Denis Bonzy

Blog

  • Où est l’esprit de mai 2007 ?

    La rentrée de septembre 2009 est particulièrement pénalisante pour la majorité présidentielle qui semble en plein naufrage.

    Les affaires se succèdent à un rythme accéléré. Les mesures difficiles sont légion. Les engagements présidentiels ne sont pas tenus. Mais surtout, le décalage entre les promesses de 2007 et les actes de septembre 2009 est consternant.

    Dès le premier semestre de son élection, le Président nouvellement élu avait surpris et choqué son électorat. A cette époque, la griserie de la victoire proche et le besoin de prendre ses nouveaux repères avaient été les excuses utilisées. Une fois cette période passée, tout devait "rentrer dans l'ordre".

    Alors comment comprendre l'actuelle période ? Rechute ? C'est l'ensemble d'un système qui semble à bout de souffle. Le pouvoir trop concentré a surexposé et vite usé. Derrière le leader, il n'y a pas de relève talentueuse. Bien davantage, une confusion généralisée des genres est apparue avec l'exposition excessive de collaborateurs présidentiels ou de simples membres de l'entourage.

    C'est l'ensemble d'un régime politique qui est à la recherche de lui-même car s'il est désormais commun de critiquer le Chef de l'Etat, il est tout aussi commun de constater que le transfert d'espoir n'a pas encore été opéré. Le pays semble en mal généralisé de leadership. C'est une situation étonnante dont il est difficile de prévoir à ce jour les conséquences pratiques comme les conditions et le calendrier de sortie.

  • Communication publique : le changement d’âge

    Sous nos yeux en ce moment, la communication publique connaît un réel changement d’âge.


    Cette évolution majeure est le résultat de nombreux facteurs. Tout d’abord, l’opinion guette la faute de comportement des décideurs. En France, ce climat conduit aux dossiers Mitterrand, Besson, Jean Sarkozy … Au Canada, c’est la recherche de « l’excès de pouvoir » à l’exemple des décisions sur des campagnes publiques de communication. En Grande-Bretagne, c’est le débat sur les remboursements des frais privés des Ministres. En Italie, c’est le feuilleton des frasques sexuelles de Berlusconi. Aux Etats-Unis, c’est la quête aux règles non respectées par les politiques ou leurs proches à l’exemple de la vidéo sur Maria Shriver qui conduit en téléphonant.


    Ensuite, cette demande peut compter sur des outils neufs que sont les nouvelles possibilités des téléphones portables permettant de prendre sur le champ une vidéo ou une photo. Chacun devient un paparazzi potentiel avec un cliché explosif.


    Enfin, cette demande intervient dans un contexte de « sentiment justicier » ou « vengeur » tant l’opinion a désormais le sentiment d’être manoeuvrée par les pouvoirs. Le mot manipulation est probablement le mot clef de cette rentrée de septembre 2009.


    J’ai eu plaisir à participer à la rédaction d’une publication qui, à l’aide d’exemples concrets, recense les principales méthodes mises en oeuvre ces dernières années avec parfois un succès considérable : comment sauver l’opinion face à 20 techniques de manipulations ?


     

  • Mensonges, diffamation …

    Le blog officiel de la Maison Blanche ouvre le tir contre Fox News. Il dénonce un "journalisme d'opinion déguisé en chaîne d'information".

    Dans la foulée, les attaques fusent. Il est question de "mensonges" et de "tentative de diffamation" au sujet des efforts de l'administration Américaine.

    C'est la première fois qu'un organe officiel d'une telle autorité publique est ainsi mobilisé contre un support de presse.

    Fox News répond que "au lieu de gouverner, la Maison Blanche est toujours en mode de campagne électorale". Et le Vice-président de ce groupe termine en précisant que "attaquer le porteur du message, à la longue, cela ne fonctionne jamais".

    C'est un précédent qui va mériter l'attention dans la durée.

  • UMP : le temps des godillots et des « cardinaux en costume »

    Des films, des chansons, des témoignages … en disent parfois plus qu'une étude technique sur l'état de l'opinion.

    De champion de l'impertinence quand il était challenger jusqu'en 2007, Nicolas Sarkozy est devenu celui de la pensée unique depuis qu'il est au pouvoir au point qu'il a été possible vendredi qu'un porte-parole de l'UMP puisse regretter que le Prix Nobel de la Paix ait été attribué à Obama et non pas à … Sarkozy.

    Le temps des godillots est de retour. Ou plutôt, c'est le temps des cardinaux en costume. Les godillots font référence à ce travers de la Vème République où les compagnons des temps difficiles constituaient la garde rapprochée des fondateurs de ce régime si particulier le défendant contre vents et marées au prix d'arguments parfois peu rationnels.

