Denis Bonzy

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  • La vraie rupture conduite par Nicolas Sarkozy : la priorité aux effets

    Même ceux qui n'ont aucune sympathie pour le Chef de l'Etat doivent reconnaître qu'il y aura une vie politique française avant la Présidence Sarkozy et une vie politique après cette Présidence. Il y a une "génération Sarkozy" qui cherche à déchiffrer ses techniques et manifestement à les reproduire.

    Ce qui paraît l'élément central de cette "génération", c'est la priorité donnée aux effets et à une communication par la pure annonce. En 20 ans, la vie publique française est passée d'un extrême à l'autre. Hier c'était des gestionnaires qui concédaient des efforts pour ne pas froisser l'opinion. Aujourd'hui, ce sont des "sondeurs d'opinion" qui concèdent quelques mesures à la gestion.

    En réalité, la gestion de l'opinion occupe tout leur esprit avec 4 étapes qui relèvent d'une méthode désormais bien rodée :

    1) l'enquête d'opinion avant toute annonce de décision. Il n'y a pas une annonce qui n'ait pas fait l'objet d'une enquête préalable.

    2) La répartition des tâches : le Président garde toutes les annonces positives et les autres autorités ministérielles se chargent des annonces plus clivantes à l'exemple de F. Fillon aujourd'hui dans le JDD.

    3) Quand une orientation est incontournable, la perspective est délibérément noircie. Ce fut le cas pour EDF. L'opinion entend parler de 10 % d'augmentation des tarifs par an sur 3 ans. Quand l'augmentation finale est de 3 %, elle devient presque … une baisse par rapport au projet initial d'augmentation. C'est la même technique pour le forfait hospitalier aujourd'hui. Il fut question de 20 € par jour. L'opinion enregistre presque comme "bonne nouvelle" que l'augmentation soit le passage à 18 €.

    4) Quand la décision est délicate, il y a 3 batteries offensives. Tout d'abord, les commentateurs officiels qui positivent. Ensuite, les sondages qui viennent à l'appui pour provoquer un réflexe "légitimiste" des indécis appelés à se ranger du côté de ceux qui font la majorité. Enfin, ultime défense, l'argument selon lequel l'opposition ne ferait ni mieux ni autrement.

    Ce système de gestion de la décision publique fait tâche d'huile bien au-delà des sensibilités politiques.

    Il reste à savoir si la crise ne fera pas imploser cette méthode de "gestion". Pour l'instant, elle fonctionne avec efficacité. Parce qu'elle rassure aussi l'opinion qui manifestement ne veut pas encore regarder en face certaines réalités.

  • Entretien de Nicolas Sarkozy : la bataille des commentaires

    La France est tombée à son tour dans le nouvel enjeu de communication qu'est la bataille des commentaires après une émission TV.

    Dick Morris, alors Conseiller de Bill Clinton, a été le premier théoricien de cette pratique mise en oeuvre à l'issue du premier mandat de Bill Clinton : gagner la bataille des commentaires. Il a organisé la tâche de celles et de ceux qui allaient commenter les interventions présidentielles et ajouter au message du Président.

    C'est exactement l'exercice auquel nous assistons en France depuis 48 heures. Mais la "technique Française" apporte comme toujours ses "innovations".

    1) Ce sont d'abord les "satellites" de la Présidence qui diffusent la "bonne parole". Là c'est Alain Minc. Ailleurs, c'est FOG qui avait écrit le livre de lancement de la présidentielle 2007 pour Sarkozy… Ce sont des temps de paroles qui s'ajoutent au temps initial. La France apparait dans de telles circonstances comme un pays avec si peu de talents puisque ce sont toujours les mêmes qui écrivent, puis passent à la TV et terminent à la radio…

    2) Le commentaire est donné sans discussion. Il a ainsi été décidé que la mention "coupable" serait un … lapsus. Qui a décidé ? Le Président n'a présenté aucune excuse. C'est une telle énormité que les commentateurs officiels ont décidé qu'il en serait ainsi. C'est surprenant de voir autant de personnes prêtes à sacrifier la qualité d'une analyse pour plaire au pouvoir. Autant de oui commencent à rendre le non séduisant…

  • La France s’enfonce dans la crise

    La France cumule deux records : le niveau des prélèvements obligatoires le plus élevé des pays industrialisés et le niveau de la dette.

    Depuis 25 ans, tout se passe comme si le recours à la dette était une ressource à part entière. En intégrant les engagements "hors bilan" de l'Etat à l'exemple des régimes spéciaux de retraites, c'est un gouffre sans fond qui va s'imposer aux prochaines générations.

    L'Etat réduit le périmètre de ses interventions. Mais il augmente ses effectifs …

    L'Etat réduit ses interventions directes. Mais il augmente son train de vie courant.

    La charge de la dette sera bientôt le premier budget de l'Etat soit l'équivalent de plusieurs fois le budget de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur , c'est dire comment un tel pays peut préparer l'avenir.

