Denis Bonzy

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  • Le débat sur « l’identité nationale » et la soirée du 18 novembre 2009

    En plein débat sur l'identité nationale, la soirée du 18 novembre fait tâche.

    Où est la France porteuse des valeurs universelles du sport quand il lui faut tricher pour gagner un match important ? Tricher dans des conditions extrêmes et de surcroît, symbole suprême, par l'intermédiaire du capitaine de son équipe nationale. Dans cette ambiance particulière, toutes les autorités nationales, politiques et sportives, approuvent de telles méthodes qui violent l'esprit du sport. L'identité nationale est faite de symboles à usages intérieur et extérieur. C'est un symbole pathétique qui est donné : il est possible de tricher pour "gagner" et chacun installe le "pas vu pas pris" comme règle de fonctionnement collectif.

    Dans le même temps, la France connaît sur son sol les conséquences d'un match qui se déroule au Soudan et qui ne la concerne pas directement. Les conséquences d'une victoire donnent lieu à des explosions de violences comme si "être heureux" se témoignait en France par le fait de brûler la voiture du voisin ou celle d'un inconnu. Là aussi, triste sort que de voir un pays ainsi exposé au massacre d'un bien utile notamment pour travailler.

    Deux exemples déchirent en une soirée la comédie des mots sur l'identité nationale : la main de Thierry Henry désacralise l'esprit sportif dans des conditions scandaleuses. Quant aux violences dans les villes de France en raison de la victoire de l'Algérie, elles montrent que rien n'a changé dans les faits. La violence intolérable règne toujours. Il suffit de la moindre étincelle pour la réactiver. Aucune solution durable n'a été mise en oeuvre.

    Triste soirée pour "l'identité nationale".

  • La voix d’un parisien = 10 voix d’un provincial ?

    L'actualité du moment en France pour parler de la vie publique US est à la redécouverte de Sarah Palin. La parution de son livre est un score intéressant de ventes. Mais surtout, elle requadrille les Etats.

    Cette présence sur le terrain est une des constantes de la présidentielle US. L'opinion aime toucher les candidats, les voir mouiller la chemise, les croiser au coin de la rue pour partager un café, croiser la caravane qui se rend dans le prochain comté "profond".

    Obama 2008 c'est à la fois les claviers et les semelles usés, cette combinaison de nouvelles technologies mais aussi de présence physique.

    Quel contraste avec les candidats Français. La France est un petit pays et pourtant quitter Paris pour se rendre en Province semble une épopée comme du temps des diligences.

    La voix d'un électeur de province est égale à celle d'un électeur parisien mais l'électeur de province n'est fréquenté que dans la dernière ligne droite de la présidentielle quand la fièvre des réunions à répétition embrase les équipes. Et encore, l'organisation pratique veut très souvent que le candidat regagne Paris en fin de réunion ayant souvent négocié avec l'aéroport régional un horaire particulier pour le retour de son avion privé…

    Qui sera le premier candidat à casser ce code Français pour vivre une véritable plongée dans la France provinciale, dormant dans l'hôtel du coin, repartant le lendemain pour une autre destination locale sans repasser par la case Paris ?

  • L’environnement doit-il échapper à la science à ce point ?

    A quelques jours de la conférence internationale de Copenhague, des représentants d'Etats se réunissent pour tenter de mettre la dernière main aux préparatifs sur les enjeux majeurs. L'un des enjeux consiste à savoir s'il est possible de parvenir à un traité "juridiquement contraignant".

    Sur le plan Français, force est de constater que progressivement l'environnement a échappé à la science. Hier, des scientifiques démocratisaient les préoccupations environnementales (Cousteau, Tazieff …). Aujourd'hui, ce sont des autodidactes qui théorisent les données : là un animateur télé, ailleurs un photographe …

    Si l'environnement ne doit pas être prisonnier de considérations scientifiques, ces dernières peuvent-elles à ce point être écartées des débats derrière les prophéties de "Docteurs catastrophes" qui prévoient d'autant plus le pire que l'opinion est intéressée par cette course au toujours plus grave ?

    C'est une situation étonnante encouragée par les responsables politiques qui semblent avoir abandonné toute idée de rationalité en la matière notamment.