    Le temps des "cardinaux en costume" correspond bien à la présente période. Ce sont les nouveaux directeurs des consciences. Cette formule intègre assez bien les "doubles visages de l'Eglise", celui du discours et celui … des actes.

    Dans les discours, il devait y avoir la "France du mérite" ou le résultat par le travail. A 23 ans, les uns galèrent pour des stages professionnalisants pas rémunérés tandis qu'être "fils de" donne accès à une responsabilité très rémunératrice. Est-ce là la France du mérite ?

    Dans les discours, il devait y avoir le respect des militants, exemples merveilleux du bénévolat. Les listes pour les régionales sont constituées dans la "pénombre", sans appel public à candidatures, sans débat sur des projets et probablement sans … vote des militants.

    Dans les discours, il devait y avoir une équipe gouvernementale restreinte. Dans les actes, le fromage de la République voit se multiplier missions, nominations …

    La liste pourrait être longue de ces fossés entre les intentions d'hier et les réalités d'aujourd'hui.

    L'opinion acceptera-t-elle encore longtemps de cautionner ces fossés. Il n'est pas sûr que les cardinaux en costume servent efficacement le régime qu'ils prétendent servir.

  • Jean-Jack Queyranne et « le temps d’avance »

    Jean-Jack Queyranne vient d’installer la direction de campagne pour les régionales de mars 2010. Il s’agit d’une co-direction de campagne respectant la parité sexuelle.


    Il est désormais admis que sa campagne sera officiellement engagée le 19 octobre. Ce calendrier appelle trois commentaires.


    1) Dans la Région Rhône-Alpes, le PS prend manifestement un temps d’avance sur l’UMP. En effet, bon nombre de fédérations départementales n’ont pas engagé toutes les consultations nécessaires pour l’appel à candidatures, puis le débat sur le projet départemental de programme … Il y a là un décalage peu compréhensible.


    2) Ce décalage est encore moins compréhensible quand sont comparés les calendriers pour la reconquête de l’Ile de France et ceux des autres régions. En Ile de France, Valérie Pécresse va fêter son premier mois de campagne active. Pourquoi le calendrier bon pour la reconquête de l’Ile de France serait-il mauvais pour la reconquête des autres régions ?


    3) La logique de la liste unique de la majorité présidentielle ouvre un espace pour d’autres contributions. Dans plusieurs régions, il est désormais question de listes d’alternative libérale ou de société civile … ? Il est certain que la logique de la liste unique met au pied du mur une part importante de l’électorat présidentiel actuellement en contestation sans pour autant vouloir voter socialiste ou s’abstenir.


    NB : l’article sur l’UMP 38 a suscité de très nombreux commentaires. La fédération de ce mouvement fait l’objet de très nombreux messages avec des mentions que la légalité ne nous permet pas de publier. Les auteurs sont donc rappelés à davantage de modération et trouveront dans cette précision technique la raison de la non-publication de leurs commentaires.

  • L’UMP et la théorie du signal

    Dans le système des informations financières, de nombreux auteurs ont cherché à conceptualiser une théorie du signal. Quels seraient les indicateurs ? Les marqueurs du caractère sain d'une entreprise ? Ceux du début de difficultés ? Ceux de l'irréparable ?

    Cette théorie du signal s'applique-t-elle à la politique et que donnerait-elle dans les circonstances actuelles ?

    Des faits récents méritent l'attention technique :

    1) Sur un sujet aussi technique et inintéressant que Clearstream, des vidéos de Dominique de Villepin font plus de 120 000 visites en une dizaine de jours. Les chiffres sont publics et émanent d'un hébergeur extérieur sur une base mécanique incontestable (Daily Motion),

    2)  Sur le terrain, un Président de groupe parlementaire ( JF Copé) fait plus du double d'audience qu'un Ministre (C Estrosi) et ce dans la même géographie. Le 1er tient un discours critique dans des conditions permanentes en présence de représentants des autorités départementales de l'UMP qui applaudissent à tout rompre et de très nombreux parlementaires UMP. Il est même question de mobiliser tous les efforts pour la création d'une antenne départementale… Le second, "garant de l'orthodoxie", intervient dans un cadre moins chaleureux et en l'absence des parlementaires.

    3) L'hebdomadaire féminin par excellence (ELLE) consacre un article où l'une de ses journalistes vedettes expose avec humour ses fantasmes et ils concernent … Dominique de Villepin.

    4) Quelle récente mesure trouve grâce actuellement aux yeux de l'opinion ?

    S'il n'est pas encore possible de parler de retournement de l'opinion, c'est une situation qui mérite quand même quelque vigilance car les signaux ne manquent pas … loin des procès d'intention ou des simples clivages partisans.

  • Régionales 2010 : UMP 38 : Michel Savin installerait une nouvelle donne …?