    Tout est actuellement organisé pour éviter que l'opinion ne regarde cette réalité en face. La vie publique française c'est le "nouveau rocher", les soirées de gala, les déclarations à l'emporte-pièce, la cour et ses excès …; bref, Monaco et ses rites.

    Cette dette courante enlève toute marge de manoeuvre à l'Etat. C'est un exemple des fuites en avant face à la réalité. Il y a désormais une disjonction permanente entre l'univers officiel et la réalité qui pose des questions majeures et surtout des inquiétudes croissantes. La France s'enfonce dans la crise mais tout est organisé pour que cette réalité soit la moins perceptible.

    Le prix des voitures serait stable : faux. Le prix des voitures n'a pas bougé mais il recouvre moins d'éléments du véhicule puisque par exemple désormais la roue de secours doit être payée en plus du prix de base …

    L'insécurité serait contenue : faux. Les chiffres prouvent le contraire et encore serait-il, là aussi, opportun de vérifier ce qu'ils recouvrent réellement.

    La jungle de Calais disparaît : faux. Elle est déplacée. Les plus faibles ont été maltraités au motif qu'il s'agissait de s'en prendre aux plus forts (les passeurs). Mais pourquoi ne pas s'en être pris directement aux passeurs et avoir traité plus humainement les plus faibles ?

    La liste des problèmes non résolus s'allonge chaque jour. Il faut moraliser la finance … mais les banques françaises sont dénoncées comme les plus opaques et chères dans la gestion des comptes de chacun …

    Ce divorce entre l'univers officiel et la réalité creuse une incompréhension qui atteint des sommets. La France est bien enfoncée dans une crise qui n'est pas seulement économique.

  • Quand l’image est le message, l’image doit être vraie

    Une députée vient de déposer une proposition de loi qui vise à imposer la mention « photo retouchée » dès l’instant qu’une photo a fait l’objet de retouches informatiques.


    Progressivement, une dictature de l’image s’est installée. Dans ces conditions, il paraît souhaitable que l’image soit vraie. Or, les studios regorgent d’anecdotes de retouches les plus « grossières » les unes que les autres.


    La période actuelle s’installe comme la quasi-caricature de la manipulation permanente. Sur le fond des dossiers, l’opinion est baladée au gré des priorités sans droit de suite. Sur les images, elles sont retouchées pour que des « hommes de pouvoir » aient un corps de mannequin sans avoir à effectuer les efforts nécessaires dans le temps.


    Souhaitons que cette proposition de loi entre rapidement dans les faits.


    Rubrique : pas vu à la télé :


     

  • Feuilleton d’été : « le nouveau Président » : dernier épisode

    Villepin 20 09 09

    Le blog 2villepin a mis en ligne le dernier épisode de ce feuilleton d’été. La campagne prend des tours inattendus ….

    J’espère que vous aurez plaisir à parcourir cet épisode. A cette fin, il vous suffit de cliquer sur le lien ci-dessous :


    http://2villepin.free.fr/index.php

  • Forum Libération : la contestation du prêt à penser ?

    Lyon a gagné le Forum Libération hier organisé par sa voisine Grenoble. Ce Forum est l’exemple caricatural de la place des idées reçues dans le débat politique Français. Chaque courant occupe son créneau dans le conformisme le plus éculé.


    La mixité des idées est un chantier totalement inoccupé en France. Les galaxies s’éloignent. Mais surtout les maîtres à penser et autres directeurs des consciences peinent à comprendre la « défrance » faute de la connaître réellement. Le préfixe « dé » évoque la privation. C’est le préfixe à la mode dans le mandat du président qui avait promis le « plus » et où il n’est question que de : dépollution, désillusion, dépression, déficits, déception, décadence …


    Ce Forum vivra-t-il pour la première fois une forme de contestation du prêt à penser ?


  • Changer les mots ou changer les réalités

    Le pouvoir actuel se contente de changer les mots sans changer les réalités. Les débats sur "la sortie de crise" sont caricaturaux en la matière. Tous les mots ont été utilisés. Mais la réalité est la même qu'en pleine période de crise : chômage, érosion du pouvoir d'achat, précarité …

    A quoi tient ce décalage ? Bon nombre de décideurs éminents ne connaissent pas les réalités. Par conséquent, ils se prêtent facilement au maquillage des mots. Le professionnalisme politique a frappé. Leur univers est celui des mots.