  • Fonds publics et dépenses privées

    Des démocraties de plus en plus nombreuses s'ouvrent à cette question : jusqu'où des fonds publics peuvent-ils être utilisés pour financer les opérations électorales d'un parti politique ?

    La communication publique coûte de plus en plus cher. Dans le même temps, le militantisme chute. Par conséquent, les partis politiques doivent dépenser plus quand ils reçoivent directement moins. La tentation est alors grande de transférer des dépenses politiques sur des actions financées sur fonds publics.

    La question des sondages présidentiels en France relève de cette question : où est la frontière entre le sondage utile pour que le Président décide et celui qui concerne davantage la stratégie du candidat Sarkozy pour 2012 ?

    C'est l'ensemble du financement de la politique qui devrait être actualisé sérieusement. Le Canada ouvre actuellement la question de la confusion entre l'information institutionnelle et la communication partisane. Là aussi, la frontière devient de plus en plus fragile. Or, on assiste à une explosion du nombre et du coût des campagnes publicitaires financées sur fonds publics dans des conditions qui s'éloignent de plus en plus de questions d'intérêt général.

    Hier, des campagnes partisanes avaient défrayé la chronique car financées sur des fonds privés dans des conditions irrégulières par rapport aux objets sociaux de ces structures privées. La prise en charge actuelle par des fonds publics ne pose-t-elle pas des questions certes différentes mais au moins aussi graves sur le fond ?

  • « Je pars bosser pour Villepin »

    Hier, Dominique de Villepin a fêté son anniversaire dans un cadre qui en dit long. Il a passé une longue partie de la journée sur le terrain, premier symbole. Second symbole, le terrain fut la banlieue. Et troisième symbole, il a dialogué du véritable problème prioritaire : l'emploi.

    Dans ce cadre, l'ancien Premier Ministre est cool, proche, attentif. Les relations avec les jeunes ont été marquées par le respect et l'affection. Dans de telles circonstances, Dominique de Villepin insiste toujours sur l'importance majeure du progrès social, deux termes qui actuellement ont d'ailleurs disparu du vocabulaire politique français…

    Ce fut un moment très chaleureux. La trajectoire présidentielle est engagée sans la moindre contestation. Le contact sur le terrain est direct, sans filtre. La comparaison avec la visite présidentielle dans le Vercors montre que les opportunistes et les moutons sont bien dans un autre train que celui qui commence à tourner pour DdV. Mais une présidentielle peut-elle se gagner avec des opportunistes et des moutons ?  

    La victoire ne sera pas facile. Mais elle peut être en vue tant l'action élégante, optimiste, de mission de Dominique de Villepin réveille bien des ardeurs. Ainsi, de jeunes citoyens à peine majeurs déclaraient en marge de la visite "demain, dès le lancement de la présidentielle, on part bosser pour Villepin". 

  • Nicolas Sarkozy et Fatima avec sa burqa

    Fin septembre 2009, nous avons publié un guide sur 20 techniques de manipulations. Cette publication retrace 20 méthodes extraites d'expériences déjà mises en oeuvre notamment aux Etats-Unis et qui ont fonctionné avec succès : les 20 techniques de manipulation . Ce fut l'exemple de Joe le plombier dans les dernières semaines de la présidentielle 2008. Il interpelle Barack Obama sur un projet de taxe qui serait mis en oeuvre en cas d'élection de Barack Obama et annonce au candidat démocrate qu'il ne pourra pas voter pour lui parce que cette taxe compromettrait sa "petite entreprise". McCain vit un débat public entier sur l'exemple de "Joe le plombier". Quelques jours plus tard, après enquête, il devait s'avérer que Joe n'était pas plombier, encore moins responsable d'une TPE menacée par une taxe éventuelle mais … militant républicain et qu'il avait servi avec loyauté et efficacité un scenario imaginé par l'équipe de McCain.

    Nous n'avons jamais pensé que cette publication s'appliquerait aussi rapidement à la vie politique Française.

    Or, la France vit actuellement le même "cinéma" avec la burqa de Fatima. Sarkozy vient à la Chapelle en Vercors et il fait de "la burqa de Fatima" la nouvelle grande cause nationale. Il faut défendre Fatima contre tous les symboles de sa burqa.

    Qui croisons-nous le plus ?

    Vous rencontrez davantage Fatima et sa burqa ou Kevin et sa recherche du premier emploi ?