    Michel Savin chercherait à être le chef de file de la liste UMP pour l’Isère. Il tenterait d’obtenir l’accord des parlementaires UMP de l’Isère le 16 octobre à l’occasion d’un déjeuner. Il abandonnerait le canton de Domène.


    Si ce schéma se vérifiait, ce candidat supplémentaire ne faciliterait pas la composition de la liste en ajoutant un éligible sur les 8  élus en cas de défaite. Et ce n’est pas sans conséquence sur la composition de la liste car une logique territoriale devra tout de même être préservée un minimum.


    Or, il y a embouteillage de candidats dans l’agglomération grenobloise : Fabien de Sans Nicolas soutenu par son patron Christian Estrosi, Nathalie Béranger qui joue la carte femme et UMP, Marie Christine Tardy Conseillère sortante, Jean Claude Peyrin qui a la légitimité de sa présidence de groupe UMP au Conseil Général et une belle élection dans la canton de Meylan .


    Dans cette configuration, Marie Christine Tardy, qui a déjà raté le Secrétariat départemental de l’UMP38 qui lui avait été pourtant promis pour services rendus anti-Carignon, pourrait être la nouvelle victime…


    Pour le reste, la situation est encore plus difficile puisque Françoise Grossetête qui dirige la liste a fait savoir que la consigne était d’éliminer 80% des sortants ! Le casse tête s’accentue avec le fait que l’Isère a été retenue pour prendre en charge un représentant de la Gauche Moderne, qu’il faudra s’ouvrir à des ex UDF /Modem qui ne veulent pas faire liste commune avec la gauche. Une place doit aussi être reconnue en position éligible au Nouveau Centre et à un jeune UMP de moins de 25 ans.


    Si l’on compte deux sortants jeunes et pleins d’avenir comme indéboulonnables  l’un au sud Fabrice Marchiol et l’autre au Nord Thierry Kovacs, la candidature surprise de Michel Savin compliquerait particulièrement les choses sans compter le fait que le rapport des forces politiques voudrait que ce soit un élu du Nord Isère qui conduise la liste départementale face à la fragilité politique de l’UMP dans l’agglomération grenobloise.




    Or, s’il paraît acquis que Fabien de Sans Nicolas sera dans les éligibles avec Michel Savin, cela fait déjà deux personnes dans les éligibles représentant l’agglomération grenobloise. Marie-Christine Tardy devrait dans ce cadre avoir des difficultés à conserver sa place car sa candidature serait de « trop » pour la représentation de l’agglomération grenobloise. A cela s’ajoute les ouvertures indispensables aux sensibilités de l’UMP si Michel Savin ne veut pas se faire attaquer sur le rassemblement qu’il n’aurait pas réalisé et la « nouvelle génération » qu’il priverait de l’existence voulue par les instances nationales de l’UMP…


    Dans ce schéma, plusieurs sortants au premier rang desquels MC Tardy, Maire de Meylan, seraient désormais en position très fragile. Les instances départementales devraient être reçues à Paris le 20 octobre pour déposer leurs premières propositions précises.


     


     


  • Est-il possible d’informer librement face à « ses financiers » ?

    L'Institut Harris – Decima vient de réaliser un sondage sur le plan Canadien de sauvetage des journaux. Les chiffres de cette enquête sont particulièrement préoccupants pour cette industrie qui subit une réelle désaffection et une chute considérable de son image de marque.

    Les jeux dangereux des relations entre l'information et les financiers ont gangréné la relation de confiance des lecteurs. Le rôle des annonceurs publicitaires est désormais officiellement revendiqué par des annonceurs qui établissent un lien entre leur marque et une ligne éditoriale. Dernièrement, face à Nice Matin, un élu local déclarait officiellement penser à retirer des annonces publicitaires si la ligne éditoriale ne changeait pas.

    Les Etats multiplient les aides discrètes. Quel est le prix de telles aides ? L'actuelle couverture du procès Clearstream est un exemple de la fluctuation des couvertures journalistiques. Le groupe Lagardère devient discret sur les auditions manifestement favorables à Dominique de Villepin par exemple. Le témoignage de JP Raffarin a été quasiment "boycotté" … France 2 revient à ses origines en étant le miroir des "invités officiels". Les journalistes n'opèrent jamais la moindre relance. Ce matin sur RTL un Ministre influent se posait lui-même les questions auxquelles il voulait répondre par la technique du "vous me demandez …" alors même que le journaliste n'avait pas évoqué ce point.

    La presse a manifestement un mal croissant à trouver son nouvel équilibre éditorial dans un paysage financier difficile qui la fragilise encore davantage.

  • Barack Obama et la « tentation du canon » … ?

    Jeudi dernier, le Sénat Américain a voté une résolution demandant l'audition de hauts responsables militaires dont le Général Stanley McChrystal, commandant Américain en Afghanistan.