    Aujourd'hui, être contestataire, c'est oser défendre la réalité contre les mots. Nous sommes dans une période devenue sans valeur. Les prix perdent leurs valeurs au gré des saisons et des méthodes commerciales de promotions permanentes. Les idées perdent leurs valeurs puisque les mots perdent leurs sens à force, eux, d'être trop utilisés dans toutes les circonstances. Il ne reste que la valeur financière disponible : "cash is king". Pour le cash, un pilote se lance dans un accident réel mais aux causes simulées, des sportifs deviennent de nouveaux référents sociétaux …

    Aujourd'hui, être contestataire, c'est avoir la volonté de lutter contre des idées reçues. Prenons l'exemple de Clearstream. Un magazine dit que Clearstream serait le "plus gros scandale de la Vème République". Qui peut croire une telle classification ? Les "plus gros scandales" de la Vème République ne sont-ils pas d'abord ceux qui ont été "rangés" ou "jamais traités" : la "suicide de Boulin", la mort de Fontanet … Qui peut défendre que Greenpeace (Rainbow Warrior) serait moins grave que Clearstream ; ce qui dénoterait une conception très particulière notamment de la place de la vie humaine …

    Tout au long de ce procès, nous allons donc tenter d'être contestataires en passant à l'examen les arguments techniques majeurs.

  • UMP, PS, Verts et la théorie du signal

    La théorie du signal occupe une place importante dans la modélisation de schémas d'information financière pour tenter de conceptualiser des décisions en les rattachant à des repères supposés anticiper tel ou tel résultat.

    Dans la politique, il en est de même probablement sur des bases encore plus délicates. Depuis juin 2009, 9 élections municipales ont été organisées. Le PS a perdu une ville et en a gagné 3 à la droite. Sur les cantonales, le PS a gagné 4 sièges à la droite sans que le PS ne perde un siège.

    Certes ces élections interviennent souvent dans des contextes très particuliers liés notamment aux conditions d'annulation des scrutins initiaux. Mais il y a là des enseignements importants.

    Ces élections apportent deux autres leçons :

    – Les Verts flirtent davantage avec le seuil des 10 % qu'avec celui des 20 % comme aux Européennes,

    – l'UMP n'a pas de réserve pour le second tour. Elle "écrase" le 1er tour en avoisinant les 40 % mais le passage vers les 50 % est très difficile.

    Ce sont là des réalités qui vont impacter fortement les scutins prochains montrant que le paysage politique local est loin des scores des Européennes de juin 2009 qui ne servent pas d'ancrage politique durable.

  • UMP, PS, médias … : une crise de repères …

    La rentrée de septembre 2009 donne une illustration quasi-généralisée d'une perte des repères.

    Le parti présidentiel pour faire cool et jeune tombe dans la vulgarité, l'excès ou les fautes. Ce choix de la vulgarité est d'ailleurs le plus implacable mépris pour les jeunes comme si être jeune c'était obligatoirement avoir des gestes obscènes ou mouiller la chemise tard en boîtes …

    Le PS, comme s'il était établi pour lui que les irrégularités de votes n'étaient pas une "découverte", accepte de banaliser un scandale de première importance. Il invente même le "résultat globalement correct" comme si, dans une démocratie moderne, le détail des chiffres importait peu et seule devait compter la "tendance globale".

    Les médias hier donnent une illustration des déviations inquiétantes. Libération sort un sondage sur le Président et la crise. Dans l'ensemble, les chiffres sont mauvais pour le pouvoir. Les Echos publient le même jour sur le même thème un sondage mais là les chiffres sont meilleurs pour le pouvoir. Libé a sondé les 18 ans et +. Les Echos ont sondé les 15 ans et +, méthode originale …

    Cette rentrée est sous le signe d'une drôle d'ambiance globale.

  • L’UMP face au retournement de l’opinion …

    Mauvais week-end pour la majorité présidentielle. Carcassonne passe à gauche. La « fraude » dans cette ville n’avait pas été plus « flagrante » qu’à Perpignan ou à Aix … L’ambiance politique a changé. Le sondage Viavoice de Libération publié ce matin laisse apparaître que 58 % des Français sont déçus par l’action présidentielle.


    La rentrée de septembre est marquée par deux traits majeurs :


    – les « cocoricos » suite au scrutin européen de juin ont été pris progressivement comme une forme d’arrogance de la part de la majorité présidentielle abaissant excessivement l’opposition nationale et s’auto-proclamant « largement victorieuse » à l’excès,


    – la réalité ne correspond pas à la parole officielle. La réalité quotidienne est dure pour le bilan présidentiel. Le chômage augmente. Le pouvoir d’achat baisse. L’insécurité progresse … Qui peut sérieusement prétendre que la vie aujourd’hui est plus facile qu’avant l’élection de Nicolas Sarkozy ?


    Enfin, il importe de ne pas sous-estimer l’impact de maladresses formelles mineures mais qui dénotent un état d’esprit qui provoque à l’exemple du « doigt d’honneur » du Ministre Besson (voir vidéo ci-dessous).


    Le retournement de l’opinion n’est pas encore assuré mais le chemin est pris. Il est pris alors même qu’il n’y a aucune opposition crédible ; c’est dire le niveau d’insatisfaction ou de fatalisme …