    Fatima et sa burqa ou Ginette et sa pension retraite qui ne lui permet plus de vivre avec confort ?

    Fatima et sa burqa ou Max et son impossibilité de reconversion ?

    La liste pourrait être longue.

    Alors pourquoi choisir Fatima ? Parce qu'elle incarne une peur qui pourra d'autant mieux être combattue qu'elle est déjà contenue de fait ? Alors que tous les autres sujets sont autant d'échecs déjà avérés ou en cours.

    C'est un exemple caricatural de manipulation mais, avec la docilité de médias à l'exemple du Figaro Magazine de cette semaine, même très grosse, la ficelle fonctionne.

    La France est entrée dans une démocratie en crise avec un hyper-président qui règne en maître, des ministres qui jouent les seconds violons, des députés qui font figuration. Même si cette situation est grave, il est pourtant probable que la sortie ne soit pas pour demain.

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  • La déroute de l’information

    Le Québec engage une étude sur "l'avenir de l'information et des médias au Québec dans le contexte de crise actuelle". Le cahier des charges pose toutes les bonnes questions : aides financières, critères, montants …

    La presse française est souvent donnée en exemple comme un secteur particulièrement sinistré en dépit d'aides financières étatiques considérables. Depuis le début 2009, 2 300 journalistes Français auraient perdu leur emploi.

    Partout la même question est posée : comment aider la presse classique qui est à la base de la pyramide de l'information ?

    Il faut aussi reconnaître que cette presse classique a sa part directe de responsabilité.

    En 1992, Carl Bernstein, célèbre journaliste qui contribua à faire éclater le Watergate avec Bob Woodward, avait effectué un point public dénonçant la détérioration du professionnalisme et de l'éthique des journalistes Américains.

    Il s'élevait notamment contre "la vénération des célébrités, la transformation des rumeurs en nouvelles, le sensationnalisme qui est un moyen d'occulter la réalité sociale". Et d'ajouter "nous créons une culture d'idiot. Le bizarre et le vulgaire deviennent nos normes culturelles".

    Depuis 1992, la situation s'est terriblement aggravée.

    Fondamentalement, qu'est ce qui est reproché aux médias Américains ?

    Tout d'abord, la confusion des styles entre la presse à scandales et le vrai journalisme s'est renforcée.

    Ensuite, cette confusion repose sur des indignations sélectives qui peuvent brutalement s'abattre sur un responsable politique et ignorer un autre que chacun sait pourtant frappé des mêmes "caractéristiques".

    Enfin, les journalistes "importants" monopolisent la parole pour échanger des propos convenus sur les sujets du moment.

    Ces travers ont créé un establishment médiatique qui multiplie les émissions superficielles, spectaculaires ou vulgaires coupées des réalités de la vie quotidienne. En effet, les mouvements internes frappent ce milieu comme si les postes étaient interchangeables : politiques, journalistes, publicitaires.

    Bernstein avait posé à cette époque la question de fond : doit-on être généreux pour ceux qu'on côtoie ou rigoureux pour ceux qu'on informe ?

    Et il expliquait que son enquête avait été possible parce qu'elle avait été conduite "loin du monde enchanteur des riches, des célèbres et des puissants".

    La déroute de l'information n'est pas seulement le fait de la concurrence de nouveaux supports. Elle résulte aussi de pratiques qui ont dangereusement désacralisé ce métier qui est l'un des socles des régimes démocratiques.

  • Les talonnettes de Rocky

    Le débat politique Français est tombé largement en-dessous de zéro. Mais surtout, il est tombé dans le travers d'une extrême gravité : l'intolérance. Tout est asséné. Rien n'est débattu et encore moins démontré.

    C'est le règne de l'invective permanente au point qu'il peut même être question de demander un "droit de réserve à des écrivains". Cette formule pose deux questions :

    – comment peut-elle être imaginée ?

    – comment peut-elle être sérieusement formulée ?

    Si elle est imaginée et formulée, c'est que la situation actuelle est "sans limite". Une nouvelle génération d'élus s'est installée. Elle est bien résumée par le syndrome des talonnettes de Rocky. Au début des années 80, Sylvester Stallone devient une star internationale : Rocky puis Rambo sont alors les caricatures des patriotismes revanchards. Dans la "vraie vie", Stallone mesure plusieurs dizaines de centimètres de moins que son épouse d'alors mannequin danois. Il adopte deux mesures dès qu'il est aux côtés de ce mannequin : les talonnettes et l'obligation pour son épouse de fléchir le corps en permanence.