    Le texte a été adopté par 60 voix contre 39.

    Cette demande intervient au moment où l'ensemble de la stratégie militaire est remise en question à l'exemple des déclarations de Wesley Clark évoquant la "victoire impossible" dans les circonstances actuelles.

    Les déclarations du printemps 2009 de Barack Obama faites de patience et d'ouverture paraissent bien éloignées.

    L'idée générale qui se développe est que les Etats-Unis ne peuvent à la fois affronter les talibans et les ayatollahs.

    Une partie de plus en plus importante des Sénateurs s'adosse à l'analyse selon laquelle "soit on y va à fond soit on remballe tout". Plus concrètement, soit Barack Obama déclenche l'escalade c'est-à-dire au moins 30 000 soldats de plus, soit il faut plier bagage pour poursuivre exclusivement des opérations commandos et des frappes aériennes ponctuelles contre des filière d'Al Quaïda.

    La "révélation" d'une seconde usine iranienne de combustible nucléaire au sud de Téhéran imposerait une modification des priorités.

    L'élection volée du 12 juin a constitué un désaveu de l'ouverture de Barack Obama.

    Les ultras semblent se préparer à un nouveau front.

    Même si les dirigeants Iraniens montrent "patte blanche" en ouvrant une partie de leurs installations nucléaires, le camp israélo-occidental considérerait que ce n'est jamais assez …

    Les décisions d'abandon des dispositions du bouclier antimissile qui devait être installé en Pologne et en République Tchèque ont permis de passer un message positif à destination de la Russie.

    Cette dernière a d'ailleurs rapidement témoigné qu'elle avait reçu le message.

    Le Président Medvedev a déclaré qu'un "nouvel esprit de collaboration" pouvait naître. La Russie, traditionnellement proche de l'Iran, a exposé qu'elle soutiendrait désormais des mesures plus dures contre Téhéran au sein même du Conseil de Sécurité.

    De passage au Canada, le Général Wesley Clark a évoqué la guerre ouverte contre Téhéran dans des termes particulièrement explicites. Il a présenté le régime Iranien comme un "tigre de papier" dont les forces militaires pourraient être vaincues en trois semaines.

    Compte tenu de sa fragilité intérieure et de son niveau d'équipement, c'est le moment où une "fenêtre de tir" est ouverte.

    Toutes ces déclarations interviennent au moment où Obama connaît une indiscutable fragilisation de son style et de son implantation politique. Il lui est reproché de se comporter en "rock star" mais de rien régler de sérieux.

    L'élection à la fonction de Gouverneur de Virginie en novembre 2009 peut être une défaite emblématique sur le plan fédéral. De surcroît, l'échec de Chicago pour les JO 2016 ajoute au sentiment de faiblesse voire d'improvisation. Pourquoi s'être impliqué personnellement aussi fortement alors que la seule "victoire" a été l'élimination dès le 1er tour de vote ?

    Le Président Américain doit renouer avec l'image du "Commandant en Chef qui gagne". Les Démocrates ont un déficit dans l'opinion sur ce point.

    Il est certain que l'actuelle situation politique US ne permet plus le statu quo. 2010 connaîtra les élections dites du mid term, traditionnellement difficiles pour le pouvoir en place. Mais dans le contexte actuel, l'avertissement politique pourrait réduire significativement la marge du pouvoir Démocrate.

    Cette situation ouvrirait la pré-présidentielle 2012 sur des bases très délicates. L'automne sera le rendez-vous des "grandes décisions".

  • Les rapports complexes entre les annonceurs, la presse et la politique

    La ligne éditoriale de Fox News devra-t-elle changer du fait de retraits d’annonceurs publicitaires qui refusent de cautionner les campagnes anti Obama conduites sur ce support d’informations ?


    Les supermarchés Waitrose viennent de publier un communiqué pour expliquer le retrait de tous leurs budgets publicitaires sur cette chaîne parce que le « contenu de certains programmes n’est pas conforme aux valeurs de notre marque« .


    Le retrait a été immédiat, général.


    Il fait suite à une campagne de boycott lancée par des sites Internet US qui ont engagé des campagnes en ligne appelant à boycotter les firmes qui resteraient sur Fox news. Campagnes désormais contrecarrées par des campagnes opposées appelant à boycotter les firmes retirant leurs publicités de Fox News.


    Cette radicalisation donne un éclairage particulier sur les relations entre les annonceurs, la presse et la politique.


    La France est loin d’une telle radicalisation pour le moment. Il suffit de prendre connaissance de la vidéo ci-dessous pour constater comment Arnaud Lagardère, patron d’un grand groupe de presse, refuse avec sourire de répondre à une question parlementaire importante pour constater que la « bataille des pouvoirs » est loin d’être engagée.