennent des points de presse. C'est la demande sur le "journal" le plus attendu : le journal qui suscite le plus de question du type : "est-il arrivé ?". Et une personne en vélo passe effectuer la distribution sur la base de calendriers assez aléatoires à quelques jours près. En pleine crise du papier, Le Postillon (version papier) s'arrache. Pourquoi ? C'est un mélange de Libération des années 70, des Cahiers de Mai et d'Actuel. Pour moi, Le Postillon, c'est l'info des années de Jean François Bizot et de Michel Polac. Un mélange d'impertinence, de contre-culture, de provocations, de qualité des faits trouvables nulle par ailleurs mais surtout la Libération par la plume. L'idée qu'une émancipation citoyenne passe obligatoirement par la révélation de vérités cachées. Une plume qui vole dans les … plumes des officiels locaux avec un style incisif dont un sens de la formule qui peut susciter des envies ou jalousies légitimes. Son succès est le fait le plus important sur un "état d'esprit grenoblois". Le phénomène qui en dit probablement le plus long sur la sociologie et la "culture" grenobloises actuelles.
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L’avenir du bitcoin ou les fortunes du café du commerce
Le débat du jour est sur les monnaies virtuelles. Le bitcoin est au centre de l'actualité. Le cours du bitcoin (son taux de change) approche désormais les 10 000 dollars, c’est-à-dire qu’il dépasse 8 000 euros. Il a pris 25% dans les quatre derniers jours. En 2011, il valait un dollar. Il a donc été multiplié par dix mille en six ans. Le bitcoin est une monnaie virtuelle, sur Internet, qu’on stocke dans un porte-monnaie électronique. C'est comme les "monnaies locales". C'est la "capitalisation virtuelle" d'un très vieux phénomène : le troc. Ou comme les actions prises auprès de sociétés cotées qui n'ont pas un volume quotidien élevé d'échanges. Le cours peut grimper mais lorsque le détenteur veut capitaliser son "placement", il découvre que le volume des échanges ne permet pas de vendre sauf à plomber lui-même le cours. Il a donc du papier et du capital virtuel. Ce sont les fortunes du "café du commerce". Celles qui défilent dans des médias à la recherche de sensationnel mais tolérant une part excessive à l'éphémère et surtout au superficiel. La seule règle qui compte : cash is king… C'est moins "romantique" mais c'est plus solide.
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Et il paraît que l’intendance devait … suivre dans une logique totalement accessoire
Ce week-end, Amazon a franchi de nouveaux records. Le succès de la logistique. L'action en Bourse sur la seule année 2017 est passée de 753 dollars à 1 193 dollars. Même progression pour Google : passage sur la même séquence temps de 827 à 1 069 dollars. En coeur de métier, Google c'est d'abord la bibliothèque en ligne des articles des autres. Une autre forme d'intendance. Au départ, Google comme Amazon ne produisent rien. Google n'est pas auteur ou éditeur. Amazon ne fabrique pas de produit. Ils produisent une autre … intendance. Et ils donnent une sacrée leçon à celles et à ceux qui estimaient que l'intendance suivrait toujours de façon accessoire face aux créateurs. Mais une nouvelle étape s'ouvre : la bataille dans l'intendance. Au moment où Amazon crevait un nouveau plafond, en France les Galeries Lafayette annonçaient la fermeture de 22 magasins …
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Quand l’invité prend rang de lui-même …
Le propre d'un temps fort dans une vie c'est que l'invité prend rang de lui-même dans le déroulement d'une journée. Le jour venu, on se lève et la pensée est toute entière à un autre moment que celui du jour d'actualité. Le vrai calendrier est autre que l'officiel. C'est parfois un poids considérable quand le rappel concerne un moment triste. C'est heureusement aussi dans d'autres circonstances un réel délice quand le moment est celui d'une satisfaction durable. Chaque 25 novembre est un transport très agréable ( et de surcroît gratuit) dans une très belle journée. Bon anniversaire.
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En dehors des paysages, reste-t-il encore matière à admirer actuellement … ?
Remarquable livre de Michel Crépu sur le thème de l'admiration et contre l'idolâtrie. C'est le vrai sujet de fond de l'actuelle période. Un livre que je recommande. Admirer ce n'est pas se soumettre. C'est justement la frontière avec l'idolâtrie. C'est reconnaître des valeurs fondamentales qui priment. Et je partage l'opinion de cet auteur qui consiste à dire que la période actuelle est difficile et inquiétante parce que l'admiration a perdu deux combats. Le combat par le haut quand l'admiration vit l'excès par l'idolâtrie. Et le combat par le bas quand l'admiration a disparu pour devenir l'indifférence généralisée. Cette double "démolition" annonce des heures graves pour la civilisation occidentale. Quand il ne restera que les paysages à admirer (dans l'attente d'ailleurs de l'impact dramatique du réchauffement climatique …), l'heure sera particulièrement angoissante. L'admiration est une valeur à défendre et à revaloriser. Une lecture nécessaire.