    Le problème avec cette "génération" dans la vie politique française sans expérience professionnelle personnelle en dehors du carrièrisme courtisan, sans volonté de défendre une certaine dignité du débat d'idées loin des populismes éphémères, ce n'est même plus le dos qu'ils font rapetisser chez les autres mais l'esprit tout entier. Le plus pathétique, c'est que finalement, ils peuvent aussi constater qu'il n'y a pas que les mannequins danois qui acceptent de courber l'échine pour sauver les apparences et rester en couverture des papiers glacés. Triste période.

  • Les nouvelles bulles spéculatives

    La semaine dernière, Nouriel Roubini, économiste à l'Université de New York, a publié dans le Financial Times un article annonçant les prochaines difficultés liées à de nouvelles bulles spéculatives.

    Le 7 septembre 2006, cet économiste avait décrit le déroulement, point par point, de la future crise des subprimes.

    Aujourd'hui, selon lui, de nouvelles bulles spéculatives ont vu le jour dans des conditions qui ne peuvent que conduire à de très graves difficultés.

    A la Bourse de Taïwan, les valeurs des actions représentent 100 fois les bénéfices des sociétés, 90 fois en Australie contre 13 fois à la Bourse de Paris.

    La liquidité mondiale n'a jamais progressé aussi vite. A Hong Kong, sur les seuls 10 derniers mois, la spéculation immobilière a repris de plus belle : le prix des maisons à progressé de + 28 % en moyenne.

    Pour cet économiste, la reprise est trop tôt, trop vite et surtout monte trop haut dans des pays émergents notamment asiatiques qui mettent en place de nouvelles bulles spéculatives financières et immobilières dans des conditions qui ne devraient pas tarder à poser de nouvelles difficultés majeures.

  • La culotte ou … le vertige

    Les débats publics Français sont de plus en plus déconnectés de la vie quotidienne. En réalité, il y a deux domaines différents : la culotte ou le vertige.

    La culotte symbolise tout ce qui attrait au sexuel. Là, pas de problème, l'audience est au rendez-vous. Les repères sont simples. Les codes sont bien établis : des photos ou vidéos suggestives avec un titre "graveleux chic". Tout le monde comprend vite, achète, en redemande.

    Pour le reste, le décrochage entre l'information et la vie quotidienne est sans précédent au point de donner le vertige.

    L'emprunt : qui aurait l'idée de lancer un emprunt sans connaître le montant et l'objet ? Imagine-t-on un citoyen se rendre chez son banquier pour lui dire "je veux emprunter. Je vous donnerai le montant après. Pour ce qui concerne l'objet, il en sera de même". C'est pourtant la "logique" adoptée par le Gouvernement dans le "grand emprunt".

    Le montant des enquêtes d'opinion : ce n'est pas le montant qui compte mais le décrochage des moyens financiers entre la majorité et l'opposition. Le chiffre des 3 millions d'euros n'est qu'une probable petite partie car il faudrait ajouter Matignon, l'Intérieur et l'UMP … pour avoir une réelle connaissance du coût global.

    Les grèves dans les services publics : hier la pagaille sur Paris a été historique. Pour certains modes de transports, un support par heure au lieu d'un support tous les 4 minutes d'ordinaire. L'été 2007, il fut question du service minimum. Qu'est-il devenu ?

    Les impôts : les hausses sont considérables au niveau des collectivités locales qui ont recruté ces dernières années dans des conditions qui battent tous les records des pays comparables. Mais les chiffres précis ne sont pas arrêtés dans des conditions de nature à permettre un véritable débat public.

    Sur tous ces sujets comme tant d'autres, les questions de bon sens sont pas ou peu posées. Un cercle médiatico-politique interchangeable s'est installé progressivement totalement déconnecté de la vie de tous les jours. Des remarques élémentaires ne sont plus formulées. L'indulgence pour la corporation qui se fréquente l'emporte sur l'exigence dont devraient bénéficier ceux qui ont le droit d'être informés.

    C'est un décrochage qui est lourd de conséquences. Il a de quoi donner le vertige tant il devient impossible de s'y retrouver dans le flux des informations accessoires.